lundi 29 janvier 2018

Normal - Warren Ellis - Ben justement non


"Normal" est une court roman d’anticipation de Warren Ellis, d’abord publié par épisodes en ligne. C’est un texte aussi étrange dans son positionnement que dans la situation qu’il décrit.

Adam Dearden (le nom rappelle Tyler Durden, l’homme qui voyait ce que les autres ne voyaient pas, ce n’est sans doute pas anodin) est un prospectiviste. Après un effondrement nerveux à Rotterdam, il est envoyé à Normal Head, un complexe isolé dans lequel sont soignés – autant que faire se peut – ceux de ses semblables souffrant du même genre de troubles. A Normal Head, déconnecté de lui-même et du réel, il se frotte à une galerie de personnages plus déjantés les uns que les autres. Les « malades » sont tous spécialistes de haut niveau, tous psychologiquement détruits par les effets de leurs activités et des certitudes qu’elles engendrent. Une moitié des patients est constituée de spécialistes de l’adaptation aux changements dans un monde complexe, l’autre moitié de prospectivistes chargés de prévoir des situations d’effondrement et d’envisager les moyens d’y faire face. Loin du monde, dans l'isolement de Normal Head, ils tentent de reprendre pied.

Voilà que juste après l’arrivée de Dearden, l’un des autres patients, un nommé Mansfield, disparaît mystérieusement. Dans sa chambre plus rien, sauf une centaine de kilos d’insectes d’origine inconnue. Procédure d'urgence : l'asile se coupe numériquement du monde et attend l'arrivée de mystérieux enquêteurs.
Dearden – qui oscille sans cesse entre clarté, fatigue, et absences – réagit de la seule manière qu'il connaisse : il se méfie. Il enquête donc sans attendre sur ce mystère en chambre close, seul d’abord, puis en parvenant à unir autour de lui les clans opposés de malades. Il finira par découvrir l’effrayante vérité et en tirera une conséquence radicale pour lui.

"Normal" est un texte résolument weird. Une narration cotonneuse plus orientée vers la conversation – fut-elle interne – que vers l’action, un narrateur et des témoins à la fiabilité douteuse, un huis-clos dans un a-topos tant géographique qu’institutionnel, une issue rien moins qu’individuelle à un problème rien moins que global.

Captivant par son étrangeté même, intrigant au point de pousser le lecteur à tourner une page après l’autre, "Normal" pose néanmoins la question de sa cible.

Ellis expliqua à BoingBoing avoir écrit "Normal" en référence à ses connaissances du monde de l’analyse et de la prospective. Je cite : « It became very apparent quite quickly that a lot of the people who work in futurism suffer from depression,” he says. He first noticed it while talking to environmental forecasters, trying to save the world from climate change, and political strategists, working to predict the collapses of different nations. “A lot of those people end up sitting down with a bottle of Prozac and going to sleep, because it’s miserable work that leads you to consider the worst-case scenario for everything,” Ellis says. »

Il rejoint sans le vouloir Lovecraft, qui écrivit il y a bien longtemps : « La chose la plus miséricordieuse en ce bas monde est bien, je crois, l'incapacité de l'esprit humain à mettre en relation tout ce qu'il contient. Nous habitons un paisible îlot d'ignorance cerné par de noirs océans d'infini, sur lesquels nous ne sommes pas appelés à voguer bien loin. Les sciences, chacune creusant laborieusement son propre sillon, nous ont jusqu'à présent épargnés ; mais un jour viendra où la conjonction de tout ce savoir disparate nous ouvrira des perspectives si terrifiantes sur la réalité et sur l'épouvantable place que nous y occupons que nous ne pourrons que sombrer dans la folie devant cette révélation, ou bien fuir la lumière pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d'un nouvel âge de ténèbres. »

C’est, je crois, le point de "Normal". Nul besoin d’horreur cosmique. Les professionnels qui passent leur temps à regarder vers l’abysse qu’est l’horreur du monde moderne ou à imaginer celle du monde à venir en deviennent fous. Entre un présent fait de « guerre constante de basse intensité » nappé de tittytainment et un avenir qu’on voit mal échapper à l’effondrement, ceux dont le métier est de regarder jour après jour le monde en face finissent par céder et sombrent dans une dépression bien compréhensible.
A titre personnel, je dirai que lire ce texte quelques jours à peine après que l’horloge de l’apocalypse ait été de nouveau avancée jusqu’à deux minutes de minuit en accentue l’impact.

Néanmoins, et pour en revenir à la cible, "Normal" – trop elliptique – sera presque incompréhensible pour un lecteur peu familier de ces sujets ; en revanche, il enfoncera des portes ouvertes – joliment certes – pour un lecteur au fait du triste état du monde et déjà convaincu que le pire est à venir. Si vous faites partie de la seconde catégorie, et si vous vous êtes déjà demandé comment certains pouvaient continuer à vivre en sachant tout ce qu’ils vous cachent pour protéger votre santé mentale, alors ce texte est fait pour vous. Il donne voix et visage à ces premières victimes invisibles de l’effondrement du monde que sont les guetteurs et les sentinelles chargés d’en observer l’avancée. De ce Désert des Tartares sortiront des monstres ; la vérité ne libère pas, elle rend juste fou furieux.

