lundi 11 décembre 2017

Certains ont disparu et d'autres sont tombés - Joel Lane - Filigree and shadows


"Certains ont disparu et d’autres sont tombés" est un recueil de 30 nouvelles de l'auteur anglais Joel Lane. L'ouvrage, inédit, est le fruit du travail aussi patient que passionné de Jean-Daniel Brèque, anthologiste et traducteur.

Que trouvons-nous dans ce recueil ?

30 textes fort joliment écrits, une prose poétique mélancolique, d'un genre qu'on pourrait qualifier de fantastique interstitiel pour ne pas le dire aickmanien. Car le fantastique de Lane est aux marges du récit, parfois subliminal comme une 25ème image, parfois résidant seulement dans l'étrangeté intrinsèque d'un monde en déréliction.

Un fantastique qui trouve son épicentre dans le Black Country, autour de Birmingham, ce cœur de la Révolution Industrielle que son histoire même prédisposait à devenir le lieu sacrificiel de la désindustrialisation.

Des récits touchants qui donnent à voir l'étendue de la désintégration d'une société anglaise victime du thatchérisme, du post-thatchérisme, du post-post-thatchérisme, jusqu'à des futurs ou des réalités possibles bien pires encore.

Entrez dans le monde de Lane.
Une violence constante à bas bruit n'attire plus l'attention d'une police sous budgétée.
Entre paupérisation et privatisation, les transports publics ou l'hôpital ne valent guère mieux.
Le travail ne fait plus lien social. Entre usines fermées et restructurations qui n'épargnent personne, si on n'en meurt pas, on se retrouve à errer, à vivre à l'hôtel, à boire du mauvais alcool ou à s'abrutir de drogue frelatée.
Pas de repli sur la famille. Elle est au mieux dysfonctionnelle, au pire disparue.
L'amour est un espoir futile. Seul le sexe vainc parfois la solitude. Il est indifféremment échange de bons procédés sans lendemain, achat de services proposés par des pauvres à des pauvres, ou défouloir à la frustration d'une vie sans contrôle.
Et puis la maladie rode, qui souffle sur les flammes et les éteint souvent. La maladie ou le malheur, cancer ou catastrophe industrielle, séparant les couples qui auraient pu durer.

Tout ceci, Lane le décrit au fil des presque 400 pages du recueil.
Il montre le durcissement des relations humaines qu'une civilisation en fuite ne police plus.
Il narre la solitude, le désespoir, la folie, l'envie de s'étourdir, le besoin de faire souffrir comme on souffre ou d'associer les deux dans le suicide.
Il raconte l'intrusion discrète de créatures que la rationalité du monde moderne tenait à l'écart jusqu'alors ; le sommeil de la raison engendre des monstres. Antigens et fantômes hantent les rues sales, les terrains vagues, les voies de chemin de fer désaffectées, les friches industrielles, les pubs et les clubs dans lesquels subsistent, le soir, les derniers lambeaux de vie sociale, si misérables soient-ils. Ils tourmentent les humains ou s'en nourrissent ; qu'importe, ceux-ci sont déjà morts. Même les vampires sont au bout du rouleau.

Tout ceci, Lane le raconte sans grandiloquence, sans hurlement. Même quand il faudrait hurler, ce sont les actes ou les faits qui hurlent, pas les personnages et pas l'auteur non plus. Au fil des textes (et même s'il m'en a fallu deux ou trois pour entrer dans le rythme), Lane impose une poésie de l'effondrement, de l'anomie réalisée, du réensauvagement. Il raconte la dissolution des liens sociaux, et pose sur les relations condamnées qui demeurent un regard d'un cynisme aussi glacial que pertinent – et souvent drôle, de cette drôlerie qui est la politesse du désespoir.

Certains ont disparu et d’autres sont tombés, Joel Lane

samedi 9 décembre 2017

The Stone Sky - N. K. Jemisin - Tout est écrit et accompli


Avec "The Stone Sky", N. K. Jemisin conclut l’impressionnante trilogie de la Terre fracturée. Un tome nécessaire, qui attrape le témoin que lui tendait le précédent et remplit parfaitement sa mission de conclure et d'expliquer, tout en étant, des trois, le moins agréable à lire.

Quelle est l'origine des Stone Eaters ? Que sont vraiment les obélisques ? Qui les a construites ? Et pourquoi ? Comment, par qui, et pourquoi fut fracturé le monde ? Pourquoi Alabaster a-t-il aggravé la fracture ? Et quel rôle jouent les mystérieux Stone Eaters dans les cataclysmes en cours ?
Il fallait, pour répondre, finir d’expliquer le monde, ce qui impliquait d'en narrer la genèse. C'est ce que fait "The Stone Sky", sur trois fils entrelacés : Essun aujourd'hui agissant, Nessun aujourd'hui agissant, Hoa aujourd'hui racontant un passé quarante fois millénaire.

