jeudi 12 juillet 2018

HASTINGS AND BACK


Pris de folie après l'élimination anglaise d'hier soir,
j'ai décidé de retourner à Hastings pour parachever la chose.

Rien de neuf sur ma pile pour au moins douze jours donc.

Cya soon. Stay tuned !

mardi 10 juillet 2018

Invisible Planets - Anthologie par Ken Liu


Dans l'anthologie "Invisible Planets" (à ne pas confondre avec le recueil rassemblant des textes de Hannu Rajaniemi), Ken Liu a réuni treize nouvelles caractéristiques de l’Imaginaire chinois contemporain. Que des textes primés, certains œuvres d'auteurs maintenant connus en France, et d'autres d'auteurs qui mériteraient de l'être. A la fin, après les textes de fiction, trois courts essais (de Liu Cixin, Chen Qiufan, et Xia Jia) tentent d'approcher et de relier l'évolution historique de l'Imaginaire chinois et la réalité de son incarnation contemporaine.

Dans les essais, on voit comment, après des décennies de SF « éducative » à destination de la jeunesse, le genre a acquis ses lettres de noblesse littéraire en se détachant de manière volontariste d'une approche purement « scientifique » pour aller vers une appréhension « littéraire » du travail d'auteur SF.

On voit aussi qu'il est difficile de définir ce qui est chinois dans la SF chinoise, tant « être Chinois » recouvre une multitude de réalités profondément différentes les unes des autres.
Néanmoins, quelques points communs existent visiblement entre les œuvres des auteurs de SF chinoise contemporains. Passons-les en revue.

D'abord, une écriture et des thématiques qui semblent mêler, sans doute involontairement, une simplicité Âge d'Or et un traitement scientifique souvent (mais pas toujours) typé Hard-SF. Beaucoup des auteurs sont aussi des scientifiques, et ça se sent à la lecture.

Ensuite, des récits qui sont des reflets de la psyché de cette « génération déchirée » dont parle Chen Qiufan, entre tradition et modernité, singularité culturelle et mondialisation, communisme et capitalisme, liberté effleurée et oppression étatique, prospérité insolente et véritables îlots de misère et d’exploitation. Si on y ajoute les troubles existentiels d'une génération passée directement des bienfaits du développement accéléré à ses externalités négatives concrètes, angoissantes pour tout un chacun et d'autant plus quand la vitesse du balancier produit l'effet d'une douche écossaise, ça fait beaucoup de contrastes pour une même culture.

Enfin, la description globale d'un monde en balance entre des avenirs aussi éloignés que possible – entre utopie et dystopie – un monde qui doit (peut) encore choisir celui vers lequel se diriger.
NB : A la lecture, on note aussi chez ces auteurs une connaissance étendue de la culture mondiale. Ils sont tout sauf provinciaux.

Les textes choisis par Liu reflètent cette réalité diverse de la SF chinoise. Ils sont, dans l'ensemble, de très bonne facture. Rentrons un peu dans le détail.

Trois auteurs impressionnent par la qualité de leurs créations.

Xia Jia offre trois textes superbes, émouvants et fins.

A Hundred Ghosts Parade Tonight, inspiré d'un conte classique – merci Gwennaël Gaffric, rappelle autant le Gaiman de Graveyard Book que le Lovecraft de Je suis d’ailleurs. C'est surtout un texte beau, triste, délicat, un grand plaisir de lecture, et un développement réussi sur la jonction entre tradition séculaire et développement technologique et l'amour profond qui peut unir deux êtres très différents.
Tongtong's Summer possède les mêmes qualités de finesse et d'émotion. On y voit la technologie proposer une solution au vieillissement de la population chinoise, une solution qui respecte le devoir filial sans négliger de faire une place et d'offrir une vie vraie à la partie vieillissante de la Chine moderne.
Night Journey of the Dragon-Horse est un texte beau et poétique, post-humanité, qui rappelle par son début la fin des Fables de l'Humpur de Bordage, propose peut-être une théorie de textes à écrire, et met en vedette le seul et unique Dragon-Cheval de Nantes. Yeah !

