mercredi 31 octobre 2018

Beam me up Roland ! To the Utopiales 2018


Et voilà, le moment est venu de me téléporter (en seulement 15 heures à compter de maintenant) aux Utopiales 2018.

Je vais faire tout ce que préconise l'énorme Roland Lehoucq, officier scientifique de l'USS Enterprise, et j'y serai en plus de temps qu'il ne faut pour le dire.

Beam me up Roland !


mardi 30 octobre 2018

Anatem - Neal Stephenson - Multiple et foisonnant


Chroniquer un tome 2, toujours aussi complexe (d'autant que...).

Disons donc que ce second et dernier tome conclut sans fausse note l'histoire d'Erasmas et de son monde. Une conclusion de 500 pages quand même.

Sans spoiler (le dilemme des chroniques de tomes n), on pourra dire que :

  • le style est toujours fait de descriptions minutieuses et de dialogues philosophiques passionnants
  • le monde monacal d'Arbre dévoile ici la grande variété de ses pratiques, parfois bien différentes de la simplicité voulue de Saint Edhar
  • de très vieilles questions théoriques reçoivent enfin une réponse
  • les trois Sacs qui frappèrent le monde monacal se voient expliqués et développés
  • le mystère du tome 1 se résout dans des événements d'une gravité et d'une dangerosité extrême qui obligent Erasmas et ses proches à prendre des risques énormes tant pour eux que pour leur monde
  • les drames en cours obligent tant à une réinvention des manières d'être réguliers qu'à un rapprochement fort des mondes réguliers et séculiers
  • l'auteur réussit à rendre passionnantes et motrices des questions complexes de mécanique orbitale (c'était déjà brillant dans Seveneves)
  • il se permet aussi de balayer, outre les controverses du tome 1 (et on voit clairement où va sa préférence), la phénoménologie, les noumènes, la théorie des univers multiples, l’indétermination quantique, les pavages de Penrose, la conscience d'origine quantique (Penrose encore, les deux étant liés par Stephenson)
  • il met en récit la multiplicité des mondes quantiques possibles dans une conclusion dont on peut dire qu'elle est le résultat d'une diffraction volontaire qui se résout ensuite dans une réduction orientée des possibilités ; comprenne qui pourra ;-)


Le tout est brillant et enlevé, toujours sous contrôle d'un auteur qui sait à merveille réinterpréter l'histoire de la philosophie pour en livrer une version qui mêle grande aventure et grandes connaissances, dans une approche foncièrement rationaliste qui fait des connaissances accumulées la clef de la résolution des problèmes, pour peu qui y mettent la dédication et le courage dont font preuve tout au long du roman Erasmas et ses proches.
A notre époque qui tourne le dos à la raison et s'en retourne vers la superstition, ce roman est salutaire. Accessoirement, on devrait le faire lire en cours de philo ; les étudiants verraient comment on met de la chair sur des concepts.

Anatem, t2, Neal Stephenson

Les avis (pas spoiler-free) de Anudar, Apophis, Feyd Rautha, Just a Word

Unholy Grail - Bunn - Colak - Santaolalla


"Unholy Grail" vient de sortir en français. Ce comic propose au lecteur une réécriture de la légende arthurienne par Cullen 'Sixth Gun' Bunn.
L'auteur de Sixth Gun livre, ici encore, une œuvre pleine de malfaisance, de magie noire, de fureur, de morts violentes. Mais si, dans Sixth Gun, on ne savait pas vers quelle fin se dirigeait l'histoire, ici on sait, dès la première page, que la légende d'Arthur est une tragédie.

Uther Pendragon se meurt. Si le roi est mort, vive le roi, mais qui sera ce roi ? Arthur, le fils caché d'Uther, ou l'un des grands barons ?
C'est là, juste à coté du lit de mort du roi, que Merlin entre en jeu. Ou ce que tous croient être Merlin mais qui est, en réalité, un démon, surgi des enfers, qui a tué le mage et prit possession de son corps (pas un spoiler, l'info est donnée vers la page 2). Le parasite veut maintenant se distraire, user et abuser de sa position de pouvoir pour semer le chaos et la destruction. Et pour commencer, mettre sur le trône Arthur, dès que son éducation sera terminée. Le reste suivra.

Reprenant en l'amplifiant l'hypothèse démoniaque de Robert de Boron, Bunn fait de Merlin un conseiller malfaisant qui ne cesse de semer trouble et zizanie, et livre donc, avec "Unholy Grail", une revisitation de la légende arthurienne qui n'évite aucune des stations du calvaire tout en les éclairant d'une lumière bien sinistre.