Dans ce tome, par la voix de Hoa, toutes les explications historiques sont fournies au lecteur. Le Stone Eater raconte une société où, pour paraphraser Clarke, la magie est si avancée qu’elle ressemble à de la science. On voit arriver la fracture de ce monde, on comprend que s'en suivra malheur et désespoir, à cause du cataclysme, bien sûr, mais à cause aussi du substrat d'injustices sur lequel la société d'avant était bâtie et qui ne pouvait que résonner dans l'avenir. On referme le livre en comprenant ce qui a martyrisé la Terre jusqu'à la rendre dangereuse et létale. C'est aussi bien fait que c'était nécessaire.

Mais le passé n'est pas le seul chronos de ce tome conclusif. Des choses se sont passées, certes, mais des choses se passent de nouveau, ici et maintenant. De fil en aiguille, depuis le début du premier tome, la Terre fracturée a progressé jusqu'à un moment décisif, un moment de bascule comme il n'en existe que peu. Sauver le monde ou le détruire ? C'est l'enjeu de ce dernier tome, porté par Essun et Nessun.
Alors donc que Hoa, progressivement, raconte le temps long du monde, la mère et la fille, qu'on avait quittées fort éloignées l'une de l'autre, convergent inexorablement vers le lieu de l'origine de tout pour régler le sort de la Terre et de ses habitants. Elles s'y affronteront pour décider de l'avenir, sous le regard des Stone Eaters impliqués et des lecteurs en témoins impuissants, jusqu'à une conclusion aussi claire qu'ouverte.

Jemisin raconte encore ici une histoire d'injustice, de discrimination, et de servitude. Elle l'épice d'une réflexion sur l’hybris humain et le mal qui en sort toujours, assortie d'une vision qui oscille entre préoccupation écologique et hypothèse Gaïa. Elle y place enfin une réflexion sur l'amour, qui apparaît même entre partenaires improbables, et qui doit se prouver sous peine de n'être qu'un mot. Réflexion sur la peur et la solitude d'une enfant « abandonnée » aussi, sur la culpabilité, ou sur la difficulté presque insurmontable qu'il y a à vivre éternellement.

Il y a beaucoup de finesse dans la manière dont Jemisin traite ces thèmes, dans le fil de la narration, presque sans y toucher.

Explications, finesse, conclusion, tout était nécessaire, tout est accompli. Que m'a-t-il manqué alors ? Sûrement un peu plus de concision. J'ai trouvé que "The Stone Sky" contenait trop de longueurs dans les déplacements des deux femmes et trop de descriptions détaillées. En un mot, trop de mots. Il fallait bien sûr entrelarder pour ne pas sombrer dans le cours d'Histoire, mais un peu moins de paysages et d'architectures m'auraient parus suffisants. Je me suis parfois un peu ennuyé.

Qu'importe, c'est une conclusion satisfaisante que livre Jemisin.

On y assiste tant à ce qu'il advient qu'à ce qu'il advint, on y voit une belle relation se nouer entre Nessun et Schaffa, on y constate que les donnés que sont la folie et la cruauté des Hommes ne peuvent jamais éteindre complètement l'espoir de réparer, de changer, ou de faire mieux (à condition de le vouloir et sans jamais aucune assurance de succès), on y comprend enfin à qui s'adresse ce livre et pourquoi il commence à la deuxième personne.

On y voit Jemisin retourner nombre de codes de la fantasy, en mélangeant les genres et en créant une galerie de personnages blessés faite de héros imparfaits qui nuisent quand ils sauvent, de protecteurs brutaux et dangereux, de mentors peu pédagogues, empêtrés tous autant qu'ils sont dans des relations personnelles incertaines et douloureuses.

Last but not least, la trilogie de la Terre fracturée est le meilleur roman contemporain d'avertissement métaphorique à l'Amérique de Trump.

The Stone Sky, N. K. Jemisin

samedi 2 décembre 2017

Servitude 5 - Bourgier, David - La lutte finale


Cette chronique commencera par une bonne nouvelle, suivie d'une mauvaise qui accouche d'une bonne.

  1. Après trois ans d'attente, le tome 5 de Servitude vient de sortir, il s'intitule "Shalin".
  2. Mais, alors qu'il devait conclure la série, il n'est que la première partie d'un diptyque.
  3. L'histoire prend du temps pour finir, elle sera donc plus longuement développée que prévu.
Ce qui reste de l'armée des Hommes, menée par le roi Arkanor, a trouvé refuge dans la cité en ruine de Shalin. Ils y retrouvent les Drekkars rebelles de l'ex-général Sékal, et des esclaves en fuite, de ces Riddraks qui sont les seuls Hommes à avoir refusé le joug des diverses Puissances. Sur leurs traces, une énorme armée réunit les hommes du traitre Othar, les mercenaires qui les accompagnent, et les Drekkars toujours fidèles à l'empereur. Le siège de Shalin va commencer : l'armée légitimiste devrait y être anéantie.

Même l'arrivée à Shalin de Kyriel et F'lar, rentrés du territoire Iccrin pour se joindre à la petite troupe humaine, n'est pas suffisante pour relever le moral des assiégés.  Comment survivre et/ou rejoindre Xenthès pour y organiser la résistance humaine ? Tout est ouvert, mais les probabilités ne sont pas en faveur des combattants retranchés dans Shalin. On commence à y réfléchir à des plans de dernier ressort.

