jeudi 30 septembre 2010

Ya bon Oncle Sam


Indispensable à tout vrai amateur de BD ou de comics, "La propagande dans la BD" de Fredrik Strömberg est une mine de renseignements, pour tout dire une bible. Du début du XXème siècle à nos jours, ce média a été utilisé, parfois à son corps défendant, pour véhiculer un message immédiatement accessible et doté d'un fort pouvoir d'imprégnation, autrement dit comme moyen de propagande.
C'est cette histoire que Strömberg raconte avec force analyses et illustrations. En sept chapitres, il traite de la vision involontaire, nourrie de préjugés, ou au contraire parfaitement volontaire et pétrie d'intentions avouées ou non, que la BD a pu donner des étrangers, de la guerre, du communisme, de la société, de la religion, du sexe, et de la politique. Et l'amusement qui nous saisit au vu de la naïveté de certaines pièces exhibées ne peut que nous remplir d'effroi, car il nous permet d'imaginer le sourire gêné avec lequel les générations futures regarderont nos comics, comment elles jugeront, elles aussi, que notre époque est naïve et simpliste. Une belle leçon d'histoire doublée d'un intéressant rappel à l'humilité.
La propagande dans la BD, Fredrik Strömberg

L'analyse exhaustive de Néault

mercredi 29 septembre 2010

Oui mais non


Je viens de terminer "Lamentation" de Ken Scholes, premier roman d'un cycle de cinq. Et, chose inhabituelle, je m'en vais faire une analyse mi-chèvre, mi-chou.
Ken Scholes est un auteur de nouvelles qui se lance ici dans son premier roman. Je ne suis pas sûr qu'il n'aurait pas mieux fait de continuer dans les nouvelles.
"Lamentation" est un objet original : une fantasy post-ap. Le lecteur comprend en effet rapidement que le monde de fantasy (épées, chevaux, sorcellerie, et, non, ni elfes, ni nains) qui lui est montré est bati sur les ruines d'une civilisation avancée. Un ordre religieux (l'ordre androfrancine) est d'ailleurs voué à la redécouverte des connaissances de l'ancien temps, à leur stockage, et à leur compréhension. Les maitres de cet ordre décident alors quelle part de ces anciennes connaissances peuvent être remises à la disposition de l'humanité et quelle part doit rester cachée, archivée, par sécurité. Parmi ces connaissances sensibles et dangereuses, il est un sort, "les sept morts cacophoniques de Xhum Y'Zir" (!), qui avait provoqué la fin de l'ancien monde. Quand "Lamentation" commence, ce sort est utilisé pour détruire totalement la ville de Windmir, tuant tous ses habitants comme le fit la bombe d'Hiroshima. L'ordre androfrancique, dont c'était la capitale, est presque totalement détruit et le monde est sous le choc d'une telle dévastation. Le roman narre alors la quête pour découvrir qui a commis ce crime, comment, et pourquoi.
Le pitch de "Lamentation" est clairement intéressant et novateur. Les discussions, tactiques ou diplomatiques, sont plutôt réussies dans leur ton. L'histoire, rapide, se lit d'une traite, et on peut parler ici de page turner. Ce n'est que le livre refermé qu'on redescend et qu'on réalise qu'il ne s'est pas passé tant de choses dans ces 432 pages. L'impression nette est celle d'un récit délayé ou d'un bon numéro d'illusionniste. Mais ce n'est pas vraiment un problème. Après tout, la lecture a été plaisante car facile et rapide.
Ce qui pose vraiment problème, c'est l'écrin qui enserre l'histoire. Ken Scholes ne respecte aucune des traditions nécessaires de la fantasy et il écrit plus comme un novelliste que comme un romancier. Ses personnages sont stéréotypés et archétypiques. Je ne sais lequel l'est le plus, entre le roi gitan en turban sur son étalon, la Mata-Hari amoureuse, le génocidaire fou, le pape modeste et digne qui fait passer son devoir avant son envie, et j'en passe (seul code respecté, le pire : le jeune innocent qui a un grand avenir). Les seconds rôles sont fantomatiques, le summum étant le général Grégoric qui va et vient pour acquiescer. Quand aux figurants qui rendent un monde vivant, c'est simple, il n'y en a pas. C'est à un tel point qu'un certain nombre d'intervenants ne sont désignés que par leur fonction (le lieutenant, le capitaine, la femme de la rivière, etc...). Concernant le world building, il n'y en a pas non plus. Pas d'Histoire à ce monde (remplacée par des successions d'évènements passés, désignés par des noms à majuscules censés exprimer leur importance, mais dont on ne sait quasiment rien) ; une géographie qui n'empêche jamais les personnages de parcourir cent kilomètres en quatre lignes et des oiseaux porteurs de messages aussi efficaces et rapides qu'un système de télécom moderne ; aucune description des villes (peu nombreuses) visitées, ni des batailles qui ont lieu (avec une guerre dont on ne fait qu'entendre parler ou des escarmouches réglées encore en quatre lignes, même Conan ne faisait pas si vite, et pourtant il en tranchait des ennemis, du cou à l'aine, d'un seul coup d'épée plongeant), ni des rites (notamment l'apparemment terrible Torture de l'Allée des Tourmenteurs (concernant les majuscules, voyez que je n'ai pas menti)). Les personnages se déplacent dans un vide au sein duquel ils se rencontrent et se parlent. Jamais je n'ai vu, senti, entendu le monde de "Lamentation". J'ai eu l'impression de lire une pièce de théâtre ou un compte-rendu de wargame avec figurines. Gary Gygax avait créé les jeux de rôles pour donner vie et personnalité aux soldats de plomb des jeux de stratégie, Ken Scholes nous ramène quarante ans en arrière, aux soldats de plomb.
PS : Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer cet unique extrait "La première bataille avait couté à l'Overseer six jeunes officiers et un maitre sergent expérimenté ainsi qu'un groupe d'infanterie" (!!!). Ici, j'ai envie de demander combien ça vaut de points de victoire.
Lamentation, Ken Scholes