De l'élimination des prétendants à la la révolte de Méléagant, de l'infidélité de Guenièvre à la rivalité qui sépare Arthur de son meilleur chevalier, de l'altérité absolue de La Dame du Lac à l'intervention de la surnaturelle Morgane, de la quête du Graal au dépérissement du royaume, du destin de Mordred au « départ » d'Arthur, le récit que nous connaissons tous avec plus ou moins précisément, réécrit par Bunn, prend ici un tout autre aspect. Si terre et roi sont uns, la défaillance de l'un entraîne la ruine de l'autre, c'est le point de la légende ; mais ici, la tragédie humaine, qui devait tout aux faiblesses humaines, est la conséquence des manigances constantes d'un esprit malfaisant. Cela rend l'histoire plus tragique car on ne peut éviter de penser que, sans la mauvaise rencontre faite par Merlin au début du récit, elle aurait été autre, peut-être même une histoire heureuse. Un démon qui s'ennuyait en décida autrement.

Bunn, soutenu efficacement par Miro Colak au dessin et Maria Santaolalla aux couleurs, donne à lire un récit nerveux, dont l'outrance progresse page après page, de trahison en excès d'hubris jusqu'à la destruction du royaume. Pour peu qu'on connaisse la légende (visiblement l'auteur la connaît très bien), on est saisi et entraîné dans un monde de folie et de violence qui surpasse en horreur ce qu'on savait jusque là. Beau boulot.

Unholy Grail, Bunn, Colak, Santaolalla

samedi 27 octobre 2018

14-18 La Lune en héritage - Corbeyran - Le Roux


Avec "La Lune en héritage", Corbeyran (et son complice Le Roux aux pinceaux – sans oublier les élèves de Le Roux qui l’aident au dessin pour tenir le rythme élevé de parution) concluent en beauté et avec grande sensibilité leur cycle de 10 albums consacrés à la Grande Guerre.

Intelligemment, après un tome 9 qui concernait l’été 1918, l’album conclusif ne raconte pas les quelques jours mornes qui précèdent l’arrêt des hostilités mais saute directement à l’après armistice.

24 novembre 1918. A la mairie de la petite ville d’où partirent, à l’été 1914, peu après une fête de fiançailles, les huit copains mobilisés pour le front, se tient une cérémonie durant laquelle le maire (jamais parti, lui) célèbre les revenus et les morts, et dit, avec des trémolos (peut-être même sincères ) dans la voix, à quel point il aurait voulu être des leurs. Dans le silence de la salle municipale, seuls les vétérans savent à quel point ce discours (pourtant inévitable) est inepte.

Car, en effet, qu’y a-t-il à fêter ?
La fin des combats et de la boucherie, certes, c’est une bonne nouvelle.
Mais, si on fait un petit bilan, qu’avons-nous ?
Sur les huit copains partis au combat, cinq sont revenus, trois sont morts là-bas.
Sur les cinq revenus, un est une gueule cassée, un a laissé une jambe sur le champ de bataille, un souffre de stress post-traumatique au point de devoir être hospitalisé.
Les deux derniers, apparemment rentrés en meilleure forme, sont, de fait, marqués au-delà du possible par ce qu’ils ont vécu.
Post coïtum animal triste !

Ce sont les quelques semaines du retour que nous raconte Corbeyran. Un retour bien difficile dans un monde qui n'a plus guère de sens pour ceux qui ont connu l'enfer. Un retour (ou une absence) que devront gérer aussi tous ceux restés si longtemps à l'arrière que c'était devenu pour eux la normalité.

Corbeyran, en faisant le choix de consacrer un album entier à l’après (l’aftermath), en centrant son récit sur les conséquences personnelles et individuelles plutôt que sur les effets politiques ou sociaux à terme du conflit (comme matrice de la Seconde Guerre Mondiale) a choisi, à juste titre imho, de montrer au lecteur comment tant et tant de vies de tués et de survivants furent détruites par le conflit.

De 2014 à 2018, les deux auteurs ont livré une belle et longue histoire qui a balayé les grandes phases de la guerre de 14-18 sans oublier de donner au conflit le(s) visage(s) humain(s) qu’il devait avoir. Ils ont fini maintenant et peuvent être fier du travail accomplie. Ils ont donné à voir la Grande Guerre dans sa réalité terrible. Donné à voir qu’au niveau micro, par-delà les chiffres invraisemblables sur les millions de victimes, elle a affecté des hommes (et des femmes aussi) dans leur vie même et les a changés pour toujours – rien d’étonnant à ce que tant de vétérans n’aient jamais voulu parler, après, d’une expérience qui était essentiellement intransmissible.

La Lune en héritage, 14-18 t10, Corbeyran, Le Roux

jeudi 25 octobre 2018

Utopiales 2018 : le corps (exulte)


Chaque année revient avec l'heure d'hiver (et pour aider à passer le cap) le plus grand festival d'Imaginaire du monde, j'ai nommé Les Utopiales.

