Bifrost 121 : entre dossier Walton et nouvelle de Nayler

Dans le Bifrost numéro 121, on trouve un copieux dossier Jo Walton ( dont je rappelle qu'elle a eu le Prix Planète-SF en 2017 pour Mes Vrais Enfants )  sous une couverture de Florence Magnin. Le numéro s’ouvre sur l’édito du boss qui rappelle à tous quel est l’âge canonique (trente ans) du Bélial et, de facto, de la revue Bifrost. Un édito en forme de bilan (d’étape) et de mise en lumière des (pas si subtils) changements qui ont affecté le monde de l’édition entre alors et maintenant. Suivent quatre nouvelles puis toutes les rubriques habituelles, critiques des nouveautés, scientifiction, and so on. On y trouve même les lauréats du Prix des lecteurs Bifrost 2025 : en catégorie francophone Résonances , de Mina Jacobson, et en traduction Joe 33 % , de Suzanne Palmer. Bravo à eux deux et au traducteur Pierre-Paul Durastanti qui s’est chargé du Palmer. Quatre nouvelles donc. D’abord, Contraction d’Iris de Peter Watts, un texte très wattsien qui met en scène, dans un futur p...

Ultime Renaissance - Lehman - La Brigade Chimérique - De Caneva - Lou


Il y a dix ans environ sortait l'imposante La Brigade Chimérique, de Lehman, Colin, Gess et Bessonneau. Voici qu'arrive aujourd'hui une "Brigade Chimérique Ultime Renaissance" qui, si elle ne surprend pas comme le fit son aînée, ne démérite pas en ce qui concerne l'action ou le suspense.

Je vous renvoie à la chro de 2012 pour découvrir ce qu'est La Brigade Chimérique et comprendre quel était le projet de ses créateurs : ramener dans l'imaginaire collectif les super-héros français qui, pléthoriques un temps, disparurent largement après la Grande Guerre. De ce point de vue, on peut dire que dix ans après La Brigade Chimérique originale le boulot est en partie fait, de Lehman and co. aux créateurs de Mikros en passant par la reprise de Photonik par Brunschwig, entre autres. Voyons ce qu'il en est pour la partie Lehman.


Paris, aujourd'hui. Un homme visiblement trop stressé pour le monde moderne se métamorphose dans le métro et devient le Roi des Rats, un monstre humanoïde. Avant de disparaitre dans les souterrains de la capitale, il annonce l'arrivée prochaine du « Vrai maître de la terreur ». Les heures passent. Les recherches pour le retrouver sont vaines, et pire, les policiers lancés à ses trousses ne reviennent pas à la surface.

Il n'en faut par plus pour que le professeur Deszniak – dont le département universitaire d'étude de l'Hypermonde est en fin de course et de crédits – soit contacté par une envoyée de la préfecture qui lui propose moyens et contacts afin de retrouver, à l'étranger, les deux derniers super-héros vivants de la grande époque de l'Hypermonde (autrement dit le début du XXe siècle). Une époque et des héros que l'imaginaire collectif (Cf. La Brigade Chimérique) a complètement occultés, comme dans un déni psychiatrique.

Deszniak et ses alliés se lancent donc à la recherche de l’Homme truqué et de Félifax, seuls héros capables de les aider à mettre le Roi des Rats hors d'état de nuire. Ils vont faire mieux que les retrouver, ils « ramèneront » aussi  la magicienne Palmyre (kind of) et le Soldat Inconnu. Les quatre ne seront pas de trop pour lutter contre le « modeste » Roi des Rats et le bien plus terrifiant Chob.


Retrouvant ici De Caneva avec qui il avait réalisé l'uchronie Metropolis, Lehman signe un album endiablé, présenté comme une série réunie en Intégrale (Covid oblige).

Toujours aussi référencé et renouvelant même ses références (on retrouve dans les pages de l'album le Gustave Le Rouge du Prisonnier de la Planète Mars après l'avoir fréquenté dans Les temps ultramodernes, ou on apprend que les super-héros exilés se sont trouvés d'autres biographes, Jack Kirby ayant succédé à Paul Féval ou à Maurice Renard), il montre ici que l'âge d'or des super-héros pourrait revenir en France et ne plus être cantonné aux USA qui s'en sont assurés l'exclusivité depuis bientôt un siècle en récupérant même des créations hexagonales.


Oscillant sans cesse entre le sérieux et l'humour mais ne déviant jamais de sa direction spectaculaire et aventureuse, Lehman adresse les préoccupations du temps et vise un syncrétisme entre héros anciens et modernes, entre nouvelles et anciennes Weltanschauungen. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse, et qu'importent les lunettes idéologiques pourvu qu'on voit la menace et l'obligation morale d'y répondre, fut-ce au péril de sa vie. Dans cet ordre d'idées, on appréciera les unes de journaux qui, lunettes, lunettes, racontent toutes les mêmes événements aux prismes de leurs visions respectives du monde, ainsi que les interventions toujours aussi catégoriques qu'indémontrables d'un Alan Moore en froid définitif avec le monde des super.

C'est donc à un bien bon moment de divertissement que convient Lehman et sa bande. Un divertissement pour le lecteur qui est aussi un cri du cœur de l'auteur. A lire.


La Brigade Chimérique Ultime Renaissance, Lehman, De Caneva, Lou

PS : Seule chose que je ne comprends pas, pourquoi avoir fait de l'un des personnages un double visuel d'Havok ?

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