lundi 20 février 2017

Anno Dracula 1899 - Kim Newman - Aucune limite

Sortie récente de "Anno Dracula 1899", le dernier recueil de nouvelles de Kim Newman.

Les lecteurs des Anno Dracula, et les fans de Kim Newman au sens large, reconnaîtront dans ce recueil la patte inimitable de l'auteur. On y retrouve l'immense culture de Newman, tant dans le domaine historique qu’artistique (les histoires – petites et grandes – du cinéma et de la littérature y sont en bonne place). On y retrouve aussi l'aisance et la maîtrise avec laquelle il s'approprie ces cultures pour les tordre, les grimer, les embellir, ou en tirer les substances rêvées qu'elles n'ont pas eu le loisir d'offrir au monde. C'est fou, c'est brillant, c'est pétillant.

Newman possède tellement ces cultures qu'il peut en jouer comme un soliste de jazz. Il est un interprète capable de tirer tous les sons connus de son instrument, puis s'en permettre ensuite quelques autres, jamais joués, qui n'existaient jusque là qu'à l'état de potentialités. De référence en référence, de variation en variation, Newman développe ici une uchronie, là une histoire parallèle du monde et des arts dans laquelle chaque élément authentique a pour contrepoint un élément imaginaire dérivé.
C'est brillant, virtuose, et, comme certains solos de jazz, parfois un poil trop long. Mais l'ensemble est bon ; il serait dommage de s'en priver.

En très résumé, on trouvera dans Anno Dracula 1899 :

Famous Monsters, et son histoire inédite, pleine d'extra-terrestres, du cinéma et du monde. Très amusante.

A drug on the market, ou Comment, publicité aidant, monter une énorme escroquerie grâce à l’élixir du Dr Jekyll ? Un vrai ton.

Illimitable dominion, dans lequel on voit Edgar Poe devenir le boss unique de toute la vie culturelle. Sympa, pleine de Corman movies, mais un peu longue.

Just like Eddy, avec Edgar Poe et son Doppelgänger. Placée juste après Illimitable dominion, elle entraîne une overdose de Poe. Dommage.

Americanski dead at the Moscow Morgue est une histoire d'invasion zombie à Moscou. Une invasion que la paranoïa locale attribue aux Américains. Pas le meilleur récit même si on y voit la bureaucratie soviétique à l’œuvre d'une manière amusante.

The chill clutch of the unseen est une émouvante histoire de monstre et de chasseur de monstre qui dit le caractère éternel de leur lutte.

One hit Wanda. Mouaip.

Is there anybody there ? Une histoire très futée sur une médium et son démon lié. Je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler l'intrigue.

The Intervention, superbe récit weird, inquiétant et dérangeant.

Red Jack Wilds, où on retrouve Jack l'Eventreur, aux USA, dans une histoire qui fait la part belle au monde des comics d'horreur.

Sarah minds the dog. Mouaip.

The snow sculpture of Xanadu. Si Citizen Kane n'avait jamais été tourné. Bravo.

The pale spirit people. Une brillante histoire de l'avenir tragique et inévitable des Amérindiens.

Übermensch. Metropolis, Spandau, et un super-héros nazi. Qu'ajouter ? Joliment fait.

Coastal City. Une histoire qui dit à merveille le temps figé des comics de super-héros, les reboots, les résurrections, etc...

Completist Heaven. Regarder à mourir tous les films d'exploitation les plus rares, jusqu'à ceux jamais tournés. Très malin.

Une étrange aventure de Richard Blaine. Comment tuer l'âme d'une cité ? Il faut tuer son imaginaire. Un bien bel hommage à Paris.

Frankenstein on Ice. Le monstre est retrouvé, et il a un projet. Le récit est moyen.

Yokai Town est le prologue au Anno Dracula 1899 à venir dans lequel on voit les vampires exilés d'Angleterre s’installer dans un quartier réservé au Japon. A suivre.

Anno Dracula 1899, Kim Newman

dimanche 19 février 2017

Interview : Briohny 'Pitcairn' Doyle - Une voix australe singulière


Briohny Doyle est auteur et universitaire. Australienne, elle est basée à Melbourne. Après des travaux plus courts, elle a terminé en 2016 le roman The Island Will Sink, un très beau texte de cli-fi que je conseille vivement à tous ceux qui lisent l'anglais.
Le roman a été publié par The Lifted Brow dont c'est le premier roman.

Briohny a très gentiment accepté de répondre à quelques questions.

The island will sink est ton premier roman. Comment venir à bout d'une telle tâche ? Et que ressens-tu maintenant qu'il est sorti et apprécié ?

Il m'a fallu dix ans pour l'écrire ! Bien sûr, j'ai fait quantité d'autres choses dans le même temps, mais ça a quand même été une énorme entreprise. Ceci dit, j'ai adoré l'écrire – la création du monde a été un vrai plaisir.
Maintenant qu'il est sorti et qu'il a été aussi bien reçu, je suis ravie. Je suis si heureuse de pouvoir enfin en discuter avec des gens qui l'ont lu.

