jeudi 18 janvier 2018

Station : La chute - Al Robertson - IA with Attitude


Sortie en français de "Station : La Chute" - étrange titre ! -, premier et impressionnant roman du britannique Al Robertson.
On peut en lire la chronique VO ici.
Et l'interview d'Al Robertson, là.
Embarque pour la Station, lecteur ! Tu ne le regretteras pas.

Station : La Chute, Al Robertson

mardi 16 janvier 2018

Le songe d'une nuit d'octobre - Roger Zelazny - Ca couve !


"Le songe d'une nuit d'octobre" est le dernier roman solo de Roger Zelazny. Il a été publié en 1993, nominé pour le Nebula en 1994, et ressort aujourd'hui chez ActuSF dans une très jolie édition. Il m'a donné l'occasion de me frotter une dernière fois ce mois-ci à Sherlock Holmes sans ouvrir le moindre livre de Doyle.

Fantaisie urban, comme le songe de Shakespeare était une fantaisie rurale, "Le songe d'une nuit d'octobre" raconte les préparatifs, jour par jour et sur un mois, d'une de ces rares pleine lunes qui tombent le jour d'Halloween.

Des préparatifs ? demanderas-tu lecteur, mais de qui ? et pourquoi ? Sache que depuis des temps immémoriaux s'opposent, à chacune de ces occasions, des « ouvreurs » qui veulent ouvrir les portes de notre monde aux divinités néfastes du panthéon cthulhuesque et des « fermeurs » qui veulent s'assurer de garder les portes fermées et ainsi de sauver l'humanité telle que nous la connaissons.

Qui sont les « ouvreurs » et les « fermeurs », et qui raconte l'histoire ?

L'histoire de ce mois d'octobre de tous les dangers est racontée par Snuff, démon probable, chien de garde visuel, familier de Jack, qu'on comprend être Jack l'Eventreur. L'histoire du livre est celle des interactions entre Snuff et les familiers des autres joueurs de la partie, notamment la chatte Graymalk (dont on notera la similitude de nom avec Graymalkin, le familier d'une sorcière dans Macbeth). Familiers et joueurs se frottent et s'affrontent dans une frénésie amusante et enlevée qui serait drôle à vivre si les enjeux n'étaient pas aussi élevés.

Pour ce qui est de ces joueurs tenant le sort du monde (et leur propre survie) entre leurs mains et qui n'apparaissent qu'à travers ce qu'en dit Snuff, on prendra plaisir à reconnaitre Sherlock Holmes et Watson, un succédanné de Raspoutine, un Frankenstein qui doit plus à la Hammer qu'à Mary Shelley, un Wolfman de la même eau, entre autres et sans oublier un prêtre diabolique qui implore la venue des Grands Anciens.

Les coups bas se succèdent et la tension monte, jusqu'à la date fatidique ; il faudra lire jusqu'au bout pour savoir si le monde est sauvé ou pas (dans un climax que sa concision rend un peu décevant). Les lecteurs les plus cacochymes se souviennent peut-être d'un film de 1983 baptisé Hysterical, de sa parodie assumée des films d'horreur, de sa montée en tension progressive, de son cycliste Cassandre ne cessant de répéter « Ca couve ». C'est à un Hysterical version papier que Zelazny convie le lecteur, aussi peu profond mais aussi drôle et dynamique.

Le songe d'une nuit d'octobre, Roger Zelazny

samedi 13 janvier 2018

Pornography - Philippe Gonin - It doesn't matter if we all die


Il y a quelques années, j'ai été juré invité à une présentation d’œuvre pour le Conservatoire. J'ai vécu un moment de solitude presque unique : je ne comprenais même pas les questions que les autres jurés posaient. L'analyse musicale, c'était plus fort que moi. Le Béotien suprême.

Aussi, c'est avec une de ces inquiétudes qui rend les mains moites que j'ouvrais, il y a peu, le "Pornography" du musicologue Philippe Gonin. J'avais tort.

Pornography, conclusion de la trilogie noire, chef d’œuvre du rock mondial, album aussi unique que difficile à pénétrer, entre inconnu dans lequel on plonge pour trouver du nouveau et abîme rendant son regard à l'observateur. Album conclusif aussi, à peu d'exceptions près, de la recherche musicale et personnelle de Robert Smith.