Normal, Warren Ellis

dimanche 28 janvier 2018

Isabelle Dauphin dans Bifrost


Dans Bifrost 89, à côté de maintes autres merveilles dont un très complet dossier Nancy Kress, se trouve une (première) nouvelle d'horreur fantastique absolument impressionnante : En finir, d'Isabelle Dauphin

Une narration au présent réussie (ce n'est pas si courant), une tension qui monte sans répit aucun, un personnage croqué avec profondeur, l'intrusion d'une terreur organique qui glace le sang, En finir effraie autant par ce qui y est dit que par ce qui y est tu.

C'est de la bien belle ouvrage, et un talent dont j'attends avec impatience de nouvelles manifestations.

En finir, Isabelle Dauphin

samedi 27 janvier 2018

Persepolis Rising - James S.A. Corey - Blitzkrieg


"Persepolis Rising" est le septième volume de la saga The Expanse. C’est le premier volume de la troisième, et paraît-il dernière, trilogie.

Le roman s’ouvre trente ans après la fin du précédent.
Un équilibre semble avoir été trouvé au sein de l’Humanité.
Mars et la Terre – qui ont un peu pansé leurs plaies – cohabitent enfin pacifiquement dans une Coalition des planètes intérieures.
Grâce à la protomolécule, l’heure des Belters a sonné. Libérés de la tutelle des Intérieurs, les ex-OPA ont fondé l’Union des Transports. Cette organisation – dirigée par Camina Drummer – se veut politique mais non étatique ; elle se repose peu ou prou sur les forces armées d’une ONU qui a perdu beaucoup de sa superbe
Loin au-delà des portes, de nombreuses colonies humaines indépendantes se sont établies. Certaines prospèrent, d’autres sont juste à la limite de la survie, dépendantes d’importations régulières de biens manufacturés, de nourriture, de terres, ou de minéraux.
Fini l’ONU, fini Avasarala, les planètes intérieures sont trop loin de l’anneau des portes, le nouveau cœur battant du système solaire. L’Union des Transports, c’est là qu’est dorénavant le vrai pouvoir, celui de contrôler, par la biais de la station Médina, au centre de l'anneau, le trafic entre les mondes humains éparpillés. Holden et son équipage, plus vieux de trente ans aussi, gagnent leur vie en réalisant au coup par coup des opérations spéciales pour l’Union.

L’une de ces opérations, au début du roman, va consister à sanctionner la petite colonie de Freehold, un havre libertarien coupable d’avoir enfreint la règlementation de l’Union sur les droits de transit. Drummer y découvre qu’il n’est de société sans Etat que dans la littérature de Pierre Clastres, et que le pouvoir de tuer sans haine, juste pour sanctionner une règle formelle, fait de l’Union en proto-Etat, fut-ce à son corps défendant.
Cette opération va conduire Holden, une fois encore, à faire des siennes en adaptant à sa guise la mission confiée par Drummer.
Le casus belli entre le capitaine vieillissant et la jeune présidente n’aura néanmoins jamais le temps de se muer en guerre ouverte. Dès leur retour sur Médina, Holden et Naomi, fatigués par une vie dans l’espace décident de revendre leurs parts du Rocinante à leurs compagnons pour aller s’établir sur une planète solaire et se reposer enfin.
Mais, passées la vente et la nomination de Drapper comme nouveau capitaine du Rocinante, passés les adieux, la suite du plan restera à l’état de projet. Car une catastrophe arrive : Médina est attaquée par deux vaisseaux de conception étrange surgis sans crier gare de la porte menant à la colonie Laconia (Sparte pour les intimes).
En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, Médina est prise et occupée par une armée disposant d’armes aussi mystérieuses qu’irrésistibles. Et qui contrôle Médina contrôle aussi bien l’accès à toutes les colonies que celui au système solaire dans son ensemble ; les agresseurs ne tardent donc pas à se diriger vers les planètes intérieures.

Avec ce septième tome, Corey remet en scène la flotte mutine de Winston Duarte. Si tous s’étaient piqués d’oublier l’homme qui avait trahi la flotte martienne avant de se réfugier derrière une porte avec un tiers des vaisseaux et des équipages martiens, lui n’avait pas oublié le système d’où il venait.
Sur Laconia, loin de tout regard, Duarte conduisait depuis trente ans un plan de conquête de l’espace humain. Création d’une dictature militaire froide et impitoyable, recherche scientifique de haut niveau à marche forcée, utilisation de la protomolécule pour créer de l’armement, quête de l’immortalité physique. Trente ans de préparation puis l’attaque, la conquête.
Une agression sur l’espace humain qui se présente avec la neutralité affectuelle d’une évidence :
« Duarte considère que l’Humanité a besoin d’une direction centralisée. Duarte institue l’Empire humain. Tout les humains font partie de l’Empire humain. Tous les humains se retrouvent donc sous la domination politique de l’Empire humain de Duarte. Toute tentative de s’opposer à cette évidence affirmée conduira à des actions de répression, strictement proportionnées (ce qui peut signifier des milliers ou des millions de morts). Rien de plus. L’empire ne veut ni tuer ni briser. L’empire veut diriger. C’est tout. »
Et c’est évidemment beaucoup trop. C’est une dictature absolue qu’impose l’Empire. L’Humanité, bien sûr, résistera de toutes ses forces…avant d’être vaincue par cet adversaire bien plus puissant qu’elle. Pax Duarta !