Peux-tu nous dire en quelques mots de quoi parle le roman ?

TIWS est une histoire de catastrophe, d'apocalypse, et de famille, le tout mélangé. Elle se passe dans un futur plutôt proche, et nous place dans les pas de Max – un réalisateur de film catastrophe amnésique qui enregistre toute sa vie de manière compulsive et n'est capable d'aucune connexion avec sa famille – au moment où il est en train de faire un film sur Pitcairn Island. Dans le livre, le monde entier surveille Pitcairn et son engloutissement, car on voit dans cet événement le signe de la fin du monde.
Il y a, bien sûr, de nombreuses sous-intrigues dans le roman, mais le cœur est là.


Dans TIWS, Pitcairn Island sert de marqueur du désastre environnemental. Pourquoi avoir choisi cette île-là (peu connue ici de surcroit) ? Est-elle un symbole pour les Australiens ?

D'abord, je savais que je voulais mettre en scène une île du Pacifique – les essais nucléaires qui ont eu lieu dans ce secteur montrent bien que des pays comme l'Australie, les USA ou la France considèrent cette zone comme dispensable.
Pitcairn a, de plus, une histoire coloniale très intéressante (l'île ayant été « colonisée » accidentellement pour les Britanniques par les mutinés de la Bounty), ainsi qu'une autre dans le cinéma. Des films des années 30, 50, 60, et 80 racontent l'histoire de la mutinerie de la Bounty et, fondamentalement, ils utilisent Pitcairn comme une scène sur laquelle présenter une vision aussi romantique que périmée de la colonisation : des hommes braves échoués au milieu de douzaines de belles femmes en jupes florales, ce genre de choses...
Le film catastrophe que réalise mon héros ainsi que le jeu vidéo (où il faut survivre en situation de pénurie, NdG) auquel joue son fils sont dans la droite ligne de cette tradition.

Dans TIWS, des catastrophes sont déjà arrivées. Les riches ont bâti des protections pour eux-mêmes et ils vivent plutôt bien en dépit des événements. Les pauvres, eux, vivent comme ils peuvent, dans des trailers towns. Il semble que les problèmes environnementaux vont créer de nouvelles inégalités scandaleuses entre ceux qui auront les moyens d'y survivre et les autres. Est-ce aussi ton opinion ? Et y a-t-il moyen d'éviter une telle issue ?

J'aimerais savoir comment faire pour l'éviter...
L'idée directrice du livre est : Que se passerait-il si le néolibéralisme intégrait l'écologisme et l'utilisait comme un moyen de contrôler les gens et d'élargir le fossé entre riches et pauvres ? Je crois que la probabilité d'une telle situation n'est pas faible. Les catastrophes environnementales impactent toujours plus les pauvres et les pays en développement. Dans mon livre, comme c'est le cas aujourd'hui aussi, il est bien plus facile d'ignorer les catastrophes environnementales si on vit au bon endroit et si on est suffisamment aisé.

La famille décrite dans TIWS semble représenter toutes les manières de réagir à la question de la dégradation de l'environnement. Est-ce un choix conscient ou cela résulte-t-il du « développement spontané » des personnages ?

Bien vu ! C'était un choix. D'autres aspects des personnages se sont développés de manière plus organiques mais celui-ci était délibéré. As-tu vu Melancholia ? Je pense que Lars Von Triers a très bien traité cette approche dans son film.

Max, ton personnage principal, crée des films virtuels immersifs mais ne ressent pas grand chose lui-même. Qui plus est, il est dépourvu de toute mémoire propre. Il ressemble à une feuille dans le courant. Est-il un avatar de l'humanité entière ? Le chef d’orchestre du Titanic ? Peux-tu nous expliquer Max ?

Max meurt d'envie de se connecter aux autres mais il ne veut prendre aucune responsabilité, pour rien. Il n'arrive pas à admettre qu'il n'est pas possible d'avoir les deux choses à la fois. Il aime sa vie aisée. Il aime sa célébrité. Mais il se sent aussi existentiellement stérile. Il y a toute une tradition de personnages mâles de ce genre en littérature. J'ai voulu tirer le mien jusqu'à la satire.

La manière dont le monde s'organise pour satisfaire Max est-elle une partie du problème ? Une forme de matérialisation de l’hybris occidental concernant son pouvoir sur la Terre ?

Oui, tout à fait. Il désespère de voir quelque chose arriver qui amène du changement dans sa vie, mais il ne veut pas avoir à faire le moindre changement lui-même. C'est l'angoisse de l'homme riche.

Y a-t-il encore quelque chose qui puisse réveiller Max ?

Je l'ignore. A un moment dans le roman, il semble que des choses vont pouvoir changer pour lui. Mais finalement, je ne souhaitais pas aller dans cette direction. Tu vois, comme une épiphanie conduisant à une image d'espoir. J'aurais eu l'impression de tricher, et ça aurait affaibli la critique que je voulais faire.