Certes, il faut aller jusqu'à Nantes, alors qu'à Marseille il y aurait eu en plus le beau temps, les calanques, et le (navrant) MUCEM. Mais, qu'importe ? Le voyage en vaut vraiment la peine.

Pour discuter, débattre, s'empoigner sur l'épineuse question du CORPS (si tant est qu'on n'ait pas été mis en fuite par l'affiche), on croisera 225 invités de 10 nationalités différentes, réunis autour de 167 rendez-vous littéraires, artistiques, ou scientifiques. Ils nous éclaireront sur le CORPS, que celui-ci soit physique, psychique, virtuel, ou social, au fil de tables rondes, interviews, présentations, expos, etc.

On pourra également voir de très nombreux films (longs et courts métrages), jouer à des jeux de plateaux, de cartes, ou de rôles, , se déguiser, acheter des livres à n'en plus finir dans la plus grande librairie de l'Imaginaire du monde (la plus éphémère aussi), assister à des directs de France Culture (La Grande Table, Mauvais Genres, La Méthode Scientifique, La Conversation Scientifique), et boire et manger au (x) bar (s) de Mme Spock.
Là, nous devons exiger que le second bar soit nommé The Mos Eisley Cantina. Ras le bol de l'hégémonie des Trekkies !

On pourra aussi croiser quantité de professionnels sympathiques et abordables (voire en Marcel), des blogueurs aussi beaux que passionnants, et même votre serviteur - qui ne fera pas d'itw cette année pour raison de dégénérescence physique accélérée et sera donc tout à vous.

Il y a tant et tant de choses qu'on ne peut pas tout dire. Juste deux mots donc. Le premier pour signaler la superbe rétrospective cinéma avec les Frankenstein historiques (mais pas que). Le second pour vous renvoyer vers le programme officiel (ou sa version grille) où vous trouverez tout, tout, absolument tout, et où vous comprendrez alors (avec effroi ?) que l'embarras qui vous guette, c'est l'embarras du choix.
Et comme je suis vraiment cool, je vous mets même ici l'adresse, les transports, etc.

Alors, venez, soyez plus nombreux encore que l'an dernier.



mercredi 24 octobre 2018

Les hommes dénaturés - Nancy Kress


"Les hommes dénaturés" est un (court) roman de Nancy Kress, publié en 1998, traduit en 2001 par Jean-Marc Chambon, et réédité aujourd'hui par ActuSF.

2030, USA. La fertilité a chuté de façon dramatique dans le monde entier (merci aux perturbateurs endocriniens et à l'effet cocktail). Un sperme clair aux rares spermatozoïdes apathiques ne permet plus guère de fécondation ; et ça n'est guère mieux côté féminin. Le vieillissement de la population mondiale devient critique, au point qu'on s'interroge sur la pérennité potentielle de l'humanité. Les jeunes, eux, devenus denrée rare, sont choyés, aimés, préservés, alors que des couples de plus en plus nombreux succombent à des névroses de manque parental si fortes qu'ils sont prêts à toutes les extrémités pour les combler.

Shana, une jeune appelée qui rêve de devenir militaire de carrière, est le témoin involontaire d'un acte aussi illégal qu'immoral. Instable, rétive à l'autorité, dotée d'une faible capacité à s'en tenir à sa parole (merci aux perturbateurs endocriniens pour tout ça aussi), la jeune femme témoigne devant une commission d'enquête officielle, mais son témoignage est étouffée et sa personne mise à l'écart. Portée par la rage qu'on ressent face à l'injustice, elle se lance alors dans une croisade à la recherche de la vérité. Dans son combat contre le silence d'Etat, elle trouve un allié en la personne du vieux professeur Clementi (qui tente en vain, depuis des années, de dénoncer l'effet des perturbateurs endocriniens sur la fertilité et les comportements), et un associé en celui d'une « victime », Cameron, danseur vedette martyrisé pour ce qu'il est.

"Les hommes dénaturés" est un roman sympathique, un bon page turner, mais ce n'est pas un grand roman. La faute à une de ces coïncidences invraisemblables que je déteste et sans laquelle le récit n'aurait pu exister.
De plus, si le personnage de Clementi en homme en paix avec sa finitude est émouvant, si la relation Shana/Clementi est touchante, si les folies auxquelles conduisent un monde sans plus guère d'enfants sont intéressantes, si la rancœur que peut ressentir une génération sacrifiée à l'entretien de ses ascendants n'est pas mal vue, si l'aspect thriller entraîne le lecteur, il n'en reste pas moins que le texte a ses défauts.
World building minimal (mis à part une place de plus en plus grande prise par les automations – logique avec une population active déclinante, cf. Japon), coïncidences faciles, rebondissements intellectuellement paresseux (le traitement miracle à Paris), fin aussi rapide et aisée que difficilement crédible (un Etat pris en flagrant délit de raison d'Etat aurait sans doute été bien plus radical dans son traitement d'un problème de confidentialité), sans oublier quelques incongruités bizarres (des colonies sur Mars en 2030 !!! une France plus permissive sur les recherches en génétique que les USA !!!).