Ailleurs, Sékal atteint enfin la cité des Riddraks du désert. Il s'y confronte à Aïon, l'arch-ennemi de l'Humanité, qui manipule et intrigue depuis le début du cycle. Ce sera le signal de la prophétie, le point de départ de la révolution, et peut-être la fin de la servitude.

Je vais être bref (mes chroniques précédentes parlent). Je suis toujours aussi dithyrambique sur cette série que je classe parmi les chefs d’œuvre de la BD de fantasy. J'attends avec impatience le sixième et dernier tome.

Servitude t5, Shalin première partie, Bourgier, David

lundi 27 novembre 2017

Grandville Force Majeure - Bryan Talbot - Magnifique


Une fois encore, Bryan Talbot nous offre de retourner dans le monde uchronique de Grandville avec "Force Majeure", le dernier opus de la série policière alternative. Une fois encore, c’est d’une qualité rarement atteinte dans d’autres séries. Et c’est, je le crains, la dernière fois que nous aurons l’occasion de nous réjouir d’une telle lecture.

Le Détective Inspecteur LeBrock est de retour à Londres après des aventures parisiennes lors desquelles il a tué l’un des frères de Tiberius Koenig, « le Napoléon du Crime », un dinosaure violent et mégalomane.

Koenig veut se venger. Il veut aussi mettre en coupe réglée la pègre londonienne, par la violence, l’intimidation, le rapt, et le meurtre. Les deux projets convergent, Koenig trouvant aussi brillant qu’amusant de faire d’une pierre deux coups en piégeant LeBrock à l'occasion de son OPA hostile sur les bas-fonds londoniens. Devenir Capo dei capi en ruinant dans le même mouvement la réputation et la vie de LeBrock, c’est la douce vengeance qu’il a conçu et qu'il met en branle dès le début de l’album.

LeBrock vaincra-t-il Koenig ? Empêchera-t-il le monstrueux malandrin de s’en prendre aux siens ? Lavera-t-il sa réputation souillée ? Ce sont les enjeux de l’album.

En 160 pages environ, Le Brock connaitra l’agression, la trahison, la descente aux enfers et, espérons-le, la rédemption.

Il racontera un peu de son histoire, son enfance, très vite, puis surtout ses premières années dans la police, sous l’aile protectrice de son mentor, le très holmésien Stamford Hawksmoor, qui lui apprend toutes les ficelles du métier de détective et lui donne la force de résister au classisme rampant des anciens d’Eton qui méprisent le prolo LeBrock et dirigent le Yard malgré leur incompétence crasse.

Il devra protéger ses parents, ainsi que la belle Billie dont il est tombé amoureux et qui porte son enfant, de la cruauté extrême de Koenig.

Arrêter « le Napoléon du Crime » nécessitera d’avoir toujours avoir un ou deux coups d’avance sur lui, de faire confiance à ses proches, d’employer au mieux son art du déguisement, sans oublier de faire montre d’autant de courage physique que de sens de l’improvisation, car cette fois les probabilités sont contre LeBrock tant le plan conçu par son puissant ennemi est machiavélique. Le final sera apocalyptique ou ne sera pas.

Il ne faudra pas feuilleter pour savoir comment tout cela tourne sous peine de ruiner son propre plaisir – un étui noir anti-spoil empêche d’ailleurs d’accéder par erreur aux dernières pages. Il faudra lire tranquillement, savourer l’argot des personnages, comprendre les finesses de l’histoire, s’extasier devant la beauté des dessins ou le nombre des références, jusqu’à cet Enfer reconstitué qui sert de base à Koenig.

Qu’ajouter ? C’est beau, c’est bien écrit, c’est malin, c’est diabolique. On doit lire "Grandville Force Majeure", comme on devait déjà lire les autres Grandville.

Grandville Force Majeure, Bryan Talbot

Noël approchant, je vous mets ici une BA officieuse de l'album pour vous motiver.

samedi 25 novembre 2017

Juste un peu de cendres - Thomas Day - Aurélien Police


Je n'aime pas les bonus, interviews, et autres suppléments dans lesquels les auteurs d'une œuvre s'expriment. Destinés au lecteur, ils transforment en plagiat ce que le blogueur écrit après l'avoir patiemment compris. Je ne remercie donc pas Glénat pour l'interview croisée de Thomas Day et d'Aurélien Police incluse dans le one-shot Juste un peu de cendres. Essayons quand même.

Ashley Torrance a dix-sept ans, une famille aimante, et des yeux vairons. Cette particularité lui donne le pouvoir de déchirer le voile d’illusion qui dissimule à la vue de tous la nature résolument non-humaine de certaines des personnes qu'elles croisent. Elles les voient, mais eux aussi la voient, et la craignent, et l'agressent. Il est alors temps pour elle de partir, quitter sa famille pour la protéger, en rejoindre d'autres comme elle qui l'aideront à remonter à la source du mal et à combattre les zombies ? démons ? elle ne sait pas. Elle le découvrira.

