samedi 6 octobre 2018

Salvation - Peter F. Hamilton - Stilnox


"Salvation" est le premier tome de la nouvelle trilogie de Peter F. Hamilton.

Début du 23ème siècle. L'espace humain comprend la Terre, un certain nombre d'exoplanètes plus ou moins terraformées, ainsi que des habitats spatiaux astéroïdaires de formes diverses. Une telle expansion accélérée a été rendue possible par la technologie des portails quantiques qui, utilisant une technique d'intrication (mouarf!), permettent de téléporter instantanément de la matière (vivante ou non), quelle que soit la distance entre portail de départ et portail d'arrivée.

De là, tout change dans ce que signifie « être humain ». Et c'est plutôt intelligemment imaginé par PFH (quoi qu'on pense du postulat de départ concernant le transport par intrication qui est largement fumeux – mais après tout pas plus que l’hyperespace).
Énergie illimité venant du soleil, déchets toxiques ou nucléaires expédiés dans le hard vacuum, ensemencement liquide du désert australien, colonisation de planètes et d'astéroïdes (cet aspect est très malin), etc. C'est une abolition complète de la notion d'espace. Tout est au contact de tout. On peut se déplacer de planète en planète, vivre à Berlin et travailler à Moscou, passer d'une réunion au service com' à NY à une autre au service RH à Djakarta, etc. Plus de routes, d'avions, de voitures. Un espace illimité pour créer des logements sans contrainte d'urbanisation. Les super riches ont même des appartements dont les pièces, reliées par des portails, sont toutes dans des villes ou sur des planètes différentes. Vu du côté sombre de la chose, ce qui tient lieu de gouvernement mondial expédie ses récalcitrants sur une planète éloignée dans une forme de bannissement sans retour (type Les déportés du Cambrien de Silverberg) qui assure un contrôle social extrême sans générer de culpabilité, la surveillance est constante par le biais des logs de transport (squeezant de fait la partie Enquête qui faisait la force de La grande route du Nord, de PFH), les paradis fiscaux ou numériques sont maintenant installés sur des astéroïdes.

Dans cet espace humain qui, s'il n'est guère conforme à une vision libérale de la démocratie, semble néanmoins plus avancé que le notre sur le plan du niveau de vie et de la restauration de l’environnement, est découvert, sur une planète lointaine, un vaisseau alien écrasé. Dans le vaisseau abandonné ne restent que quelques humains prisonniers de caissons d'hibernation, visiblement victimes d'abduction. Une équipe part pour le vaisseau afin d'évaluer la situation. Elle comprend une dizaine de membres, tous des gens puissants et importants.

Le roman se développe sur trois fils. Le Présent avec la progression de l'équipe d’évaluation vers le site du crash. Les Passés formés par les récits des évaluateurs qui, se racontant, racontent des événements dont on se rend compte à la fin qu'ils convergent vers cette découverte. Le Futur, longtemps après, dans lequel nous voyons une humanité luttant pour sa survie face à un ennemi implacable qui veut son anéantissement, et entraîne pour ce faire des cohortes de jeunes combattants.

J'ai toujours bien aimé ce qu'écrit PFH. Je garde un regard énamouré pour le premier Greg Mandel acheté à Londres il y a tant d'années que je me demande si le bon président Pompidou n'était pas encore vivant. Puis le choc Reality Dysfunction, and so on...
Mais là, j'ai du mal à être indulgent.

Ca commençait bien pourtant. Les quelques premières pages sont originales et engageantes. Les chapitres qui suivent immédiatement, aussi. Puis, on comprend que le gros du livre va consister en ces narrations à rebours que fait chaque évaluateur, l'un à la suite de l'autre. Le rythme est brisé trop vite, les parties Passé mangent le récit Présent, et je vous épargne les récits Futur, presque YA. On se trouve à lire d'autres histoires que celle qu'on croyait être venu lire, des histoires longues dont on met longtemps à comprendre en quoi elles sont liées aux événements en cours. Ce n'est pas rédhibitoire dans Hypérion ou les Contes de Conterbury mais ici l'équilibrage n'est pas le bon.

