jeudi 17 août 2017

Uncanny Valley - Greg Egan - Je est un autre


Futur proche. Adam s'éveille. D'où ? De quoi ? On ne le saura pas dès l'abord.
Ce qu'on comprend immédiatement, en revanche, c'est qu'Adam a eu une relation particulière avec un "vieil homme" dont les funérailles ouvrent la nouvelle. A cette cérémonie à laquelle il ne se rend qu'avec inquiétude, Adam ne semble pas vraiment le bienvenu. Je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler. Qu'on sache seulement qu'Adam se lancera ensuite dans une quête impérative du "vieil homme".

Avec "Uncanny Valley", Greg Egan livre au lecteur une réflexion intéressante sur l'identité. Que sommes-nous de plus que la collection – consciente et inconsciente – de nos souvenirs ? Changer la mémoire, est-ce changer l'individu ? Le "Moi", comme chez les Ents, peut-il être autre chose que la somme de l'expérience accumulée ?
Descendant le fil de pensée, on se demande alors si l'amputation mémorielle est une mutilation, une chance d'approcher le bonheur en effaçant le pire pour ne garder que le meilleur, ou une occasion de se redéfinir en se débarrassant des oripeaux des expériences accumulées ?
Un questionnement sur l'identité dont Adam ne peut faire l'économie, et auquel Ted Chiang s'était attaqué dans The Truth of Fact, the Truth of Feeling, d'une manière bien moins émouvante.

Mais ici, Egan, toujours foisonnant, fait bien plus en retournant le point de vue sur l'uncanny valley et en interrogeant sur l'existence entre deux statuts – c'est à dire hors de tout statut. Il pose ici des questions inédites qui se poseront dans un avenir proche – que posait par exemple Bacigalupi dans Mika Model – mais qui se posent déjà ici aussi pour tous ceux qui vivent dans l'insécurité statutaire, les sans-papiers non-expulsables/non-régularisables ou les enfants conçus à l'étranger par GPA entre autres (de ce point de vue, la sécurité juridique et patrimoniale de Choupette, le chat de Karl Lagerfeld, est plus assurée).

Comme toujours, l'auteur australien a plusieurs fers au feu. Comme toujours il stimule son lecteur. Comme tout vrai auteur de SF il interroge l'avenir sans négliger le présent (même s'il se défend de toute écriture à clefs).
Ici il parvient – ce n'est pas toujours le cas – à donner chair à ses personnages et à les rendre attachants, tant dans leur désarroi que dans l'amour intense qui les anime ou la noblesse d'âme dont ils font preuve.

Les anglos peuvent trouver la nouvelle ici. Les autres pourront la lire, traduite, dans le Bifrost 88 – personne ne le croira mais cette collision est accidentelle et non publicitaire.

Uncanny Valley, Greg Egan

mercredi 16 août 2017

Ni terre, ni mer - Megaton - The worst things happen at sea


Olivier Megaton (dont j'ignorais complètement l'existence même) est le réalisateur de Taken n° x et de Transporteur n° y, autant de films d'action que je n'ai pas vus. Quoi qu'il en soit, le garçon a décidé d'écrire un scénario de BD et livre ce "Ni terre, ni mer" dont le premier tome (sur deux) est sorti récemment. Il s'est associé pour cela les graphistes Nicola Genzianella et Sylvain Ricard.

Croisière en voilier. A bord, cinq jeunes adultes (les fameux YA de l'édition SFFF ?), deux hommes, trois femmes. Ils se connaissent visiblement depuis longtemps et ont connu, dans le passé, un drame, dont aucun n'a très envie de se souvenir, qui a causé la mort de l'un d'entre eux et provoqué des fractures ouvertes au sein de la petite bande.
Erreur de navigation ? cartes marines fausses ? manipulation délibérée ? Toujours est-il que la croisière tourne mal et que le voilier se trouve pris dans une tempête qui le fait s'échouer sur les rochers d'un phare au milieu de l'océan. Un phare qui était éclairé ou éteint ? Les avis divergent.
Les naufragés y sont accueillis par deux gardiens peu amènes, Serge et Pierre, qui refusent de passer un appel radio et s'insinuent peu à peu dans les secrets des cinq jeunes. La tension et l'énervement montent alors que le temps passe sans que rien ne bouge et que les questions en suspens ne trouvent pas de réponse satisfaisante.

