Cauchon - Dorison - Delahaye - Parnotte

Le 23 mai 1430, après un an de campagne militaire victorieuse, Jeanne d’Arc est capturée par les Bourguignons, alliés des Anglais, lors d’une sortie hasardeuse au siège de Compiègne. Vendue aux Anglais par Jean de Luxembourg pour la somme de 10000 livres tournois, elle est conduite à Rouen afin d’y être jugée pour hérésie, entre autres chefs d’accusation dont le très scandaleux « port d’habits d’homme ». C’est l’évêque Pierre Cauchon qui a négocié cet achat pour le compte des Anglais, contre l’Inquisition qui voulait la juger elle-même. C’est Pierre Cauchon aussi qui présidera son procès, à Rouen, entre février et mai 1431 ; il s’agira, lors de ces audiences, de démontrer que l’inspiration de celle qu’on nommait « La pucelle » ne venait pas de Dieu et des saints mais bien plutôt du diable. C’est cette histoire que racontent Xavier Dorison, Louis-David Delahaye et Joël Parnotte dans l’imposant album Cauchon… ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc . A la lecture du mag...

Les Rufians - Santullo - Ginevra


Après Notre part de nuit et Le tango des ombres, voici que je chronique "Les Rufians". Décidément, je ne quitte plus l'Argentine !

"Les Rufians" donc. Un petit album de Rodolfo Santullo et Dante Ginevra, recueil de petites histoires qui semblent indépendantes avant qu'on réalise que les personnages y sont récurrents et qu'il y a une progression chronologique à la chose.


16 juin 1955. Un groupe de militaires factieux décide de renverser le président régulièrement élu Juan Peron – sobrement surnommé Le Général par les Argentins. Le premier acte du coup est un bombardement de la place de Mai – où se trouve la Casa Rosada, le palais présidentiel argentin – à l'occasion d'une cérémonie en hommage à José de San Martín, le héros des indépendances sud-américaines. L'objectif était de tuer Peron dans son palais puis de prendre le pouvoir en investissant un certain nombre de lieux sensibles ; un coup d'Etat parfaitement classique donc.

L'opération, mal préparée et accélérée par crainte de fuites, échoua car Peron, prévenu peu avant les faits de l'existence de mouvements militaires suspects, s'était réfugié à temps dans les locaux du ministère de la guerre. Le bombardement – en deux vagues – et les combats au sol qui suivirent firent néanmoins plus de 300 victimes avant que les mutins consentent à se rendre. Les organisateurs de cette tentative séditieuse, eux, seront pour la plupart réintégrés dans l'armée par le gouvernement issu du coup d'Etat – réussi celui-là – du 16 septembre 1955, seulement trois mois plus tard.

Cette histoire, Santullo et Ginevra la raconte par le petit bout de la lorgnette, du point de vue des sans-grades, des pauvres, des putes, lui donnant, dans une ambiance de milongas, une humanité nouvelle sans plonger dans le pathos des faits historiques eux-mêmes.


C'est donc au ras du sol que nous entraînent les deux gaillards, sur les pas d'une galerie de personnages hauts en couleurs.

  • Ils mettent en scène les familles mafieuses Caraciollo et Renko, lancées dans une lutte à mort.
  • Les gouapes Carucha ou Calzada, impliquées, par hasard et à corps défendant, aux marges du complot qui se trame jusqu'à y jouer un rôle capital.
  • La prostituée amoureuse Paloma, belle et sensible, en voie de rédemption peut-être, le mac Beltran qui la frappe quand elle ne gagne pas assez et ne peut se résoudre à laisser partir sa meilleure « colombe », le pianiste uruguayen Osiris, amoureux et prêt à mourir pour elle.
  • Le caporal Atilio Guzamn, fidèle d'entre les fidèles, qui tente désespérément de prévenir Peron de ce qu'il a compris et se heurte sans cesse aux lenteurs bureaucratiques.
  • Les officiers félons qui sont plus qu'un quarteron.
  • Le salopard veule et corrompu Davinsky qui une fois, mais vraiment une seule, trouvera en lui la volonté de se comporter dignement.


C'est donc ces toutes petites vies mêlées qui s'entrechoquent loin de la politique mais se retrouvent aussi inévitablement affectées par les remous de celle-ci que nous donnent à voir les auteurs dans une succession de petites histoires nerveuses narrées d'un trait rageur sur des fonds ombreux désespérément noirs. Des trognes inoubliables posées sur le noir de la nuit et le noir des secrets, c'est à telle messe que nous convient Santullo et Ginevra. A lire, pour l’émotion autant que pour l'Histoire.


Les Rufians, Santullo, Ginevra

Commentaires

Anonyme a dit…
C’est noté .Merci.Cette période de l’Argentine de Perón et sa galerie de personnages m’interesse.
Gromovar a dit…
You're welcome.