Ma Boyong offre, avec The City of Silence, un hommage explicite à 1984. C'est un texte oppressant qui parle autant de la surveillance étatique dans la société chinoise que de celle que permet, ici et aujourd'hui, Internet aux agences de renseignements, ou même à la surveillance de tous par tous sur les réseaux sociaux. Quand la Nolangue est l'aboutissement logique de la Novlangue.
Un texte qui se conclut sur un filet d’espoir néanmoins.

Enfin, la star Liu Cixin propose deux textes fort rusés. The Circle raconte une histoire médiévale de guerre et de trahison, qui exprime aussi le regret d'un avenir qui aurait pu être si l'invention stupéfiante imaginée dans la nouvelle avait été développée au-delà de sa fonction machiavélique initiale. Un texte qui parlera de registres, d'UAL, et de bus humains, aux informaticiens.
Puis, dans Taking Care of Gods, Liu, toujours aussi rusé, décrit une pacifique « invasion » extra-terrestre par des aliens qui disent avoir créé l’Humanité et demandent maintenant à leurs « enfants » de prendre soin d'eux jusqu'à leurs derniers jours. Le poids des Anciens est ici exacerbé par les espoirs déçus de la rencontre et le gap culturel infranchissable qui sépare les « Dieux » de leurs « enfants » humains.

Pour les autres :

Chen Qiufan parle commerce international, statut ambiguë de la jeune génération éduquée, et OGM-Crisprlike dans The Year of the Rat. Il développe les troubles causés par l’accélération du temps économique et social dans la Chine contemporaine plus encore que dans le monde entier, dans The Fish of Lijiang. Et raconte une histoire, presque cyberpunk, d'exploitation et d'inégalité caractéristiques de la génération déchirée, avec The Flower of Shazui – une nouvelle située dans l'univers de son roman Waste Tide à venir.

D'Hao Jingfang, on lit (encore) Folding Beijing. Et Invisible Planets, un pastiche de Calvino dans laquelle elle décrit une douzaine de planètes exotiques (et je n'aime décidément toujours pas ce style de listes).

Le Grave of the Fireflies de Cheng Jingbo est un conte SF très émouvant, une histoire étrange, entre SF et fantasy, d'amour fou profondément triste qui évoque Le magicien d'Oz ou La belle au bois dormant, et donne tout son sens à l'expression Décrocher les étoiles.

Enfin, Tang Fei, et son surréaliste Call Girl, m'ont moins convaincu.

"Invisible Planets" est une anthologie éminemment recommandable. D'abord parce qu'elle ouvre encore plus au monde foisonnant de la SF chinoise, ensuite et surtout car les textes qu'elle regroupe sont passionnants et souvent très beaux. A lire (et à traduire).

Invisible Planets, anthologie réalisée et traduite par Ken Liu


vendredi 6 juillet 2018

Techno Freaks - Morgane Caussarieu - Clubbed to Death


Berlin. Longtemps la capitale de l'Underground, peut-être encore aujourd'hui. Sur le sol de Berlin coexistent deux villes, presque comme dans The City and the City. D'un côté la capitale fédérale, chargée d'Histoire, de l'autre la Mecque de l'Underground, avec ses clubs mythiques, ses squats, ses lieux artistiques alternatifs.


Et si Manchester abrite la légendaire Haçienda, Berlin a, parmi tant d'autres, le sulfureux et élitiste Berghain, réputé meilleur club du monde.


"Techno Freaks", dernier (et court) roman de la berlinoise d'adoption Morgane Caussarieu, raconte un week-end typique dans le Berlin alternatif, vécu par des membres « typiques » du milieu. Telle un Howard Becker de la techno en pleine observation participante, Caussarieu livre un texte nerveux et incisif qui peut se lire autant comme un roman que comme une monographie.

"Techno Freaks", c'est la fusion incandescente entre un mouvement et un grinding halt.

Le mouvement, c'est celui de Berlin. Qui change. Qui devient à la mode – précisément pour son côté alternatif qui de ce fait l'est de moins en moins avec touristes venant aux clubs comme au spectacle, gentrification des zones, hausse des loyers. Qui, du point de vue des alternatifs historiques, se dégrade en se banalisant.

