jeudi 23 mai 2013

La remagification du monde


Pour "The Paper Menagerie", Ken Liu a obtenu le prix Nebula 2011, le Hugo 2012, et le World Fantasy Award 2012. Aucune nouvelle n’avait jamais gagné ces trois prix. Sachant cela,  j’y suis allé voir, un peu comme on va voir la femme à barbe. Le risque est grand dans ce genre de situation d’être déçu, et que le phénomène ne soit pas à la hauteur des attentes qu’il a suscité.

Dans "The Paper Menagerie", Liu raconte l’histoire du fils d’un couple mixte américano-chinois, son amour premier pour sa mère puis son éloignement progressif. Dans le texte de Liu il y a  la magie d’origamis merveilleux, c’est vrai, mais il y a surtout la réalité des épouses sur catalogue, des esclaves domestiques, du racisme ordinaire des « braves gens », du conformisme forcené des enfants, de la honte et de l’insensibilité qui peut s’installer entre membres d’une même famille. On y voit aussi la tragique histoire chinoise autour de la Révolution Culturelle (et il y a quelque chose du Vivre de Zhang Yimou dans une partie de cette nouvelle). Et tout ça en quelques pages.

Mais surtout, il y a une histoire qui n’aurait pas besoin d’être magique et qui est terriblement émouvante. Comme dans Good Bye Lenin qui, par delà la Chute du Mur, racontait l’histoire de l’amour énorme d’un fils pour sa mère, "The Paper Menagerie" raconte l’amour bouleversant d’une mère pour son fils.
Ca prend à la gorge puis ça serre très fort; et si c’est Gromovar, bien connu comme heartless bastard, qui le dit, vous pouvez le croire. Pour percer ma couenne, il en faut.

En conclusion, s’il y a une nouvelle que vous devez lire cette année, c’est "The Paper Menagerie" du sino-américain Ken Liu. Elle mérite sans le moindre doute ses trois prix. Le reste est fade à côté.

Notons que la nouvelle est lisible en français dans Fictions n°16.

The Paper Menagerie, Ken Liu

Ces nouvelles participent au Challenge JLNN

Ken Liu free


Grâce au Traqueur Stellaire, j’ai fait hier la connaissance de Ken Liu. Américain d’origine chinoise, Liu est avocat, programmeur, écrivain et poète. C’est aussi un traducteur primé pour son travail. Il a enfin obtenu les prix Nebula, Hugo, et World Fantasy Award pour sa nouvelle « The Paper Menagerie ».

Sur le site de la revue Nature, dans le cadre de sa rubrique Future, on peut trouver en téléchargement gratuit quatre nouvelles de Liu. Courtes (deux pages Word), gratuites, plaisantes, pourquoi s’en priver, d’autant que le jeune homme a le vent en poupe.

On lira donc avec profit :

Celestial Bodies, joli texte poétique décrivant l’histoire d’amour entre deux corps célestes et le déchirement causé l’apparition de la vie, synonyme de « maternité ».

To the Stars, dans lequel une tentative d’outsourcing dont le but est de déterminer quoi emmener pour un premier contact avec la vie extraterrestre se heurte à la bêtise, à l’agressivité, et à la vénalité de l’humanité. Pourquoi cela sonne-t-il aussi juste ?

The Plague, beau texte qui n’est pas sans m’évoquer Utopia. Après la dissémination folle et incontrôlée de grey goo, une part de l’humanité a muté sous l’effet des nanobots. Les « purs », nos semblables, vivent sous dôme, les autres, hideux et chuintant, à l’extérieur. Sont-ils une nouvelle forme de vie à respecter comme les autres ? Faut-il les aider ? La communication entre les deux groupes est-elle possible ? Et souhaitable ?

Monkeys reprend à son compte la fameuse idée selon laquelle des singes dotés d’une machine à écrire et de l’éternité finiraient par taper les œuvres de Shakespeare. L’histoire illustre l’idée de Duchamp selon laquelle c’est l’artiste qui définit l’art, et la croyance populaire qui affirme que la beauté est dans les yeux de celui qui regarde.

Celestial Bodies, To the Stars, The Plague, Monkeys, Ken Liu


Ces nouvelles participent au Challenge JLNN

Utopia, Ahmed Khaled Towfik


"Utopia", premier roman publié en français de l'égyptien Ahmed Khaled Towfik, c'est bien, c'est très bien, vraiment bien.

Mais je ne peux pas dire pourquoi c'est bien, ni comment c'est bien, juste répéter encore une fois que c'est bien. Car ma chronique sera dans le Bifrost n° 72, et elle ne reviendra ici qu'un an après la sortie de la revue (c'est à dire, pfff...).

Je peux au moins donner le résumé de couv' car celui-ci est disponible partout :

Le Caire, 2023. À l’abri de hauts murs barbelés, la jeunesse oisive de la colonie d’Utopia s’ennuie. Seule la « Chasse » procure le grand frisson et a valeur de rite initiatique. Le but: s’introduire dans les bidonvilles du Caire, tuer un pauvre et ramener un trophée. Un jeune homme et sa petite amie ont décidé de goûter à la poussée d’adrénaline. mais leur immersion dans les bas-fonds du Caire, véritable cour des miracles post-apocalyptique, se révèle plus dangereuse que prévu. Démasqués, traqués par une population haineuse, ils vont à leur tour devenir la proie des chasseurs. Parviendront-ils à sauver leur peau?

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :

mercredi 22 mai 2013

Fear of the dark


"Celui qui venait du froid" est une nouvelle de Jean-Michel Calvez, publiée en numérique par ActuSF. Quand la visite au musée d’un groupe d’enfants aveugles tourne vraiment très mal…

Malheureusement cette nouvelle n’est guère convaincante. Trop lente dans son déroulé, elle ne propose pas vraiment de progression dramatique et n’inspire aucune montée d’angoisse. La cécité des enfants n’est guère utilisée au service du récit ; elle ne sert pas à faire partager au lecteur l’effroi que doivent ressentir des aveugles environnés d’une menace qu’ils ne peuvent pas voir. Quelques films existent qui font ça à merveille (Seule dans la nuit de Terence Young, Terreur aveugle de Richard Fleischer, ou encore le Blink de Michael Apted) ce n’est pas le cas ici. Il y avait beaucoup à faire avec ce groupe d’enfants ; ce n’est pas fait. Dommage.

Celui qui venait du froid, Jean-Michel Calvez

L'avis (positif) d'Anudar

Cette nouvelle participe au Challenge JLNN

Oui mais non


Dans le petit livre numérique intitulé "Truc" par les éditions ActuSF, il y a deux novellas d’Anne Duguël (on peut dire aussi roman court, ou roman français de blanche ce qui, en taille, revient au même). Mieux eût valu qu’il n’y en eût qu’un.