L'avis d'El JC

jeudi 23 septembre 2010

Fuck you Apple !


Pour les imbéciles comme moi, qui ont fait confiance à Apple et ont donc chargé et installé (option par défaut) l'iOS 4 sur leur iPhone 3G, et ont depuis un iPhone souffreteux (photo ci-dessus), lent comme un agonisant, sachez que, contrairement au discours officiel d'Apple, il est possible de downgrader l'OS de l'iPhone grace à une petite manip' que vous trouverez détaillée ici.
Désolé Steve mais je ne vais pas acheter un iPhone 4 simplement pour avoir la joie de pouvoir faire tourner l'iOS 4. Et je te garde un chien de ma chienne.
iPhone OS downgrading

La jeunesse n'a pas besoin de sérénité...elle aspire au tragique


Sur la "Confusion des sentiments" de Stefan Zweig, cadeau amical de la pétillante Laura L., je ne dirai pas grand chose, car tout a déjà été dit et écrit (mieux) depuis 80 ans.
Mon seul apport à l'édifice critique sera de confirmer que c'est un chef d'oeuvre. Cette novella est écrite dans un style classique proche du romantisme qui rappelle furieusement le romantisme noir ou le gothique du XIXème siècle. Ecrite à la première personne, avec un seul point de vue, et sous la forme d'une confidence écrite, c'est à dire avec beaucoup de narration et peu de dialogues, "La confusion des sentiments" évoque inévitablement par sa forme le "Dracula" de Bram Stoker ou le "Frankenstein" de Mary Shelley, entre autres.
Le thème abordé, délicieusement scandaleux à l'époque ("divine décadence" se réjouit l'un des personnages du Cabaret de Bob Fosse), participe à la légende. C'est un roman sur la passion intellectuelle, l'amour du savoir, et les rapports maitre-disciple ; sur le secret, les conventions sociales et l'intolérance. C'est aussi un roman sur la socialisation qui aveugle en faisant de ce qui est interdit un point invisible. C'est enfin un beau roman, écrit dans une langue parfaite et délicieusement surannée.
La confusion des sentiments, Stefan Zweig