Le grinding halt est celui qui affecte la vie des « héros » du roman, des alters historiques, piliers de fandom faute d'être des acteurs véritables de la scène. Berlin, les clubs, c'est fondamentalement la techno, les performances, les sets des DJ réputés, les looks travaillés au millimètre. C'est ce que sont venus y chercher Goldie, Dorian, Jojo, Momo, Queen Bee, Beverly Gore, Nichts, Opale, etc., accourus de toute l'Europe pour être à l'épicentre alter de l'Europe. Trouver la fête alter, et en même temps la gloire, dans le cinéma, ou les sets, ou le body art. Problème, si la fête était facile à dénicher, pour la gloire on attend toujours.

Car pour ces personnages essentiellement narcissiques, le bon moment viendra toujours plus tard.
En attendant, et pour certains depuis un bon moment, Berlin c'est bosser en call center pour Ipsos, ou toucher – en grugeant un peu – le RSA, voire faire du porno amateur pour financer la protection des renards.
Puis il y a le week-end. En moins de 200 pages, Caussarieu raconte un week-end normal dans le milieu. Trois jours de fête ininterrompue de vendredi soir à lundi matin. Trois jours sans dormir. Trois jours embedded dans les clubs les plus en vue alors qu'on les trouve pourtant de moins en moins légitimes. Trois jours de beaucoup de sexe, beaucoup de drogue (kétamine et GBL notamment), beaucoup de musique, beaucoup de danse, mais surtout beaucoup de paraître. Car, dans le milieu, le paraître est une ressource, le capital de visibilité une monnaie. Être connu, avoir le bon look, la bonne attitude, c'est avoir accès aux meilleurs plans, être sur toutes les guest lists, accéder aux meilleurs dealers. Okette. Mais pour l’action et la gloire, ça sera toujours plus tard.
La fête berlinoise est une sorte de tunnel dans lequel on va toujours plus loin vers l'avant et dont il est difficile de sortir. On est chaque semaine un peu plus loin d'être en état de faire quelque chose de significatif, si ce n'est changer de sexe (juste pour voir) ou se trépaner soi-même pour apaiser son tourment intérieur. D'objectivable, on ne ramène souvent que le VIH ou des narines défoncées.

Avec "Techno Freaks", Caussarieu raconte avec talent et une écriture sans fausse pudeur une ville qu'elle aime et des personnages dont elle connaît les archétypes avec tendresse, compassion, et tristesse.
Tendresse pour le lieu, compassion pour l'humanité blessée de ceux qui le vivent, tristesse pour tous ces destins en stase qui n'auraient d'avenir possible que dans une fuite loin de la ville.

Après un début clairement guilleret, le ton change progressivement, jusqu'au monologue intérieur de Nichts à qui je laisse le mot de la fin : « Ceux qui produisent sont trop occupés pour faire les beaux. La scène se retrouve seulement peuplés de consommateurs, drogue, musique, et fringues, qui n'apportent rien en retour de ce qu'ils reçoivent et mettent tout en œuvre pour qu'on croie le contraire. Ils dépensent tant d'énergie à vendre une image flatteuse d'eux-mêmes qu'ils n'ont le temps pour rien d'autre. La plupart ont [comme Nichts] lâché des jobs et des familles au bercail pour se concentrer sur leur art dans une ville où tout paraît propice à la création ; à la place, ils se sont retrouvés en léthargie, intoxiqués jusqu'à la moelle. A survivre sur les allocs en dealant, ou en bossant en call center. Tout ça pour danser trois jours d'affilée et partouzer dans des toilettes. C'est ça, le rêve berlinois ? ». Nichts repartira en France. Les autres restent.

Sven Marquardt, the Berghain's iconic bouncer

Techno Freaks, Morgane Caussarieu

mardi 3 juillet 2018

Summerland - Hannu Rajaniemi - Ectolivre


Le XIXème siècle. L’âge d'or du spiritisme. Une folie spirite qui gagna le monde et séduisit jusqu'aux plus grands esprits (ne parlons sur ce blog que de Conan Doyle par exemple).

