L'infini vu d'avion - Philippe Cousin

L'infini vu d'avion  est un recueil de nouvelles de Philippe Cousin. Pas totalement SFFF, il est néanmoins agréable à lire dans sa forme de testament intellectuel et biographique. Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le  Bifrost  n° 122, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…). Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout : À leur manière, les personnages de Philippe Cousin tentent tous de forcer le destin, qui le leur rend bien en leur jouant un tour à sa façon. Il sera question dans L’infini vu d’avion de la redécouverte de Dieu par un instituteur agnostique, de l’amitié à vie d’un petit garçon pour un géant noir, du coup de foudre entre un veuf alcoolique et sa passagère clandestine, de la libido psychotique d’un adolescent fasciné par les Kennedy, de la course folle d’un boomerang égaré dans l’espace et le temps, de l’intelligence approximative d’un robot chinois à lacer et ...

Les Rufians - Santullo - Ginevra


Après Notre part de nuit et Le tango des ombres, voici que je chronique "Les Rufians". Décidément, je ne quitte plus l'Argentine !

"Les Rufians" donc. Un petit album de Rodolfo Santullo et Dante Ginevra, recueil de petites histoires qui semblent indépendantes avant qu'on réalise que les personnages y sont récurrents et qu'il y a une progression chronologique à la chose.


16 juin 1955. Un groupe de militaires factieux décide de renverser le président régulièrement élu Juan Peron – sobrement surnommé Le Général par les Argentins. Le premier acte du coup est un bombardement de la place de Mai – où se trouve la Casa Rosada, le palais présidentiel argentin – à l'occasion d'une cérémonie en hommage à José de San Martín, le héros des indépendances sud-américaines. L'objectif était de tuer Peron dans son palais puis de prendre le pouvoir en investissant un certain nombre de lieux sensibles ; un coup d'Etat parfaitement classique donc.

L'opération, mal préparée et accélérée par crainte de fuites, échoua car Peron, prévenu peu avant les faits de l'existence de mouvements militaires suspects, s'était réfugié à temps dans les locaux du ministère de la guerre. Le bombardement – en deux vagues – et les combats au sol qui suivirent firent néanmoins plus de 300 victimes avant que les mutins consentent à se rendre. Les organisateurs de cette tentative séditieuse, eux, seront pour la plupart réintégrés dans l'armée par le gouvernement issu du coup d'Etat – réussi celui-là – du 16 septembre 1955, seulement trois mois plus tard.

Cette histoire, Santullo et Ginevra la raconte par le petit bout de la lorgnette, du point de vue des sans-grades, des pauvres, des putes, lui donnant, dans une ambiance de milongas, une humanité nouvelle sans plonger dans le pathos des faits historiques eux-mêmes.


C'est donc au ras du sol que nous entraînent les deux gaillards, sur les pas d'une galerie de personnages hauts en couleurs.

  • Ils mettent en scène les familles mafieuses Caraciollo et Renko, lancées dans une lutte à mort.
  • Les gouapes Carucha ou Calzada, impliquées, par hasard et à corps défendant, aux marges du complot qui se trame jusqu'à y jouer un rôle capital.
  • La prostituée amoureuse Paloma, belle et sensible, en voie de rédemption peut-être, le mac Beltran qui la frappe quand elle ne gagne pas assez et ne peut se résoudre à laisser partir sa meilleure « colombe », le pianiste uruguayen Osiris, amoureux et prêt à mourir pour elle.
  • Le caporal Atilio Guzamn, fidèle d'entre les fidèles, qui tente désespérément de prévenir Peron de ce qu'il a compris et se heurte sans cesse aux lenteurs bureaucratiques.
  • Les officiers félons qui sont plus qu'un quarteron.
  • Le salopard veule et corrompu Davinsky qui une fois, mais vraiment une seule, trouvera en lui la volonté de se comporter dignement.


C'est donc ces toutes petites vies mêlées qui s'entrechoquent loin de la politique mais se retrouvent aussi inévitablement affectées par les remous de celle-ci que nous donnent à voir les auteurs dans une succession de petites histoires nerveuses narrées d'un trait rageur sur des fonds ombreux désespérément noirs. Des trognes inoubliables posées sur le noir de la nuit et le noir des secrets, c'est à telle messe que nous convient Santullo et Ginevra. A lire, pour l’émotion autant que pour l'Histoire.


Les Rufians, Santullo, Ginevra

Commentaires

Anonyme a dit…
C’est noté .Merci.Cette période de l’Argentine de Perón et sa galerie de personnages m’interesse.
Gromovar a dit…
You're welcome.