"Juste un peu de cendres", c'est l'histoire de laissés pour compte, de marginaux, de désespérés, qui deviennent légion quand la société est en crise, quand – Durkheim l'écrivit – l'anomie domine. Des invisibles, aux marges, qui effraient autant qu'il sont effrayés, jusqu'à la violence ; « ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte », comme disait l'autre.

C'est aussi une histoire fantastique, tendue et nerveuse, sublimée par une mise en image spectaculaire qui rappelle fortement Dave McKean, entre photoréalisme, collages, et trames apparentes, entre autres techniques (jusqu'à l'utilisation d'une version immolée du scénario). Un récit punk au meilleur sens du terme qui amène à se demander si l'approche Sniffin' Glue n'est pas la seule à même de rendre la nature profonde du mouvement. Une histoire enfin qui plonge ses racines dans un lointain passé et rappelle que « le mal que font les hommes vit après eux ».

C'est encore une narration à la première personne, Ashley se racontant après coup. Ashley, pour les proches, c'est Ash. Alors, "Juste un peu de cendres" c'est bien sûr l'histoire de ce peu de cendres qui subsiste quand les monstres (à plaindre plus qu'à blâmer) sont éliminés, mais c'est aussi un peu de la vie de Ash qui s'est dévoilée au lecteur.

C'est enfin une vraie histoire de Thomas Day. On y trouve des références plus ou moins explicites et/ou volontaires à La ville féminicide, à McKean (l'asile de Markham ou la fausse identité que se choisit Ashley), plus un souci écologiste, et un vrai souci social qui n'oublie pas que si existent des damnées de la Terre ce sont sûrement les damnées de l'industrie du sexe. Flashes aussi sur des réminiscences d'ambiance narratives ou graphiques, plus furtives et peut-être surinterprétées, au Violent Cases de Gaiman, à Sept secondes pour devenir un aigle, ou à Invasion Los Angeles.

En conclusion, "Juste un peu de cendres" est un très beau comic qui raconte une histoire menée de main de maître. Récit et graphisme sont en parfaite concordance pour offrir au lecteur une histoire captivante, cohérente, dure, et un peu désespérée.

Juste un peu de cendres, Day, Police

The Husband Stitch - Carmen Maria Machado



En ce 25 novembre, Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, on peut lire gratuitement la très bonne et très weird nouvelle The Husband Stitch par Carmen Maria Machado. Elle ouvre le recueil Her Body and other Parties qui ne sera hélas sans doute jamais traduit en français. Alors, que les lecteurs VO profitent au moins de ce texte.

vendredi 24 novembre 2017

Utopiales 2017 : Interview Matt Suddain


Matt Suddain est un auteur aussi abordable que chaleureux. Nous avons eu une (trop courte) conversation aux Utopiales à propos de son impressionnant premier roman, le très baroque Théâtre des dieux. La voici retranscrite.

Bonjour Matt, et merci de m'accorder cette interview.
First thing first, Homonculus (le mot, perdu dans une page, que Matt Suddain demande d'écrire dans toute chronique pour prouver qu'on a bien lu le livre). As-tu lu beaucoup de critiques contenant Homonculus ?


Oui. En fait, pour être précis, la plupart des critiques par des professionnels ne contenaient pas le mot. Je pense qu'ils se sont peut être sentis insultés par la suggestion sous-entendue qu'ils auraient pu ne pas terminer le livre (comme c'est bizarre, j'ai souvent la même impression sur ces critiques, NdG). Alors, en général, dans les journaux, le mot n'est pas mentionné. Les critiques pro sont des gens très fiers. En revanche, le mot est très souvent utilisé dans les chroniques sur Goodreads ou Amazon. J'ai eu aussi par Internet beaucoup de demandes du monde entier de gens qui avaient aimé le livre et voulaient l'utiliser, par exemple, pour leur projet scolaire.

Dans Théâtre des dieux, se trouve une « petite page de calme », qu'est donc cette page ?

Ca vient d'un livre célèbre « The little book of calm ». C'est un livre, pas vraiment new age ou spiritualiste, disons un livre qui parle de relaxation et de pensée positive, qui veut t’aider à voir les choses sous un autre angle. La page est une parodie de ce livre (rires). J'espère qu'elle t'a aidé (rires).

Ces deux points capitaux réglés, peux-tu te présenter pour les lecteurs français ?

Je suis né en Nouvelle-Zélande, dans une petite ferme, tout au bout du monde. J'ai eu une enfance et une éducation très heureuses, presque paradisiaques. La nature était partout, et nous avions très peu d'objets technologiques, ce qui peut paraître étrange pour un auteur de SF. Nous n'avions évidemment ni téléphones mobiles, ni Internet, alors j'ai commencé très tôt à lire des livres et à écrire des histoires, non pas pour passer le temps mais comme une manière d'expérimenter, d'apprendre, et ceci dès que j'avais du temps disponible. Il se passait tellement de choses dans le monde naturel, il y avait tant de choses à étudier et à découvrir. Alors, j'étais un petit garçon qui écrivait sans cesse des histoires sur la nature, mais d'une manière fantastique, avec des monstres. Par exemple, en Nouvelle-Zélande, il y a très souvent des tremblements de terre, alors j’aimais imaginer que c'était les monstres qui remuaient dans la Terre.