"Persepolis Rising" est un roman sombre. Les héros sont vieux, fatigués, mourants pour certains. Même le Rocinante est vieux, et son équipage ne sait plus ce qu’il est, entre un Holden partant sans partir et une Drapper qui doit trouver sa place et sa légitimité. L’Empire est un ennemi contre lequel il semble n’y avoir aucune solution. La puissance de ses armes, la discipline (voire le fanatisme) de ses troupes, la pertinence de ses plans stratégiques impressionnent. Le courage des troupes du système solaire et la résistance de quelques groupes rebelles n’y changent rien, d’autant que les collaborateurs apparaissent vite et que le gros de la population s’accommode finalement assez vie de l’occupation. Un chef ou un autre…
Il y a définitivement quelque chose du Blitzkrieg et de l’invasion allemande de la France dans "Persepolis Rising", de son inéluctabilité tragique et déprimante. A la fin du roman, on est à l'hiver 40.

Souvent plaisant, "Persepolis Rising" n’est pas totalement réussi imho.

D’une part, les personnages « historiques » du cycle sont ici bien mal traités. Volonté de transition compréhensible, certes, mais tant les uns que les autres sont largement backstage sans que les nouveaux venus mis en lumière parviennent à prendre véritablement leurs places. Manque cruellement ce qui faisait la marque de fabrique de la série, des personnalités fortes qui s'opposent politiquement et tactiquement. De ce fait, The Expanse se banalise.

D’autre part, les personnages du côté obscur manquent singulièrement de profondeur. Un Duarte presque invisible (on peut mettre ça sur la volonté de garder du mystère), un Amiral Trejo peu incarné, un gouverneur Singh qui aurait pu donner tant en fanatique faible et effrayé et qu’un traitement caricatural dessert hélas.

De plus, le politique est ici en retrait avec des quasi-absences d’Holden et d’Avasarala qui se font lourdement sentir. Du coup – et c’est de là que vient une partie de la critique suivante – c’est l’opérationnel qui prend la majorité des pages du roman. La marque de fabrique du cycle s’y perd un peu.

Enfin, il est un poil trop long. Je pense qu’on aurait pu dire et faire autant avec quelques dizaines de pages en moins. Le seul intérêt de cette accumulation de détails et de préparatifs semble être de rendre d’autant plus surprenants et choquants les deux twists finaux bien venus sur lesquels je ne dirai rien ici.

"Persepolis Rising" a néanmoins trois grandes qualités : une action à très grande échelle, le retour dans un univers connu et apprécié, et surtout la réalisation encore une fois renouvelée – côté lecteur – de la complexité de la construction à long-terme d’un récit dont les éléments clefs se répondent d’un roman à l’autre sur maintenant un grand nombre d’années et un nombre énorme de pages.

Persepolis Rising, James S.A. Corey

mercredi 24 janvier 2018

Traverser la ville - Robert Silverberg - Retour de Bifrost 85


"Traverser la ville", de Robert Silverberg, sort en 1973, un an seulement après le Rapport Meadows qui exhortait à la fin de la croissance, onze ans après le Billennium de Ballard qui pointait les risques de la surpopulation, et deux ans après son Monades Urbaines sur le même thème.

Les années 50 et 60 connurent simultanément l’explosion démographique et l’urbanisation accélérée du monde ; c’est alors que naquit le concept, banal aujourd’hui, de mégalopole, qui liait les deux phénomènes. D’autre part, le monde était alors l’objet de forces contradictoires entre volonté de régulation globale et poussées nationalistes variées ; comme l’Europe aujourd’hui. C’est donc un monde surpeuplé, intégralement urbanisé mais politiquement fragmenté, que décrit Silverberg.

Le centre est loin, la vie s’organise dans une myriade de districts (proches des comtés US) où vivent (plutôt mal) quelques centaines de milliers de citoyens. Les districts, entre spécialisation et standardisation, ont chacun leur propre organisation politique, leur composition sociologique, leur activité économique dominante. Chacun se méfie des autres, l’âge est aux frontières, tiens donc !

C’est dans ce contexte qu’une rebelle s’exfiltre du district de Ganfield en emportant le logiciel qui régule le fonctionnement de toutes les infrastructures ; un logiciel que personne ne sait remplacer (on est ici proche du Pompe n° 6 de Bacigalupi). Dans un monde automatisé où la surpopulation impose une gestion quotidienne de la pénurie endémique et dont la complexité empêche tout contrôle humain, l’évènement est dramatique ; l’effondrement guette le district de Ganfield. Menacé de lynchage par procuration,  le mari-du-mois de la rebelle part à sa poursuite afin de récupérer le logiciel pour sauver sa communauté. Il traverse la ville et emmène le lecteur à sa suite, lui faisant visiter un petit bout d’un monde peu attirant. C’est à la fois un peu court et très bien vu.

Traverser la ville, Robert Silverberg

A voté - Isaac Asimov - Retour de Bifrost 85


"A voté", d’Isaac Asimov, est un court texte à lire en ces temps d’élections américaines.

Ecrit en 1955, alors que les sondages d’opinion avaient déjà prouvé tant leur efficacité que leurs limites et que la publicité politique commençait son œuvre débilitante, elle poussait au bout l’idée de l’échantillon représentatif, cher aux instituts de sondage, et la mixait avec les espoirs et craintes associés à la cybernétique et au développement des ordinateurs. Asimov y imagine un monde à venir (2008 pour info) dans lequel la démocratie a été « améliorée ».

Au lieu de convoquer à intervalles réguliers des dizaines de millions de citoyens pour voter – dans la nouvelle, seul le grand-père se souvient de cette époque et radote dessus dans l’indifférence générale –, les USA s’en remettent à un seul « électeur » dont le profil permettra de désigner les élus idéaux pour toutes les fonctions politiques. Cet électeur, qui change chaque année et représente à lui seul l’américain-type, est désigné par l’ordinateur central Multivac (qui gère les élections ainsi que bien d’autres choses), grande responsabilité qui donne lieu à une grande excitation citoyenne.