Et bien, imaginez un monde dans lequel les délires spirites du XIXème siècle auraient été autre chose que ce charlatanisme à grande échelle que traqua Houdini, pour ne citer que lui, sa vie durant. Imaginez un monde dans lequel les séances dirigées par Eusapia Palladino auraient convaincu le physicien Oliver Lodge, au point de lui faire oublier sa rivalité avec Guglielmi Marconi pour s'associer à ce dernier afin de faire entrer le monde dans « l'Age Etherique ».
Les deux scientifiques, et d'autres, mirent au point les dispositifs techniques qui permettent depuis lors une communication aisée avec le monde des esprits ainsi que les « Tickets » mathématiques qui assurent à leurs détenteurs d'y aller après leur mort dans de bonnes conditions de sûreté. L'idéologie suivant la technique, le courant Dimensioniste devint dominant en Grande Bretagne (le premier ministre actuel est l'un de ses fondateurs), d'autant qu'il fallait s'extraire de l'horreur des tranchées de 14 et que les toutes nouvelles armes ectoplasmiques (ectotanks et ectoflyers, terrifiants car ils se nourrissent des âmes) donnaient à ceux qui les maîtrisaient un avantage décisif sur le terrain.
C'est donc à une pure uchronie, matinée d'un peu d'urban et de steam, que nous convie Hannu 'Quantum Thief' Rajaniemi avec "Summerland", un roman d'espionnage éthérique dont l'action se déroule en 1938.

Ne pas trop en dire ici, car c'est d'espionnage qu'il s'agit, que donc tout le monde ment, et que le lecteur ne doit pas le savoir.

Le monde de 1938 est bien différent du nôtre. De la guerre de 14 sont sorties victorieuses la Grande-Bretagne et l'URSS.
De l'Allemagne, il semble ne pas rester grand chose d'utile. Pas d'Allemagne, pas de nazisme. Quant à la France, elle paraît peu hors-jeu.
L’église catholique a pour pape Pierre Teilhard de Chardin, car ses conceptions de l'homme et du divin collent bien à un monde mortel cohabitant avec celui des esprits, dans lequel Dieu est plus un aboutissement possible qu'un point de départ.
Enfin, une puissante URSS contrôle l'Est, jouant l'influence discrète et s'impliquant directement dans la guerre civile espagnole.

En Grande Bretagne, le monde réel est maintenant constitué de deux « parties ». D'une part, la Grande-Bretagne terrestre, celle que nous pourrions aller visiter, d'autre part, Summerland, la Grande-Bretagne des esprits – à la fois cité polymorphe et forteresse antédiluvienne –, à laquelle on n'accède que si on a un Ticket (distribués sur la nase d'un système méritocratique jamais vraiment décrit mais dont on peut imaginer qu'il fait la part belle à la haute société et aux civil servants méritants). Ce n'est pas un lieu de repos, pas même une société sans classe, on y travaille au service du monde physique, mais, au moins, on a vaincu la mort, et on peut continuer à communiquer avec l'en-haut par ectophone ou ectomail, même le visiter, mais sans pouvoir y agir. Si c'est de l'action qu'on veut, il est possible de posséder temporairement un médium rémunéré afin de pouvoir faire affaire dans le monde physique.

L'existence de Summerland a changé bien des choses dans la société britannique. Certes on peut communiquer avec ses chers défunts, mais ce n’est pas l'essentiel. La reine et sa cour se sont donnés la mort et règnent depuis l'au-delà. Beaucoup de hauts fonctionnaires ont fait de même. Summerland est the place to be.
Car il y a une promesse d'immortalité dans l'au-delà, même si celle-ci est soumise au risque de l'Effacement. En effet, chaque esprit est constitué de luz (son essence) et de vim (sa vigueur). Si le luz semble éternel, le vim s'use progressivement et ceci d’autant plus vite qu'on agit. Il faut donc s'en recharger régulièrement pour ne pas devenir un esprit sans identité ; une telle recharge (non expliquée) n'est pas gratuite, ce qui explique et justifie l'existence d'une économie du monde éthéré.
En sus de l'immortalité, les pouvoirs que donnent le statut d'esprit sont bien supérieurs à ceux d'un humain moyen. L'avantage est donc double.