Alors, en 1998, le cri d'alarme de Kress sur les perturbateurs endocriniens et l'effet cocktail était d'avant-garde. Il prend tout son sens aujourd'hui, alors que ce problème grave est maintenant connu du grand public et que de (timides) mesures commencent à être prises. Quant à la baisse de qualité du sperme, elle est maintenant aussi common knowledge, et le lien entre les deux choses est en partie établi.

De fait, la poussée à ses limites logiques d'une question scientifique et environnementale connue, dans un texte entraînant mais assez peu conforme aux standards de la SFFF, fait des "Hommes dénaturés" un roman d'anticipation qui satisfera sans doute plus des lecteurs peu habitués du genre que des aficionados qui le trouveront globalement trop pingre.
Un texte à offrir à ses parents pour Noël peut-être, pour leur montrer que la SFFF peut parler des choses graves dont ils ont entendu parler dans la presse. Ou à lire pendant un voyage en train (vers les Utopiales).

Les hommes dénaturés, Nancy Kress

mardi 23 octobre 2018

Brève revue BD : Les Montagnes Hallucinées


"Les montagnes hallucinées", écrit en 1931 et publié en 1936, est l'un des plus longs textes de Lovecraft, l'un des plus connus, et l'un des plus importants imho.

Je ne résumerai pas ici un texte très connu, ni n'analyserai un récit qui l'a déjà été maintes fois (et fort bien) par d'autres. Je ferai simplement deux ou trois remarques qui, je l'espère, donneront envie à ceux qui ne le connaîtraient pas de s'y plonger, dans les deux versions si possible - car c'est ici l'adaptation manga par Gou Tanabe qui m'incite à tapoter le clavier.

A ma première lecture (il y a des décennies), j'avais été frappé par l'inconnaissance radicale de l'Antarctique qui était celle de l'époque. Ces héros de Lovecraft qui partaient explorer le continent blanc ne savaient pas ce qu'ils allaient y trouver. Tout était possible. Terra Incognita. Il n'y a plus d'équivalent aujourd'hui, il faut aller dans l'espace pour espérer ce sentiment (Edit : il y en a encore mais beaucoup moins).
Excitation, mystère, espoir. On (les personnages comme le lecteur avec eux) plonge dans l'inconnu pour trouver du nouveau, on repousse les limites de l'expérience humaine, de la connaissance, de la science. Quelle plus belle aventure ?

La deuxième remarque concerne la gestion du temps long par Lovecraft. C'est une durée qu'il met magnifiquement en scène dans ce texte, comme dans le prodigieux Dans l’abîme du temps par exemple. De la durée des générations à celle des ages géologiques, c'est là que Lovecraft est à son aise, mettant par là-même en exergue l'absurde prétention d'humains à vie brève incapables d'appréhender complètement de telles envergures de temps.

Enfin, la citation bien connue de Lovecraft, tirée de L'appel de Cthulhu, s’applique parfaitement, comme une illustration ad hoc aux "Montagnes Hallucinées". C'est exactement le point de la citation, même dans son déroulé :
Nous vivons sur une île de placide ignorance, au sein des noirs océans de l'infini, et nous n'avons pas été destinés à de longs voyages. Les sciences, dont chacune tend dans une direction particulière, ne nous ont pas fait trop de mal jusqu'à présent ; mais un jour viendra où la synthèse de ces connaissances dissociées nous ouvrira des perspectives terrifiantes sur la réalité et la place effroyable que nous y occupons ; alors cette révélation nous rendra fous, à moins que nous ne fuyions cette clarté funeste pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d'un nouvel âge de ténèbres.

Voila pour l'original. Qu'en est-il de l’adaptation manga ?

Elle est très satisfaisante et particulièrement agréable à lire.
Fidèle au texte et très joliment dessinée (même si, comme souvent dans ce genre, les cases sont trop statiques).
Le dessin illustre à merveille le caractère 'bord du champ de vision' des créatures lovecraftiennes, évitant ainsi de se tromper en étant trop explicite.
Il montre aussi, dans une approche presque vernienne, l'aspect profondément scientifique de l'exploration imaginée par Lovecraft (ce sont les nouveaux avions qui permettent d'aller plus loin que jamais, etc).
Il montre enfin de manière magistrale l'immensité des paysages antarctiques, la solitude non humaine qui en irradie physiquement, l'altérité absolue de lieux aussi éloignés de la civilisation qu'il est possible de l'être. Les planches dans lesquelles les avions des explorateurs survolent des sols gelés sans fin sont explicites de ce point de vue. Et que dire de cette immense montagne noire posée comme une incongruité sur la blanche banquise ?