Le malaise ressenti pourrait être mis sur le seul compte de la promiscuité avec deux inconnus taciturnes et intrusifs – sans oublier les non-dits et rancœurs au sein du groupe – mais les choses vont progressivement dégénérer jusqu'à devenir très inquiétantes. Comme dirait BFMTV, le pronostic vital des membres du groupes est engagé.

Avec "Ni terre, ni mer", Megaton livre un thriller en huis-clos efficace à défaut d'être très original. Alternant entre le présent du naufrage et le passé de la croisière, le scénariste décrit un groupe qu'un secret funeste pourrit depuis deux ans et des personnalités aussi laides que les physiques qui les portent sont agréables, le tout dans une chambre jaune maritime d'où on peut se demander si quelqu'un en sortira vivant. On pense à quantité de films d'horreur du genre de Souviens-toi l'été dernier, ou à un Dix Petits Nègres qui ne seraient que cinq (ou sept c'est selon), et si on aime ce genre d'histoires on appréciera aussi un album où Megaton, sans innover, parvient à faire monter la pression de manière satisfaisante.

Le dessin est correct, les effets de couleurs compensant des visages souvent peu satisfaisants.

Suite et fin en octobre pour cette histoire qu'il vaudra mieux imho lire en enfilade pour en apprécier le rythme.

Ni terre, ni mer t1, Megaton, Genzianella, Ricard

samedi 5 août 2017

Orthogonal - Greg Egan - Enoooorme


"Orthogonal" est l'énorme trilogie de science, d'amour de la science, et d'aventure, de Greg Egan. Elle est constituée de The Clockwork Rocket, The Eternal Flame, et The Arrows of Time.
La maison ne reculant devant aucune sacrifice, je fais une review globale des trois dans le Bifrost 88. En attendant, il faudra se contenter du résumé de couv' du tome 1 (mais ne surtout pas s'en tenir là, il faudra lire, lire, et lire encore).

In Yalda's universe, light has no universal speed and its creation generates energy. On Yalda's world, plants make food by emitting their own light into the dark night sky. As a child, Yalda witnesses one of a series of strange meteors, the Hurtlers, that are entering the planetary system at an immense, unprecedented speed. It becomes apparent that her world is in imminent danger — and the task of dealing with the Hurtlers will require knowledge and technology far beyond anything her civilization has yet achieved!
Only one solution seems tenable: if a spacecraft can be sent on a journey at sufficiently high speed, its trip will last many generations for those on board, but it will return after just a few years have passed at home. The travelers will have a chance to discover the science their planet urgently needs, and bring it back in time to avert disaster.

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :

vendredi 4 août 2017

Comme une odeur de Diable - Seignolle - Encore une histoire, mémé


Cette année, Claude Seignolle a 100 ans. Ce grand et trop méconnu conteur et romancier a fait œuvre de recueillir les légendes paysannes avant qu’elles ne disparaissent dans le naufrage du monde qui les portait.
A cette occasion, Mosquito publie un recueil de cinq nouvelles du maitre, adaptées en BD par Laurent Lefeuvre.

L’album s’ouvre sur l’histoire de deux rencontres. D’abord celle de Pierre Dubois avec celui qu’il admira longtemps avant d’en devenir l’ami proche, puis celle de Seignolle et Lefeuvre, pour laquelle Dubois sert d’entremetteur. L’album, les cinq récits qu’il contient, est le fruit de cette double rencontre, de l’amour aussi que les trois hommes portent aux contes, légendes, récits du petit peuple des haies et des forêts. Quatre histoires entre Morbihan et Sologne, plus une cinquième, urbaine, qui est la moins convaincante ; la voix de la terre porte moins bien en ville.