La conséquence dans l'en-haut de la prééminence de Summerland est que la mort y perd de son sens, que les relations familiales – si délétères soient-elles – ne cessent vraiment jamais, que la médecine est en quasi-standby, et, pour ce qui nous concerne, que les espions du Winter Court ont le sentiment – plutôt justifié – que c'est le Summer Court éthéré qui a la dragée haute dans l'équilibre des pouvoirs.

"Summerland" raconte l'histoire d'un complot mis à jour par Rachel White, une exécutive du Winter Court. Mal mariée à Joe, un homme qu'elle aime et qui l'aime mais qui est rentré de la guerre traumatisé et hanté par les horreurs auxquelles il a été partie, victime de surcroît d'un drame personnel, White doit subir le malheur chaque jour renouvelé d'être une femme dans un monde d'hommes et, pire, une femme dans un service d'hommes. Et voilà que par un acte audacieux elle obtient un renseignement important sur la présence d'une taupe au sein des services. Ce renseignement vital, son supérieur le met en doute, jouant sans vergogne pour ce faire sur les stéréotypes de l'émotivité et de la faible rationalité féminines. Quant White ne veut pas lâcher, elle se retrouve placardisée. Aussi sûre de son fait que rendue folle de rage par l'injustice dont elle est victime, elle se lance alors dans une enquête non autorisée afin de démasquer la taupe et de prouver ainsi ses dires et sa valeur. D'autant qu'au-delà de son honneur à laver, il s'agit d'éviter une guerre entre la Grande-Bretagne et la cocotte-minute qu'est devenue l'Espagne, intrication de franquistes et de Républicains de tous poils, POUM, Communistes, et autres, tous infiltrés et manipulés par le NKVD et les soviétiques dissidents.

Commence alors pour White une aventure trépidante conduite entre l'en-haut en l'en-bas. Une enquête dans laquelle Rajaniemi s'amuse à brouiller les pistes, à multiplier les doutes, et à faire monter la paranoïa tant pour la jeune femme que pour le lecteur.

Rajaniemi, taquin, s'amuse aussi à créer un monde parallèle dans lequel il brouille l'histoire officielle de cette période.
Ainsi Lénine, passé dans l'Afterlife, est devenu La Présence, une entité super-rationnelle dans laquelle vont se perdre les âmes des morts qui subissent la procédure Termin, y perdant toute individualité mais augmentant la puissance de calcul de La Présence.
Pas de Trotsky visible mais un Staline à contre-emploi.
Et puis des références nombreuses, certaines utilisées comme leur contrepartie réelle, d'autres comme fausses pistes. On croise ainsi un Unschlicht, un Otto (Katz ?), les Cinq de Cambridge (dont le célèbre agent-double Kim Philby) – et ici Rajaniemi illustre fort bien le mécanisme par lequel ces cinq agents ne furent pas démasqués ; issus de la haute société, diplômés d'Eton et/ou de Cambridge, membres incontestables du sérail, ils étaient de ceux qu'on ne pouvaient décemment soupçonner. Pointilleux et imaginatif, Rajaniemi charge la barque en doublant dans le roman la consanguinité sociale d'un consanguinité biologique.
Enfin, l'auteur se permet d'envisager une alliance Est-Ouest de raison, semblable à celle qui prévalut contre le nazisme, résolvant en tour de main le Paradoxe de Fermi de l'Afterlife dans une approche de type Forêt sombre et ouvrant peut-être la voie à une ère de paix obligatoire.

C'est amusant, dynamique, joliment référencé, et original. Les personnages sont construits et attachants. "Summerland" est une bonne lecture pour les vacances, ou après (car si vous avez un Ticket, ce dont je ne doute pas, vous avez l'éternité ou presque devant vous, il vous suffira avant le grand saut d'éctophotographier le roman pour en obtenir une version éthérique lisible à Summerland).

L'avis de Feyd Rautha et d'Apophis.

Summerland, Hannu Rajaniemi