Puis j'ai grandi, j'ai eu plein de boulots différents. Et quand je suis devenu journaliste, j'ai compris, décidé, que je voulais écrire un livre, et que je voulais que ce livre soit publié. Et pour ça, il m'a semblé que ce serait une bonne idée de vivre à Londres, parce que la Nouvelle-Zélande est très petite, elle a un très petit marché littéraire, et c'est encore pire si on ne regarde que la SF, il n'y a pas beaucoup d'écrivains SF en Nouvelle-Zélande. Je rêvais d'être à Londres et d'y être publié par un grand éditeur londonien. Je me disais qu'un tel déménagement était ma meilleure chance de réussite. Alors je suis parti à Londres, avec ma copine – qui est maintenant ma femme. C'était censé être une expérience de deux ans, au plus cinq, pour voir si ça marcherait. C'était il y a dix ans et j'y suis toujours (rires).

Dans le journalisme, ma situation n'était pas simple. C'est une industrie très dure, très compétitive. Alors j'ai pris un mois off pour écrire le livre. Un mois, tous les jours de quatre heures du matin à dix, onze heures du soir, dix mille mots par jour. Un rythme terrible, ça m'a presque tué. Mais, à la fin, j'avais mon livre. Je l'ai apporté à un agent et, très vite, il a intéressé quelqu'un. Ensuite il a encore fallu plus d'un an de travail pour le finaliser. Mais en un mois j'avais écrit mon premier jet, j'avais quelque chose à présenter.

Avant ce mois d'écriture intensive, quel temps de réflexion as-tu consacré au livre ?

C'est un livre qui a évolué de manière « organique ». Certains auteurs planifient, organisent, mais là, ça a été bien plus « organique ». Je me suis appuyé sur les notes de toute une vie, des bouts d'histoire qui remontaient jusqu'à mon enfance. La structure n'était pas écrite, mais les morceaux d'histoire si. C'est inspiré de tous les livres que j'ai lus et de toutes les notes que j'avais conservées dans des carnets. Je voulais que le livre soit plein de surprises, qu'il soit « chargé » de toutes ces choses que j'avais explorées. Son sujet est la réalisation du fait que l'univers est plus grand que toutes les histoires individuelles, ou que les croyances que nous avons sur qui nous sommes, ou même que les contes de fées que nous nous racontons.



Il est temps maintenant d'expliquer en quelques mots de quoi parle Théâtre des dieux. Peux-tu le faire ?

Le cœur du livre est l'histoire d'un explorateur qui trouve un moyen de voyager entre les univers. Il se lance dans une quête pour être le premier à découvrir une nouvelle réalité. Ceci fait, il réalise qu'il est bien entré dans un nouvel univers mais que ce nouvel univers est absolument identique à celui qu'il vient de quitter. La seule différence est que lui-même se trouve dans le second et plus dans le premier. C'est absurde. C'est une rencontre absurde entre les livres de fantasy et d'aventure que je lisais enfant et les livres de philosophie existentialiste que j'ai lus adolescent. On y retrouve des influences de Pynchon, Vonnegut. C'est une parodie du storytelling traditionnel, les choses y sont au-delà de toute explication (rires). Du coup, c'est une histoire qui ne peut pas être résumée facilement.

Comment as-tu décidé d'utiliser un narrateur non fiable – Volcannon ?

C'est un hommage à Voltaire, que j'aime beaucoup, mais aussi à Cervantès et à tous ces auteurs qui ont créé des narrateurs larger than life qui deviennent partie de l'histoire elle-même. J'ai toujours été fasciné par ce genre de storytelling.

Borgès aussi, plus que quiconque, symbolise cette approche que j'aime. Il m'a beaucoup influencé. Il n'a jamais écrit de roman mais il a écrit quantité de nouvelles sur l'infinité des manières d'être à l'existence. Il a écrit une histoire extraordinaire (The secret miracle, NdG) sur un dramaturge qui va être fusillé sans avoir eu le temps de finir sa pièce la plus importante. Alors il prie Dieu de lui donner un an pour la terminer. Et quand le moment d'être fusillé arrive, il comprend que Dieu l'a exaucé mais qu'il va passer cette année paralysé en temps subjectif face au peloton d'exécution. Il utilise ce temps à finir sa pièce, à la peaufiner dans sa tête jusqu'à la perfection, puis il est fusillé sans que personne ne sache jamais ce qui s'était passé. D'où le miracle secret. J'adore cette histoire, elle dit quelque chose d'important sur la condition humaine. Elle a infusé dans le livre.

Ton roman est un mix de space-op, histoire de pirates, cyberpunk, histoire de complot. Quelles sont tes références – à part Borgès – en littérature ?

L'ensemble est un mélange de ce que j'aimais quand j'étais petit. J'ai lu beaucoup de classiques. Jonathan Swift, Jules Verne, les grands auteurs de romans d'aventure. J'aime aussi beaucoup Vonnegut, Franz Kafka, Thomas Pynchon, tous ces auteurs anti-establishment dans leurs attitudes et leurs expérimentations. J'ai voulu être un mélange entre les grands auteurs d'aventure et la veine absurde que j'aimais. Après, je ne sais pas. Chaque lecteur trouvera quelque chose de différent dans Théâtre des dieux.