mercredi 22 septembre 2010

Retour mortel au XIXème


"One second after" de William R. Forstchen est un roman récent que j'ai envie de défendre ici.
L'auteur est un professeur d'histoire et romancier, spécialiste des questions militaires. "One second after" est un roman écrit dans un but politique, inciter le gouvernement américain a prendre des mesures de précautions en cas d'attaque EMP. Comme tel il est parfois très (trop) didactique. Il est de plus préfacé par Newt Gingrich, ancien speaker républicain de la Chambre, ce qui n'est pas la meilleure carte de visite pour un public français. De surcroit, il est cité et critiqué sur quantité de sites survivalistes américains, ce qui pourrait laisser penser qu'il défend les mêmes thèses alors que c'est précisément le contraire. Contre le chacun pour soi survivaliste, la thèse de Forstchen est que la survie ne peut passer que par le maintien d'une organisation sociale cohérente. Enfin, le récit est émaillé de moments très américains, très patriotiques, très chrétiens. Je ne suis ni américain, ni nationaliste, ni chrétien, mais ces moments m'ont fait sourire plus qu'ils ne m'ont gênés. J'ai considéré qu'ils faisaient partie d'un folklore, qui n'est pas le mien mais que je peux subir sans défaillir.
Nonobstant les points faibles sus-cités, "One second after" est à mon sens un bon roman post-apocalyptique. Il y a plusieurs raisons à ça. Tout d'abord il n'y a pas d'élément fantastique. Ce qui arrive est possible, crédible, rationnel. Nous ne sommes pas dans Le fléau, ni dans Dies the fire. Ensuite, le roman décrit la chute d'une civilisation sans recourir à une cataclysme initial mettant la société à genoux du fait de son ampleur. Nous ne sommes pas dans Lucifer's Hammer. On évite aussi les disparitions quasi instantanées et un peu incroyables à la Earth abides, et je ne parle pas des imbécillités invraisemblables à la On the beach. L'échelle de temps choisie, une année jour pour jour après l'attaque EMP, évite les déviations trop spectaculaires à la Mad Max, peu crédibles.
De fait, ce que décrit "One second after" c'est la lente agonie de la société américaine, vue à partir d'une petite ville privée, comme tout le territoire américain, de tout système électrique ou électronique après l'EMP. "One second after" est une fiction au ras du sol, comme la série Rome de HBO était un péplum au ras du sol. Comme telle elle est réaliste et crédible. Forstchen montre à quel point une société aussi intégrée que la notre, où la division du travail est très intense et le commerce international incontournable, est fragile. Le système économique moderne peut soutenir un très grand nombre de personnes avec un niveau de vie satisfaisant (dans le Nord s'entend). Mais si le système se grippe, si les transports ne fonctionnent plus, si les matériaux exotiques ou les pièces de rechange ne sont plus disponibles, si la nourriture produite à l'autre bout du pays ou du monde n'arrive plus quotidiennement, si les médicaments qui permettent à quantité de gens de simplement survivre s'épuisent, la survie devient impossible pour la majorité de la population. Dans l'année qui suit l'EMP, la ville décrite par Forstchen devient lentement une économie autarcique de bas niveau technique. Comme l'explique l'un des personnages, "nous sommes revenus au niveau technique du XIXème, mais nous n'avons plus l'organisation sociale du XIXème qui était adaptée à ce niveau technique". Entre le jour 1 et l'arrivée des secours, un an plus tard, les malades chroniques mourront, beaucoup de victimes d'accidents banaux mourront, les personnes âgées ou fragiles mourront. Beaucoup mourront aussi de privations alimentaires et quelques-uns dans une mini guerre contre une horde sauvage qui a décidé de prendre ce qu'elle ne produisait pas.
La ville de Black Mountain s'en sortira finalement un peu mieux que le reste des USA avec "seulement" 80% de décès. La cause de ce "succès" tient au maintien d'une forme simplifié de gouvernement. Un conseil se crée qui répartira au mieux les maigres ressources disponibles, appliquant des méthodes de triage et de sélection qui sont celles qu'on utilise en médecine de catastrophe par exemple. Ce conseil obtiendra un consentement tacite de la population en respectant une éthique très rigoureuse excluant tout passe-droit, et en faisant montre d'un dévouement incessant à leur mission de gestion des affaires publiques. Ils devront être prévoyants, durs parfois, cyniques aussi, obnubilés par l'intérêt général et l'optimisation des politiques. Forstchen crée ici des personnages crédibles, même s'ils ne sont pas développés outre mesure, en montrant que la tentation du passe-droit est toujours présente mais que la décence exclut d'y recourir, en montrant aussi que si ces "leaders" parviennent à se surpasser, ils n'en sont pas moins au bout de l'épuisement ; certains le paieront de leur vie. C'est à ce prix que ces naufragés resteront humains, civilisés, et qu'il perdront moins de population que les autres communautés en sachant être simultanément honorables et impitoyables.
"One second after" est un exposé de qualité, écrit par un auteur très documenté, sur les effets rapides de la perte de notre pouvoir technologique. Comme tel, il est à mon sens très réussi. De ce fait il remplit parfaitement le rôle que j'assigne au post-ap qui est de m'inquiéter en décrivant un futur possible et terrifiant, et il satisfait mon envie d'avoir des détails et des chiffres. Dans "Le fléau", Stephen King évacue le problème des gens normaux en écrivant que, dans les jours qui suivirent l'épidémie, 20% des survivants moururent d'accidents, de maladies chroniques, etc... C'est de ces gens dont parle Forstchen et je trouve que c'est une bonne idée.
Certains blogueurs ont reproché au livre d'être par moments trop "mélo". C'est une impression que je n'ai pas eu (peut-être l'histoire du doudou surveillant la la tombe). Il m'a semblé normal qu'avec un tel taux de mortalité, des proches des héros meurent. Il m'a paru normal aussi que ceux-ci n'accueillent pas ces nouvelles le sourire aux lèvres.
One second after aka Une seconde après, William R. Forstchen