On y voit le fantasme fifties de l’ordinateur central tentaculaire et les inquiétudes légitimes devant les dérives en gestation de la démocratie élective – en 2007, Idiocracy avait moqué ces dérives, Trump et consorts les incarnent aujourd’hui.
On y voit aussi l’attrition extrême d’un corps électoral ramené à un « électeur », qui interroge nos temps d’abstention massive et/ou de populisme affirmé dans ce que les politologues nomment la politique post-vérité.

Intéressant bien que peu réaliste, le texte néanmoins est de qualité très moyenne. Jouant sur le mystère que présente ce mécanisme électoral pour le lecteur, il ne contient que peu d’intensité dramatique et met en scène un personnage falot que sa « responsabilité » émeut in fine.

A voté, Isaac Asimov

mardi 23 janvier 2018

Au-delà du gouffre - Peter Watts - Retour de Bifrost 85


Le Canadien Peter Watts est l'un des pontes actuels de la Hard-SF. Peu prolixe – quelques romans et une grosse vingtaine de nouvelles –, il crée une des SF les plus exigeantes et imaginatives de ces dernières années et fait partie du club des futurs classiques, en compagnie de gens comme Liu, Chiang, ou Egan. "Au-delà du gouffre" est le premier recueil de ses nouvelles publié en français, coédité par Le Bélial et Quarante-Deux. Il compte 16 nouvelles – 12 inédites en VF, deux primés (Hugo et Shirley Jackson) – et deux articles plus une bibliographie.

Au fil de textes qui racontent le The Thing de Carpenter du point de vue de la créature, plongent jusqu'au bout de l'espace et du temps à la rencontre de vies inimaginables, réécrivent l'histoire d'un monde romanisé et fanatique, ou tordent ce que nous définissons comme humain jusqu'à l'incongruité, Watts développe un monde radicalement différent qui baigne pourtant dans une vraie ambiance de plausibilité.

Matérialiste convaincu, Watts donne à ses lecteurs la vision sans équivoque d'un univers moniste. Dieu n'existe pas, la foi est une erreur intellectuelle, au mieux le résultat d'une stimulation cérébrale externe.
Dieu évacué, reste à traiter de l'humain. Si l'animal humain existe, celui-ci ne porte rien en lui qui ne soit matériel et quantifiable. La conscience est une illusion. Actes et pensées ne sont que des réponses à des stimuli. Ce qui se donne à voir comme ce qui (croit) se pense(r) ne dépend que des stimuli reçus et de la forme du câblage neural qui les traite : inputs → algorithmes de traitement → pensées/actes. Rien de plus. Le néocortex se leurre s'il croit être aux commandes, le gros du traitement vient des systèmes limbiques, ensemble de sous-routines qui traitent l'information et forment un réseau qui croit être une unité consciente. Au spectacle de cet homme-machine, on pense autant à Descartes qu'au plus confidentiel de La Mettrie.
Bardé de ces convictions fortes qui rappellent – dans un genre très différent – Lovecraft, Watts entraîne le lecteur à sa suite, des coulisses de Vision Aveugle et d'Echopraxie à celles de Starfish, en passant par quantité d'univers indépendants tous sous-tendus par les mêmes certitudes.

Numérisation ou fusion des « individus », modifications génétiques ou bioniques, transformations volontaires (ou pas) des états de conscience. Si tout n'est que viande (le mot qu'il emploie), tout est modifiable pourvu qu'on ait la technologie adéquate. Toutes les expériences sont possibles, tous les échecs aussi. Le seul message ici est que la vie existe et se perpétue, souvent au prix de la violence physique, assistée par la technologie quand elle est disponible. La vie n'a rien à dire à un univers qui lui est indifférent. Les humains veulent survivre et se perpétuer, les aliens aussi, les animaux ne sont pas moralement supérieur – Watts est l'homme qui affirma en interview « Animals are assholes ».

Pour exprimer son point, Watts manie le champ lexical scientifique avec une virtuosité qui donne l'impression qu'il ne ferait que décrire un monde qu'il voit. Tout est clair, tout se tient, le matter-of-factness de son style donne à ses textes la force de l'évidence.

Au-delà du gouffre est donc un recueil moderne, brillant, engagé au bon sens du terme. Et l'ensemble, s'il est dur, n'est jamais glauque ; l'auteur se définit comme un optimiste en colère, pas comme un pessimiste.

Au-delà du gouffre, Peter Watts

lundi 22 janvier 2018

L'histoire secrète de Twin Peaks - Mark Frost - Retour de Bifrost 85


"L'histoire secrète de Twin Peaks" est un livre surprenant autant que séduisant.

Surprenant car, loin d'être le roman de facture classique que sa couverture laisse imaginer, LHSDTP s'apparente dans sa forme au roman épistolaire sans être un épistolaire strict. LHSDTP se présente comme la mission confiée à un agent du FBI d'identifier l'Archiviste, l'auteur anonyme d'un imposant dossier sur les racines du mystère Twin Peaks – si long et détaillé qu'il confine à une anamnèse de l'étrange dans la petite ville. LHSDTP est donc le dossier secret in extenso, annoté en marge par l'agent du FBI qui l'analyse.