"Truc" est un texte drôle, enlevé, dans lequel Gudule fait montre de son talent bien connu pour la causticité et l’outrance sous contrôle. Comme dans nombre de ses autres œuvres, elle y met en scène une enfance à la fois martyre et bourreau, elle n’hésite pas s'autoriser ce que peu osent : pointer l’atrocité que peuvent engendrer des liens familiaux corrompus par tout l’affect et toute la névrose enkystée du monde. Elle montre des enfants victimes (faisant saigner les yeux de bien des « mamans » par ce simple fait) et aussi des enfants bourreaux, d’autant plus monstrueux qu’ils font le mal avec une sorte d’ingénuité.
Dardant quelques vérités bien senties sur le fonctionnement de la société du spectacle, sur une pédophilie devenue en peu d’année l’alpha et l’oméga du crime (une sorte d’équivalent contemporain de la sorcellerie médiévale), et sur le besoin de croquemitaines qu’a toute société, Gudule fait montre d’une belle gouaille et d’une ironie complètement déjantée, tout en réussissant l’exploit de ne jamais tomber dans une grosse rigolade pour laquelle on sait que j’ai peu de goût.
Un texte sans surprise, mais drôle, malin, et très agréable à lire.

Dans "Les chiens ne nous méritent pas", la funambule Gudule glisse et tombe d’un fil trop chargé de rires gras. Evoquant la solitude d’une veille femme dans l’une de ces institutions où on enferme les vieux (pour leur bien évidemment) ainsi que la maltraitance à enfant (les deux extrémités de la vie), elle le fait sous forme d’une pochade énorme qui n’aurait pu m’amuser qu’après une ingestion massive de champignons hallucinogènes. De fait j’ai halluciné, mais sans champignon ; la novella m’a suffit. Elle m’a remis en mémoire l’inénarrable chanson « Mon vieux Pataud ».

Truc, Anne Duguël 

Cette nouvelle participe au Challenge JLNN

samedi 18 mai 2013

Se couvrir la tête de cendres


"Celles qui marchent dans l’ombre" est une nouvelle de Jean-Philippe Jaworski, publiée en numérique par ActuSF.

Superbe narration de la cavale, une vie durant, d’un meurtrier et de son complice, coupables d’un tel crime qu’ils furent pris en abomination par les dieux et les hommes, le texte de Jaworski enchante par la richesse de son vocabulaire, la beauté de ses images, une évocation si réaliste du maquis méditerranéen que le lecteur a l’impression de s’y trouver au côté du fugitif.

L’auteur parvient à suggérer les rythmes effrénés et parallèles de la fuite et de la poursuite. Il évoque l’horreur de la traque éternelle. Il dit l’anéantissement d’un guerrier dont les armes ne servent plus qu’à chasser des animaux et qui ne vit plus qu’en dissimulant ses traces. Il se paie même le luxe de réunir les deux héros que la symbolique mythologique oppose d’habitude. Bien joué. (Impossible de spoiler, sauf sur demande).

Celles qui marchent dans l’ombre, Jean-Philippe Jaworski

vendredi 17 mai 2013

The book that Jack wrote


Avec "American Gothic", son dernier roman, Xavier Mauméjean propose la biographie de Daryl Leyland, auteur trop méconnu d’une version américaine culte des Contes de la Mère l’Oye. Seul problème : Leyland n’existe pas, pas plus que sa version des Contes (quoi qu’en dise un Wikipedia devenu complice involontaire de la mystification littéraire de l’auteur). C’est donc à Mauméjean de l’inventer et de le rendre crédible. Pari tenu.

Suivant Parisot, le biographe français, qui suit Sawyer, le biographe américain, le roman promène le lecteur le long des traces laissées par la vie de Leyland dans un décor qui est celui de l’Amérique du début du XXème siècle. Construit comme un patchwork de témoignages, notes, souvenirs, reculant puis avançant dans le temps comme dans un assemblage de poupées gigognes, "American Gothic" raconte Daryl Leyland, son seul ami Max Van Doren (l’illustrateur des contes), mais aussi les contes eux-mêmes (du moins certains d’entre eux). Il raconte une histoire de l’Amérique, réelle et fantasmée, dans laquelle se mêlent le maccarthysme, la prohibition, Al Capone, les immigrés, italiens, irlandais, allemands, qui ont fait l’Amérique, les fermiers américains dans les grandes étendues tempétueuses, les maires corrompus,  les orphelinats d’une époque où on se débarrassait facilement des enfants qui gênaient quand on ne leur tapait pas dessus à domicile, les camps de redressement pour "petites vermines", les violences, physiques, sexuelles aussi. On y croise bien sûr la Guerre, les guerres, 14-18, 39-45, la Corée. On y voit l’âge d’or de la radio, les débuts de la télévision et de son travail de sape du cinéma, les frères Warner et leurs affidés, on y entrevoit Orson Welles et sa Guerre des Mondes, des conventions de fan, Alice au Pays des Merveilles, le Magicien d’Oz, et même le peu aimable Cotton Mather.

"American Gothic" est un beau travail d’invention, très documenté, mêlant habilement vrai et faux dans un complexe qu’il me paraît vain de tenter de démêler. Et pourtant je m’y suis pas mal ennuyé. A la moitié du roman, j’ai du admettre que la vie de Daryl Leyland ne m’intéressait pas.

"American Gothic" n’est ni Gatsby le Magnifique, ni Citizen Kane. Daryl Leyland est un gars qui a compilé un recueil de contes populaires et écrit des blagues Carambar. Son histoire, souvent émouvante, et symptomatique d’une certaine misère américaine que connurent ceux qu’on ne qualifiait pas encore de white trash (dans un pays qui avait l’excuse de n’être pas encore le plus riche du monde), n’est pas celle d’un héros plus grand que la vie. Les enjeux de son existence sont modestes, et l’effet qu’il a sur la culture américaine est involontaire et indirect ; c’est trop peu pour un personnage inventé de toutes pièces (même à partir d’un modèle réel). Quand à l’Amérique qu’il nous invite à parcourir, elle est trop pointilliste pour être autre chose qu’un décor érudit (l’amplitude temporelle étant trop grande eu égard au nombre de pages). Elle n’apporte pas d’enjeu strictement historique ni d’éclairage véritable sur une période donnée.

Un écrivain invente un écrivain et raconte son histoire par l’entremise d’un écrivain fictif s’intéressant à un scénariste inventé s’intéressant à l’écrivain imaginaire, un écrivain en et hors genre à la fois raconte l’histoire d’un écrivain à la marge devenu très célèbre et disparu avant de le devenir encore plus ; le monde des lettres apprécie (la presse est sous le charme), le miroir dans lequel il se mire l’enjolive, un monde se parle agréablement de lui-même (et la saillie sur « les services de presse » vient confirmer mon impression ; ma mère et sa crémière n’ont aucune idée de ce qu’est un « service de presse »).
J’assiste, de l’extérieur. Je suis sûrement de « ces esprits chagrins » qui « achetaient leurs exemplaires avant de les détruire ».

American Gothic, Xavier Mauméjean

Les avis (positifs) de Lhisbei et d'Efelle

lundi 13 mai 2013

Les lauréats du GPI 2013

Le GPI 2013 vient de désigner ses lauréats (les sélections sont ici)


Il y a du bon dedans. Qu'on en juge. Pour ce qui nous concerne.


Meilleur roman francophone




Meilleur roman étranger 

La fille automate, Paolo Bacigalupi


Meilleure nouvelle étrangère

La petite déesse, Ian McDonald


Prix Jacques Chambon de la meilleure traduction

Sara Doke pour La fille automate (Gratz Sara, you deserve it)

Les eaux glacées du calcul égoïste


« Si l’apparence coïncidait avec l’essence, toute science serait superflue. »

Cette phrase tirée du Capital est au cœur de la thématique de "Freedom and Necessity", le roman historico mystique de Steven Brust et Emma Bull. Mais c’est le Freedom and Necessity d’Engels, le balancement dialectique hégélien entre volontarisme et déterminisme qui lui a donné son titre.