Avais-tu un modèle en tête pour Fabregas (le héros, voyageur dimensionnel) ?


Oui mais ce n'était pas univoque. J'avais plusieurs images de lui. D'un côté il est le grand sage, mais il est aussi le fou, et le héros. Il est Don Quichotte et Sancho Panza en un seul personnage. Au début, je le voyais comme beaucoup plus héroïque. Quand j'écrivais, j'avais sur mon mur une image d'un personnage avec une grande barbe et un chapeau. Il représentait alors Fabregas pour moi. Puis il a évolué et s'est transformé.

Sweety (un monstre si énorme que ça en est absurde)... Tu as dit que le message du livre est que l'univers est plus grand que toute vie individuelle. Sweety est le monstre le plus grand que j'ai jamais lu. Comment l'as-tu créé ?

Et bien, je ne sais pas. Honnêtement, je ne sais pas d'où est venu l'inspiration pour Sweety. Juste la question : quelle est la plus grande taille que peut avoir la vie ? Et la réponse n'est pas Cthulhu (merci, NdG) parce que Cthulhu est définitivement autre chose, non organique, une entité qui représente la noirceur, le summum de ce que nous ne pouvons pas comprendre. Mais Sweety est juste un être vivant, une preuve visible de l'absence de sens de l'existence. Et en même temps, il provoque une vraie résonance émotionnelle, car Sweety veut juste être aimé (rires).

Comme King Kong ?

Oui. King Kong est un concept très émouvant. Ou Godzilla. Aujourd'hui ces bêtes ont cessé  d'être des monstres ou des ennemis pour devenir des  créatures dont nous pouvons avoir pitié et pour lesquelles nous pouvons ressentir de l'empathie. Ils essaient juste de vivre. King Kong n'est pas mauvais, on vient l'ennuyer sur son île. C'est aussi ce qu'est Sweety. C'est aussi ce qu'il vit.

D'où t'es venu l'idée d'utiliser du diesel dans l'espace ?

J'aime bien le steampunk, mais pas tellement la vapeur. Ca ne me paraît pas avoir beaucoup de sens. Dans mon idée, ma société galactique avait la possibilité de créer une infinité de ressources. Alors je me suis demandé ce que nous ferions si nous avions la possibilité de ne jamais être à court de pétrole. Imagine l'industrie du pétrole étendue à une échelle galactique. D'immenses cités dégoulinant de pétrole. Ajoute à ça que j'ai été très influencé par Dickens, par ses romans plein de fog et de pollution (Hard Times ou Bleak House, NdG). On y trouve de beaux passages sur le fog.

Ton dieselpunk est un steampunk en version plus sale.

Oui. Le steampunk est trop joli, trop propre pour moi. C'est un  genre qui parle d'ordre et de contrôle alors que c'est de pur chaos que je traite ici. Bon, sur le steampunk, je sais que je généralise...
A l'inverse j'aime beaucoup le rétrofuturisme, ce qu'on imaginait du futur dans le passé. Star Wars en est un bon exemple.

Et là, nous avons été interrompu par l'interviewer suivant. Que les dieux le maudissent, le flétrissent, l'anéantissent !

Avant de terminer, Matt a juste eu le temps de me dire que la traduction (par Sara Doke) s'était passée sans aucun problème, de façon parfaitement fluide, qu'il avait seulement fallu se caler pour quelques blagues ou jeux de mots.
Il m'a aussi conseillé de guetter son prochain roman Au diable vauvert, qui sera très différent mais très absurde encore, et s'intitule en anglais : Hunters and Collectors.

dimanche 19 novembre 2017

La guerre des bulles - Kao Yi-Feng


"La guerre des bulles" est le premier roman traduit en français du taïwanais Kao Yi-Feng. Il entraine son lecteur dans un monde sensiblement différent de celui des écrivains SF de Chine Populaire.

Dans un village de montagne, l’eau courante, jamais installée, manque depuis toujours en dépit de nombreuses demandes. Quand la sécheresse s’éternise, le problème devient aigu, et les adultes, si sympathiques soient-ils, ne semblent pas avoir pris la mesure des problèmes qui se posent à la communauté. D’autant qu’il n’y a pas que ça, les enfants du district sont aussi victimes d’agressions – parfois mortelles – infligées par une horde forestière de chiens sauvages.
Quand la coupe métaphorique est pleine, il est temps de réagir, et ce sont les enfants du district, sous la direction de l’autoproclamé général Gao Ding, qui vont prendre les choses en main. Passé l’exaltation du début, dont l’acmé fut l’assassinat du responsable local, les enfants vont découvrir petit à petit que, pour gérer le monde, ils devront perdre un peu de leur pureté, beaucoup de leur innocence, et ressembler de plus en plus à ces adultes honnis dont ils ont voulu prendre la place pour améliorer les choses.