L'avis de Val

lundi 20 septembre 2010

Les résultats du concours Folio-SF



Pour fêter dignement les 10 ans de la collection Folio-SF, cinq exemplaires de "Debout les chiens, les infidèles", l’excellent premier roman fantasy de Maïa Mazaurette, étaient à gagner en répondant à quelques questions sur la SFFF.

Le concours est clos maintenant. voici réponses et résultats.

1. Qui est Sol Weintraub et quel est son fardeau ?

Un juif lettré dans l'Hypérion de Dan Simmons, qui a pour fardeau sa fille, atteinte d'un syndrome qui la fait rajeunir

2. Qui est Stu Redman ?

L'un des survivants du Fléau de Stephen King

3. Qui est Mary Skibbow ?

L'une des premières possédées dans L'aube de la nuit de Peter F. Hamilton

4. Quel secret lie Cersei, Jaime, et Bran ?

Bran a été témoin de la relation incestueuse entre Cersei et Jaime dans Le trone de fer de George R R Martin. Ceux-ci ont alors tenté de le tuer

5. Quel secret unit Fitz et sa reine ?

Fitz a servi de père physique pour l'enfant de Kettricken et de Vérité dans le cadre d'une possession de corps

6. Où se trouve l’Université Casa Nostra de la Pizza ?

Dans Le samouraï virtuel de Neal Stephenson

7. Dans quel comic peut-on admirer la petite famille Rick, Lori, et Carl ?

Walking Dead

8. Dans quel roman trouve-t-on l’étoile Marche-Arrêt ?

Dans Aux tréfonds des étoiles de Vernor Vinge

9. A quoi ressemble Fagin le Kanten ?

A un "brocolis géant" dans Jusqu'au coeur du soleil de David Brin

10. Qui est Dunk et que doit-il au prince Baelor ?

C'est un page qui se fait passer pour un chevalier dans la nouvelle The Hedge Knight de George R R Martin. Il doit sa vie au prince Baelor


Les brillants vainqueurs du concours sont :

Line

BiblioManu

Escrivio

Val

Julien le Naufragé

Félicitation, ce n'était pas facile.

J'ai besoin de vos coordonnées pour que les elfes bienveillants de Folio-SF vous expédient votre prix. Contactez-moi.

dimanche 19 septembre 2010

Much ado about nothing


"Stratégies du réenchantement" est une recueil de huit nouvelles de Jeanne-A Debat, publié chez Griffe d'Encre.
Côté pile, une auteure primée à l'excellente réputation, et une superbe couverture du grandissime Caza.
Côté face, un projet : "Huit nouvelles sur l'art et les raisons de dire non, huit stratégies pour réenchanter le monde jusqu'à, parfois, le détruire."
A l'intérieur, un marque-page reprenant un fragment de la couverture.
Quel que soit l'angle sous lequel je regardais ce livre, il avait donc tout pour me plaire.
Terrible déception.
Les nouvelles de Jeanne-A Debats ont malheureusement raté la cible que je leur avais dessinée. De la manière tragique dont des nouvelles peuvent la rater, c'est à dire qu'après chacune on se dit "bon, pas terrible, j'espère que la suivante sera meilleure.".
Point d'émerveillement ici, sans parler de réenchantement. Les révoltes décrites sont prévisibles, donc jamais surprenantes. Elles peinent aussi à créer la stupeur ou la sidération parce qu'elles manquent d'outrance, alors qu'on aurait pu penser que dans un recueil entier consacré à la révolte, on verrait des choses jamais vues ailleurs. Restent donc sept textes peu enthousiasmants dans le fond et parfois trop tortueux dans la forme. Etonnamment c'est la dernière nouvelle du recueil, longue de seulement trois pages, qui réunit toutes les qualités qui manquent aux autres. Elle est limpide, surprenante, outrée. Peut-être fallait-il alors faire plus court.
Stratégies du réenchantement, Jeanne-A Debats