Au milieu du XIXème siècle, alors que la Révolution Industrielle transforme l’Angleterre de fond en comble, bouleversant les hiérarchies anciennes et créant de nouveaux rapports entre de nouvelles classes sociales, James Cobham, un aristocrate flamboyant que tous croyaient mort noyé, se rappelle au souvenir de son cousin en lui expédiant une lettre depuis une auberge dans la campagne anglaise.

L’a-t-on poussé à l’eau ? Si oui, qui ? Pourquoi ? Et où a-t-il passé les deux mois séparant sa disparition de son retour dans le monde des vivants ? Confronté à un péril inconnu, James choisit de commencer par rester caché et, assisté d’une partie de sa famille et de quelques contemporains, il se lance alors à la recherche de ceux qui ont voulu sa mort. Sa quête, épistolaire pour le lecteur, le mènera sur les traces d’une société secrète de magiciens traditionnels et dans les méandres de la politique d’un siècle en ébullition entre nationalisme, socialisme, et contre-révolution.

Lors d’une (trop) longue aventure, le roman ballade le lecteur dans un XIXème anglais tiraillé par des forces sociales, politiques et culturelles contradictoires.

Les lois sur le blé ont été abolies quelques années auparavant (Ricardo, militant fervent pour leur suppression n’aura pas vécu assez longtemps pour voir sa victoire), signant l’arrêt de mort de l’aristocratie terrienne, et la montée en puissance de la bourgeoisie industrielle à qui la réforme des lois sur les pauvres va offrir la main d’œuvre exploitée, sinon servile, dont elle aura besoin pour réaliser son rêve d’accumulation du capital. Les premiers mouvements féministes militent sans grand succès encore, à tel point que la réforme électorale de 1832, qui augmente le nombre des électeurs censitaires sans instaurer le suffrage universel, ferme formellement la porte à un suffrage féminin. Le chartisme anglais, qui exigeait des droits politiques plus étendus, est moribond après trois pétitions sans suite et quelques graves émeutes. Pendants politiques des romantiques, nationalistes et révolutionnaires font florès en Europe, renversant les régimes, brisant les équilibres géopolitiques, et menaçant les dynasties. Le socialisme commence à prospérer sur le continent et en Angleterre même, dans le secret, car les socialistes sont susceptibles partout d’être arrêtés, déportés, voire exécutés pour sédition. Un monde meurt, un autre peine à naitre.

Au nexus de ces convulsions, la famille Cobham synthétise l’époque. Elle répondra involontairement à toutes les questions du moment par l’entremise de ses différents membres. Quelle place pour les femmes dans ce nouveau monde (entre indépendance à conquérir et mariage traditionnel) ? Est-on déterminé par sa naissance ou peut-on choisir sa classe ou sa nation ? Comment dévoiler la domination cachée ? Quel est le prix de la clandestinité pour soi et pour les autres ? L’action clandestine corrompt-elle autant que le pouvoir exercé ? Peut-on former des leaders révolutionnaires ou existe-t-il des leaders naturels ? Est-il raisonnable de retarder un mouvement révolutionnaire pour lui donner plus de chance d’aboutir ? Peut-on faire la révolution sans le peuple (comme le pensent les blanquistes) ou ne faut-il créer qu’une avant-garde éclairée (comme l’affirment les communistes) ? Et plus intimement : Quel est le prix du mensonge ? Qu’implique la confiance ? A qui confier sa vie ?

Tout ceci est intéressant, et les conversations entre les Cobham (mais aussi Friedriech Engels) abordent également des questions de philosophie, d’art, de culture.

Malheureusement le tout est bien trop long. Trop de bavardages, de conversations annexes, à tel point qu’on se croirait chez Stephen King lorsqu’il tire à la ligne. Ca n'en finit pas. Et, cerise sur le gâteau, on obtient finalement moins de détails concrets sur le monde que dans un roman historique classique car les lettre s’échangent entre gens qui savent de quoi ils parlent et ne ressentent donc jamais le besoin de décrire ce qui est évident pour eux. Restent quelques jolies phrases.

Freedom and Necessity, Steven Brust, Emma Bull

samedi 11 mai 2013

Even death may die


"Zorn et Dirna" est une série BD de fantasy en six albums que Soleil vient de ressortir en Intégrale. Superbe occasion pour quelqu’un qui avait snobé la première édition en raison de dessins jugés trop enfantins ; grave erreur que des conseil avisés ont permis de corriger. Car "Zorn et Dirna" n’est absolument pas à mettre entre des mains d’enfant, et c’est tant mieux pour moi.

Un royaume gouverné par un roi si terrifié par la mort qu’il parvint à l’emprisonner magiquement. Plus personne n’y meurt depuis quelques siècles, mais on y vieillit quand même, jusqu’à pourrir « vivant » (comme le Mr Valdemar de Poe). Aucune blessure n’y est assez atroce pour provoquer la délivrance, la souffrance peut donc y être éternelle. Et même la décapitation, seul moyen de « tuer » définitivement un corps, ne fait que transférer l’âme de celui-ci dans le corps du tueur. L’immortalité est une malédiction dont tout un peuple souffre, jusqu’à ce que deux jumeaux au pouvoir surnaturel apportent l’espoir d’un possible repos éternel.

Le scénario de Morvan est une vraie réussite. Doté d’une action trépidante, il met en scène des personnages qui parviennent sans peine à se rendre attachants ou odieux, agrippant le lecteur pour ne le lâcher, à bout de souffle, qu’à la toute fin du récit. Jouant brillamment sur les codes de la fantasy, il met en scène une mère méconnaissable, un père qui finit par le devenir aussi, et des enfants au visages angéliques dont le pouvoir singulier est de donner la mort. Il leur oppose des tueurs sanguinaires et bestiaux, une cour corrompue (au propre comme au figuré) autant qu’il soit possible de l’être (voire un peu plus) sans oublier quelques personnages secondaires fous ou revanchards qui apportent avec eux leur lot d’épreuves pour les héros de l’aventure.

Morvan utilise à merveille les possibilités que lui donnent ses deux postulats de départ : l’impossibilité de mourir et le transfert d’âme. Ces éléments sont au cœur de la dynamique du récit et ils en commandent les nombreux rebondissements. La base magique du monde est autre chose qu’un décor, source de dépaysement, elle sert une histoire qui ne pourrait exister telle quelle dans un monde prosaïque, même truffé de zombies.

Pour ce qui est du ton, soufflant le chaud et le froid, l’histoire promène le lecteur entre effroi et amusement ; au milieu des batailles, des tueries, des tortures insoutenables, surviennent régulièrement des moments très drôles par leur décalage, leur incongruité (il faut avoir vu le barbare trouvant les enfants).

Il y a peu de BD qui réussissent à être vraiment drôles et cocasses (parfois à la limite de l’absurde) sans oublier de contenir un fil narratif cohérent, passionnant et endiablé. C’est le cas ici, comme dans le comic Chew, proximité renforcée par l’accumulation des détails amusants (les taupes messagères par exemple, ou une découpe des animaux qui rappelle Douglas Adams). Mélange rare et de grande qualité.

Les dessins ne sont pas en reste. Le contraste permanent entre éléments de conte de fées et scènes d’abjection enfonce le clou du récit gémellaire. On notera aussi quelques pleines pages vraiment réussies et spectaculaires. C’est très bien fait ; ça sert le point visé.

