mercredi 10 octobre 2018

The Quantum Magician - Derek Künsken - Bang Boum


"The Quantum Magician" est le premier roman du Canadien Derek Künsken. C'est une histoire de grande escroquerie située dans un univers qui est le futur du notre, kind of.

Nous sommes à quelques centaines d'années dans l'avenir. L'espace humain est étendu sur des centaines d'années-lumières. Les déplacements sur de telles distances utilisent un réseau de trous de ver permanents, crée, il y a au moins un milliard d'années, par des « Précurseurs » depuis disparus. Ces points d'accès permanents sont des ressources stratégiques (au même titre que le sont des ponts ou des détroits), et les grandes puissances en gardent donc jalousement les environs pour en réguler l'utilisation en fonction de leurs objectifs politiques (pensez aux canaux de Panama ou de Suez !). Hors de ce réseau, les humains utilisent des points d'accès transitoires, créés à partir de vaisseaux spatiaux et de portée bien moindre.

Belisarius Arjona est un immense arnaqueur. Un escroc d'un talent si grand qu'on le qualifie parfois de « magicien ». L'avantage compétitif d'Arjona, dans cette activité, est congénital. Arjona est un homo quantus, plus ou moins un ordinateur humain, résultat de générations de manipulations génétiques et doté de la capacité d'accéder à la réalité quantique de l'univers pour en tirer l'information totale en terme probabiliste qui lui permettra de prendre les meilleures décisions en situation d'incertitude. Si vous voulez comprendre, imaginez un homme capable d’accéder au Big Data de l'univers, et doté de la puissance de calcul suffisante pour le traiter afin d'en tirer des données exploitables dans le cadre d'un processus de décision. Pour escroquer, ça aide.
Il est contacté par l'Union Sub-Saharienne, une entité politique qui veut prendre son indépendance de la Congrégation vénusienne et pour cela a besoin de faire traverser une flotte de vaisseaux révolutionnaires à travers le trou de ver Axis Mundi, un trou contrôlé par la Théocratie de Poupées. A la demande de l'Union, Arjona doit organiser une arnaque permettant la traversée de la flotte à travers la trou de ver des Poupées sans payer à celle-ci le prix exorbitant qu'elle demande. Il lui faut pour cela détourner l'attention de la Théocratie, lui faire regarder la main gauche pendant que c'est la droite qui fait le tour. Classique en magie. Classique en arnaque.

Pour ce faire, Arjona réunit une équipe haute en couleurs, aux talents complémentaires. Une femme homo quantus (Cassandra, ex-petite amie et plus puissante que lui, qui assurera l'essentiel de la navigation dans le trou de ver), un arnaqueur humain standard (William Gander, qui jouera le sacrifié permettant de détourner l'attention), un exilé Poupée (Manfred Gates-15, qui doit introduire les virus informatiques de l'arnaque dans le réseau des Poupées), un généticien humain (Antonio Dal Casal, qui doit faire de William Gander un semblant de Numen, ces humains génétiquement modifiés dont les phéromones rendent les Poupées – qu'ils avaient créés dans ce but par manipulation génétique – fous de ferveur religieuse et de désir de servir sans limite), une IA (Saint Matthieu, l'IA la plus avancée de l'univers, qui croit vraiment être Saint Mathieu, et qui jouera le rôle de netrunner), une spécialiste de démolition (Marie Phocas, une humaine, givrée et droguée au danger), et enfin un plongeur en eau très profonde (Stills, un homo eridanus, race d'humains aux traits de cétacé conçus pour vivre sous très grandes pressions et dotés de qualités surhumaines pour le pilotage des vaisseaux de guerre).

Voilà. Moi, à la fin de tout ça, j'étais déjà fatigué. De fait, que dire ?

Il y a quelques qualités dans le livre.

De mon point de vue, le meilleur est le peuple des Poupées. Créés pour adorer les Numen qui les ont conçus, les Poupées se sont trouvés dans un dilemme religieux tout à fait intéressant qui les a conduit à mettre leurs dieux en esclavage pour les protéger. Leurs tourments existentiels – longuement documentés – sont imho le meilleur du roman. On peut y voir des clins d’œil à Peter Watts ou se rappeler de l'hilarante nouvelle sur les hamsters juifs de Shalom Auslander.

De même, le déchirement d'Arjona entre sa volonté câblée-ADN d'étudier sans fin l'univers et le drive vital à se protéger contre les excès de sa quête est intéressant (sans être renversant).

Un discours aussi, sur la responsabilité de ceux qui font des modifications génétiques avec lesquelles leurs successeurs auront à vivre (mais là non plus, ça n'est pas renversant).

Et si on aime l'action pure (on comprendra que ce n'est pas vraiment mon cas), alors on sera servi ici. Ca n'arrête pas.

Mais il y a imho plus de défauts.

World building très faible.
Deux ou trois grandes puissances sur lesquelles on ne sait pas grand chose (si ce n'est qu'elles sont bien méchantes, par nature), une Union Sub-Saharienne (qui rappelle de fait les Treize Colonies dans son rapport à sa puissance créatrice, mais Sub-Saharienne c'est plus class, ça fait malheureux, ça donne envie de compatir). Sur la géopolitique ou l’économie de cet univers, pas grand chose, hélas.
Une technologie difficile à situer précisément.
Un opportun réseau de trous de ver opportunément abandonné par ses constructeurs (là, pour le legs technologique, on se rappellera KH Scheer si on est méchant).

Equipe trop cookie-cutter. Le groupe de fortes têtes pittoresques, ça a tellement été fait dans ce genre d'histoire que ce n'est plus à faire. Entre équipe de jeu de rôle et Inglorious Basterds. Ajoutons-y les engueulades, la testostérone, les traîtres, les renversements de situation, et on se croirait dans Reservoir Dogs.

Sous-utilisation de tout l'aspect quantique (qui se résume à faire du Big Data). De ce point de vue, Isolation de Greg Egan était bien plus convaincant.
Et je ne parle même pas des trois modes de fonctionnement des homo quantus, de plus en plus autistes et rapides en calcul, qui m'ont rappelé ce mode Fast qui équipait les ZX81 et permettait de les faire tourner quatre fois plus vite en supprimant tout affichage.

Et puis, bien sûr, les retournements de situation sans fin, les trahisons, les dissimulations, ad nauseam, typiques du style.

Tout l'arsenal science-fictif est d'abord au service d'un récit d'action pur et dur qui, par moments, se permet quelques secondes de réflexion. C'est un style, ce n'est pas le mien.

"The Quantum Magician" n'est pas un mauvais roman. Il fait ce qu'il veut faire, plutôt pas mal. Mais il est clairement écrit pour amateurs de Ocean's Eleven ou de Mission Impossible. Tout y est, à un point effrayant si on n'est guère fan. Sinon, on adorera tant on sera en terrain connu.

The Quantum Magician, Derek  Künsken

L'avis d'Apophis

2 commentaires:

erwann a dit…

D'accord avec toi sur l'essentiel — et pour ce que j'ai lu du roman, à savoir une grosse moitié : ça n'était pas ce que j'avais envie de lire, suis passé à autre chose. Le titre est cool, il y a quelques bonnes idées (les Poupées), mais pour le reste, ce sont le world-building faiblard et l'aspect Ocean's Eleven exagéré qui ne m'ont pas incité à poursuivre ma lecture.
C'est un premier roman ; on verra ce que l'auteur pourra proposer par la suite.

Gromovar a dit…

Yep, dommage.

C'était à craindre. On verra la suite (si on trouve le temps).