samedi 18 septembre 2010

Ma mère, ses cuisses charnues


Le haïku est l'une des rares formes d'art qui avait échappé à la zombimania actuelle, dans laquelle je me roule tel un débauché dans la luxure. Omission réparée grace à ce petit opuscule écrit à quatre mains par deux victimes de l'épidémie. Entre pensées, taches de sang, et fragments non identifiables, un voyage au coeur même de la catastrophe, un témoignage unique et irremplaçable.
Conseillé par Robert Kirkman, scénariste de Walking Dead.
Zombie Haïku, Ryan Mecum

vendredi 17 septembre 2010

Pardon, Oscar Wilde


Le syndrome Masterton me frappe encore. Il y a des années, j'avais lu plusieurs de ses livres, que je refermais toujours avec une intense déception après des mises en bouche particulièrement appétissantes. "Le portrait du mal" n'a malheureusement pas fait exception à la règle.
Après un début tonitruant, inquiétant et mystérieux à souhait, Masterton retombe dans ce que je considère comme son rédhibitoire travers : une seconde moitié de part en part peu crédible. Entre des protagonistes (shérif, médecin, galeriste) qui acceptent sans coup férir une hypothèse paranormale évidente pour le lecteur mais à mon sens pas pour les personnages, en tout cas pas si tôt ni si vite, un universitaire disponible à quelques minutes de voiture qui sait tout sur l'opération occulte à l'origine des atrocités, un paraplégique médium (car comme chacun sait, tous ceux qui ont vu la mort de près deviennent un peu médium) qui aura le privilège d'être le sujet d'une séance de spiritisme avant même son trépas, une médium (une vraie celle-là) qui fait son préchi-précha mystique avec guère plus d'émotions qu'un hacker cherchant des informations sur un disque dur et qu'on peut appeler dès qu'on a besoin d'informations de source non conventionnelle, une solution occulte simple et disponible permettant évidemment de tout arranger, et une course poursuite dans des tableaux qui m'a rappelé Mary Poppins sautant dans les dessins de craie, tout fait si arrangé que, même si je n'étais pas un inconditionnel absolu du "Portrait de Dorian Gray", ce "Portrait du mal" m'aurait navré. Alors, à fortiori...
Le portrait du mal, Graham Masterton