Zorn et Dirna, Intégrale, Morvan, Bessadi, Lerolle

mercredi 8 mai 2013

RIP Ray Harryhausen


Ray Harryhausen, brillant créateur d'effets spéciaux quand rien n'était numérique, est mort hier à 93 ans. Il apporta au cinéma un merveilleux qui rappelle à tous qu'avant d'être le 7ème art, celui-ci naquit comme "Lanterne magique".

Je suis venu très jeune à la SFFF par la lecture des "Conquérants de l'Impossible" de Philippe Ebly ; grâce aussi aux films truqués par Ray Harryhausen que mes parents m'amenaient voir au cinéma. Je crois qu'après avoir vu la scène d'où la photo ci-dessus est extraite, mon destin était scellé.

Fare well Ray. Say Hi to the Gods !

vendredi 3 mai 2013

Martyrs de Peru : Blockbuster


Après le prometteur Druide, et à coté des nombreuses BD qu’il scénarise et/ou dessine (Zombies et Nosferatu entre autres), le très prolifique Olivier Peru sort ces jours-ci le premier volume d’une nouvelle trilogie de fantasy, "Martyrs".

Un royaume impérialiste, conquis par la force, un peuple ancien, les Arsekers, presque totalement anéanti par le conquérant, un roi manipulateur et cynique, petit-fils du précédent, une rébellion qui couvait et qui éclate, ramenant la guerre là où l’autoritarisme royal imposait la paix par la corruption et l’assassinat. Et deux frères, assassins de profession, Arsekers de naissance, survivants d’un peuple anéanti dans un monde qui leur reste hostile. Et aussi une princesse embastillée, condamnée à vivre dans la forteresse de ses ancêtres par le traité de paix inique qui leur fut extorqué.

Tournois, vengeance, prophétie, nouvelle religion, fantômes, rébellion, guerre, complots, morts violentes, tortures, mystère, amour, Peru n’épargne rien au lecteur. Avec ce premier tome, il livre un roman efficace et prenant, une grande aventure qui se déroule toujours plus loin et toujours plus haut sous les yeux du spectateur. Les personnages sont complexes. Le monde est vaste et largement décrit ; la ville tentaculaire d’Alerssen où se situe l’essentiel de l’action est peuplée, vivante, et réaliste. Les enjeux sont très élevés car il s’agit de vie, de mort, et de pouvoir. La vilénie, comme l’héroïsme, n’ont pas de limite.

Frères orphelins fusionnels inscrits dans une relation parent/enfant qui se meurt car le plus jeune devient un homme, roi machiavélien, aussi seul qu’il est monstrueux, jeune princesse forcée par le monde de grandir en accéléré, nobles corrompus et vénaux, chevaliers chevaleresques et chevaliers qui le sont moins, conseillers loyaux et compétents, gardes usés par la vie, rebelles prêts à mourir pour leur cause, ami caché dans l’ombre, et ennemi suprême sur qui concentrer son dégout.
Les personnages, détaillés, riches, souvent torturés, sont le point fort du roman, même si le world building et le rythme du récit ne sont pas en reste. "Martyrs" est un page turner qui emmène le lecteur dans une histoire larger than life. J’ai pris un vrai plaisir à le lire. Et les quelques dizaines de pages finales ne gâchent rien, au contraire ; Peru sait poser un cliffhanger.

Néanmoins, deux choses m’ont gêné.

D’une part, la manière dont Peru décrit les sentiment amoureux (quand une histoire d’amour impossible est l’un des ressorts du récit) m’a paru bien trop romantique, au sens presque mièvre du terme. On peut aimer ; la manière dont les états d’âme s’exprimaient m’a souvent agacé.

D’autre part, il y a quelque chose de formaté dans le roman. Rebondissements en cascade (et parfois la cascade est haute), timing toujours trop parfait des évènements et tribulations, reprise de l’efficace connu (de William Wallace à Roméo et Juliette en passant par Barbe Bleue) j’ai souvent eu l’impression que Peru mettait dans son livre tout ce qu’il fallait, exactement où et quand il fallait. A un tel point que j’ai fini par le voir. De ce fait, "Martyrs" est l’équivalent littéraire d’un blockbuster auquel j’ai pris un vrai plaisir teinté d’un peu de culpabilité tant j’ai eu conscience d’avoir accepté d’être manipulé pour ce faire.

Mais ça c’est moi ; on peut aussi ne pas bouder son plaisir et simplement apprécier le tourbillon "Martyrs".

Martyrs, livre I, Olivier Peru

jeudi 2 mai 2013

Classons nos 15 meilleurs films de SF


Taggé par Guillaume, je dois établir la liste de mes 15 films préférés de SF. Exercice extraordinairement périlleux pour moi.

Je ne sais pas classer sans noter à l’aide d’un barème. D’abord à cause du biais de perception banal qui conduit à se souvenir mieux des évènements récents (le classement aurait donc forcément été différent il y a un mois ou dans un mois). De plus, si je sais précisément et sans grand doute ce que je n’aime pas, donner un ordre dans ce que j’aime dépend de critères de classement inconscients dont la pondération fluctue (non parce que je suis inconstant, que je ne prenne personne à le suggérer, mais parce que, banalement, ce qui m’importe beaucoup à un moment donné m’influence plus que ce qui m’importe moins et que, de surcroit, l’utilité marginale de chaque type de sensation est décroissante pour moi comme il l’est pour tous. Tout passe, tout lasse).

Conséquences :

Je ne grave pas dans le marbre cette liste qui aurait été différente à un mois de distance
Je l’organise par ordre alphabétique, tant je ne peux dire que l’anticipation politique de tel film vaut plus pour moi que les rushes d’adrénaline de tel autre ou l’angoisse instillée par un troisième.

1984
Alien
Bienvenue à Gattaca
Blade Runner
Brazil
Cloud Atlas
L'armée des 12 singes
L'empire contre-attaque
La route
Matrix
Minority Report
Terminator
Total Recall
Watchmen
X-Men Le Commencement

Disons seulement que si je ne devais en garder qu’un et bruler les autres, je crois que ce serait Brazil.

Après, si vous voulez vraiment savoir quel est le film que j’ai le plus vu et revu, c’est le Conan de John Milius (et oui, désolé pour les permanents de l'indignation progressiste, il y a une femme aux pieds de Conan).

jeudi 25 avril 2013

Boxing Helena


Chew continue avec ce tome 6, intitulé "Space Cakes". Tout un programme.

Alors que Tony Chu est à l’hôpital dans un état grave, le volume se concentre sur les aventures de sa sœur jumelle Toni. Tony lisait le passé des choses ingérées, le pouvoir de Toni consiste à prédire l’avenir de ce qu’elle absorbe, à condition que ce soit vivant. Moins utile pour résoudre des enquêtes, ce talent a surtout pour effet de pourrir sa vie sentimentale, car elle ne peut s’empêcher de mordre ses amants pour savoir de quoi demain avec eux serait fait.

Le service de ce numéro est constitué de nouveaux pouvoirs métapsychiques alimentaires, d’hybrides poulets/grenouilles, de « simples » grenouilles hallucinogènes, d’agents de la NASA guère plus sérieux que les chevaliers de Camelot dans Sacré Graal ! On y voit Tony être utilisé de la manière la plus éhontée, on y retrouve la Némésis vampire, on est témoin de morts atroces qui mettent pourtant le sourire aux lèvres du lecteur. On y assiste à une conclusion dure qui rappelle que la série n’est pas qu’humoristique et que les enjeux y sont très élevés.

