mercredi 24 octobre 2018

Les hommes dénaturés - Nancy Kress


"Les hommes dénaturés" est un (court) roman de Nancy Kress, publié en 1998, traduit en 2001 par Jean-Marc Chambon, et réédité aujourd'hui par ActuSF.

2030, USA. La fertilité a chuté de façon dramatique dans le monde entier (merci aux perturbateurs endocriniens et à l'effet cocktail). Un sperme clair aux rares spermatozoïdes apathiques ne permet plus guère de fécondation ; et ça n'est guère mieux côté féminin. Le vieillissement de la population mondiale devient critique, au point qu'on s'interroge sur la pérennité potentielle de l'humanité. Les jeunes, eux, devenus denrée rare, sont choyés, aimés, préservés, alors que des couples de plus en plus nombreux succombent à des névroses de manque parental si fortes qu'ils sont prêts à toutes les extrémités pour les combler.

Shana, une jeune appelée qui rêve de devenir militaire de carrière, est le témoin involontaire d'un acte aussi illégal qu'immoral. Instable, rétive à l'autorité, dotée d'une faible capacité à s'en tenir à sa parole (merci aux perturbateurs endocriniens pour tout ça aussi), la jeune femme témoigne devant une commission d'enquête officielle, mais son témoignage est étouffée et sa personne mise à l'écart. Portée par la rage qu'on ressent face à l'injustice, elle se lance alors dans une croisade à la recherche de la vérité. Dans son combat contre le silence d'Etat, elle trouve un allié en la personne du vieux professeur Clementi (qui tente en vain, depuis des années, de dénoncer l'effet des perturbateurs endocriniens sur la fertilité et les comportements), et un associé en celui d'une « victime », Cameron, danseur vedette martyrisé pour ce qu'il est.

"Les hommes dénaturés" est un roman sympathique, un bon page turner, mais ce n'est pas un grand roman. La faute à une de ces coïncidences invraisemblables que je déteste et sans laquelle le récit n'aurait pu exister.
De plus, si le personnage de Clementi en homme en paix avec sa finitude est émouvant, si la relation Shana/Clementi est touchante, si les folies auxquelles conduisent un monde sans plus guère d'enfants sont intéressantes, si la rancœur que peut ressentir une génération sacrifiée à l'entretien de ses ascendants n'est pas mal vue, si l'aspect thriller entraîne le lecteur, il n'en reste pas moins que le texte a ses défauts.
World building minimal (mis à part une place de plus en plus grande prise par les automations – logique avec une population active déclinante, cf. Japon), coïncidences faciles, rebondissements intellectuellement paresseux (le traitement miracle à Paris), fin aussi rapide et aisée que difficilement crédible (un Etat pris en flagrant délit de raison d'Etat aurait sans doute été bien plus radical dans son traitement d'un problème de confidentialité), sans oublier quelques incongruités bizarres (des colonies sur Mars en 2030 !!! une France plus permissive sur les recherches en génétique que les USA !!!).

Alors, en 1998, le cri d'alarme de Kress sur les perturbateurs endocriniens et l'effet cocktail était d'avant-garde. Il prend tout son sens aujourd'hui, alors que ce problème grave est maintenant connu du grand public et que de (timides) mesures commencent à être prises. Quant à la baisse de qualité du sperme, elle est maintenant aussi common knowledge, et le lien entre les deux choses est en partie établi.

De fait, la poussée à ses limites logiques d'une question scientifique et environnementale connue, dans un texte entraînant mais assez peu conforme aux standards de la SFFF, fait des "Hommes dénaturés" un roman d'anticipation qui satisfera sans doute plus des lecteurs peu habitués du genre que des aficionados qui le trouveront globalement trop pingre.
Un texte à offrir à ses parents pour Noël peut-être, pour leur montrer que la SFFF peut parler des choses graves dont ils ont entendu parler dans la presse. Ou à lire pendant un voyage en train (vers les Utopiales).

Les hommes dénaturés, Nancy Kress

4 commentaires:

Baroona a dit…

J'ai vérifié à tout hasard si je l'avais lu, la réponse est oui. Problème : même en lisant le résumé, je n'ai absolument aucun souvenir de ce livre. Ce qui corrobore quelque peu ton propos : une bonne idée, mais loin d'être marquant...

Gromovar a dit…

Ouais. Comme je l'écrit à la fin, un roman de gare (et j'ai quand même k'impression que Kress en a écrit plus d'un).

Vert a dit…

Ah bah merci, je suis un "lecteur peu habitué au genre" maintenant ;p

J'avais bien aimé il me semble, je me souviens juste d'avoir émis des réserves sur le fait que la problématique de l'histoire (l'impossibilité d'avoir des enfants) passait presque au second plan (alors qu'il y a quand même plein de questions à se poser sur les méthodes de substitutions utilisées). Par contre c'est fou de se dire qu'on parlait déjà de ça à la fin des années 1990...

Gromovar a dit…

Ah ben voila ;)