Seignolle nous ramène dans un monde perdu, magique et terrifiant à la fois, parmi ces paysans, dont Mendras disait la fin dès 1967, qui vivaient assez aux marges pour entrevoir, la nuit, la faërie aux portes et le Malin dans l’ombre.

Cinq courts récit horrifiques à chute, de ceux que les grands-mères racontaient à la veillée pour effrayer les enfants, les mettre en garde, ou faire passer une valeur morale. Différents mais, dans le fond, les mêmes que ceux, venus de Naples, qu’on me raconta jadis.

Chaque histoire est introduite par une page de présentation qui évoque celles des House of Mystery.
On croise ici un terrifiant visiteur du soir, une incantation incroyablement complexe pour provoquer la lycanthropie, une prophétie autoréalisatrice de malheur, la malédiction d’une hedge witch, et une plus anecdotique histoire de vampirisme.

C’est agréable à lire, écrit dans un français rustique, rocailleux, rural, plein d’images d’une naïve poésie paysanne. On sent toujours vite venir la chute, mais la tension monte quand même grâce à la densité de la narration et à la qualité du graphisme.

Graphiquement enfin, c’est très beau, dans le style NB traits fins et aplats des histoires d'horreur qu'on lit en France chez Délirium par exemple.

Un beau livre à s'offrir et à offrir.

Comme une odeur de Diable, Lefeuvre, Seignolle

Amatka - Karin Tidbeck - The power of words


"Amatka" est un roman dystopique weird de Karin Tidbeck, suédoise connue jusque là pour des nouvelles, dont le recueil Jagannath.

Vanté par Jeff ‘fungi’ Vandermeer, "Amatka" nous entraine dans un monde étrange, crépusculaire, dépourvu de ciel bien clair comme de soleil. Les humains – en est-ce vraiment ? – qui peuplent ce monde sont venus d’ailleurs, de l’Ancien monde (on croirait une fiction macroniste). D’où exactement ? Comment ? Ces informations se sont perdus dans l’abîme, pourtant pas si profond, du temps.
Et où se trouve ce Nouveau monde ? Autre dimension ? Centre de la Terre ? Tout est possible. Quoi qu’il en soit, il est constitué de cinq colonies fondées par les glorieux Pionniers – cinq colonies dont ne restent que quatre.

Brilars’ Vanja Essre Two (les noms ne sont pas complexes, ils sont descriptifs) est une jeune enquêtrice marketing. Originaire de la colonie de Essre, elle est envoyée dans celle, plus lointaine, d’Amatka pour y réaliser une étude sur les besoins en produit d’hygiène. Elle doit aider à l'établissement de nouveaux plans de production destinés aux entreprises nouvelles que le Comité a autorisé et qui espèrent concurrencer des firmes d’Etat dont la caractère générique des produits rappelleront des souvenirs aux spectateurs de Good Bye Lenin.

A Amatka, Vanja est accueillie par Ulltors’ Nina Four. Nina a « gagné » le tirage au sort solidaire et c’est donc chez elle que vivra Vanja durant son séjour de quelques semaines dans la colonie agricole. Mais, dans ce monde où le bonheur est aussi obligatoire que la discipline, grisaille, immobilisme, et uniformité rendent Vanja malheureuse ; à Amatka, elle croisera la route d’autres citoyens insatisfaits, trouvera la preuve de mensonges que même les mots du pouvoir ne peuvent dissimuler complètement, et éprouvera la fragilité de la construction sociale de son monde ainsi que celle de sa réalité physique.