C'était donc bel et bon. D'autant que l'objet lui-même, sorte de carnet avec sa couverture simili-cuir est vraiment beau. Plus qu'à attendre le tome 2 maintenant.

Les Montagnes Hallucinées, Gou Tanabe d'après Lovecraft

Brève revue BD : Ira Dei tome 2


Suite et fin du premier diptyque de la série Ira Dei du couple Brugeas/Toulhoat.
Dans "La part du diable", le lecteur verra la conclusion des guerres siciliennes advenir.
Il verra la rivalité mortelle qui oppose Harald le Varègue au monumental Maniakès le Byzantin.
Il verra la trahison si prévisible de Guillaume le Normand.
Il verra les manigances de la papauté, qui n'ont rien à envier à celles que les frères du diptyque imposent à leurs sœurs.
Il comprendra que les protagonistes de ce récit (sans doute trop inutilement) tortueux se retrouveront dans des albums à venir.
Il s'émerveillera surtout devant la mise en images. Des paysages grandioses aux escarmouches, des batailles rangées aux prises d'assaut, l'échelle de l'action et la dynamique qui s'y expriment sont proprement stupéfiantes. C'est beau, c'est grand, c'est énorme. Même moi qui ne suis pas, d'habitude, très fan de BD guerrière, je suis ici époustouflé. C'est dire.

Ira Dei t2, La part du diable, Brugeas, Toulhoat

lundi 22 octobre 2018

Underground Airlines - Ben H. Winters


"Underground Airlines" est un un thriller uchronique de Ben H. Winters, qui se passe dans une Amérique dont la partie Sud pratique toujours l'esclavage.
Sur une bonne idée de départ, "Underground Airlines" est un roman qu'on aurait aimé aimer plus qu'on ne l'a fait.

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 93, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

Amérique. De nos jours. Ou presque. Ils sont quatre. Quatre Etats du Sud des Etats-Unis à ne pas avoir aboli l'esclavage et à vivre sur l'exploitation abjecte de la détresse humaine. Mais au Nord, l'Underground Airlines permet aux esclaves évadés de rejoindre le Canada. Du moins s'ils parviennent à échapper aux chasseurs d'âmes, comme Victor. Ancien esclave contraint de travailler pour les U.S. Marshals, il va de ville en ville, pour traquer ses frères et sœurs en fuite. Le cas de Jackdaw n'était qu'une affaire de plus... mais elle va mettre au jour un terrible secret que le gouvernement tente à tout prix de protéger.

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :


Invasion - Luke Rhinehart


"Invasion" est un roman de SF politique pastiche de Luke Rhinehart.
Il dit beaucoup, et sans doute trop pour ses forces, des troubles du monde d'aujourd'hui.

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 93, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

Des boules de poils intelligentes débarquent sur Terre. Venues d'un autre univers, elles n'ont d'autre but que de s'amuser. L'une d'entre elles, Louie, est adoptée par Billy Morton, un Américain moyen plein de bon sens. Quand les autorités décident de se saisir de ces bestioles, Billy et sa famille, échaudés par l'Amérique contemporaine où ils se sentent de moins en moins à l'aise, prennent la tangente : peut-être que, finalement, la sagesse n'est pas du côté du pouvoir politique, mais du côté de cette anarchie sympathique, de cette libération improbable que cette invasion apporte.

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :


samedi 20 octobre 2018

Never complain, Never explain

Ou pas.


Ami lecteur. "Never complain, never explain", c'est la règle depuis toujours ici. Mais aujourd'hui, je dois y faire une entorse, car ce blog ressemble de plus en plus au pauvre Mr Valdemar, tragique personnage alité d'Edgar Poe qui était déjà mort mais ne le savait pas encore.

De fait, si tu es un habitué des lieux, lecteur, tu auras sûrement remarqué le petit nombre de chroniques des deux derniers mois, à fortiori de chroniques originales.
Et tu penses peut-être que je n'ai plus envie de te conseiller de bonnes lectures.

- Erreur -

Le faible nombre de chroniques résulte d'un déplaisant Effet Papillon.

Lancinantes douleurs cervicales - > longs moments récurrents de position allongée à plat
Longs moments récurrents de position allongée à plat - > faible temps de lecture
Faible temps de lecture + longs moments récurrents de position allongée à plat - > très faible temps de chronique

Rythme lent donc, et qui risque de le rester un moment (je commence à désespérer d'une solution rapide). Je fais mon possible, mais présentement je peux peu.

jeudi 18 octobre 2018

Les étoiles sont légion - Kameron Hurley VF


Sortie chez AMI de la version française du women-only "The stars are legion" de Kameron Hurley. C'est badass, organique, clairement pas vegan.


