De boue et de bois - Olivier Caruso in Bifrost 122

Dans le Bifrost 122, il y a aussi  une nouvelle absolument stupéfiante d'Olivier Caruso. « La chercheuse, surprise, observe le spécimen dans la cave : il mange un porte-bouteille » . C'est sur cet incipit digne des premières phrases du Vieil homme et la guerre , de John Scalzi, que s'ouvre  De boue et de bois , un texte de 24 pages d'une richesse insigne. Epoque victorienne. Angleterre. La chercheuse vit seule avec une domestique dans sa grande maison de famille. Près d'elle, dissimulé, le « spécimen » . Il se nourrit de bois et dit bientôt ses premiers mots !!! Qu'est-il ? D'où vient-il ? Qui sont ces gens ? Quelle est l'histoire de cette femme et de cette famille ? Comment tout cela s'insère-t-il dans l'histoire britannique ? Et en quoi la transforme-t-il ? Ce sont quelques questions, il y en a d'autres dans cette riche nouvelle. On y croise, dans ce qui semblait être une histoire intime – et l'est assurément –, la théorie de l'évol...

Et la Machine s’arrêta - E.M. Forster


E. M. Forster est un écrivain anglais du début du XXe siècle. Il a écrit deux romans mémorables : Maurice et Howard’s End. Ici, lecteur, il livre une nouvelle dystopique, écrite en 1909, intitulée "Et la Machine s’arrêta".

Deux mots.
L’humanité vit comme recroquevillée dans d’immenses topos souterrains. Chacun reste dans une cellule hexagonale aveugle d’où il ne sort que rarement. Tout lui est amené, nul besoin de sortir. Et pour ce qui est du contact humain un réseau de communication l’assure, avec contact visiophonique lorsqu’il s’agit de relation un à un, et concerts ou conférences fibrodiffusés lorsqu’il s’agit d’activités communes et publiques.
Trouver de nouvelles idées, voici ce qui rythme la vie des humains du temps de la Machine, car pour ce qui est du travail ou de la simple activité physique c’est la Machine (en génie tutélaire) qui pourvoit, au point que l’espèce humaine s’est atrophiée et aurait le plus grand mal à vivre à l’air libre. Hélas, même de nouvelles idées il y a pénurie. Comment progresser quand ni adversité ni sensation ne se manifestent jamais ?

Voici qu’un fils appelle sa mère à le rejoindre « chez lui », que celle-ci le fait à reculons tant il y a longtemps qu’elle n’a pas quitté sa cellule où tout ce dont elle a besoin lui est apporté par l’omnipotente et bienveillante Machine, qu’elle apprend que son rejeton - élevé comme tous les autres par la Machine - ne rêve que de sortie, que de fuite hors des souterrains, hors du système donc, et hors de ce qu’est devenue la civilisation humaine. Hérésie. Folie. Absurdité pour laquelle il risque de payer cher.

Dans cette nouvelle, Forster exprime une vive inquiétude face à une technologie dont il craint qu’elle cesse d’être un outil au service de l’humanité et que, faisant système idéologique, elle devienne, comme chez Burroughs, une fin en soi, un mécanisme auto reproducteur qui n’a plus pour finalité que sa propre perpétuation. Que la béquille devienne prothèse et la prothèse corset, voilà le risque que pointe Forster alors qu’il écrit à une époque où le mythe du Progrès est encore vivace. Admirable clairvoyance. « L'homme est la mesure de toutes choses » affirme ce fils qui tente de reprendre le contrôle de son corps d’abord, de sa vie ensuite. Mais, passé le point de non-retour, est-il possible de revenir en arrière ?

Sache, lecteur de Jean Baret, que le monde de la Machine ressemble beaucoup à celui de X23T800813E616 dans Vie™. Sache encore qu’il est aussi périlleux de vouloir le quitter que dans Mort™.

Et la Machine s’arrêta, E. M. Forster
La nouvelle est ressortie en 2020. Elle est aussi lisible en ligne.

Commentaires

Anonyme a dit…
Salut,
D'où provient l'image en tête de la notule ?
Bien à toi, merci.
Gromovar a dit…
Du site vers lequel pointe le lien inséré dans la chronique.