Surprenant aussi car seule une très faible part de l'ouvrage est consacrée directement à l'affaire filmée par David Lynch, ce qui déroutera – voire décevra – sûrement les aficionados. On trouve bien des bios détaillées des personnages principaux de la série, ainsi qu'une histoire de leur famille et une analyse de leurs relations, mais ce n'est pas l'essentiel. Il s'agit ici d'histoire secrète au sens strict du terme, c'est à dire du récit de temps long d'événements cachés au commun des mortels ou de mise en relation de faits apparemment indépendants pour en extraire les liens cachés.

Mais c'est aussi un ouvrage séduisant. D'abord il est très beau. La variété des documents proposés (coupures de presse, photos, dessins, rapports officiels caviardés, etc.) et le soin apporté à la création des fac-similé offrent à l’œil un objet plaisant à voir, qu'on feuillette avec plaisir, un peu comme quand on fouille dans une vieille malle retrouvée au grenier ; une plongée dans un monde jusque là inconnu, aussi joliment suranné dans la forme que foisonnant dans le fond. Car pour peu qu'on s'y plonge vraiment (je pense que le feuilletage distrait est ici contre-productif), il est d'une grande richesse thématique.

Mêlant le vrai, le supposé, le complotiste, l'auteur raconte l'histoire secrète de Twin Peaks, du monde et de l'humanité entière. Sans jamais lever complètement le voile, laissant une part au doute et à l'interprétation (car à l'inverse des secrets qu'on peut révéler au grand jour et changer en informations, les mystères restent inaccessibles à une connaissance complète), Frost livre un récit qui s'étend de l'expédition Lewis et Clark – qui traversa les USA jusqu'au Pacifique au début du XIXème (cf. le comics Manifest Destiny) – à nos jours.

On y croise des Francs-Maçons et des Illuminati ; on y apprend le sort tragique des Indiens Nez-Percés, premiers habitants de la région de Twin Peaks. Déjà, l’inexplicable hantait les forêts du futur Etat de Washington. Et le temps passe. Twin Peaks, la ville, naît et grandit. Autour, dans les monts et les bois, les phénomènes étranges sont rares mais récurrents, et de plus en plus documentés avec l'augmentation du peuplement et l'avancée des techniques.

Fil rouge du dossier, le jeune Doug Milford vit l'un de ces événements. Sa vie en est bouleversée ; Milford devient un agent de plus en plus secret au service du gouvernement. Projets Sign, Grudge, Blue Book, Milford est de toutes les recherches ufologiques et de toutes les dissimulations. Il « croise » Eisenhower, fréquente Nixon, mais aussi Ray « Amazing Stories » Palmer ou le Majestic 12. Il finit par mourir dans l'épisode 19 de la série, non sans avoir transmis, dans LHSDTP, sa charge de surveillance à l'Archiviste.

L'histoire secrète de Twin Peaks, Mark Frost

dimanche 21 janvier 2018

The Manhattan Projects - Hickman Pitarra Bellaire


Sortie chez Urban d'un énorme pavé de près de 500 pages, titré "The Manhattan Projects, volume 1 Pseudo-Science" ; il y aura donc un second énorme pavé.

Vous connaissez tous le Projet Manhattan, colossal projet militaro-scientifico-industriel qui permit aux USA de mettre au point la première bombe atomique, avant l'Allemagne nazie et dans l’intention de l'expédier sur cette dernière. Ironie de l’Histoire, l'Allemagne s'étant effondrée trop tôt, c'est le Japon qui eut le triste privilège de servir de showroom à la technologie nucléaire américaine ; l'Oncle Sam se souvenait d'Iwo Jima.

Du moins, vous croyiez connaître le Projet Manhattan... Car le scénariste Jonathan 'Black Monday' Hickman, assisté du metteur en images Nick Pitarra, nous dévoile enfin la vérité sur le projet, sur le « secret caché dans le secret » comme le nommerait le boss mystérieux du « Comité » de Przybylski.

Mettant en scène les véritables acteurs du projet, Hickman nous dit tout sur leur mission secrète, inconnue du public jusqu'ici. Il dote savants et militaires de personnalités proprement délirantes (nous y reviendrons) qui empêcheraient même leurs mères de les reconnaître.
Alors que le projet avance puis est finalement révélé au monde comme celui qui conduisit à la mise au point de la bombe atomique, celui qui permit sans doute la fin accélérée de la guerre contre le Japon, celui qui fit entrer le monde de la Guerre Froide dans la course aux armements et l'équilibre de la terreur – offrant par là-même une source d'inspiration infinie aux auteurs SF qu'on n’appelait pas encore apo ou post-apo –, la vérité, comme disait l'autre, était en fait ailleurs.
Les savants fous – on peut le dire – de Manhattan mettent au point des armes bien plus terribles que la bombe, communiquent avec des aliens qu'ils combattent aussi à l'occasion, et projettent d'aller vers l’infini et au-delà pour prendre la contrôle de tout l'environnement galactique immédiat, main dans la main avec des Russes aussi out of bounds qu'eux. Car, entendons-nous bien, tous ces braves gens qui travaillent sous la houlette du Général Groves se sont depuis longtemps affranchis de tout contrôle politique ; même les redoutés Illuminatis – à l'origine et au cœur de tout secret comme de tout complot – paieront cher leur tentative d'ingérence.

C'est aux aventures secrètes des gens de Manhattan qu'Hickman convie le lecteur. Complètement barré, le comic met en scène un Groves aussi caricatural que le « Buck » Turgidson du Docteur Folamour, un Einstein moins brillant mais plus violent que l'original, un Feynman touchant de naïveté idéaliste, un Fermi dont on comprend mieux d'où vient son fameux paradoxe, un Daghlian non-mort qui rappelle un peu le Dr Manhattan, un Von Braun parfait dans le rôle de la raclure nazie, sans oublier un Oppenheimer cannibale et atteint d'un très lourd TDI, un Gagarine stakhanoviste de l'héroïsme, un Oustinov surprenant, un Roosevelt transhumain, un Truman complètement illuminé, et quelques seconds rôles.