Les étoiles sont légion, Kameron Hurley

vendredi 12 octobre 2018

La mort immortelle - Liu Cixin


Sortie de "La mort immortelle", troisième et dernier tome de la trilogie du Problème à trois corps de Liu Cixin. Cette indispensable conclusion était chroniquée en VO, là, à portée de clic.

La mort immortelle, Liu Cixin

mercredi 10 octobre 2018

The Quantum Magician - Derek Künsken - Bang Boum


"The Quantum Magician" est le premier roman du Canadien Derek Künsken. C'est une histoire de grande escroquerie située dans un univers qui est le futur du notre, kind of.

Nous sommes à quelques centaines d'années dans l'avenir. L'espace humain est étendu sur des centaines d'années-lumières. Les déplacements sur de telles distances utilisent un réseau de trous de ver permanents, crée, il y a au moins un milliard d'années, par des « Précurseurs » depuis disparus. Ces points d'accès permanents sont des ressources stratégiques (au même titre que le sont des ponts ou des détroits), et les grandes puissances en gardent donc jalousement les environs pour en réguler l'utilisation en fonction de leurs objectifs politiques (pensez aux canaux de Panama ou de Suez !). Hors de ce réseau, les humains utilisent des points d'accès transitoires, créés à partir de vaisseaux spatiaux et de portée bien moindre.

Belisarius Arjona est un immense arnaqueur. Un escroc d'un talent si grand qu'on le qualifie parfois de « magicien ». L'avantage compétitif d'Arjona, dans cette activité, est congénital. Arjona est un homo quantus, plus ou moins un ordinateur humain, résultat de générations de manipulations génétiques et doté de la capacité d'accéder à la réalité quantique de l'univers pour en tirer l'information totale en terme probabiliste qui lui permettra de prendre les meilleures décisions en situation d'incertitude. Si vous voulez comprendre, imaginez un homme capable d’accéder au Big Data de l'univers, et doté de la puissance de calcul suffisante pour le traiter afin d'en tirer des données exploitables dans le cadre d'un processus de décision. Pour escroquer, ça aide.
Il est contacté par l'Union Sub-Saharienne, une entité politique qui veut prendre son indépendance de la Congrégation vénusienne et pour cela a besoin de faire traverser une flotte de vaisseaux révolutionnaires à travers le trou de ver Axis Mundi, un trou contrôlé par la Théocratie de Poupées. A la demande de l'Union, Arjona doit organiser une arnaque permettant la traversée de la flotte à travers la trou de ver des Poupées sans payer à celle-ci le prix exorbitant qu'elle demande. Il lui faut pour cela détourner l'attention de la Théocratie, lui faire regarder la main gauche pendant que c'est la droite qui fait le tour. Classique en magie. Classique en arnaque.

Pour ce faire, Arjona réunit une équipe haute en couleurs, aux talents complémentaires. Une femme homo quantus (Cassandra, ex-petite amie et plus puissante que lui, qui assurera l'essentiel de la navigation dans le trou de ver), un arnaqueur humain standard (William Gander, qui jouera le sacrifié permettant de détourner l'attention), un exilé Poupée (Manfred Gates-15, qui doit introduire les virus informatiques de l'arnaque dans le réseau des Poupées), un généticien humain (Antonio Dal Casal, qui doit faire de William Gander un semblant de Numen, ces humains génétiquement modifiés dont les phéromones rendent les Poupées – qu'ils avaient créés dans ce but par manipulation génétique – fous de ferveur religieuse et de désir de servir sans limite), une IA (Saint Matthieu, l'IA la plus avancée de l'univers, qui croit vraiment être Saint Mathieu, et qui jouera le rôle de netrunner), une spécialiste de démolition (Marie Phocas, une humaine, givrée et droguée au danger), et enfin un plongeur en eau très profonde (Stills, un homo eridanus, race d'humains aux traits de cétacé conçus pour vivre sous très grandes pressions et dotés de qualités surhumaines pour le pilotage des vaisseaux de guerre).

Voilà. Moi, à la fin de tout ça, j'étais déjà fatigué. De fait, que dire ?

Il y a quelques qualités dans le livre.

De mon point de vue, le meilleur est le peuple des Poupées. Créés pour adorer les Numen qui les ont conçus, les Poupées se sont trouvés dans un dilemme religieux tout à fait intéressant qui les a conduit à mettre leurs dieux en esclavage pour les protéger. Leurs tourments existentiels – longuement documentés – sont imho le meilleur du roman. On peut y voir des clins d’œil à Peter Watts ou se rappeler de l'hilarante nouvelle sur les hamsters juifs de Shalom Auslander.

