dimanche 29 juillet 2018

One of Us - Craig DiLouie - Eviter !


1984. Le monde gère comme il peut les enfants extraordinaires – le consensus descriptif se porte plutôt sur « monstrueux » – qui y sont nés, depuis 1968, à cause d'une inédite bactérie sexuellement transmissible (une syph. mutée) qui bouleverse l'ADN de ses porteurs. Certains de ces enfants ne ressemblent que d'assez loin à des humains et, arrivés à l'adolescence, ils semblent développer des pouvoirs surhumains.

1984. Aux USA, les enfants, enlevés, dès la naissance, à leurs parents – qui, la plupart du temps, furent trop contents de les abandonner sous X – grandissent depuis dans des institutions d'Etat – les Maisons – qui tiennent plus de la maison de correction que de l'orphelinat. Sans aucune perspective future.

Huntsville. Georgie. 1984. Craig DiLouie emmène le lecteur dans la réalité sordide d'une Maison et dans la vie de la petite ville qui en est proche pour qu'il puisse assister – comme aux premières loges – au mélange de préjudice, de mépris, et de haine, qui est la norme pour ces enfants discriminés et qui débouchera, à la fin du roman, sur une révolte massive, prélude peut-être à une vraie guerre civile.

Dans une interview, Craig DiLouie affirme que son roman n'est pas du YA. Si c'est vrai, alors ce n'est pas fameux. Qu'on en juge !

DiLouis veut, dans ce roman militant, montrer ce qu'est le préjudice, comment il peut faire souffrir, combien il est fondamentalement injuste, et comment il se perpétue à cause des facilités humaines, de la méfiance, de la peur, de la haine, de l'intérêt bien compris, etc.
Avec tout ça on peut être d'accord (et donc commander puis lire le livre, suivez mon regard). Mais, rapidement, on comprend que le livre souffre de plus de défauts que ses jeunes héros n'ont de difformités physiques.

Florilège non exhaustif :

La bactérie se transmet sexuellement « par la peau » !?!, donc préservatif inefficace (d'où test obligatoire et mise au ban des porteurs sains) mais s'embrasser ou se caresser ne pose pas problème.

Le préjudice débouche sur la révolte à partir d'un élément déclencheur invraisemblable : deux employés différents de la Maison (sans se consulter) agressent à peu près simultanément deux filles normales distinctes (mais qui se connaissent) dont l'une est une mutante cachée par sa mère dans la population normale qui, à cette occasion, découvre son pouvoir caché (évidemment létal). L'une meurt par accident – d'abord –, l'autre tue involontairement son agresseur. Tout se mêle et s’enchaîne à partir de cette énorme improbabilité statistique.

Toute la dernière partie (la révolte) est larger than acceptable (et réussit en plus l'exploit d'être néanmoins surtout en off).

La Maison de Huntsville est installée dans une ancienne plantation, lieu totalitaire de l'esclavage des Noirs. Elle est dirigée par un ancien du Vietnam (appelé Willard !?!, et guère travaillé non plus à part d'être présenté comme bourrin en chef) qui attend la guerre civile et s'y prépare.

Les employés de la Maison sont des bourrins peu aimables, des déclassés, mais ça ne suffit pas. Bien sûr ce sont aussi, et en plus du reste, des pervers sexuels et des pédophiles en puissance (et bientôt en actes).

Les enfants sont employés à ramasser du coton (misère !) dans les exploitations agricoles de la région.

Le méchant gouvernement américain utilise ceux des mutants qui ont des pouvoirs utiles pour ses black ops (mais en fond d'histoire, sans grand intérêt narratif).

Le KKK fait une apparition (deux pages). Il y a même un lynchage.

La plupart des méchants sont très méchants, la plupart des gentils très gentils. Quasiment tous les personnages sont trop peu développés. De plus, le roman passant sans cesse et rapidement d'un à un autre, la continuité psychologique est nulle pour le lecteur.

On torche en une page le fonctionnement injuste et discriminatoire du système judiciaire, puis on passe à autre chose (on passe beaucoup de temps à passer à autre chose).

On trouve une caricature de Brainiac parmi les enfants spéciaux, tellement intelligent qu'il a mémorisé ce qu'a crié sa mère à sa naissance avant de le rejeter, pour le comprendre seulement quand il connaissait l'anglais. Et c'était très méchant.

On joue un remake de Charles Xavier contre Magnéto vers la fin du roman, et on fait allusion (sans plus) à l’opposition Malcolm X/Luther King (avec une redite bien mal utilisée du rejet des noms d'esclave).

On accumule les phrases vérités-premières du genre de celles qui semblent profondes sur les agendas des ados.

J'arrête là, je pourrais continuer. Je vous épargne la scène de sexe romantique, limite hilarante, entre la monstrueuse et le normal qui décident, ni une ni deux dans le feu de l'action, qu'ils vont devenir semblables et échanger leurs germes.

Lorgnant autant sur l'épidémie de SIDA que sur les préjudices subis par les Noirs américains (jusqu'à la peur irraisonnée du « angry black man ») – on dit même un tout petit mot des Natives pour n'oublier personne –, l'auteur livre un texte qui rappelle un peu To kill a mockingbird – un personnage s'appelle même Atticus –, Celle qui a tous les dons, ou L'éducation de Stony Mayhall.

En moins bien dans tous les cas, et énormément moins bien en ce qui concerne To kill a mockingbird.
Manichéen à l'excès, l'auteur y veut trop en faire. Il accumule références et détails survolés, aborde sans développer, crée des personnages cookie-cutter, et n'évite aucun cliché. On comprend vite qu'il voulait désespérément démontrer, et qu'il a fait entrer son histoire au chausse-pied dans la boite qu'il voulait pour elle. Il aurait mieux fait d'écrire un essai. Mais ça marchera, on y lit qu'être méchant, c'est pas gentil ; ça plaira.

One of Us, Craig DiLouie

2 commentaires:

Baroona a dit…

En vous remerciant.
(quoique j'aurais presque envie de le lire pour voir si je suis dans la tranche des "aime quand même", bien que ça me paraisse gros là... >.<)

Gromovar a dit…

C'est quand même gros là ;)