Soyons honnête. Je n'ai pas tout compris (je ne vais donc pas feindre une science inexistante et commenter l'ouvrage).
Mais pas rien non plus, loin de là :)
J'ai appris bien des choses tant sur le projet Pornogaphy, sur ses sources d'inspiration, sur ses conditions d'enregistrement, sur certains choix musicaux faits durant celui-ci, sur le travail énorme réalisé en studio par le producteur Phil Thornalley. Et j'ai profité du décorticage écrit de quelques morceaux, retrouvant par la lecture des choses sues mais jamais exprimées en mots.
J'y ai compris mieux comment furent créés les sons uniques d'instruments ou de voix aussi caractéristiques de l'album que profondément dérangeants. Cette étrangeté, cette retenue, ce regret, cette rage aussi, contenue ou hurlée, qu'on sent dans les sonorités de l'album et dans ses rythmes brisés le signent bien plus que ses paroles éprouvantes ou ses mélodies minimalistes et hypnotiques.

Moi qui voue pourtant un véritable culte à la version live de One Hundred Years jouée à Barcelone en 1985 écrit ces mots en réécoutant l'album original livre en main, en me replongeant dans l’œuvre telle qu'elle fut pensée sur des mois et construite sur huit semaines d'enregistrement et de mixage. Puis je réécouterai, au calme, sans lire ni écrire, en ne faisant que ça. Et plus éclairé que je ne l'étais hier. Car c'est à ça que sert la connaissance : à apprécier plus, mieux, et autrement, ce qu'on appréciait déjà intuitivement, en naïf.

jeudi 11 janvier 2018

Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities - James Lovegrove


Il y a peu, je lisais pour Bifrost Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell, de James Lovegrove. Histoire secrète de Sherlock Holmes, le roman, très plaisant à lire (et disponible en VF en février), proposait de découvrir le plus grand détective du monde dans un rôle aussi inédit qu’étonnant, celui d'un héros de l'ombre luttant sans relâche contre des menaces indicibles autant que mortelles. A contrario de ce que nous croyions savoir, Holmes et Watson luttèrent bien plus contre les Anciens que contre le crime.

Grand amateur des deux mythologies qui se croisaient dans ce roman, et ayant trouvé le mélange fait par Lovegrove plutôt réussi, j'ai lu sans attendre "Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities", le second tome d'un cycle qui en comptera trois. Plongeons-y ensemble, et ainsi préparons-nous à l'arrivée future de la VF.

"Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities" est un tome 2. Cela signifie que le travail d’exposition du premier volume est terminé. Le lecteur sait où il met les pieds, il sait comment Holmes et Watson se sont trouvés embarqués dans leurs aventures occultes, il sait peu ou prou quel rôle jouent les détectives britanniques dans la lutte contre la menace ultime que représentent les Grands Anciens, il sait enfin quels moyens arcaniques les deux gentlemen se sont procurés pour remplir leur mission. De ce fait, Lovegrove peut se permettre d'être moins descriptif et plus détendu dans sa narration, et ça se sent. D'autant que les bonnes critiques reçues par le premier volume avaient validé l'expérience et sûrement mis l'auteur en confiance.
Lovegrove prend donc, dans ce tome, un malin plaisir à croiser des références nombreuses venues tant de chez Doyle que de chez Lovecraft, et à leur donner souvent une tournure amusante. Il réécrit la nature et la biographie de personnages cultes tels que les Irréguliers de Baker Street ou Mycroft Holmes, il crée un Club Dagon à l'intérieur du Club Diogène, il raconte l'atroce vérité sur la mort de Mary Watson, il fait raconter à son narrateur – l’inévitable Dr Watson – le vrai fin mot sinistre de l'histoire de récits célèbres, tels que L'escarboucle bleue ou Le chien des Baskerville par exemple. C'est rythmé, enlevé, très agréable à lire. Fascinant quand on connaît bien Holmes, et très lisible même dans le cas contraire.

"Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities" est un Sherlock Holmes. C'est à dire qu'on y retrouve – dans sa première partie en tout cas – les modes typiquement holmesiens de raisonnement et les personnalités affirmées des deux héros victoriens. On y croise à nouveau, entre maints autres périls, l’inévitable Némésis du duo. On y reprend la structure en trois parties (présent + long flashback + retour au présent/compréhension/conclusion) d'Une étude en rouge. On y assiste aux déductions brillantes de Holmes et à la loyauté sans faille d'un Watson pince sans rire et fiable qui ferait bien, parfois, d'envoyer bouler le très brutal détective ; mais l'amitié entre les deux hommes est forte et profonde, elle est le lien indéfectible qui leur permet de surmonter la pire adversité.

"Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities" est surtout une histoire du mythe de Cthulhu. Plus que la partie Holmes, c'est la partie « lovecraftienne » qui impressionne par la qualité de l'hommage. Lovegrove n'invente (presque) pas. Il reprend beaucoup d'éléments du canon, même hors Lovecraft. Il écrit comme un fan, pour les fans bien sûr, mais en construisant aussi une histoire qu'un non-fan peut lire avec plaisir.
Qui est le fou de Bedlam ? Que signifient les imprécations qu'il profère ? Quel lien existe-t-il entre le fou de Bedlam et cet autre yankee qui donna une conférence sur la cryptozoologie au Club Diogène ? Qui a enlevé le fou et pourquoi ? Il y a là un grand mystère, il y a là une enquête à mener et des vérités cachées à mettre à jour. Tout lecteur, fan ou non, peut adhérer au projet.
Alors que les soubassements de l'affaire londonienne se dévoilent aux détectives, le lecteur croisera des allusions ou des correspondances plus ou moins explicites à La couleur tombée du ciel, aux Montagnes hallucinées, au Cauchemar d'Innsmouth, ou au cycle des Contrées du Rêve. Il remontera la Miskatonic sur un vieux vapeur pourri entre Au cœur des ténébres et African Queen (les sangsues !!!), et sentira la tension augmenter avec chaque mètre parcouru. Il assistera à l'emprise d'un esprit malveillant sur un génie fragile, dans une relation mortifère qui évoque autant L'affaire Charles Dexter Ward que le Réanimator de Brian Yuzna. Il verra un shoggoth, et croisera un aliéniste nommé Joshi ! Que demande le peuple ?

Aussi, c'est à une lecture authentiquement jubilatoire que Lovegrove convie son lecteur. Fan de Doyle, de Lovecraft, des deux, ou d'aucun, il y a quelque chose pour chacun entre ces deux couvertures, même si l'honnêteté oblige à dire que Lovecraft y retrouvera plus que Doyle ses petits. C'est un vrai roman plaisir que ce second tome, il complète en mieux son prédécesseur et j'attends maintenant encore mieux de son successeur à venir, ce tome 3 qui mettra un terme à l'histoire secrète de Sherlock Holmes telle que racontée par Watson dans la version de Lovegrove.

Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities, James Lovegrove

dimanche 7 janvier 2018

Le pouvoir - Naomi Alderman - Mitigé


Il y a quelques mois, je lisais "The Power" en VO (avis ici). On peut le lire en VF depuis quelques jours, et se faire sa propre idée.

Le pouvoir, Naomi Alderman

samedi 6 janvier 2018

Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell - James Lovegrove


Lu en VO mais sort en VF le mois prochain chez Bragelonne.
"Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell" est un mashup Sherlock/Cthulhu plaisant et distrayant. Il devrait plaire aux amateurs des deux cycles, ainsi qu'aux rôlistes qui y retrouveront les phases enquête/action de leurs parties de l'AdC.

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 90, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

Automne 1880. Le Dr John Watson rentre tout juste d’Afghanistan. Blessé et prêt à tout pour oublier une expédition cauchemardesque qui l’a conduit à douter de sa santé mentale, Watson voit sa vie changer lorsqu’il fait la connaissance de l’extraordinaire Sherlock Holmes. Le détective enquête sur une série de décès survenus dans le quartier londonien de Shadwell. Plusieurs victimes qui semblent mortes d’avoir été affamées pendant des semaines ont été retrouvées, alors que des témoins les ont vues vivantes et en bonne santé à peine quelques jours plus tôt...
De plus, d’inquiétants témoignages évoquent des ombres furtives qui inspireraient l’effroi à quiconque les approcherait. Holmes établit un lien entre les morts et un sinistre baron de la drogue qui cherche à étendre son empire criminel. Cependant, Watson et lui sont bientôt obligés d’admettre que des forces sont à l’œuvre dont la puissance dépasse l’imagination. Des forces que l’on peut invoquer, à condition d’être assez audacieux ou assez fou...