Ellen, sa femme, semble coupée du monde, de son mari, de beaucoup de choses. Elle a pourtant bien dû être une femme, une amante, un jour. Qu'est ce qui explique son évolution ?

Il faut se souvenir que nous la voyons surtout à travers les yeux de Max. Pour moi, Ellie est malheureuse, réservée, loyale, et impliquée dans sa propre vie. Elle n'en peut plus de devoir expliquer les choses à son narcissique de mari. Celui-ci n'arrive pas à comprendre pourquoi mais le lecteur lui le peut : Max est tout simplement usant.

Les enfants de Max, Jonas et Lilly, réagissent très différemment à la crise environnementale. Jonas (l'expert inutile) se gave de données trouvées sur le Net, Lilly (la localiste pratique) essaie de donner des microsolutions à des mégaproblèmes. Une des deux voies a-t-elle ta préférence ? Sont-elles toutes les deux inutiles ? Devraient-elles fusionner ?

J'adore ton terme « d'expert inutile ». Pour ta question, je ne sais pas. Je ne crois pas qu'il y ait une bonne façon de réagir à une catastrophe. Mon but était de faire une satire des façons habituelles de réagir à ces questions. Mais aussi, il est important de ne pas oublier que ces enfants observent les catastrophes de bien loin. Il se sentent en danger constant mais sont aussi très déconnectés.

Lilly est, au sein de la famille, la voix des bonnes pratiques. Une voix tonitruante. Elle m'a rappelé les Junior Anti Sex League de 1984. Est-ce aux enfants de nous guider maintenant ? Et y a-t-il un risque, à ton avis, que l'écologisme engendre une nouvelle forme de totalitarisme, même doux ?

Oui, exactement. Lilly, et aussi jusqu'à un certain point Jonas, sont dans la tradition des enfants fascistes embrigadés des romans dystopiques. Je crois vraiment que l’écologisme peut être récupéré, particulièrement si nous négligeons la manière dont l'écologisme des pays riches peut servir à justifier des sanctions imposées aux pays pauvres. Je suis une écologiste, alors je ne crois pas que l'écologisme soit totalitaire par nature, mais je pense qu'il peut être manié comme un outil de contrôle et que nous devons donc être très prudents et très attentifs au contexte (et à notre propre contexte) quand nous parlons d'environnement.

Enfin, il y a Tom, le frère de Max. Tom le comateux. L'omniprésent Tom pourtant. Que devons-nous comprendre de sa manière d'être au monde ?

Tom a complètement décroché. Il est devenu un personnage à la Matrix. Je crois que la question que je pose ici est : le fantasme post-humain ultime consiste-t-il à décrocher complètement du monde ?

Il n'y a pas de vrai espoir dans le roman. Les personnages, comme l'humanité entière, gigotent sans fin dans la fourmilière qui sombre. Est-ce ta position ? Ton message ?

Si. Dans le roman, il y a Hope, le bébé paresseux. Hélas, elle meurt ;)
Dans la vraie vie, je ne suis pas fondamentalement pessimiste mais je ne voulais vraiment pas conclure mon roman par un message d'espoir qui aurait résolu tous les problèmes du livre et donné au lecteur une impression factice de catharsis. Ca, c'est ce qui se passe dans les films catastrophe. Le roman est une histoire catastrophe contra-histoire catastrophe.

Ton style narratif est très original, versatile et riche. Comment le définirais-tu ? Y a-t-il des écrivains (vivants ou morts) qui t'ont inspirée ?

Merci ! J'aime cette définition. J'adore Michel Houellebecq. Je suis revenu plusieurs fois à La possibilité d'une île pendant que j'écrivais TIWS. J'aime beaucoup aussi Orwell et DeLillo.

Considères-tu faire partie du mouvement cli-fi ?

Je n'avais pas entendu parler de cli-fi jusqu'à récemment, bien que j'ai lu quelques livres qui sont étiquetés comme tels. En être ? Pourquoi pas ?  Ca semble être un bon mouvement auquel appartenir.

Peux-tu nous parler un peu plus de tes éventuelles lectures post-apo ou cli-fi (même de l’infâme On the Beach) ?

Mais j'adore On the Beach ! J'ai aussi aimé The Road, et la trilogie de Ballard The Drought, The Drowned World, The Crystal World. Il y a une excellente histoire de ce genre aussi dans le Heat and Light de Ellen Van Neervan (sans doute le récit intitulé Water, NdG). Et j'aime aussi beaucoup les films comme Blade Runner et Les bêtes du Sud Sauvage.

Merci encore pour ton temps. J'ai adoré discuter du très bon TIWS et j'espère qu'il trouvera un éditeur en France.