Loi d’airain de l’oligarchie, loi éternelle des révolutionnaires qui doivent confronter leurs idéaux non seulement aux contraintes du réel mais aussi à l’opposition politique, les enfants franchiront les étapes inévitables de la transformation d’un mouvement en gouvernement. De la fraicheur à l’efficacité, de la recherche du consensus à l’autoritarisme, de la violence fondatrice à la violence réitérée. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, les idéalistes de tous bords ont toujours du mal à s’en convaincre.

Ce fond, même s’il n’est pas d’une grande originalité, m’a intéressé. Les références claires à Sa majesté des mouches aussi. Et certains passages sont beaux et émouvants (le destin de la mère de Gao Ding par exemple). Mais le traitement fantastique, féérique, allégorique, je ne sais vraiment pas comment le qualifier, beaucoup moins. Appelons cette approche, qui fait appel à l’imaginaire asiatique, manga. Fantômes errants dans le village, sorcière, roi des chiens sauvages, bulles (celles du titre) magiques aux nombreux pouvoirs, rien n’est impossible ; la dystopie prend place dans un monde qui est résolument imaginaire. D’un Imaginaire qui ne me parle guère en dépit de la bonne volonté que j’ai mis à lire le roman, y compris dans ses passages trop longs tels que celui de l’installation du réseau d’eau. Je ne suis sans doute pas le client de ce type d’Imaginaire, je ne suis d’ailleurs guère fan de manga (et je trouve que la quatrième de couverture n’est pas assez explicite sur le contenu exact du roman, l’aurais-je acheté si cela avait été le cas ? Pas sûr).


Première sur ce blog, j’ai soumis certaines de mes incompréhensions à Gwennael Gaffric, le traducteur du roman, qui a eu la gentillesse d’éclairer quelques-uns des éléments qui étaient lost in translation pour moi. Je l'en remercie et m'autorise donc à préciser quelques points avec son autorisation.

"La guerre des bulles" est en effet un roman aussi poétique que potentiellement déroutant, tant par sa construction que par l’Imaginaire qu’il convoque, jusqu’à une fin qui prouve que l’auteur voulait encore emmener son lecteur là où il ne pensait pas aller.
L’atmosphère d’angoisse surréaliste qu’on y trouve peut évoquer l’écrivain japonais Kobo Abe, même si Kao Yi-Feng, pour son œuvre, se réclame plus volontiers d’Angela Carter ou de JG Ballard. Ceci est manifeste dans L’asile des illusions, un long roman complètement barré (donc, potentiellement pour moi, NdG).
L’aspect « manga » de l’Imaginaire du roman est accentué par le choix de Mirobole de marquer des chapitres – inexistants dans la VO – par des dessins.
Le travail de déstructuration de la langue et de la syntaxe de Kao Yi-Feng ne peut pas passer totalement dans la VF en raison du caractère moins plastique de la langue française (sur la difficulté à traduire ou à rendre le chinois, j’ai le souvenir de notes de traduction de Ken Liu sur un autre roman qui allait jusqu'à indiquer pour lecteurs bilingues les tons dont il s’agissait dans le texte VO ; NdG).
Last but not least, "La guerre des bulles" est sorti en même temps que le mouvement étudiant des Tournesols à Taïwan. Certains ont fait le lien entre les deux événements même si le roman a été écrit avant. Zeitgeist peut-être, pas sûr (le nombre de romans qui sortent en ce moment qui soit disant parlent de Trump, jusqu’au putassier bandeau de La servante écarlate en Pavillon Poche…, NdG).

La guerre des bulles, Kao Yi-Feng

lundi 13 novembre 2017

LOSTETTER CAUSSARIEU : STOP and GO


On peut ne pas lire "Noumenon", de Marina Lostetter, roman d'arche générationnelle avec clones dont les maigres forces sont bien incapables de soutenir l'ambition. On y fait du vieux avec du neuf ou du Clarke YA.


On peut, en revanche et pour peu qu'on ait un peu de cœur, lire "Cheloïdes" de Morgane Caussarieu, son premier roman non fantastique.

"Colombe est maquilleuse sur des pornos gay, Malik est punk et vit dans la rue. Alcool, drogue et soirées destroys, tout semble les réunir, mais les jeunes gens ont chacun leurs démons. Commence alors une inévitable descente aux enfers."
Ca n'est pas faux. Colombe et Malik, c'est Sid et Nancy vers Pigalle. Elle ne se défonce pas trop (au début), lui pas trop non plus (au début). Ils se rencontrent, unissent deux solitudes, croient s'aimer, finissent par le faire vraiment.