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :


mercredi 3 janvier 2018

Tension extrême - Sylvain Forge


Pfff ! Eviter !

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 90, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

Aux limites du virtuel et de la réalité, les nouvelles technologies conduisent parfois à la folie !
Des cyberattaques paralysent la PJ de Nantes, infiltrent l'intimité des policiers et cernent une ville où le moindre objet connecté peut devenir une arme mortelle. Alors que les victimes s'accumulent, une jeune commissaire à peine sortie de l'école et son adjointe issue du "36" affrontent ensemble un ennemi invisible.
Toutes les polices spécialisées seront mobilisées pour neutraliser la nouvelle menace de la science complice du crime.

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :


mardi 2 janvier 2018

L'appel de Cthulhu illustré par Baranger


L'appel de Cthulhu, texte mythique et fondateur de Lovecraft, est aujourd'hui illustré par François Baranger aux Editions Bragelonne. Et c'est absolument superbe. Un must-have.

Je ne vais pas chroniquer ici un texte archi-connu où ce qui est dit n'est que la partie émergée de ce qui est suggéré, simplement dire que les illustrations de Baranger capturent à merveille l'essence de ce classique de l'horreur cosmique, le magnifiant sans le dénaturer le moins du monde.

Pour qui voudrait se (re)plonger dans le texte lui-même sans passer par cette version illustrée (ce qui serait une grave erreur), je renvoie vers l'analyse de la nouvelle par Laurent Kloetzer, et vous livre ici la première page de texte illustré.



L'appel de Cthulhu illustré, Lovecraft, Baranger

lundi 1 janvier 2018

BONNE ANNEE 2018 !

Amie lectrice, ami lecteur,

Si tu lis ce message, c'est que tu es encore en vie et qu'Internet fonctionne toujours.
La guerre nucléaire n'a donc pas commencé, les Grands Anciens ont une fois de plus manqué l'alignement des étoiles, et la Russie n'a même pas déconnecté le Réseau pour empêcher Trump de twitter plus avant.

Tous les espoirs pour la suite te sont donc permis, d'autant que le niveau des mers ne s'élève que très lentement.

Profites-en pour lire un peu, et ne t'en veux pas de n'avoir pas passé ton réveillon avec Gromovar.
Cette année, nous étions complet.


dimanche 31 décembre 2017

The Will to Battle - Ada Palmer - Comme un bilan 2017


"The Will to Battle" est le troisième tome de la quadrilogie Terra Ignota, écrite par Ada Palmer.

Après la mort/non-mort de J.E.D.D. Mason et la révélation du complot criminel fomenté par O.S depuis des siècles, le monde « idéal » du XXVè siècle ne peut plus rester en l'état. L'humanité sait dorénavant – ou doit enfin admettre – trois choses importantes :
1.    il est facile de nier l'existence du divin, plus difficile de l'oblitérer pour toujours
2.    il est facile de nier l'existence de tout ce qui est naturel – glaiseux – dans la réalité humaine, plus difficile de le faire disparaître
3.    il est facile de nier l'amoralité fondamentale de toute organisation politique – si nobles qu'en soient les fins –, plus difficile de faire primer vraiment l'éthique de conviction sur celle de responsabilité.

Confrontée à l'existence du miracle J.E.D.D. et à l’incarnation d’un Achille qui doit sa substance à l’épopée d’Homère, l’Humanité doit admettre qu’il y a décidément « plus de choses dans le ciel et sur la terre que dans toute la philosophie ». Le monde se retrouve alors plongé dans un émoi métaphysique immense, sans précédent depuis les Church Wars, il y a plusieurs siècles.