MOI AUSSI ! Merci beaucoup.

jeudi 16 février 2017

Six Wakes - Mur Lafferty - Artificiel


"Six Wakes" est un roman de Mur Lafferty. C'est un mystère en chambre close (à la Crime de l'Orient-Express donc) particulier sur plusieurs points. D'abord, il prend place dans l'espace, dans un vaisseau générationnel lancé dans un voyage de plusieurs siècles. Ensuite, il met en scène des clones, devenus amnésiques en raison d'un sabotage qui a empêché la copie de leurs mémoires numérisées dans leurs nouvelles incarnations, et n'ont donc aucun souvenir des vingt-cinq années dernières années de vol. Enfin il se caractérise par le fait qu'au début du récit, tous les (six) clones sont morts (toute la génération précédente), ce qui implique donc que, parmi les clones recréés, les victimes côtoient le ou les meurtriers.

A priori, c'est très tentant et c'est un style que j'apprécie pour son côté casse-tête. A posteriori, "Six Wakes" a toutes les caractéristiques des petits polars historiques sans conséquence que je lis pour me détendre de temps en temps ; il en a les qualités, il en a aussi, hélas, les défauts.

Au rang des qualités, on trouve une histoire intrigante qui ronge le cerveau tant elle est mystérieuse. Six morts violentes (soir 100% de l'effectif), un vaisseau saboté, six clones réactivés, aucun souvenir chez personne, ni des faits eux-mêmes ni des nombreuses années qui les ont précédés (donc aucun souvenir non plus des relations nouées ou pas durant le voyage), un tueur au moins – aux motivations inconnues – parmi les six. Tous cherchent ce qui est arrivé, mais chacun sait que celui avec qui il s’interroge sur les événements peut être le tueur, voire qu'il peut l'être lui-même et l'ignorer. Et puis pourquoi tuer des clones, qui seront renouvelés (même si le cloning bay, entre autres, a été saboté, ce qui fait de ces incarnations les dernières possibles sauf miracle) ?
Comme souvent dans les petits polars historiques (ou dans Le crime de l'Orient-Express), les explications se cachent dans le passé des protagonistes, et il faut donc découvrir progressivement les vérités significatives sur les identités des uns et des autres pour savoir qui en voulait à qui et pourquoi.

Le mystère séduit et attire le lecteur, d'autant que le clonage et le téléchargement d'identités numérisées permettent de nombreuses innovations scénaristiques ainsi qu'une interrogation sur la responsabilité de consciences successives ou éditées. Celui-ci lit donc vite pour savoir, comprendre, et le roman est un page turner.

Mais, sans annuler les qualités, les défauts sont plus nombreux.

D'abord écriture et construction sont au mieux quelconques, au pire imparfaites. Chapitres présents et passés s’enchaînent sans solution de continuité. Dialogues et situations sautent aussi souvent d'un personnage à l'autre sans que le passage de témoin soit toujours évident.

Ensuite, la science mise en œuvre (c'est de la SF quand même) n'est pas toujours défendable. Une voile solaire dans l'espace profond, des changements de cap aussi vite initiés qu'annulés, l'invraisemblance des analyses de salive appliquées aux goûts, etc. Ceci sans parler d'un world building étique qui empêche de se représenter clairement ce qu'est la Terre d’humains et de clones d'où est parti le vaisseau – on sait juste qu'elle a connu ces water wars qui sont en train de devenir l'une des tartes à la crème de la SF.

De plus, dans le but d'être complexe, le récit met en œuvre des circonvolutions dont on peut penser qu'elles sont ad hoc au point d'être complètement artificielles. La vengeance dont il est question est incroyablement compliquée. Sa mise en œuvre est inutilement complète (un simulacre convaincant aurait suffit). La raison d'être véritable du vaisseau et de l’expédition apparaissent absurdes quand ils deviennent clairs ; il aurait été tellement plus simple de faire plus simple pour se venger dans l'espace. Les motivations et les actes des uns et des autres durant l'enquête ne témoignent pas toujours d'une logique qui sautent aux yeux. Tout ce qui concerne l'IA du vaisseau n'est guère clair non plus. Et si le mystère sur le « comment » demeure jusqu'à la fin (où il est levé d'une manière peu satisfaisante), le lien entre les clones, en revanche, est vite évident.

Enfin, le roman propose une résolution où tout finit par s'éclairer par la mise en relation presque miraculeuse de toutes les bribes d'information rassemblées puis, pour conclure, l'intervention d'un Deus Ex Machina, presque ridicule tant par sa nature que par sa présence même, qui permet d'offrir un happy end.

Si tu veux un mystère et n'est pas difficile, embarque à bord du Dormire. Sinon, tu peux économiser ton temps.

Six Wakes, Mur Lafferty

mercredi 15 février 2017

Interview : Emma 'Planetfall' Newman

Photo Joby Sessions for SFX Mag
Emma Newman est une auteur SFFF britannique qui aime le thé et les jeux de rôle. Sort en France aujourd'hui  son premier roman traduit, Planetfall, qui est aussi le premier texte SF de cette auteur d'habitude entre dark et urban, et pour un coup d'essai c'est un coup de maitre. Entretien avec un talent en transformation.