Je ne reviens pas sur les qualités de la série. Progression narrative régulière, personnages nombreux, jamais straight, et toujours drôles, délire presque sans cesse hors de contrôle et finalement toujours maitrisé, histoire « fil rouge » et quêtes annexes, il est impossible de s’ennuyer en lisant Chew, sauf à être un véritable pisse-vinaigre. Les dessins, décalés et imaginatifs (les scènes de lit en plongée sont impressionnantes), fourmillent de détails et participent au plaisir de lecture.

Je regrette juste ici une densité plus faible qu’à l’habitude du fait de l’intégration des aventures de Poyo, le poulet bionique, dont j’aurais pu me passer. Je propose, Layman dispose.

Chew t6, Space Cakes, Layman, Guillory

En quête des dieux humains


"Les Fables de l’Humpur" est l’un des meilleurs romans de Pierre Bordage. Il vient d’être adapté par lui-même en BD et c’est une belle réussite.

Dans un Périgord futur revenu à la féodalité ne vivent plus que des animaux humanisés. Carnivores au sommet de la hiérarchie sociale comme ils le sont de la chaine alimentaire, herbivores à sa base. Dans ce comté de Luprat où débute l’histoire, les loups gouvernent un peuple de gueux porcins (les grognes) qui doivent régulièrement donner certains des leurs en holocauste à leurs maitres lupins (les hurles). Cet impôt du sang est le prix de la sécurité pour les autres.

Devancé par un grogne plus fort et agressif que lui lors de la copulation collective, alors qu’il faisait naïvement des rêves romantiques, Véhir, jeune grogne puceau et bien trop sensible pour son monde, fuit sa communauté. Il rencontre dans les bois un très vieux grogne banni qui l’incite à devenir meilleur et à se mettre en quête des dieux humains disparus. Il se trouve alors plongé dans une aventure bien plus grande que tout ce qu’il aurait pu imaginer, dans un monde de fureur et de mort, aidé par le plus inattendu des compagnons et opposé à des ennemis terribles.

Le roman de Bordage est une petite merveille d’invention. Personnages attachants, société féodale complexe, religion intrusive, prophétie, lutte fondamentale bien/mal, sexe et pouvoir, mort et vengeance, mariages politiques, entre autres, les éléments de l’univers de Pierre Bordage sont là, moins assénés que souvent ce qui les rend bien plus agréables. Ils ont pour écrin un monde passionnant dans lequel chaque espèce animale humanisée combine atavisme et intelligence. Ils ornent une aventure passionnante, résolument adulte malgré son caractère animalier. Et puis il y a la langue, et c'est un feu d’artifice. Français déformé, simplifié, abâtardi, la langue des « fables » a dégénéré autant que le monde lui-même. Toujours compréhensible, elle dégage une poésie véritable qui vient de son caractère « primaire », résolument non conceptuel. Elle participe au plaisir de la lecture, crédibilise le monde, et assure au texte son caractère de fable.

La BD reprend à merveille ces éléments. Adapté par Bordage lui-même (ce qui est un avantage), elle reproduit sans défaut le rythme, le merveilleux, le mystère du roman. Le dessin y est pour beaucoup, tant il montre un néo moyen-âge convaincant et y immerge le lecteur. Réalistes (!) et détaillées, les planches superbes de Roman sont servies par une colorisation de qualité, lumineuse, contrastée, qui donne vie aux lieux en y injectant une lumière réaliste (les sous-bois sont magnifiques).

Une très belle réussite donc et sans doute une des meilleures adaptations de roman en BD que j’ai lue.

Les Fables de l’Humpur t1, Les clans de la Dorgne, Bordage, Roman, Vincent

mercredi 24 avril 2013

Fétide panier de crabes


"Ferals", sorti ces jours-ci chez Panini, est violent, gore, sexuel. Ce qu’on attend d’une histoire de loup-garou après tout.

Dans une très petite ville du Minnesota, un homme est atrocement tué et démembré. L’enquête est menée par le guère brillant shérif Dale Chestnutt. D’autres meurtres suivront ; Chestnutt comprendra rapidement qu’il s’est mis dans la ligne de mire du tueur, et que celui-ci n’est pas humain.

"Ferals" est clairement un comics pour public averti. Scénarisé par ce David Lapham qui avait écrit la seconde saison du « Crossed » de Ennis, Ferals va dans la même direction que le cinéma gore le plus explicite. A Cypres, l’une de ces petites communautés villageoises typiques de la part rurale et reculée des Etats-Unis, une humanité peu ragoutante vit, boit de la Bud et copule, dans un eternel présent entre boulot lo-tek, chasse en forêt, billard au saloon, et un peu de sexe quand c’est possible. L’intrusion de l’Extérieur, d’un monstre issu d’une communauté encore plus fermée et aux règles bien plus strictes, détruit la tranquillité endormie de la petite ville et oblige Chestnutt à aller au devant de son destin.
C’est régressif, guère intellectuel, mais c’est stressant, ça prend aux tripes, et c’est l’effet recherché. D’autant qu’il y a plus à cette histoire que la simple divagation solitaire d’un loup-garou et que communautés secrètes et services très secrets se mêlent à la danse.

Le dessin est réaliste, explicite comme il faut pour ce genre de récit, tout à fait satisfaisant. Il fait le boulot.

A la fin de ce premier tome, le lecteur a été convenablement distrait (de manière assez instinctive, j’en conviens), il est intrigué par un certain nombre de questions restées sans réponse sur l’identité et les secrets des groupes en conflit. Il a envie de lire la suite pour savoir ce qu’il ignore et connaître le fin mot de l’histoire.

Ferals t1, Instinct animal, Lapham, Andrade

mardi 23 avril 2013

Les autres


Une fin d’après-midi de semaine, Robert Maitland, architecte talentueux doté d’une entreprise qui marche, d’une femme accommodante, d’un jeune fils, et d’une maitresse distrayante, roule trop vite sur une bretelle d’autoroute. Sa Jaguar dérape et s’écrase sous l’énorme réseau d’échangeurs et de passerelles sur lequel il roulait, dans une sorte de no man’s land envahi d’herbes et de déchets. Blessé, il comprend rapidement qu’il sera difficile de sortir de ces limbes en contrebas du monde, de ce lieu oublié et borné par un remblai bien raide pour une jambe invalide et des grilles métalliques irrémédiablement fermées.

Naturellement, Maitland tente d’escalader pour rejoindre la route, mais c’est si difficile. Et quand il y parvient, aucune voiture ne peut s’arrêter (la vitesse est grande et les distances courtes) si tant est qu’un conducteur voudrait avoir à s’entremettre avec ce qui ressemble plus à un clochard qu’à un libéral blessé.
Tel un Sisyphe débile, Maitland grimpe en vain, avant d’être renvoyé violemment au bas de la pente, plus blessé encore qu’au début de son odyssée. Malade, il sombre dans le fièvre et s’achemine vers une mort certaine lorsqu’il est « sauvé » par les deux étranges habitants du lieu.

Ce court roman de JG Ballard, au centre de la « Trilogie de Béton », reprend le thème de la métamorphose destructrice qui est au cœur de la trilogie.