L'avis positif d'Arutha

mercredi 15 septembre 2010

Misfits


Alors que sort ces jours-ci la VF de la première moitié du "Dragon Keeper" de l'impressionnante Robin Hobb, je m'en vais en chroniquer l'intégralité.
Que les amateurs de la dame sachent que "Dragon Keeper" se passe dans les Rain Wilds, c'est à dire dans le même monde que ses cycles de "l'Assassin Royal" et des "Aventuriers de la Mer". Les Rain Wilds sont la zone hostile située au nord de Bingtown et baignée par la Rain River, un pays d'Elderlings et de dragons.
L'histoire débute après la conclusion des "Aventuriers de la Mer". Les serpents marins se souviennent qu'ils sont des dragons en devenir, et ils remontent la Rain River vers le lieu ancestral de leur métamorphose. Là ils devront tisser leur cocon et y rester plusieurs mois pour se transformer en dragons. Pour ce faire ils sont aidés par la dragonne Tintaglia qui espère une renaissance de la race draconique. Mais les choses tournent mal. Arrivés trop vieux et trop tard dans l'année, les serpents ne connaissent qu'une métamorphose incomplète. Ce sont des créatures handicapées, bancales, qui sortiront des cocons. Incapables de voler, malformés, faibles, les quelques survivants du désastre ne parviennent que difficilement à se nourrir eux-même, et ils deviennent rapidement une charge pour les humains qui ont accepté d'en prendre soin contre l'aide apportée par Tintaglia dans une précédente guerre. Ils se trouvent alors au centre de multiples intérêts, les leurs y compris.
Dans "Dragon Keeper", Robin Hobb prouve encore une fois qu'elle est peut-être la plus grande auteure de character-driven fantasy. Le roman met en scène une collection de personnages incomplets, inadaptés, des misfits. Les dragons sont des créatures pathétiques oscillant sans cesse entre une grandeur rêvée, mais hors de portée, et une mémoire raciale fragmentaire et frustrante. Ils n'ont, de leurs origines, conservé qu'une morgue et une outrecuidance sans rapport avec leurs capacités concrètes, et ils en souffrent intensément. Ils voient ce qu'ils sont et ne parviennent pas à oublier ce qu'ils auraient du être.
Les humains qui interagissent avec eux ne sont pas mieux lotis. Alise, fille protégée et fragile d'un marchand de Bingtown, mal mariée avec un homme qui ne l'aime pas, s'oublie dans l'étude frénétique des dragons, et remonte la rivière acide pour aller à leur rencontre. Elle pourra peut-être sortir grandie de ce voyage s'il ne la brise pas. Thymara aurait du être exposée à la naissance, comme c'est la coutume parmi les rain wilders lorsqu'un nouveau-né est trop déformé par l'essence magique de la région. Sauvée par son père, elle est à l'orée d'une vie adulte de paria, caractérisée par l'interdiction formelle de se reproduire. Elle accepte d'accompagner les dragons jusqu'à une cité mythique dont personne n'est sûr qu'elle existe encore. Les caciques de Trehaug ont en effet réussi à se débarrasser dans un même mouvement des dragons et de tous les adolescents malformés en les envoyant dans cette quête à laquelle ils ne croient pas. Le capitaine Leftrin remonte aussi la rivière et utilise sa barge modifiée comme base des gardiens de dragon. Il est l'objet d'un chantage cynique et se trouve de fait en danger. Il est au centre d'une rencontre explosive entre deux mondes sociaux. Sedric et Hest partagent un secret qui les exclut, leur interdit la lumière, et aura de nombreuses conséquences qu'on imagine, avant la lecture de second volume, terribles. J'arrête ici mais il y a beaucoup d'autres personnages passionnants (Tats l'ancien esclave par exemple, paria au sein des parias ou Greft qui veut, au besoin par la force, inventer de nouvelles règles différentes de celles qui l'ostracisent). Hobb crée des personnages réalistes, complexes et tourmentés, dont on espère rapidement qu'ils pourront tirer le meilleur de l'aventure unique à laquelle ils prennent part, car on s'attache sincèrement à eux.
L'auteure décrit avec force détails les Rain Wilds. Berceau d'une société arboricole et marchande, c'est un monde complet qui est présenté au lecteur, doté d'un écosystème détaillé, une sorte de mangrove non cartographiée, baignée par une rivière assez acide pour tuer. C'est cette rivière que tous les personnages remontent avec les dragons vers des destins que chacun, dragons comme humains, espère meilleur. Ce piteux equipage, à mi-chemin entre "African Queen" et "Au coeur des ténèbres", se débat entre difficultés de la mission et traitrises de ceux qui, en son sein, ont un autre agenda.
Personnages et décors sont superbement développés. C'est parfois un peu lent mais c'est le plaisir de savourer un visage ou un paysage. Qui plus est Hobb réussit dans "Dragon Keeper" à créer de riches personnages de femmes, loin de ce qui m'avait semblé mièvre dans les "Aventuriers de la Mer".
"Dragon Keeper" est un grand roman qui se lit à toute vitesse tant le plaisir de lecture est intense. Je lirai sous peu la second tome "Dragon Haven".
Dragon Keeper, aka Les cités des anciens, Robin Hobb

mardi 14 septembre 2010

Happy birthday to me


Oyez, oyez, bonnes gens !