Bonjour Emma, merci de nous accorder un peu de ton temps. Peux-tu d'abord te présenter pour les lecteurs français ?

Bonjour ! Je suis auteur, narratrice d'audiobook et podcasteuse. J'écris de la SF, de l'urban fantasy, et de la fantasy historique, quant à mon hobby préféré c'est le jeu de rôle (donc une personne de goût, NdG)

Planetfall est un pur roman de SF, ce qui n'était pas le cas de tes romans précédents. Pourquoi as-tu changé de genre ?

La SF est mon premier amour. J'en ai dévoré quand j'étais adolescente et c'est encore mon genre favori quand il s'agit de films, mais je me suis toujours sentie un peu nerveuse à l'idée d'en écrire. J'ai commencé par écrire de l'urban fantasy, mais je ne savais même pas que ça en était jusqu'à ce que mon éditeur me le dise lui-même. J'avais simplement écrit les histoires que j'avais envie d'écrire, sans me soucier de leur genre.

De fait, pendant que j'écrivais la série des Split Worlds, les graines de Planetfall prenaient racine tout au fond de mon esprit. Je savais que je voulais écrire quelque chose sur la maladie mentale dont souffre mon personnage, mais je n'avais à ce moment ni un vrai personnage ni une vraie histoire. Puis, brusquement, tout s'est mis en place ; j'ai compris que le bon cadre pour cette histoire était une lointaine colonie et comment la colonie devait fonctionner pour que cette maladie mentale se retrouve de manière plausible au centre du récit. Enfin, j'ai réalisé que ça ne pouvait être que de la SF ; j'ai alors pris une grande inspiration et je me suis jetée à l'eau.

  • CONTEXTE :

Planetfall est l'un des meilleurs livres que j'ai lus en 2016. Les lecteurs français peuvent maintenant le lire aussi. Peux-tu leur dire de quoi parle le roman ?

Merci !
Planetfall raconte l'histoire d'une ingénieur 3D prénommée Ren qui vit dans une colonie fondée par sa meilleur amie - que le monde connaît sous le surnom de Pathfinder -, amie qui a guidé les colons jusqu'à cette lointaine planète pour trouver Dieu. L'action commence 20 ans après l’atterrissage et la fondation de la colonie, le jour où un étranger prétendant être le petit-fils (inconnu, NdG) de la Pathfinder (perdue, NdG) surgit de la forêt et demande à rejoindre la petite communauté.
A partir de là, le roman raconte les événements qui entourent l’atterrissage, les secrets de la fondation de la colonie, et la lutte de Ren contre sa maladie mentale.

Dans Planetfall, un groupe de terriens (majoritairement) religieux quitte la Terre pour une très lointaine planète. Peux-tu décrire le monde qu'ils abandonnent ?

La Terre de Planetfall est ma vision de ce que sera le futur assez proche, extrapolé de ce qui est aujourd'hui. La démocratie est effondrée, et gouvernements et corporations ne sont plus qu'une seule entité. Le capitalisme est devenu extrême et omniprésent, et, pour être honnête, ce n'est pas du tout une belle vision de l'avenir. J'explore ce monde dans mon second roman, After Atlas, qui se passe sur Terre, quarante ans après le départ des colons.

Les « pionniers » ont choisi d'embarquer pour un dangereux voyage sans retour, dans une quête dont le but est de trouver « Dieu » en sa « terre promise ». Qui sont donc ces gens ?

Pour faire court, ce sont des gens intelligents, compétents, et talentueux, choisis un par un par l'équipe en charge du projet, Mack et Pathfinder. Leurs traits de personnalité sont aussi entrés en ligne de compte dans leur sélection ; ils doivent être capables de travailler ensemble. La colonie qu'ils créent correspond parfaitement à ma vision d'une utopie.

As-tu pensé au Mayflower quand tu imaginais cette histoire ? Ou au Moineau de Dieu de Mary Doria Russel ? Ou à autre chose encore ?

Non, à aucun. J'ai lu Le Moineau de Dieu pendant que j’attendais les réponses pour Planetfall et il est maintenant dans mon top ten. Mais Planetfall a été construit autour de la maladie mentale de Ren, et à partir du souvenir d'une chose entendue à la radio il y a des années et qui m'était restée en tête depuis : une interview d'un scientifique disant que ses recherches constituait sa tentative de comprendre l’œuvre de Dieu. Ca m'avait vraiment surprise car j'avais toujours considéré que foi et rigueur scientifique s’excluaient mutuellement. Planetfall est peut-être ma tentative pour explorer ce « paradoxe ».

Planetfall implique-t-il que les motivations religieuses sont plus fortes que les scientifiques ?