Métamorphose d’un lieu où vécurent des hommes, et qui se retrouve écrasé par la modernité automobile bétonnière. Dans « l’île » de Maitland, au milieu des herbes folles, il y a un ancien cimetière, des jardins ouvriers, les restes des fondations de petites maisons, un vieux cinéma en ruine. Sous l’échangeur il y eut de la vie, des vies, avant que bulldozers et rouleaux compresseurs n’écrasent tout pour faire place aux déjections concrètes des Trente Glorieuses.

Métamorphose de Maitland, obligé pour la première fois de ralentir (jusqu’à l’arrêt), et de faire le point sur sa vie, son entourage, ses relations, les traumatismes de son passé. Et de réaliser à quel point il est, en fait, loin de presque tout ce qui constitue sa vie ; à quel point tout s’éloigne facilement, sans déchirement aucun.

Ce qui ne change pas, en revanche, c’est le caractère hiérarchique et destructeur de l’organisation sociale. Le monde moderne a relégué sous les herbes les traces de l’ancien monde, il y a aussi expédié, même (et surtout, ce qui est plus grave) involontairement, deux rebuts de la société de la performance. Hors du temps réglé de la production, vivant littéralement des déchets de la « civilisation », ces exclus, qu’on n’appelait pas encore ainsi, survivent, cachés à la vue d’une société qui n’a que faire d’eux et à qui ils sont inutiles. Maitland, incursion de l’extérieur, leur apporte une forme contrôlée « d’abondance » grâce aux « trésors » stockés dans le coffre de sa Jaguar. Usant de son pouvoir transitoire d’améliorer l’ordinaire et des compétences qui en font un dominant dans le monde de la compétition, Maitland prend partiellement le contrôle du petit groupe et l’utilise à ses fins, raisonnant comme un habitant des étages supérieurs descendu par inadvertance au bas de la pyramide sociale. Tous n’en sortiront pas vivants.

Tenant autant du conte ou de la fable que du roman, "L’île de béton" est un texte convaincant, bâti en crescendo, qui mêle habilement visions réelles et effets du délire fiévreux pour imposer au lecteur l’image de l’épreuve d’un homme qui découvre combien il est facile pour quiconque de chuter hors de l’organisation sociale, à quel point il n’y a plus rien a attendre de celle-ci une fois dehors, et comment il est impossible d’échapper aux relations de pouvoir et de domination.
On y croise des personnages intrigants, torturés et brisés, qui, tels des fantômes ou des rats, vivent juste au-delà de la perception, si proches et pourtant invisibles, dissimulés derrière le voile d’ignorance que le monde moderne pose sur tout ce qui ne s’y adapte pas.
On s'y interroge sur le risque, non anecdotique, de les rejoindre.

L’île de béton, JG Ballard

lundi 22 avril 2013

Tir au pigeon


"Traqueur stellaire" est une nouvelle de Guillaume Calu, tenancier du blog Traqueur Stellaire justement et membre fondateur du Prix Planète-SF des blogueurs, lisible dans le numéro 20 de l'excellente revue Géante Rouge.

Dans une forme skirmish de SF militariste, Calu emmène le lecteur à la suite d’un ex humain modifié pour le combat, un exterminateur d’aliens efficace et totalement amoral, ce que le sergent Hartman aurait nommé « un prêtre de la mort priant pour la guerre ».

Dans un univers humain dominé par la mégacorporation UGIT, qui assure transport et logistique spatiale, guerre, extermination, et colonisation, sont les trois sources de la croissance économique (une idée pour notre PR ?).

De combat en combat, mais surtout de massacre en massacre, le Traqueur Stellaire se déplace comme dans un rêve éveillé et sanglant, jusqu’à la découverte de l’inimaginable vérité.

Le récit humano-centré, le contact uniquement guerrier avec des aliens dont on ne connaît jamais la réalité essentielle rappellent, en version très courte, l’ambiance de « La guerre éternelle » d’Haldeman.

Traqueur stellaire, Guilaume Calu

Cette nouvelle participe au Challenge JLNN

dimanche 21 avril 2013

Non ignoravi me mortalem genuisse


Madrid, 2109. Bruna Husky, détective privée réplicante, est attaquée chez elle, un matin de gueule de bois, par une voisine, réplicante aussi, qui tente de l’étrangler avant de se suicider en s’arrachant un œil. Pourquoi un tel acte d’une femme inconnue, seulement entrevue une ou deux fois ? Pourquoi les paroles démentes qu’elle a prononcées en commettant son geste désespéré ?

Quand un auteur de blanche s’essaie à la SFFF, le résultat est, le plus souvent, anodin ou pompeux. Ce n’est pas le cas ici et, avec "Des larmes sous la pluie", Rosa Montero passe plutôt bien la frontière du genre.

2109 donc. La Terre est la nôtre, juste moins hospitalière et plus désespérée. Le siècle à venir a connu la montée des eaux, une pollution mortifère de l’air, la disparition des dernies ours polaires, les « Plaies », les « Guerres Rep. », les « Guerres Robotiques » - rien que nous ne puissions réellement connaître. Epuisée, ce qui restait de l’humanité a créé les Etats-Unis de la Terre, démocratie balbutiante qui cherche à promouvoir un intérêt général mondial dans un monde où les nations n’existent plus et où des inégalités inimaginables encore aujourd’hui existent. Face à cette entité politique globale, deux Etats fanatiques, l’un religieux, l’autre platonicien, constitués dans d’immenses stations orbitales. Entre les trois géants, une nouvelle guerre froide qui se réchauffe de temps en temps.

Et bien sûr (d’où le titre du roman, tiré du dernier monologue de Roy Batty), des « réplicants », terme dépréciatif pour désigner les techno-humains, organismes synthétiques humanoïdes créés en laboratoire et construit en usines pour servir de combattants, entre autres. Dotés d’une durée de vie de 10 ans, ils succombent ensuite très vite à une maladie mortelle et incurable connue sous le nom de Tumeur Totale Techno ; comme les humains, les technos savent qu’ils sont mortels, mais ils connaissent à quelques jours près la date de leur mort ce qui en fait des êtres vivant sans cesse au bord du désespoir, solitaires, excessifs, souvent alcooliques. Après maints troubles passés, les membres cette nouvelle espèce synthétique ont acquis une citoyenneté pleine avec la Constitution de 2098, et, après un temps de service obligatoire, sont libres de mener leur vie comme quiconque. Mais la méfiance demeure, l’hostilité de certains humains est vive, et les spécistes militent pour la suprématie humaine et demandent l’extinction de l’espèce techno par l’arrêt de leur fabrication et l’enfermement de ceux existant déjà. Face aux suprématistes, un mouvement radical réplicant pas plus ouvert ni tolérant.

S’inspirant du film « Blade Runner » (explicitement cité) plus que du « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques » de PK Dick, Montero crée un monde très réaliste qui rappelle immanquablement celui du film de Ridley Scott. Ce monde est sans doute la plus belle réussite de Montero. Il fait vrai. Il fait dense. A moins de cent ans de nous, la Madrid du roman est technologiquement avancée, et les différences sautent aux yeux, mais les innovations techniques reposent sur une ville qui a une profondeur historique. L’empilement des strates temporelles et techniques successives, qui était la marque du film, est perceptible ici. La coexistence de zones urbaines vétustes et dégradées et de quartiers flambant neufs est manifeste ici, marquant les inégalités et les frontières sociales.