Mais c'est trop dur, tout est trop dur. Malik qui squatte chez Colombe. Les deux qui trainent des passifs énormes. L'un et l'autre enfermés dans des identités réactives, chéloïdes de passés familiaux et sociaux qui ne passent pas. L'un et l’autre qui ne se rencontrent pas là où ils devraient le faire, dans une communion sexuelle qui les fusionnerait pour quelques instants d'oubli. Malik et Colombe sont sur deux planètes sexuelles distinctes qui les séparent au lieu de les rapprocher.
"Qui comprendra pourquoi deux amants qui s'idolâtraient la veille, pour un mot mal interprété, s'écartent, l'un vers l'orient, l'autre vers l'occident, avec les aiguillons de la haine, de la vengeance, de l'amour et du remords, et ne se revoient plus, chacun drapé dans sa fierté solitaire." s'interrogeait Lautréamont, et Robert Smith miaulait "You want to know why I hate you? Well I'll try and explain."
Dans les deux cas, l'incompréhension fondamentale, presque solipsiste, entre partenaires humains. Le sexe peut aider à la surmonter mais Colombe et Malik n'ont pas ce luxe. Alors ne reste que les chéloïdes, que la déception d'avoir cru avoir trouvé un Autre, que la borderline entre disputes, violence, larmes, concerts, et dope, de plus en plus de dope comme palliatif à la déception, substitut à un sexe défaillant, justification pratique à une sexualité en berne.

Cette descente aux enfers, Caussarieu la décrit dans un langage cru et explicite. Elle gratte là où ça fait mal et n'offre pas d'échappatoire facile à ses personnages. Elle raconte une histoire de sentiments exacerbés, de conduites suicidaires, de soif du contact jamais rassasiée, ou, ce qui est pire, jamais rassasiée par l'un comme le voudrait l'autre. Des boites parisiennes aux sex-clubs de Berlin, des squats en ruine aux appartements de la petite bourgeoisie culturelle, de ces gothiques qui dansent en regardant leurs pieds à ces birds qui attendent la baston comme des prétresses une apparition, Caussarieu raconte un monde qu'elle connait bien, offrant tant de moments de vérité qu'on ne peut qu'y trouver des souvenirs ou un bon travail d'ethnologue.
Sid et Nancy, qui, eux, commencèrent la dope avant d'arrêter le sexe, disaient dans le film éponyme : "Le sexe, c'est pour les hippies. C'est pas pour les punks toutes ces chienneries". Ils étaient raccords sur ce point, Malik et Colombe non.

Noumenon, Marina Lostetter
Chéloïdes, Morgane Caussarieu

samedi 11 novembre 2017

14-18 tome 8 et Prométhée tome 16 / Brève revue de BD


Mai 1917. Les tueries du Chemin des Dames se poursuivent. L'armée française tire dans ses réserves et n"hésite pas à faire monter en ligne des cadres incompétents et dangereux pour leurs hommes. Faute de grives...

C'est de Jules, l’étudiant en médecine, dont il est question dans ce tome. En ce mois de mai, sa compagnie monte à l'assaut de la Caverne du dragon, une creute stratégique qu'il s'agit de prendre aux Allemands. Le plan est simple. Entrer dans la creute, y déposer des bombonnes de Chlore/Phosgène, attendre - avec fusils et lance-flammes (les appareils Schilt) - les Allemands à la sortie, les y éliminer. Simple.

Problème, Jules est fait prisonnier, en compagnie de Victor, un sapeur. Envoyé en Allemagne, il travaille dans une ferme, y devient l'ami d'un prisonnier britannique et l'amant de la fermière, une jeune veuve prénommée Lorelei. Mais les histoires d'amour finissent mal en général.

Avec ce tome, Corbeyran poursuit les opérations du Chemin des Dames. Il prend surtout le temps de montrer le versant allemand de la perte et du deuil, et la prise de conscience permise par un face à face qui interdit la déshumanisation de l'ennemi. Un épisode doucement triste qui aurait bénéficié de se centrer sur la partie allemande sans développer un second fil annexe qui ampute le premier d'autant de pages.


C'est de guerre aussi qu'il s'agit dans le tome 16 de Prométhée.

Les fils ouverts dans le tome 15 se poursuivent. Du siège de Syracuse à l'Angleterre victorienne de Spring-Heeled Jack en passant par l'après-holocauste humain, la guerre est sur tous les fronts, et il est désormais clair qu'il y a au sein des envahisseurs deux factions aux objectifs opposés qui se combattent pour la suprématie.

En 1959, les services spéciaux cherchent toujours à récupérer le voyageur temporel en fuite (Denton) et on échappe de justesse à un paradoxe temporel (la page 34 annonce finement les événements à venir).
Le père d'Hassan Turan, agent involontaire des aliens, parvient à envoyer un message à son fils à travers un siècle et demi de distance.
L'alien capturé en 2019 est toujours en route pour Washington avec ses geoliers.
Le cube alien trouvé par Kellie et Tim doit être emmené dans la Zone 51 pour y être analysé. C'est l'ex-POTUS qui organise l'opération. Une surprise de taille attend l'expédition à l'arrivée.
Quant aux scientifiques de la porte de Thanatos, on ne sait encore quel pourra être leur rôle dans le conflit qui se joue, mais leurs connaissances historiques les aideront sans doute à être déterminants.

Les faits continuent à s'accumuler. La tapisserie est de plus en plus claire. Mais elle est encore loin de l'être complètement, ni pour les protagonistes de l'histoire, ni pour nous. On attend la suite.


14-18 t8, La caverne du dragon, Corbeyran, Le Roux
Prométhée t16, Dissidence, Bec, Raffaele