Je ne l'ai pas écrit dans ce but ; je laisse au lecteur la liberté de décider ce qu'il en pense. Je commente de manière oblique beaucoup de choses dans le livre, mais aucun message central de ce type n'y est consciemment posé.

Arrivés à destination, les colons créent une colonie soutenable et frugale. Penses-tu que c'est ce vers quoi nous devrions aller ici ? Et, si oui, crois-tu que c'est possible ?

J'adorerais que nous vivions de manière aussi soutenable que dans la colonie, et beaucoup des technologies que je décris sont extrapolées d'éléments de biologie synthétique de pointe qui existent déjà. Nous avons déjà la technologie pour construire des maisons bien plus écologiques, mais hélas manque la volonté politique d'en faire une réalité de masse. Je trouve cela terriblement frustrant.

Les lecteurs comprennent vite que la colonie fut fondée sur un crime. On dit parfois que le premier roi fut un guerrier heureux. Dirais-tu que toutes les sociétés s'établissent sur de faibles fondations morales ?

Je n'ai pas la prétention de comprendre toutes les sociétés ! Mais je pense que l'adoption de l'agriculture et la sédentarité qui en a résulté sont à la source de nombre des problèmes que nous avons aujourd'hui. Je pourrais écrire un livre entier sur le sujet, et ce ne serait guère excitant, alors je vais m'en tenir là.

Dans la vie privée aussi, on peut cacher de terribles secrets. Comment, d'après toi, devrions-nous/pourrions-nous équilibrer préservation d'un jardin secret et liens communautaires de type réseaux sociaux ?

J'aimerais le savoir ! Nous voyons aujourd’hui très clairement l'impact des média sociaux sur la vie politique, et je n'ai guère d'espoir sur une résolution du problème, en tout cas pas aussi longtemps que notre attention sera aussi directement monétisée. Les réseaux sociaux veulent que nous les regardions, eux et les publicités qu'ils véhiculent, aussi longtemps que possible, et aussi longtemps qu'ils utiliseront les mêmes algorithmes pour ce faire, je ne vois pas les choses s'améliorer.

  • GENS :

Dans Planetfall, tu traites d'une maladie mentale. Pourquoi ce choix ?

Je pense qu'il serait bien de voir plus de personnages – et plus de protagonistes importants pour être plus précise – souffrant de maladie mentale sans être les méchants de l'histoire. J'ai étudié la psychologie à l'université et je suis fascinée depuis longtemps par les questions de santé mentale. J'ai toujours trouvé la maladie particulière dont souffre Ren particulièrement fascinante et je voulais l'explorer avec la plus grande sensibilité possible.

Ren est une magnifique création. Qui est-elle ? Comment crée-t-on un personnage aussi réaliste ?

Le plus important pour moi avec Ren est que, si elle est malade, elle est aussi excellente dans son job, sans compter qu'elle apporte une contribution positive à la colonie. J'en ai assez de l'image véhiculée par les média sur les malades mentaux forcément dangereux ou incapables de vivre leurs vies.

Quand j'ai écrit Ren, j'ai aussi écrit sur son passé parce que je voulais montrer comment s'était développée la maladie. C'était aussi important que de montrer la puissance de son intellect ou l'étendue de ses talents. Créer un passé qui explique de manière plausible sa déchirure permettait de faire émerger un vrai personnage.

Comment décrire la relation entre Ren et son ami/complice Mack ?

Difficile ! Besoin mutuel, respect mutuel, défiance mutuelle parfois. Elle est complexe, et, je l'espère, attirante.

Planetfall est-il un roman sur la difficulté/nécessité de « lâcher prise » ?

Oui, c'est l'un des thèmes du roman – ou les conséquences de l'incapacité à lâcher prise – mais ce n'est qu'un parmi d'autres. Ca parle aussi de chagrin, de la manière dont les secrets peuvent nous empoisonner jusqu'à nous détruire, de maladie mentale, de foi et de science. Ca parle aussi de technologies vraiment cool !

  • PUBLICATION :

Planetfall est publié en France (Nouveaux Millénaires). Sa très bonne et très différente « suite », After Atlas, le sera-t-elle aussi ?

Je ne sais pas. Je peux seulement l'espérer.

Viendras-tu pour des signatures ou des conventions ?

Aucun plan pour le moment, mais si une convention m'invitait, j'en serais absolument ravie. Ren et Pathfinder étant toutes deux d'anciennes étudiantes de l'Université de Paris, venir en France me rendrait très heureuse !

Merci encore Emma pour ton temps. J'espère que Planetfall sera très bien accueilli, il le mérite.

Merci !

dimanche 12 février 2017

Cérès et Vesta - Greg Egan


Nouvel opus dans la collection Une heure-lumière, "Cérès et Vesta" met en scène une société spatiale qui ressemble fort à la nôtre dans ses aspects les moins ragoutants. Comme toujours, cet auteur donne à penser et fait la preuve de sa très grande imagination.