Ensuite, il y a un colossal problème de recyclage. Je veux bien croire à l'inspiration ou à l'hommage involontaire, et j'aime en général les références, mais ici l'ampleur de la chose parasite complètement la lecture. J'ai déjà parlé des Contes ou d'Hypérion, voire d'une Stratégie Ender qui sonnerait bien plus YA que son inspiratrice. Mais on trouve aussi dans "Salvation" une société qui rappelle fortement celle de son Commonwealth (certes elle n'en est pas la copie conforme, le monde du chemin de fer instantané de L'Etoile de Pandore est remplacé ici par un monde de la voiture instantanée) tant dans l'effet radical du transport par téléportation que dans l'existence d'une menace alien sur l'espace humain ; même la présence d'un espion alien infiltré rappelle le Starflyer du premier cycle Commonwealth. L'action est ici aussi conduite par les tycoons  qui ont inventé les technologies ; l'intrication grands capitalistes/gouvernements ploutocratiques est aussi la même. Et certains couples de noms résonnent étrangement à l'oreille : Paula Myo là-bas/Jessika Mye ici ; qui par ailleurs sont toutes les deux, dans les deux cycles, des sortes d'outcast.

Du cycle L'Aube de la nuit - le précédent de PFH -, on retrouve l'inimitié entre deux branches divergentes d'humanité : les Universels (nous, en gros), et les Utopiens (qui modifient leurs gènes et cherchent à aller vers une post-scarcity très Banks/Culture). Dans L'Aube c'était Adamistes contre Edenistes.

Les plus retors des lecteurs iront jusqu'à se souvenir, en visitant les maisons quantiques, de l'anniversaire de Louis Wu qui ouvrait le roman L'anneau-Monde, cet anniversaire qu'il célèbrait 24 fois sur les 24 fuseaux horaires en se téléportant d'une fête à la suivante tout autour de la Terre.

Enfin, PFH, qui a toujours écrit long, tire ici à la ligne d'une façon insupportable. En passe de devenir le Stephen King de la SF, PFH noie le lecteur sous une myriade de détails qui, certes, font vrai, mais qui alourdissent le récit au point que j'ai fini par lire beaucoup de passages en diagonale pour gagner du temps et soutenir mon intérêt. Alors, comme chez King parfois, on continue de lire parce qu'on est dans le noir et qu'on a envie de savoir, mais c'est long, c'est long, c'est long.

Tout artiste devrait savoir quand est venu le moment de se réinventer ; je crois qu'ici PFH fait le contraire. Il se récapitule, hélas sans se synthétiser. Honnêtement, je ne sais pas si je lirai la suite.

Salvation, Peter F. Hamilton

L'avis de Feyd Rautha

7 commentaires:

Anudar Bruseis a dit…

Déjà dit chez Feyd - qu'il faudra qu'un de ces jours j'invite chez DuneSF au passage ;) - mais le pitch de ce livre donne *vraiment* l'impression que PFH ne se renouvelle pas. Ta chronique le confirme. Bref, je vais passer mon tour.

Quitte à réutiliser de l'existant, pourquoi ne continuerait-il pas avec son Commonwealth après tout ?

Gromovar a dit…

Ben ouais. Décevant.

Chut Maman lit a dit…

Pfff... je suis déçue d'avance et pourtant c'est un auteur que j'aime particulièrement. Pour le coup je suis d'accord avec Anudar quitte à ne pas se renouveler, pourquoi ne pas continuer dans l'univers du Commonwealth ?
Bon après c'est le premier tome, on peut peut être espérer un rebond pour les prochains...

Gromovar a dit…

Je passerai mon tour je crois. Tu me diras...

Tigger Lilly a dit…

J'aime bien le sous-titre de ce billet :D

Gromovar a dit…

Ca marche aussi bien.

chris a dit…

Déjà la grande route du Nord m'apparaissait comme une nouvelle variation du commonwealth. En lisait cette chronique, j'ai l'impression qu'il ne se renouvelle pas. Je passerais sur celui-ci.