Tout ce monde vit des aventures proprement délirantes dont l'excès même tient le lecteur à distance au début du comic, avant que l’accumulation, le rythme, et l'absence de limite de la chose l’entraînent malgré lui à y prendre plaisir, comme sur un roller-coaster auquel il aurait fini par s'abandonner. Ca n'est guère profond ou signifiant, mais c'est franchement jouissif, pour peu qu'on accepte une bonne dose de suspension d'incrédulité.

Dans la réalité, après l'explosion test dans le désert du Nouveau-Mexique, Oppenheimer, le chef scientifique du projet déclarera : « Je suis devenu la mort, le destructeur des mondes ». Quant à Einstein, qui écrivit à Roosevelt pour le convaincre de battre les Nazis dans la course à la bombe, il dira après la guerre : « Si j'avais pu savoir que les Allemands échoueraient dans leur projet de développer une bombe atomique, je n'aurais rien fait »
Science ne fut pas sans conscience. Un peu trop tard, hélas.

The Manhattan Projects, Vol 1 Pseudo-Science, Hickman, Pitarra, Bellaire

jeudi 18 janvier 2018

Station : La chute - Al Robertson - IA with Attitude


Sortie en français de "Station : La Chute" - étrange titre ! -, premier et impressionnant roman du britannique Al Robertson.
On peut en lire la chronique VO ici.
Et l'interview d'Al Robertson, là.
Embarque pour la Station, lecteur ! Tu ne le regretteras pas.

Station : La Chute, Al Robertson

mardi 16 janvier 2018

Le songe d'une nuit d'octobre - Roger Zelazny - Ca couve !


"Le songe d'une nuit d'octobre" est le dernier roman solo de Roger Zelazny. Il a été publié en 1993, nominé pour le Nebula en 1994, et ressort aujourd'hui chez ActuSF dans une très jolie édition. Il m'a donné l'occasion de me frotter une dernière fois ce mois-ci à Sherlock Holmes sans ouvrir le moindre livre de Doyle.

Fantaisie urban, comme le songe de Shakespeare était une fantaisie rurale, "Le songe d'une nuit d'octobre" raconte les préparatifs, jour par jour et sur un mois, d'une de ces rares pleine lunes qui tombent le jour d'Halloween.

Des préparatifs ? demanderas-tu lecteur, mais de qui ? et pourquoi ? Sache que depuis des temps immémoriaux s'opposent, à chacune de ces occasions, des « ouvreurs » qui veulent ouvrir les portes de notre monde aux divinités néfastes du panthéon cthulhuesque et des « fermeurs » qui veulent s'assurer de garder les portes fermées et ainsi de sauver l'humanité telle que nous la connaissons.

Qui sont les « ouvreurs » et les « fermeurs », et qui raconte l'histoire ?

L'histoire de ce mois d'octobre de tous les dangers est racontée par Snuff, démon probable, chien de garde visuel, familier de Jack, qu'on comprend être Jack l'Eventreur. L'histoire du livre est celle des interactions entre Snuff et les familiers des autres joueurs de la partie, notamment la chatte Graymalk (dont on notera la similitude de nom avec Graymalkin, le familier d'une sorcière dans Macbeth). Familiers et joueurs se frottent et s'affrontent dans une frénésie amusante et enlevée qui serait drôle à vivre si les enjeux n'étaient pas aussi élevés.

Pour ce qui est de ces joueurs tenant le sort du monde (et leur propre survie) entre leurs mains et qui n'apparaissent qu'à travers ce qu'en dit Snuff, on prendra plaisir à reconnaitre Sherlock Holmes et Watson, un succédanné de Raspoutine, un Frankenstein qui doit plus à la Hammer qu'à Mary Shelley, un Wolfman de la même eau, entre autres et sans oublier un prêtre diabolique qui implore la venue des Grands Anciens.

Les coups bas se succèdent et la tension monte, jusqu'à la date fatidique ; il faudra lire jusqu'au bout pour savoir si le monde est sauvé ou pas (dans un climax que sa concision rend un peu décevant). Les lecteurs les plus cacochymes se souviennent peut-être d'un film de 1983 baptisé Hysterical, de sa parodie assumée des films d'horreur, de sa montée en tension progressive, de son cycliste Cassandre ne cessant de répéter « Ca couve ». C'est à un Hysterical version papier que Zelazny convie le lecteur, aussi peu profond mais aussi drôle et dynamique.

Le songe d'une nuit d'octobre, Roger Zelazny

samedi 13 janvier 2018

Pornography - Philippe Gonin - It doesn't matter if we all die


Il y a quelques années, j'ai été juré invité à une présentation d’œuvre pour le Conservatoire. J'ai vécu un moment de solitude presque unique : je ne comprenais même pas les questions que les autres jurés posaient. L'analyse musicale, c'était plus fort que moi. Le Béotien suprême.

Aussi, c'est avec une de ces inquiétudes qui rend les mains moites que j'ouvrais, il y a peu, le "Pornography" du musicologue Philippe Gonin. J'avais tort.

Pornography, conclusion de la trilogie noire, chef d’œuvre du rock mondial, album aussi unique que difficile à pénétrer, entre inconnu dans lequel on plonge pour trouver du nouveau et abîme rendant son regard à l'observateur. Album conclusif aussi, à peu d'exceptions près, de la recherche musicale et personnelle de Robert Smith.