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 86, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

Cérès d’un côté, Vesta de l’autre. Deux astéroïdes colonisés par l’homme, deux mondes clos interdépendants qui échangent ce dont l’autre est dépourvu — glace contre roche. Jusqu’à ce que sur Vesta, l’idée d’un apartheid ciblé se répande, relayée par la classe politique. La résistance s’organise afin de défendre les Sivadier, cible d’un ostracisme croissant, mais la situation n’est bientôt plus tenable : les Sivadier fuient Vesta comme ils peuvent et se réfugient sur Cérès. Or les dirigeants de Vesta voient d’un très mauvais œil cet accueil réservé par l’astéroïde voisin à ceux qu’ils considèrent, au mieux, comme des traîtres…
Et Vesta de placer alors Cérès face à un choix impossible, une horreur cornélienne qu’il faudra pourtant bien assumer…

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :

samedi 11 février 2017

Bradbury/Matheson : Conversation avec deux légendes


Dans ce petit ouvrage numérique édité par ActuSF, Matheson raconte Matheson (et au début Bradbury parle un peu aussi, mais là c'est pour Matheson que je suis venu). C'est passionnant et j'en livrerai la substantifique moelle dans le Bifrost n° 86.

Je ne peux en dire plus.

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

On ne présente plus Ray Bradbury et Richard Matheson, deux légendes de la science-fiction américaine, qui nous ont quittés respectivement en 2012 et 2013. On leur doit des chefs-d'œuvre comme Fahrenheit 451, Les chroniques martiennes ou encore Je suis une légende.
Dans Bradbury/Matheson : conversation avec deux légendes, Dennis Etchison nous offre une discussion à bâtons rompus avec ces deux monstres de la littérature, livrée sans censure ni retouches. Ray Bradbury s'y confie pour la première fois librement sur son expérience avec Hollywood et son amour de l'écriture, tandis que Richard Matheson nous offre une rétrospective personnelle et définitive sur sa fructueuse carrière.

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :

Metropolis tome 4 : la machine célibataire


Tome 4 et fin de la série uchronique rétrofuturiste "Metropolis". Un album organisé autour de trois moments forts.

D'abord, le mystère est éclairci. Les explications sur les (lointaines) racines du drame de la Place de la Réconciliation arrivent de manière tout à fait explicite. Et comme on pouvait le supposer, Hitler, manipulateur dans l'ombre, n'est pas étranger à l’histoire.
Certains regretteront peut-être cette récapitulation ; je trouve qu'en conclusion d'un cycle BD étalé sur trois ans, elle n'était pas inutile.

Ensuite, les personnages arrivent aux conclusions inévitables de leurs trajectoires. C'est vrai pour Faune comme pour Lohman ou Loulou. Tous paient cher leur implication dans l'affaire.

Enfin, les auteurs nous introduisent à la vérité du monde. Courant à la machinisation de toutes choses, le monde n'est pas un. Fondé sur une idée de la réalité comme Machine célibataire aussi insensée et inconsciente que la machine à punir de La colonie pénitentiaire ou qu'Azathoth lui-même, "Metropolis" développe un système de mondes parallèles qui n'est pas sans évoquer Christopher Priest. Logique au vu de ce qui précédait, la présentation qui en est faite est un peu pompeuse imho. Difficile de trouver le ton juste pour exprimer ce genre de choses.

Quoi qu'il en soit, c'est encore une fois une belle œuvre d'imagination qu'a livré Lehman ainsi qu'un bel hommage à une SF un peu oubliée. J'avais intitulé ma chronique du tome 1 "Un monde sans croix de bois", elles y apparaissent à la fin de ce tome 4. La boucle est bouclée comme elle devait l'être.

Metropolis t4, Lehman, De Caneva, Martinos

mercredi 8 février 2017

Telluria - Vladimir Sorokine - за ваше здоровье!


"Telluria" est le dernier roman de l'écrivain russe postmoderniste Vladimir Sorokine. C'est aussi mon premier. Quelle expérience !

Eternel opposant, au totalitarisme explicite de l'URSS comme à celui plus soft de Vladimir Poutine, Sorokine livre ici un texte qui serait, si j'en crois ses exégètes, une récapitulation conclusive de l'univers de sa trilogie de la Glace.

350 pages, une cinquantaine de chapitres, et seulement deux ou trois qui se font écho. Pas vraiment d'histoire dans Telluria donc, plutôt une ballade dans l'Europe future sous forme de vignettes de quelques pages à chaque fois. Des flashes qui fascinent, effraient, émerveillent, émeuvent.

A quoi ressemble donc cette Europe à venir ?

Peu de mondialisation, plus d'UE, ni d’États-nations. Guère d'Occident non plus semble-t-il, la Californie étant devenue indépendante. Face au géant défait, des wahhabites salafistes qui ont envahi l'Europe, l'ont occupée, y ont installé un régime totalitaire de terreur, avant d'être chassés lors d'une nouvelle Reconquista. A côté, la Chine, dragon paisible en phase historique d'ascension.