L’émoi est grand sur le plan politique aussi. Le système des Hives a visiblement failli. Le rêve d’un monde contractuel dans lequel chacun choisirait son allégeance (voire aucune allégeance), dans lequel chaque allégeance choisirait son mode de gouvernance, et dans lequel enfin l’ensemble des allégeances seraient aussi libres que possible et aussi contraintes que nécessaire, s’écroule.

C’est l’Humanité entière qui est placé face à un Test, « ordonné » par l’Horloger-Créateur et auquel J.E.D.D. Mason est partie autant que témoin.

Ce que raconte le roman, c’est ce moment d’indécision, ce moment durant lequel la marche à la guerre (cet éternel humain qu’on crut définitivement disparu) a lieu. De discussions en négociations, de recensement des alliés en constats de désaccord, d’entrainements militaires en préparations de stock de nourriture et de médicaments, de tentatives d’éviter la guerre (qui ne sont en fait que des moyens de la reculer car elle est devenue inévitable) en « Trêve Olympique » temporaire, rien n’arrête la marche à la guerre car, comme l’écrivit Thomas Hobbes, cité en exergue du roman : « For war consisteth not in battle only, or the act of fighting, but in a tract of time, wherein the will to contend by battle is sufficiently known: and therefore the notion of time is to be considered in the nature of war, as it is in the nature of weather. For as the nature of foul weather lieth not in a shower or two of rain, but in an inclination thereto of many days together: so the nature of war consisteth not in actual fighting, but in the known disposition thereto during all the time there is no assurance to the contrary. All other time is peace. ». Lisant le roman, on se retrouve dans le temps qui précède Août 1914, ou aujourd’hui.

C’est du rapport écrit de Mycroft Canner sur ces semaines frénétiques et terrifiantes qu’est faite la matière du roman, un Mycroft dont la raison vacille de plus en plus. On le voit converser, au fil de son récit, avec son lecteur futur, avec Thomas Hobbes, ou avec cet Apollo Mojave qu’il a assassiné d’atroce manière des années auparavant. Son monde, bâti sur la Raison, s’écroule aussi. L’édifice politique bien sûr, mais aussi bien plus que cela. Souillure de toutes les traditions, renversement de toutes les valeurs, marche frénétique à la guerre, la raison du monde s’effrite aussi vite que celle de Mycroft. Les portes du Temple de Janus, qui avaient été symboliquement construites scellées, sont ouvertes à la fin du roman. Unleash Hell !

Vers où ? Pourquoi ? Faut-il faire la guerre pour détruire ce monde et sauver le monde à venir, comme le pensent certains ? L’Humanité survivra-t-elle à ce conflit ? Faut-il le sacrifice d’une Hive entière pour sauver non la paix mais l’Humanité ? Un tyran omnipotent est-il le seul espoir de tenir les humains hors de la guerre de tous contre tous ? Ou faut-il, comme le pensent les fragments survivants d’O.S. ou le préconisait Saint Thomas d’Aquin, recourir au tyrannicide – fut-il préventif – pour préserver le bien le plus précieux de l’Homme ?

Le monde maintenant connu du lecteur, Palmer s’autorise de plus en plus de merveilles. Des Utopiens dont la science ressemble à de la magie, des incursions surnaturelles de plus en plus présentes, il faut un niveau supplémentaire de suspension d’incrédulité pour adhérer à "The Will to Battle". C’est vers le Micromegas de Voltaire – explicitement cité – qu’il faut se tourner pour appréhender le roman, comme une réponse que le berger humain adresserait à la bergère philosophe. De nouveau, on se croirait bien ici et maintenant. Hélas !

Roman baroque, intelligent, immense, et chatoyant, "The Will to Battle" n’en est pas moins trop long. 350 pages de marche à une inévitable guerre, c’est long. Au point qu’on en est à vouloir embrasser les Utopiens lorsqu’ils provoquent le déclenchement des hostilités dans un mouvement sacrificiel qui a pour bût d’assurer la survie d’au moins une part de l’Humanité dans le conflit à venir. Gageons  que le tome 4 retrouvera le momentum perdu ici où Ada Palmer nous donnait à voir un monde qui retenait son souffle.

The Will to Battle, Ada Palmer