Avec "Amatka", Tidbeck crée un totalitarisme qu’on peut qualifier de dystopie mycommuniste (car basant une grande part de son alimentation sur la culture des champignons). Appartements collectifs sur affectation, loisirs collectifs obligatoires, maisons d’enfants où les jeunes vivent toute la semaine loin de leur parents pour éviter trop d’engagements affectifs (Platon et sa Cité idéale ne sont pas loin), endoctrinement constant et dénonciations juvéniles de géniteurs trop critiques, ersatz et pénuries (Tidbeck substitue l’exemple des tampons hygiéniques à celui des lames de rasoir de 1984), devoir explicite de fornication reproductive ou au pire d’insémination, comité exécutif tout puissant, réécriture de l’histoire et censure, élimination des dissidents, on est ici entre l’enfer de Staline et celui d’Orwell, non loin des étrangetés froides et inhumaines de Kafka. Le tout est, comme il se doit, justifié par les nécessités de la survie dans un monde hostile – Tidbeck ayant la cruauté de ne jamais dire au lecteur si ces dangers existent vraiment et si la politique d’oppression du comité est justifiée en finalité.

Communisme productif et idéologique, le monde des colonies est bien plus que cela. La réalité même est incertaine. N’est doté de forme que ce qui est nommé, marqué, listé. Sur les stylos est écrit « stylo », sur les valises « valise » ; et il faut régulièrement renouveler le marquage soumis à l’effacement progressif . Il n’est pas idiot non plus de nommer à haute voix ce qu’on utilise, pas plus que d’établir des listes de tout ce qui se trouve dans un lieu donné. Sinon la désintégration de l’objet négligé, le retour à l’écœurante boue primordiale dont tout est fait, finit par se produire. Une perte, une honte, et un signe potentiel de dissidence. Il reste bien quelques objets du monde d’avant, stables eux, mais si peu nombreux qu’ils doivent parfois être recyclés tels ces livres de poésie dont on fait des registres administratifs.

Créer – ou transformer – le monde en le nommant, Tidbeck n’est pas la première à le faire. Klemperer, Orwell, ou Maïakovski ont dit le pouvoir de création politique des mots ; la Genèse et Le Guin leur pouvoir de création physique. Chez Tidbeck, les deux aspects cohabitent. Les mots, s’ils sont maniés correctement et avec grande conviction, peuvent créer ex-nihilo un autre monde où faire défection ou plus modestement changer un morceau de la réalité pour satisfaire aux besoins d’un acte. Ce pouvoir de faire advenir en nommant, qui est celui de l’Etat si on en croit le Bourdieu de Sur l’Etat, est contesté ici par les révoltés et les poètes. Révolution vraie contre révolution confisquée.

Même si l’un des mantra des colonies est : « As morning comes we see and say : today’s the same as yesterday », la révolte de Vanja accélèrera la dégradation d’une utopie dont les jours semblaient de toute façon comptés. Progression intérieure désabusée dans un monde sans passé si triste et gris que, comme l’aurait dit Cioran, les rossignols s’y mettraient à roter, révolution par la base contre conservatisme mortifère d’une société « parfaite et scientifiquement organisée », la quête nécessaire de Vanja lui coûtera bien cher. Elle livre néanmoins au lecteur un message d’espoir face à l’oppression idéologique, un appel aux armes contre la post-vérité, et la conviction qu’il faut agir même quand on ne maitrise pas tout, même quand toutes les explications ne sont pas (plus ?) disponibles. Si la passé est oblitéré, rien n’empêche de penser l’avenir et de briser les gangues de formatage intellectuel qui empêchent d’y accéder.

On pourra reprocher à ce premier roman une fin un poil rapide (sûrement voulue), la profondeur insuffisante de certains personnages (bien que ça participe de l’étrangeté du tout), une trop grande proximité avec 1984, et une sous-utilisation probable du pouvoir créateur des mots. Mais quelle atmosphère ! Etrangeté, mystère, et pertinence du propos sont là, sans oublier un style qui traduit à merveille le lugubre weird du monde ; le bilan est donc plus que positif.