En Europe, plus de Russie, plus de France, plus d'Allemagne, entre autres. Et, merveilleux et fantastique réalisés, l'impossible y est devenu possible. Avec ces petits, hauts comme trois pouces, et ces grands, véritables géants, qui encadrent les hommes de taille moyenne comme vous et moi, ou ces chimères génétiques dont l'exemple ultime prend la forme de pénis animés, conscients, facétieux.
C'est dans ce nouveau « Moyen-Âge éclairé » (plus de pétrole, on se déplace à cheval ou on roule à l'alcool de patates d'une « seigneurie » à une autre) que se montrent à voir les vies, les espaces, les systèmes socio-politiques de Telluria. Des confettis de lieux et de moments rassemblés par l'auteur dans une histoire des temps à venir qui passe par la petite histoire des gens pour raconter la grande des peuples. Un kaléidoscope de situations et d'écritures. C'est fascinant et passionnant.

Chaque chapitre est écrit dans un style différent. Chaque histoire est différente. Chaque ton est distinct. Du conte à la farce en passant par le dialogue ou l'incantation, Sorokine promène le lecteur des micro-Etats néo-communistes aux utopies démocratiques, des théocraties fanatiques aux ploutocraties les plus éhontées. Le seul fil qui tienne la tapisserie est le tellure, métal-drogue recherché par tous, qui donne les plus belles hallucinations du monde, permet de voir réalisé ses rêves ou de revivre ce qu'on a perdu, de rendre perceptivement vrai ses fantasmes les plus fous.
L'Occident, sorti de l'histoire, rêve un monde parfait et absolument individualisé grâce à un opium d'un nouveau genre. La Russie, détruite par les trois « démiurges » Lénine, Gorbatchev, Poutine, n’existe plus non plus, et c'est sans doute ce qui importe vraiment à un Sorokine qui récapitule aussi la Culture, pépite par pépite, des Grecs à la poésie russe en passant par Baudelaire, dans une présentation qui ressemble à ces albums de photos dans lesquels on va revoir les chers disparus.

C'est bon, très bon, excellent même. Entre roller-coaster sanglant, allégorie rabelaisienne, et grand-guignol, Sorokine procède à une convaincante carnavalisation de l'avenir sinistre de la civilisation occidentale.

Telluria, Vladimir Sorokine

samedi 4 février 2017

Le Fardeau - Ken Liu - in Bifrost


"Le Fardeau" est une courte nouvelle de Ken Liu publiée dans Bifrost 85. Sur fond de xénoarchéologie, Liu montre au lecteur, avec grande justesse, à quel point tout passe par le filtre de la perception.
Elle m'a bien fait rire. Mais c'est vrai que je suis un peu tordu. Et ma vieille amitié pour le Code d'Hammourabi a sûrement aidé aussi.

Le Fardeau, Ken Liu

jeudi 2 février 2017

Chew 12 - Sour Grapes - Layman Guillory - Final


"Sour Grapes" : Chew tome 12, le tome final. Après presque 10 ans d'aventure. Les auteurs et les lecteurs arrivent au bout, et si les auteurs disent peut-être Enfin, combien de lecteurs soupirent Déjà. Mais qu'importe, il est bon de connaître enfin le fin mot de l'histoire (Walking Dead devrait en prendre de la graine).

Après avoir peu ou prou chroniqué 12 TPB, je n'ai plus grand chose à dire. Qu'on sache que la série Chew arrive à sa conclusion. Que cette conclusion livre toutes les réponses qu'attendaient les lecteurs, certaines depuis le premier tome. Que la série est toujours aussi barrée et délirante, au point qu'elle est un plaisir délicieusement honteux : oser s'extasier devant une histoire sans surmoi et profiter sans vergogne de tous les excès qu'elle s'autorise.

Qu'on se réjouisse donc d'apprendre que (en vrac) :
On saura ce qui a causé l'épidémie de grippe aviaire
On saura ce que signifient les calligraphies célestes
On saura quelle est la date de la fin du monde et comment l'éviter
On saura pourquoi Savoy a mangé le manuscrit d'Amélia
On saura ce qu'il est advenu de Paneer Sharma et d'Olive
On comprendra que les poulets ne sont pas ce que l'on pense
On assistera à deux sacrifices d'une grande noblesse
On assistera à un holocauste nécessaire
On assistera à un premier contact bien différent de celui imaginé par Ted Chiang

Et comme si ça ne suffisait pas, on aura droit en bonus à une nouvelle aventure de Poyo aux enfers, agrémentée de petits clins d’œil à des œuvres célèbres de la pop culture.

Ca a été bon, ça a été long, si vous n'avez pas lu il est plus que temps de vous y mettre. La série est finie. Plus d'excuse.

Chew t12, Sour Grapes, Layman, Guillory