Aujourd'hui est jour de réjouissances car c'est l'anniversaire de Gromovar. Pour fêter dignement l'évènement, il offre un Mazaurette au premier qui lui dira de quel film est tiré l'image de ce superbe gateau.

samedi 11 septembre 2010

Mi-Gos de tous pays, unissez-vous


Etant un lecteur compulsif il m’arrive souvent de reposer un livre terminé et de me demander "So, what ?". C’est malheureusement le première pensée qui m’est venue après avoir refermé "HPL" de RC Wagner.
Je suis un fervent amateur d’uchronie et j’en lis beaucoup. Toutes ne sont pas bonnes, loin s’en faut, mais je m’acharne pour ne pas rater les quelques pépites du genre. Il y a néanmoins un point qui me paraît acquis. Si les uchronies ont un intérêt, c’est en tant que fictions spéculatives. Expériences virtuelles de psychohistoire appliquée, elles permettent d’envisager comment une transformation dans l’Histoire connue du monde aurait pu en faire dévier de manière significative le cours. Et là, je crois que Braudel, Bloch (Marc, pas Robert), et les historiens des Annales ont raison. Je crois qu’il n’y a pas de grands hommes, et que la biographie est une démarche historique inutile car non féconde. L’Histoire est l’histoire de l’évolution des structures et des forces sociales. La démarche des Annales, influencée par le matérialisme historique marxiste, aurait sûrement plu au Lovecraft imaginé par RC Wagner, ce Lovecraft évoluant vers toujours plus de « progressisme » tout au long de sa (longue) vie. Je ne crois pas que ce Lovecraft aurait pu exister (même s'il a fait un tout petit bout du chemin, irl), et, sachant ce que sait de lui et de son système de valeurs, l'homme n’aurait sûrement pas évolué aussi loin dans le « progressisme » à moins d’avoir troqué son cancer du côlon contre une tumeur au cerveau.
Mais surtout il me semble qu’une uchronie biographique, au vu de mes préventions précédentes, ne présente guère d’intérêt, hormis anecdotique (j’ai déjà émis très succinctement cette opinion à propos du "Elvis le Rouge" de Walter Jon Williams).
"HPL", uchronie biographique, se présente non comme une nouvelle romancée mais comme une longue note biographique. Enrichie de nombreuses notes de bas de pages, elle a un aspect universitaire qui n’est pas déplaisant. Elle invite le lecteur à découvrir la vie d’un Lovecraft imaginaire qui n’aurait pas succombé à la maladie. Et elle se conclut par un twist piquant et amusant. Cette "nouvelle" n’est donc à aucun moment désagréable, mais elle est clairement dispensable, pour les deux raisons qu’elle est largement incroyable et d’un propos trop étroit.
J’ai lu "HPL" avec un esprit ouvert comme m'y invitait RC Wagner, mais je n’y ai pas trouvé matière à réflexion.

HPL, RC Wagner

L'avis du Traqueur Stellaire

L'avis de Nébal

L'avis d'Efelle

mardi 7 septembre 2010

Viens Hypocrite Lecteur ! Folio SF t'offre un Maïa Mazaurette


JEU CONCOURS FOLIO-SF


Pour fêter dignement les 10 ans de la collection Folio-SF, cinq exemplaires de « Dehors les chiens, les infidèles », l’excellent premier roman fantasy de Maïa Mazaurette, sont à gagner en répondant à quelques questions sur la SFFF. Les 10 questions qui suivent se rapportent toutes à de grands ouvrages connus. Les livres seront attribués dans l’ordre du nombre de bonnes réponses (Il est donc non seulement possible mais réaliste de gagner en ne donnant qu'un nombre limité de réponses). En cas d’égalité, la question subsidiaire départagera les ex-æquo par ordre de proximité avec la bonne réponse. En cas de nouvelle égalité, c’est un tirage au sort qui décidera.

1. Qui est Sol Weintraub et quel est son fardeau ?

2. Qui est Stu Redman ?

3. Qui est Mary Skibbow ?

4. Quel secret lie Cersei, Jaime, et Bran ?

5. Quel secret unit Fitz et sa reine ?

6. Où se trouve l’Université Casa Nostra de la Pizza ?

7. Dans quel comic peut-on admirer la petite famille Rick, Lori, et Carl ?

8. Dans quel roman trouve-t-on l’étoile Marche-Arrêt ?

9. A quoi ressemble Fagin le Kanten ?

10. Qui est Dunk et que doit-il au prince Baelor ?

Question subsidiaire : combien de réponses recevrai-je entre aujourd'hui et le 20 ?