Et dans ce monde, il y a toute une vie, proche de nous et lointaine à la fois. Il y a des vieux quartiers, des bars, des tramways, un métro parfois en grève, etc. Il n’y a pas de voitures volantes, mais des taxis robots, des livreurs robots, des armes à énergie. La ville est truffée d’écrans publics sur lesquels chacun peut poster messages personnels ou vidéos. Il y a aussi des journalistes guère plus éthiques que les nôtres, des flics guère plus compétents, des politiciens guère plus honnêtes.

Madrid et le monde vivent, bougent, grouillent, respirent, dans un réalisme futuriste très réussi.

Dans ce contexte, Montero développe une histoire de conspiration et de détective assez classique mais bien menée. Les pelures d’oignons du récit se dévoilent les unes après les autres ; faux-semblant et double jeux abondent. Difficile de dire à qui se fier, et d’accorder sa confiance sans faire une erreur fatale. Efficace et rythmé, le récit emporte le lecteur, d’autant que les personnages ont une épaisseur suffisante pour être crédibles et intéressants. On regrettera juste une fin trop rapide qui donne l’impression que l’auteur voulait clore vite son histoire et expliquer ce qu’il en était aux lecteurs les moins perspicaces, ainsi que quelques rebondissements un peu trop spectaculaires. Mais ce sont là des défauts mineurs qui ne nuisent que peu au plaisir de l’histoire.

Clairement SF mais assez documenté et abordable pour pouvoir toucher un public plus large qui y entrera par le biais de l’enquête, "Des larmes sous la pluie" est un roman plaisant et prenant, tant pour les lecteurs de SFFF que pour les amateurs de polars plus conventionnels. Un pont entre deux mondes.

Des larmes sous la pluie, Rosa Montero

lundi 15 avril 2013

Crépuscule


Fin de la très belle adaptation du Do androïds dream of electric sheep de PK Dick par Parker.
L’ensemble forme une œuvre de grande qualité qui respecte l’originale (au mot près) en lui donnant une nouvelle forme très plaisante à l’œil. Ce que Ridley Scott avait fait pour les lecteurs (permettre de voir) en oubliant le plus gros du texte, Parker le fait ici en ne s’en éloignant jamais d’une virgule.

Après la fin du t5, le 6 ne pouvait être que sinistre, il l'est.
Deckard doit terminer sa mission et éliminer les derniers réplicants ( bien moins charismatiques que les héros de Blade Runner). L’empathie n’est décidément pas leur caractéristique principale, Pris le prouve sur une araignée, Rachel sur (ne spoilons pas) ; celle de Deckard se développe au-delà de ce qui serait sain pour un chasseur comme lui.
Le monde apprend la vérité dissimulée sur l’illusion du mercérisme mais qu’importe ? Inutile qu’une parole soit vraie pour qu’elle soit crue, l’expérience sensible le montre quotidiennement. Un changement sortira-t-il de cette révélation ? Peu probable. Les humains doivent être supérieurs.

Dans un monde qui ne se préoccupe pas d’eux tant il a d’autres problèmes vitaux, restent Deckard, bien fatigué, et Rachel Rosen, bien plus réplicante que dans le film.

Do androïds dream of electric sheep, t6, Parker, Blond

dimanche 14 avril 2013

Anamnèse de Lady Star, L.L. Kloetzer


"Anamnèse de Lady Star", le nouveau roman des L.L. Kloetzer qui sort ces jours-ci, c'est bien, c'est très bien, vraiment bien (rappelons que les Kloetzer avait obtenu le premier Prix Planète-SF des blogueurs pour Cleer, leur précédent ouvrage).

Mais je ne peux pas dire pourquoi c'est bien, ni comment c'est bien, juste répéter encore une fois que c'est bien. Car ma chronique sera dans le Bifrost n° 71, et elle ne reviendra ici qu'un an après la sortie de la revue (c'est à dire, pfff...).

Je peux au moins donner le résumé de couv' car celui-ci est disponible partout :

Le Satori a balayé l’humanité.
Le plus grand crime jamais commis sur Terre. Un attentat. Une pandémie terrifiante, laissant un monde exsangue, transformé. L’arme utilisée : la bombe iconique. Les coupables en ont été retrouvés, jugés et exécutés. Mais certains se sont échappés.
Parmi eux, une femme, leur inspiratrice, leur muse. Sa simple existence est un risque : tant qu’elle vit, la connaissance menant à la bombe vit aussi. Elle a disparu, ne laissant aucune trace, pas l’ombre d’une ombre. Des hommes disent pourtant l’avoir rencontrée : savants, soldats, terroristes, ermites… Ont-ils rêvé ?
Voici le récit d’une enquête, d’un jeu de pistes, de l’Asie à l’Europe, des terres dévastées jusqu’aux sociétés hyper-technologiques de l’après-catastrophe, mais aussi dans les archives digitales de notre futur. Avec le plus fou des enjeux : refermer la boîte de Pandore.

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :

vendredi 12 avril 2013

Du pain sur la planche


Lausanne, 2035. Un tueur en série assassine les membres les plus éminents de Grown Assurances, géant du secteur et promoteur des implants cérébraux IMProve. Ces implants accélèrent de manière importante capacités cognitives et computationnelles. Ce faisant, ils creusent une fracture s’élargissant entre implantés et « indigènes », et même entre possesseurs de générations successives. Qui assassine les pères de la puce IMProve ? Comment fait-il pour déjouer tous les moyens de surveillance ? Et pourquoi ces meurtres ? Sur la trace du tueur, un couple de flics au bout du rouleau, et deux agents privés de la compagnie.

Dans "33ème itération", le premier roman vraiment publié d’Yvan Bidiville, il y a une bonne idée. Très bonne même. Une idée qui, bien que différente, n’est pas sans rappeler celle de Gevulot développée dans le Voleur quantique. C’est donc une vraie belle idée de polar SF qu’a eu l’auteur.

Malheureusement, elle n’est pas mise en valeur par le roman.

D’une part, elle n’est pas assez utilisée, ni durant l’enquête, ni une fois que l’inspecteur a compris ce qu’il en était (ne pas spoiler signifie rester cryptique). L’auteur aurait pu imbriquer les poupées gigognes des indices incohérents jusqu’à la folie, il ne l’a pas fait.

D’autre part, elle se présente sur un background qui n’est guère plus qu’un décor alors qu’il y aurait eu matière à l’utiliser pour enrichir l’histoire (ne serait-ce que dans le cas des mercenaires musulmans par exemple et des intrications que ce cas pouvait présenter).

Enfin, et surtout, le style écrit a élevé un véritable mur entre l'histoire et moi. Le début est terriblement décevant sur le plan de l’écriture, presque rédhibitoire. Maladroit, convenu, on sent la volonté d’utiliser tout le vocabulaire du dégout, mais il manque le haut-le cœur stylistique de la révulsion. On est très loin du Lovecraft de « Horreur à Red Hook ». Le problème est identique lors des descriptions des hallucinations : volonté de bien faire, mais résultat décevant. Lausanne n’est visiblement pas l’Interzone. Par la suite, ça s’améliore un peu mais le style reste très appliqué, grammaticalement correct, et n’approche jamais la nervosité requise par ce type de récit. De plus, l’accumulation des métaphores, la plupart malheureuses, et certaines presque puériles, joue aussi contre un texte qui aurait mérité beaucoup de corrections.