Amatka, Karin Tidbeck

Petits Conan Doyle de voyage

Les vacances sont pleines de nombreux moments interstitiels. Attente du départ d'un moyen de transport, trajet plus ou moins long de celui-ci lorsqu'enfin il a daigné se mettre en mouvement, temps de réflexion du douanier autochtone qui se demande - backstage - si le bakchich est assez élevé, queue dans une file d'attente, espoir fou d'une prochaine prise de commande au restaurant - ces minutes de solitude durant lesquels on a l'impression d'avoir enfilé l'Anneau Unique -, tant d'autres encore d'autant plus nombreux qu'on s'éloigne de l'aire linguistique européenne. Sans compter, pour tous ceux qui ont participé à la surcharge humaine de la planète, ces récurrences d'attentes que ceci ou cela soit fait par de petites personnes qui savaient pourtant depuis des heures qu'elles comportaient une deadline impérative.

Qu'à cela ne tienne, grâce à Wikisource, plonger dans l’œuvre de Conan Doyle (romans et nouvelles) en accès et lecture libres, parfois même téléchargeables en epub ou mobi.


J'amorce la pompe avec "Le Train perdu", en raison de deux détails : d'abord un bout de Marseille dedans (même si c'est la prison - mais est-ce étonnant ?) et surtout car il y est question de manière allusive d'un célèbre logicien londonien "à qui ses spéculations avaient valu quelque notoriété".

 C'est sans prétention mais ça passe le temps, et c'est déjà énorme.

jeudi 3 août 2017

The Strange Bird - Jeff Vandermeer - We'll meet again


Un petit mot pour signaler que Jeff 'Fungi' Vandermeer aime tant le monde post-apo weird de Borne qu'il y retourne avec une novella intitulée "The Strange Bird".

On y lit les tribulations du Strange Bird, un superbe oiseau sans nom, unique en son genre et seul survivant de l’extermination d'un laboratoire secret.
Une chimère génétique à qui son « aimant interne » impose l'impératif catégorique de voler sans relâche vers un lointain lieu d'espoir d'où le monde pourrait être sauvé.
Un patchwork d'oiseau, d'humain, et de pieuvre, à qui la convoitise que suscite son pouvoir de camouflage chez le puissant et impitoyable Magicien coûtera une torture sans nom et des années de liberté.
Un témoin captif (et pas amoureux du tout) de la guerre à outrance qui se joue dans la Cité, offrant au lecteur de Borne un autre point de vue, distancié, sur les événements du roman (MAIS : "The Strange Bird" est lisible et compréhensible sans prérequis). Un être sentient et ressentant qui souffre au point de manquer de se perdre avant de, plus tard et grâce à Wick (cf. Borne), retrouver son être et gagner ce que son créateur ne lui avait pas donné : un libre-arbitre.

On gagne ici quelques informations sur le ravage du monde, sur ce, donc, qui précède Borne. On redescend dans les ruines de la Cité, au milieu des cadavres, des chimères, des vers fouisseurs, et des débris. On lit surtout une prose d'une grande beauté qui, par son style narratif, pourrait être un conte – noir et sinistre certes –, une de ces histoires de voyage, d'emprisonnement, de magiciens, et de monstres, qu'on lit dans certains contes des Mille et Une nuits, et une de ces langueurs d'amour qu'on trouve dans certains autres.

A lire sans hésiter.

The Strange Bird, Jeff Vandermeer

mardi 1 août 2017

Pline - Yamazaki - There ye be monsters


Suite de la biographie imaginée de Pline avec ce tome 3 qui met Poppée en couverture mais ne lui donne qu'un rôle mineur.

On continue d'y suivre les traces du célèbre naturaliste romain. Certes, en dépit de mon affirmation précédente, Poppée illumine de sa beauté quelques pages du manga et intrigue pour pousser Néron à l'épouser (et à tuer sa première femme Octavie). Ses manœuvres encouragent l'irresponsabilité et l'inconstance d'un empereur bien peu digne de sa charge. Elles éloignent aussi de lui ses plus proches amis et conseillers (parmi lesquels Pline) qui craignent à juste titre pour leur vie. Le sage ira se mettre au vert du côté de Pompéi et d'Herculanum ; sans doute pas la meilleure idée de sa vie.

Mais le manga ne contient pas que la politique impériale romaine. C'est toute la Rome du Ier siècle qui défile entre ses pages.