Les réponses sont à envoyer avant le 20 septembre. Utilisez le formulaire de contact en haut à droite pour me les faire parvenir. Je contacterai par mail les cinq gagnants après la clôture du concours, afin d’obtenir les coordonnées dont Folio-SF aura besoin pour leur envoyer leur prix.

lundi 6 septembre 2010

ANNIVERSAIRE FOLIO SF


Pour fêter dignement ses 10 ans, Folio-SF offre un recueil de nouvelles, la plupart inédites, pour deux Folio-SF achetés.
Sous très peu, je présenterai ici un concours pour gagner des romans offerts par Folio-SF. Comme aurait pu le dire Orson Welles : "Restez à l'écoute".

Bon ben, prix Hugo 2010 alors, comme tout le monde


Best Novel: "The City & The City", China Miéville (Del Rey; Macmillan UK) ET "The Windup Girl", Paolo Bacigalupi (Night Shade)

Best Novella: “Palimpsest”, Charles Stross (Wireless; Ace, Orbit)

Best Novelette: “The Island”, Peter Watts (The New Space Opera 2; Eos)

Best Short Story: “Bridesicle”, Will McIntosh (Asimov’s 1/09)

Best Related Book: This is Me, Jack Vance! (Or, More Properly, This is “I”), Jack Vance (Subterranean)

Best Graphic Story: Girl Genius, Volume 9: Agatha Heterodyne and the Heirs of the Storm Written by Kaja and Phil Foglio; Art by Phil Foglio; Colours by Cheyenne Wright (Airship Entertainment)

Best Dramatic Presentation, Long Form: "Moon" Screenplay by Nathan Parker; Story by Duncan Jones; Directed by Duncan Jones (Liberty Films)

Best Dramatic Presentation, Short Form: Doctor Who: “The Waters of Mars” Written by Russell T Davies & Phil Ford; Directed by Graeme Harper (BBC Wales)

Best Editor Long Form: Patrick Nielsen Hayden

Best Editor Short Form: Ellen Datlow

Best Professional Artist: Shaun Tan

Best Semiprozine: Clarkesworld edited by Neil Clarke, Sean Wallace, & Cheryl Morgan

Best Fan Writer: Frederik Pohl

Best Fanzine: StarShipSofa edited by Tony C. Smith

Best Fan Artist: Brad W. Foster

And the John W. Campbell Award for Best New Writer (presented by Dell Magazines): Seanan McGuire

dimanche 5 septembre 2010

BOF



Il y a deux ans, j'avais adoré Eifelheim de Michaël Flynn. Je me suis donc jeté sur "Up Jim River", suite de "The January Dancer" (que je n'avais d'ailleurs pas lu, mais il se disait que ce n'était pas indispensable). Mal m'en a pris.
Chose rarissime, j'ai arrêté la lecture de "Up Jim River" au tiers environ tant je ne supportais plus ce livre. Pourtant, la quête menée par deux personnages intéressants (tout au moins l'un des deux, au syndrome de personnalité multiple induit) aurait du me séduire. Une chasse à l'homme (à la femme en l'occurrence) au travers de la galaxie, de monde en monde, à la recherche d'un agent disparu dans des conditions mystérieuses. Malheureusement, Flynn crée des mondes plus absurdes les uns que les autres (la palme étant détenue par l'empereur de Thistle et sa cour grotesque), et un langage surchargé au point d'en devenir monstrueux et de gêner la lecture (j'avais pourtant survécu au Livre de Dave, ce qui signale que j'ai du courage dans le domaine de l'innovation linguistique). Flynn a sûrement voulu faire baroque, mais n'est pas Stephenson qui veut, et il obtient surtout du boursouflé. Ca rappelle les délires orientalisants du XVIIème siècle avec Mamamouchis et autres inepties. Dans tout ça peu d'action et de progression pour l'instant, en revanche quantité de longues considérations sans intérêt narratif. On peine sur la langue, et, comme si ce n'était pas suffisant, on s'ennuie. Escalader le "Livre de Dave" conduit à un superbe panorama, escalader "Up Jim River" ne conduit à rien de gratifiant. A éviter.
Up Jim River, Michaël Flynn

vendredi 3 septembre 2010

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Ca y est. J'ai rencontré les Terminale.

One after one, by the star-dogged Moon
Too quick for groan or sigh,
Each turned his face with a ghastly pang,
And cursed me with his eye.

Four times fifty living men,
(And I heard nor sigh nor groan)
With heavy thump, a lifeless lump,
They dropped down one by one.

Samuel Taylor Coleridge