Je ne doute pas que le contexte décrit (Suisse fasciste, islamophobie, corporation ordurière, flics anti-émeute abrutis et shootés, enquêteur noir au grand dam des racistes, gentils indignés pacifistes, il y a même un couple de lesbiennes, ne manque que le raton laveur) ait participé à l’accueil plutôt favorable qu’a reçu le roman, tant toutes les stations du calvaire vigilantiste ont été parcourues. Il m’en faudra plus.

Stylistiquement très imparfait, "33ème itération" a pour lui une idée originale. Ce n’est pas le cas de tous les romans publiés. A suivre donc. Mais avec grande prudence.

33ème itération, Yvan Bidiville

L'avis (plus positif) du Traqueur Stellaire

jeudi 11 avril 2013

Cacarinettes


"The Tale of Raw Head and Bloody Bones", le premier roman de Jack Wolf, vient de sortir en France sous le titre Misericordia (si quelqu’un peut m’expliquer pourquoi, je suis preneur). C’est un beau roman mais je m’y suis finalement ennuyé, comme on s’ennuie face à un beau visage qui ne raconte rien.

Misericordia est un pastiche finement réalisé de littérature du XVIIIème siècle. De ce point de vue, le roman est une réussite stylistique. Joliment écrit dans le style précieux de l’époque, historié de termes surannés, doté même d’une graphie qui fait la part belle aux majuscules sur les noms communs, Misericordia pourrait, sans trop de difficulté, passer pour écrit à l’époque. D’autant que le fond est à l’avenant.

Misericordia évoque immanquablement le classique anglais « Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme » par son côté dilettante (si le héros de Misericordia se prénomme Tristan, ce n’est sûrement pas un hasard). On y assiste aux tribulations d’un gentilhomme anglais, membre de cette gentry oisive et souvent piquée de science qui fit les enclosures et amena le Révolution Industrielle. Caractéristique d’une époque qui vit le monde basculer de l’obscurité aux Lumières, Tristan cherche à comprendre le monde, se passionne pour les débats des philosophes (Locke et Descartes en tête) sur la nature de la conscience et l’existence de l’âme, devient un anatomiste compétent, tente de devenir médecin, et cherche causes et traitements possibles de l’attaque cérébrale. Il vit une excessive histoire d’amour qui rappelle, comme l’affirma Paracelse, que « c’est la dose qui fait le poison ».

Portant blanc de céruse et perruques, les protagonistes de l’histoire assistent au passage du calendrier julien au grégorien, tentent d’améliorer les lois du pays en donnant notamment des droits aux juifs, guerroient et s’inquiètent de la France, vont au bordel et mangent des tourtes dégueulasses (pas forcément dans cet ordre). On commence à transformer la Nature d’une manière qui préfigure les temps à venir. On s’y soucie beaucoup de manières, de respect des conventions, de hiérarchie sociale, de virginité, de mariage et donc de mésalliance.

Un seul problème, mais de taille, Tristan est un schizophrène dangereux. Brillant certes, brulé d’une passion pour la connaissance, mais souvent délirant (au sens psychiatrique), fasciné par la douleur, manipulateur et peu compatissant (même si sur ce point il y a des contre exemples).

Tout ceci, vu ou entrevu, m’a ravi pendant le premier tiers du roman, puis j’ai commencé à me lasser. D’une part, le récit devient de plus en plus étrange au fur et à mesure de la perte de contact avec la réalité que subit son narrateur. Ca, ce n’est pas grave, ça pourrait être le point, et ça semble en être une partie. Mais ce qui m’a véritablement conduit à un ennui de plus en plus excédé, c’est l’absence de direction donnée par Wolf au roman. Misericordia ne fait que suivre, brillamment peut-être, la dérive de son « héros » sans grand crescendo dans la tension ou en y mettant tant de longueurs que ça l’aplanit, et en n’utilisant tout le background historique et philosophique jamais autrement que comme un background, à mon grand regret. Après avoir cru plusieurs fois que j’avais saisi le point du roman et où voulait en venir Wolf, j’ai fini par admettre qu’il n’avait pas d’autre bût que de me faire assister au grand désarroi du malheureux Tristan Hart dans un monde en transformation.

Certains romans racontent l’histoire d’un homme qui fait, d’autres celle d’un homme qui est. Clairement Misericordia est de ce second type qui, ici, ne me convient guère, tant j’aurais aimé qu’il fasse et tant j’ai attendu en vain.

The Tale of Raw Head and Bloody Bones, VF Misericordia, Jack Wolf

mercredi 10 avril 2013

Hey ho hey ho From home to Mars I go


Chacun sait bien que le premier voyage vers la Lune a été réalisé par un groupe d’aventuriers déterminés et audacieux à bord d’un obus de canon creux tiré par la bouche à feu la plus énorme de l’Histoire de l’Humanité. Le canon utilisé par les explorateurs, construit pour des raisons pratiques en Floride, s’inspire des Columbiad américains, canons de défense côtière de gros calibre, d’où le titre de la nouvelle de Baxter.

Car ce que nous raconte le grand Stephen ici, c’est la suite méconnue de cette histoire, le voyage vers Mars en solitaire de Impey Barbicane, toute déception bue après son voyage lunaire.
Baxter profite de l’occasion pour rendre un hommage moqueur aux erreurs scientifiques les plus flagrantes de Verne, et pour asséner un ultime coup sur la tête du pauvre Barbicane qui rêvait encore de Nature et de vie martiennes. Barbicane et Curiosity, même combat !

Un texte amusant et référentiel, guère indispensable mais pas à éviter pour autant. Et pour le prix modique de 0 € jusqu'au 30 avril, pourquoi passer au large ?

Columbiad, Stephen Baxter

Cette nouvelle participe au Challenge JLNN

mardi 9 avril 2013

Rape culture


La deuxième installation de la série « L’homme de l’année » est un bon cran en dessous de la première. Il faut dire que celle-ci avait mis la barre très haut, mais je regrette d’être encore une fois déçu par un Corbeyran qui, de plus en plus souvent, se banalise atrocement.

1431 décrit la quête de deux capitaines de Charles VII , devenus écorcheurs après la guerre, sur les traces du traitre qui livra Jeanne d’Arc à l’ost godon, en empêchant son retour dans la place-forte de Compiègne. Enquête (trop) simple, passage en revue des différents proches de la pucelle, interventions récurrentes d’un Gorge Profonde médiéval, jusqu’à un twist final capillotracté. Il manque un personnage à cette histoire qui, pourtant, est sensée nous raconter la vie de « L’homme de l’année ». Ici, celui-ci est caché, on le cherche, et il nous manque bien, comme au récit.

Néanmoins, on peut trouver une vraie qualité à cet album, c’est le dessin de Horne. Epuré, très peu encré, les planches sont une succession de très belles aquarelles, si peu polychromatiques qu’on pourrait presque les qualifier de lavis. L’architecture médiévale est superbement rendue ; châteaux, maisons à colombage, églises, s’offrent, plus vraies que nature, à l’observation. Parallèlement, la plupart du temps, les décors se fondent à l’arrière pour laisser au premier plan les personnages. Du background, et souvent de l’obscurité, surgissent en pleine vue les acteurs de l’époque. Du bien beau travail.

L’homme de l’année, t2 1431, Corbeyran, Horne, Froissard