Soyons honnête. Je n'ai pas tout compris (je ne vais donc pas feindre une science inexistante et commenter l'ouvrage).
Mais pas rien non plus, loin de là :)
J'ai appris bien des choses tant sur le projet Pornogaphy, sur ses sources d'inspiration, sur ses conditions d'enregistrement, sur certains choix musicaux faits durant celui-ci, sur le travail énorme réalisé en studio par le producteur Phil Thornalley. Et j'ai profité du décorticage écrit de quelques morceaux, retrouvant par la lecture des choses sues mais jamais exprimées en mots.
J'y ai compris mieux comment furent créés les sons uniques d'instruments ou de voix aussi caractéristiques de l'album que profondément dérangeants. Cette étrangeté, cette retenue, ce regret, cette rage aussi, contenue ou hurlée, qu'on sent dans les sonorités de l'album et dans ses rythmes brisés le signent bien plus que ses paroles éprouvantes ou ses mélodies minimalistes et hypnotiques.

Moi qui voue pourtant un véritable culte à la version live de One Hundred Years jouée à Barcelone en 1985 écrit ces mots en réécoutant l'album original livre en main, en me replongeant dans l’œuvre telle qu'elle fut pensée sur des mois et construite sur huit semaines d'enregistrement et de mixage. Puis je réécouterai, au calme, sans lire ni écrire, en ne faisant que ça. Et plus éclairé que je ne l'étais hier. Car c'est à ça que sert la connaissance : à apprécier plus, mieux, et autrement, ce qu'on appréciait déjà intuitivement, en naïf.

jeudi 11 janvier 2018

Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities - James Lovegrove


Il y a peu, je lisais pour Bifrost Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell, de James Lovegrove. Histoire secrète de Sherlock Holmes, le roman, très plaisant à lire (et disponible en VF en février), proposait de découvrir le plus grand détective du monde dans un rôle aussi inédit qu’étonnant, celui d'un héros de l'ombre luttant sans relâche contre des menaces indicibles autant que mortelles. A contrario de ce que nous croyions savoir, Holmes et Watson luttèrent bien plus contre les Anciens que contre le crime.

Grand amateur des deux mythologies qui se croisaient dans ce roman, et ayant trouvé le mélange fait par Lovegrove plutôt réussi, j'ai lu sans attendre "Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities", le second tome d'un cycle qui en comptera trois. Plongeons-y ensemble, et ainsi préparons-nous à l'arrivée future de la VF.

"Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities" est un tome 2. Cela signifie que le travail d’exposition du premier volume est terminé. Le lecteur sait où il met les pieds, il sait comment Holmes et Watson se sont trouvés embarqués dans leurs aventures occultes, il sait peu ou prou quel rôle jouent les détectives britanniques dans la lutte contre la menace ultime que représentent les Grands Anciens, il sait enfin quels moyens arcaniques les deux gentlemen se sont procurés pour remplir leur mission. De ce fait, Lovegrove peut se permettre d'être moins descriptif et plus détendu dans sa narration, et ça se sent. D'autant que les bonnes critiques reçues par le premier volume avaient validé l'expérience et sûrement mis l'auteur en confiance.
Lovegrove prend donc, dans ce tome, un malin plaisir à croiser des références nombreuses venues tant de chez Doyle que de chez Lovecraft, et à leur donner souvent une tournure amusante. Il réécrit la nature et la biographie de personnages cultes tels que les Irréguliers de Baker Street ou Mycroft Holmes, il crée un Club Dagon à l'intérieur du Club Diogène, il raconte l'atroce vérité sur la mort de Mary Watson, il fait raconter à son narrateur – l’inévitable Dr Watson – le vrai fin mot sinistre de l'histoire de récits célèbres, tels que L'escarboucle bleue ou Le chien des Baskerville par exemple. C'est rythmé, enlevé, très agréable à lire. Fascinant quand on connaît bien Holmes, et très lisible même dans le cas contraire.

"Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities" est un Sherlock Holmes. C'est à dire qu'on y retrouve – dans sa première partie en tout cas – les modes typiquement holmesiens de raisonnement et les personnalités affirmées des deux héros victoriens. On y croise à nouveau, entre maints autres périls, l’inévitable Némésis du duo. On y reprend la structure en trois parties (présent + long flashback + retour au présent/compréhension/conclusion) d'Une étude en rouge. On y assiste aux déductions brillantes de Holmes et à la loyauté sans faille d'un Watson pince sans rire et fiable qui ferait bien, parfois, d'envoyer bouler le très brutal détective ; mais l'amitié entre les deux hommes est forte et profonde, elle est le lien indéfectible qui leur permet de surmonter la pire adversité.

"Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities" est surtout une histoire du mythe de Cthulhu. Plus que la partie Holmes, c'est la partie « lovecraftienne » qui impressionne par la qualité de l'hommage. Lovegrove n'invente (presque) pas. Il reprend beaucoup d'éléments du canon, même hors Lovecraft. Il écrit comme un fan, pour les fans bien sûr, mais en construisant aussi une histoire qu'un non-fan peut lire avec plaisir.
Qui est le fou de Bedlam ? Que signifient les imprécations qu'il profère ? Quel lien existe-t-il entre le fou de Bedlam et cet autre yankee qui donna une conférence sur la cryptozoologie au Club Diogène ? Qui a enlevé le fou et pourquoi ? Il y a là un grand mystère, il y a là une enquête à mener et des vérités cachées à mettre à jour. Tout lecteur, fan ou non, peut adhérer au projet.
Alors que les soubassements de l'affaire londonienne se dévoilent aux détectives, le lecteur croisera des allusions ou des correspondances plus ou moins explicites à La couleur tombée du ciel, aux Montagnes hallucinées, au Cauchemar d'Innsmouth, ou au cycle des Contrées du Rêve. Il remontera la Miskatonic sur un vieux vapeur pourri entre Au cœur des ténébres et African Queen (les sangsues !!!), et sentira la tension augmenter avec chaque mètre parcouru. Il assistera à l'emprise d'un esprit malveillant sur un génie fragile, dans une relation mortifère qui évoque autant L'affaire Charles Dexter Ward que le Réanimator de Brian Yuzna. Il verra un shoggoth, et croisera un aliéniste nommé Joshi ! Que demande le peuple ?

Aussi, c'est à une lecture authentiquement jubilatoire que Lovegrove convie son lecteur. Fan de Doyle, de Lovecraft, des deux, ou d'aucun, il y a quelque chose pour chacun entre ces deux couvertures, même si l'honnêteté oblige à dire que Lovecraft y retrouvera plus que Doyle ses petits. C'est un vrai roman plaisir que ce second tome, il complète en mieux son prédécesseur et j'attends maintenant encore mieux de son successeur à venir, ce tome 3 qui mettra un terme à l'histoire secrète de Sherlock Holmes telle que racontée par Watson dans la version de Lovegrove.

Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities, James Lovegrove

dimanche 7 janvier 2018

Le pouvoir - Naomi Alderman - Mitigé


Il y a quelques mois, je lisais "The Power" en VO (avis ici). On peut le lire en VF depuis quelques jours, et se faire sa propre idée.

Le pouvoir, Naomi Alderman

samedi 6 janvier 2018

Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell - James Lovegrove


Lu en VO mais sort en VF le mois prochain chez Bragelonne.
"Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell" est un mashup Sherlock/Cthulhu plaisant et distrayant. Il devrait plaire aux amateurs des deux cycles, ainsi qu'aux rôlistes qui y retrouveront les phases enquête/action de leurs parties de l'AdC.

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 90, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

Automne 1880. Le Dr John Watson rentre tout juste d’Afghanistan. Blessé et prêt à tout pour oublier une expédition cauchemardesque qui l’a conduit à douter de sa santé mentale, Watson voit sa vie changer lorsqu’il fait la connaissance de l’extraordinaire Sherlock Holmes. Le détective enquête sur une série de décès survenus dans le quartier londonien de Shadwell. Plusieurs victimes qui semblent mortes d’avoir été affamées pendant des semaines ont été retrouvées, alors que des témoins les ont vues vivantes et en bonne santé à peine quelques jours plus tôt...
De plus, d’inquiétants témoignages évoquent des ombres furtives qui inspireraient l’effroi à quiconque les approcherait. Holmes établit un lien entre les morts et un sinistre baron de la drogue qui cherche à étendre son empire criminel. Cependant, Watson et lui sont bientôt obligés d’admettre que des forces sont à l’œuvre dont la puissance dépasse l’imagination. Des forces que l’on peut invoquer, à condition d’être assez audacieux ou assez fou...

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :


mercredi 3 janvier 2018

Tension extrême - Sylvain Forge


Pfff ! Eviter !

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 90, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

Aux limites du virtuel et de la réalité, les nouvelles technologies conduisent parfois à la folie !
Des cyberattaques paralysent la PJ de Nantes, infiltrent l'intimité des policiers et cernent une ville où le moindre objet connecté peut devenir une arme mortelle. Alors que les victimes s'accumulent, une jeune commissaire à peine sortie de l'école et son adjointe issue du "36" affrontent ensemble un ennemi invisible.
Toutes les polices spécialisées seront mobilisées pour neutraliser la nouvelle menace de la science complice du crime.

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :


mardi 2 janvier 2018

L'appel de Cthulhu : Lovecraft illustré par Baranger


L'appel de Cthulhu, texte mythique et fondateur de Lovecraft, est aujourd'hui illustré par François Baranger aux Editions Bragelonne. Et c'est absolument superbe. Un must-have.

Je ne vais pas chroniquer ici un texte archi-connu où ce qui est dit n'est que la partie émergée de ce qui est suggéré, simplement dire que les illustrations de Baranger capturent à merveille l'essence de ce classique de l'horreur cosmique, le magnifiant sans le dénaturer le moins du monde.

Pour qui voudrait se (re)plonger dans le texte lui-même sans passer par cette version illustrée (ce qui serait une grave erreur), je renvoie vers l'analyse de la nouvelle par Laurent Kloetzer, et vous livre ici la première page de texte illustré.



L'appel de Cthulhu illustré, Lovecraft, Baranger

lundi 1 janvier 2018

BONNE ANNEE 2018 !

Amie lectrice, ami lecteur,

Si tu lis ce message, c'est que tu es encore en vie et qu'Internet fonctionne toujours.
La guerre nucléaire n'a donc pas commencé, les Grands Anciens ont une fois de plus manqué l'alignement des étoiles, et la Russie n'a même pas déconnecté le Réseau pour empêcher Trump de twitter plus avant.

Tous les espoirs pour la suite te sont donc permis, d'autant que le niveau des mers ne s'élève que très lentement.

Profites-en pour lire un peu, et ne t'en veux pas de n'avoir pas passé ton réveillon avec Gromovar.
Cette année, nous étions complet.