Une ville violente et dangereuse.
Une ville aux finances mises à mal par les dépenses somptuaires de l'empereur.
Une ville où commencent à prêcher les disciples de la nouvelle religion chrétienne.
Une ville où haut niveau d’ingénierie et superstition cohabitent, où on croit aux monstres les plus invraisemblables - telles ces licornes que seules des vierges peuvent amadouer.

Pline, malade, y étudie les insectes et y disserte sur la nature humaine.
Habité par l'amour de la connaissance, il place l'éducation au sommet de tout et fait du développement de l'esprit l'objectif évident de toute bonne vie humaine.
Passionné de nature, il respecte les animaux que l'humain domine et dit avoir plus confiance dans un éléphant que dans un esclave (en raison du fait que ce dernier est humain).
Homme à la pensée complexe, il est capable de dire qu'il n'y a pas de nature servile qui serait le propre des esclaves, ce qui ne l'empêche nullement d'en acheter ou d'en utiliser. A Rome, vis comme les Romains.

Ce balayage de nombreux thèmes est à la fois la force et la faiblesse du manga. La mosaïque est riche mais tout parait un peu survolé. A la suite du touche-à-tout Pline, le lecteur passe d'un sujet à l'autre, sans avoir le temps de vraiment s'attarder. Ca reste néanmoins d'une lecture agréable, et le sujet est assez original pour mériter plus qu'un intérêt distrait.

Pline 3, Yamazaki, Miki

mercredi 26 juillet 2017

Dichronauts - Greg Egan


"Dichronauts" est le dernier roman SF de Greg Egan. Moi qui aime vraiment l'auteur et ses folles extrapolations scientifiques trouve qu'ici il est allé trop loin, qu'il s'est trop amusé avec son monde mathématique et a oublié de le peupler vraiment. Une erreur qu'il n'avait pas faite dans la trilogie Orthogonal.

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 88, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

Seth is a surveyor, along with his friend Theo, a leech-like creature running through his skull who tells Seth what lies to his left and right. Theo, in turn, relies on Seth for mobility, and for ordinary vision looking forwards and backwards. Like everyone else in their world, they are symbionts, depending on each other to survive.
In the universe containing Seth's world, light cannot travel in all directions: there is a “dark cone” to the north and south. Seth can only face to the east (or the west, if he tips his head backwards). If he starts to turn to the north or south, his body stretches out across the landscape, and to rotate as far as north-north-east is every bit as impossible as accelerating to the speed of light.
Every living thing in Seth’s world is in a state of perpetual migration as they follow the sun’s shifting orbit and the narrow habitable zone it creates. Cities are being constantly disassembled at one edge and rebuilt at the other, with surveyors mapping safe routes ahead.
But when Seth and Theo join an expedition to the edge of the habitable zone, they discover a terrifying threat: a fissure in the surface of the world, so deep and wide that no one can perceive its limits. As the habitable zone continues to move, the migration will soon be blocked by this unbridgeable void, and the expedition has only one option to save its city from annihilation: descend into the unknown.


Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :

mardi 25 juillet 2017

The martian obelisk - Linda Nagata - Wishful


"The martian obelisk" est une courte nouvelle lisible sur le site Tor. On y voit une architecte de notre avenir proche construire - art pour l'art -  une obélisque-mémoire sur Mars.

Ce texte, non dénué d'un certain charme, explore les derniers soubresauts de notre civilisation mourante.
La très vaine obélisque y est un épitaphe destinée à personne, témoignant de la grandeur scientifique de l'humanité autant que de sa bassesse morale.
Mais pourtant, alors que les issues semblent toutes désespérantes, c'est in fine l'espoir qui s'impose, preuve s'il en est besoin que la partie n'est pas perdue tant que la fin n'est pas sifflée.

Un texte au ton intéressant qui pèche par trop de wishful thinking, mais une voix à suivre quand elle se sera débarrassée de ses oripeaux feelgood.

The martian obelisk, Linda Nagata