De même, le déchirement d'Arjona entre sa volonté câblée-ADN d'étudier sans fin l'univers et le drive vital à se protéger contre les excès de sa quête est intéressant (sans être renversant).

Un discours aussi, sur la responsabilité de ceux qui font des modifications génétiques avec lesquelles leurs successeurs auront à vivre (mais là non plus, ça n'est pas renversant).

Et si on aime l'action pure (on comprendra que ce n'est pas vraiment mon cas), alors on sera servi ici. Ca n'arrête pas.

Mais il y a imho plus de défauts.

World building très faible.
Deux ou trois grandes puissances sur lesquelles on ne sait pas grand chose (si ce n'est qu'elles sont bien méchantes, par nature), une Union Sub-Saharienne (qui rappelle de fait les Treize Colonies dans son rapport à sa puissance créatrice, mais Sub-Saharienne c'est plus class, ça fait malheureux, ça donne envie de compatir). Sur la géopolitique ou l’économie de cet univers, pas grand chose, hélas.
Une technologie difficile à situer précisément.
Un opportun réseau de trous de ver opportunément abandonné par ses constructeurs (là, pour le legs technologique, on se rappellera KH Scheer si on est méchant).

Equipe trop cookie-cutter. Le groupe de fortes têtes pittoresques, ça a tellement été fait dans ce genre d'histoire que ce n'est plus à faire. Entre équipe de jeu de rôle et Inglorious Basterds. Ajoutons-y les engueulades, la testostérone, les traîtres, les renversements de situation, et on se croirait dans Reservoir Dogs.

Sous-utilisation de tout l'aspect quantique (qui se résume à faire du Big Data). De ce point de vue, Isolation de Greg Egan était bien plus convaincant.
Et je ne parle même pas des trois modes de fonctionnement des homo quantus, de plus en plus autistes et rapides en calcul, qui m'ont rappelé ce mode Fast qui équipait les ZX81 et permettait de les faire tourner quatre fois plus vite en supprimant tout affichage.

Et puis, bien sûr, les retournements de situation sans fin, les trahisons, les dissimulations, ad nauseam, typiques du style.

Tout l'arsenal science-fictif est d'abord au service d'un récit d'action pur et dur qui, par moments, se permet quelques secondes de réflexion. C'est un style, ce n'est pas le mien.

"The Quantum Magician" n'est pas un mauvais roman. Il fait ce qu'il veut faire, plutôt pas mal. Mais il est clairement écrit pour amateurs de Ocean's Eleven ou de Mission Impossible. Tout y est, à un point effrayant si on n'est guère fan. Sinon, on adorera tant on sera en terrain connu.

The Quantum Magician, Derek  Künsken

L'avis d'Apophis

samedi 6 octobre 2018

Salvation - Peter F. Hamilton - Stilnox


"Salvation" est le premier tome de la nouvelle trilogie de Peter F. Hamilton.

Début du 23ème siècle. L'espace humain comprend la Terre, un certain nombre d'exoplanètes plus ou moins terraformées, ainsi que des habitats spatiaux astéroïdaires de formes diverses. Une telle expansion accélérée a été rendue possible par la technologie des portails quantiques qui, utilisant une technique d'intrication (mouarf!), permettent de téléporter instantanément de la matière (vivante ou non), quelle que soit la distance entre portail de départ et portail d'arrivée.

De là, tout change dans ce que signifie « être humain ». Et c'est plutôt intelligemment imaginé par PFH (quoi qu'on pense du postulat de départ concernant le transport par intrication qui est largement fumeux – mais après tout pas plus que l’hyperespace).
Énergie illimité venant du soleil, déchets toxiques ou nucléaires expédiés dans le hard vacuum, ensemencement liquide du désert australien, colonisation de planètes et d'astéroïdes (cet aspect est très malin), etc. C'est une abolition complète de la notion d'espace. Tout est au contact de tout. On peut se déplacer de planète en planète, vivre à Berlin et travailler à Moscou, passer d'une réunion au service com' à NY à une autre au service RH à Djakarta, etc. Plus de routes, d'avions, de voitures. Un espace illimité pour créer des logements sans contrainte d'urbanisation. Les super riches ont même des appartements dont les pièces, reliées par des portails, sont toutes dans des villes ou sur des planètes différentes. Vu du côté sombre de la chose, ce qui tient lieu de gouvernement mondial expédie ses récalcitrants sur une planète éloignée dans une forme de bannissement sans retour (type Les déportés du Cambrien de Silverberg) qui assure un contrôle social extrême sans générer de culpabilité, la surveillance est constante par le biais des logs de transport (squeezant de fait la partie Enquête qui faisait la force de La grande route du Nord, de PFH), les paradis fiscaux ou numériques sont maintenant installés sur des astéroïdes.

Dans cet espace humain qui, s'il n'est guère conforme à une vision libérale de la démocratie, semble néanmoins plus avancé que le notre sur le plan du niveau de vie et de la restauration de l’environnement, est découvert, sur une planète lointaine, un vaisseau alien écrasé. Dans le vaisseau abandonné ne restent que quelques humains prisonniers de caissons d'hibernation, visiblement victimes d'abduction. Une équipe part pour le vaisseau afin d'évaluer la situation. Elle comprend une dizaine de membres, tous des gens puissants et importants.

Le roman se développe sur trois fils. Le Présent avec la progression de l'équipe d’évaluation vers le site du crash. Les Passés formés par les récits des évaluateurs qui, se racontant, racontent des événements dont on se rend compte à la fin qu'ils convergent vers cette découverte. Le Futur, longtemps après, dans lequel nous voyons une humanité luttant pour sa survie face à un ennemi implacable qui veut son anéantissement, et entraîne pour ce faire des cohortes de jeunes combattants.

J'ai toujours bien aimé ce qu'écrit PFH. Je garde un regard énamouré pour le premier Greg Mandel acheté à Londres il y a tant d'années que je me demande si le bon président Pompidou n'était pas encore vivant. Puis le choc Reality Dysfunction, and so on...
Mais là, j'ai du mal à être indulgent.

Ca commençait bien pourtant. Les quelques premières pages sont originales et engageantes. Les chapitres qui suivent immédiatement, aussi. Puis, on comprend que le gros du livre va consister en ces narrations à rebours que fait chaque évaluateur, l'un à la suite de l'autre. Le rythme est brisé trop vite, les parties Passé mangent le récit Présent, et je vous épargne les récits Futur, presque YA. On se trouve à lire d'autres histoires que celle qu'on croyait être venu lire, des histoires longues dont on met longtemps à comprendre en quoi elles sont liées aux événements en cours. Ce n'est pas rédhibitoire dans Hypérion ou les Contes de Conterbury mais ici l'équilibrage n'est pas le bon.

Ensuite, il y a un colossal problème de recyclage. Je veux bien croire à l'inspiration ou à l'hommage involontaire, et j'aime en général les références, mais ici l'ampleur de la chose parasite complètement la lecture. J'ai déjà parlé des Contes ou d'Hypérion, voire d'une Stratégie Ender qui sonnerait bien plus YA que son inspiratrice. Mais on trouve aussi dans "Salvation" une société qui rappelle fortement celle de son Commonwealth (certes elle n'en est pas la copie conforme, le monde du chemin de fer instantané de L'Etoile de Pandore est remplacé ici par un monde de la voiture instantanée) tant dans l'effet radical du transport par téléportation que dans l'existence d'une menace alien sur l'espace humain ; même la présence d'un espion alien infiltré rappelle le Starflyer du premier cycle Commonwealth. L'action est ici aussi conduite par les tycoons  qui ont inventé les technologies ; l'intrication grands capitalistes/gouvernements ploutocratiques est aussi la même. Et certains couples de noms résonnent étrangement à l'oreille : Paula Myo là-bas/Jessika Mye ici ; qui par ailleurs sont toutes les deux, dans les deux cycles, des sortes d'outcast.

Du cycle L'Aube de la nuit - le précédent de PFH -, on retrouve l'inimitié entre deux branches divergentes d'humanité : les Universels (nous, en gros), et les Utopiens (qui modifient leurs gènes et cherchent à aller vers une post-scarcity très Banks/Culture). Dans L'Aube c'était Adamistes contre Edenistes.

Les plus retors des lecteurs iront jusqu'à se souvenir, en visitant les maisons quantiques, de l'anniversaire de Louis Wu qui ouvrait le roman L'anneau-Monde, cet anniversaire qu'il célèbrait 24 fois sur les 24 fuseaux horaires en se téléportant d'une fête à la suivante tout autour de la Terre.

Enfin, PFH, qui a toujours écrit long, tire ici à la ligne d'une façon insupportable. En passe de devenir le Stephen King de la SF, PFH noie le lecteur sous une myriade de détails qui, certes, font vrai, mais qui alourdissent le récit au point que j'ai fini par lire beaucoup de passages en diagonale pour gagner du temps et soutenir mon intérêt. Alors, comme chez King parfois, on continue de lire parce qu'on est dans le noir et qu'on a envie de savoir, mais c'est long, c'est long, c'est long.

Tout artiste devrait savoir quand est venu le moment de se réinventer ; je crois qu'ici PFH fait le contraire. Il se récapitule, hélas sans se synthétiser. Honnêtement, je ne sais pas si je lirai la suite.

Salvation, Peter F. Hamilton

L'avis de Feyd Rautha