L'Homme sans tête - Gene Wolfe

Dans le Bifrost 124 , il y a les rubriques habituelles. Critiques des nouveautés, scientifiction (dans laquelle Roland Lehoucq décortique le film Projet Dernière Chance ) , etc. Il y a un édito d'Olivier Girard qui parle de confiance dans le monde du livre, confiance entre les petites mains, par-delà la valse des généraux, confiance qui permet de travailler et de continuer à le faire en dépit des vicissitudes capitalistiques. Chroniquant le Trois Oboles pour Charon de Frank Ferric, j’écrivais « L’absurdité du conflit des hommes est le seul spectacle que l’éternité lui offre » . Je m’y tiens. Dans le Bifrost 124 , il y a un volumineux dossier sur le très prolifique et insaisissable Antoine Volodine. L’homme a ses fans, je n’en suis pas, je n’ai donc pas grand-chose à en dire si ce n’est que le dossier semble vraiment très complet, comprenant notamment une longue interview réalisée par Hugues Robert. Il y a aussi dans le Bifrost 124 , une très courte nouvelle de Gene Wolfe. L’H...

Et la Machine s’arrêta - E.M. Forster


E. M. Forster est un écrivain anglais du début du XXe siècle. Il a écrit deux romans mémorables : Maurice et Howard’s End. Ici, lecteur, il livre une nouvelle dystopique, écrite en 1909, intitulée "Et la Machine s’arrêta".

Deux mots.
L’humanité vit comme recroquevillée dans d’immenses topos souterrains. Chacun reste dans une cellule hexagonale aveugle d’où il ne sort que rarement. Tout lui est amené, nul besoin de sortir. Et pour ce qui est du contact humain un réseau de communication l’assure, avec contact visiophonique lorsqu’il s’agit de relation un à un, et concerts ou conférences fibrodiffusés lorsqu’il s’agit d’activités communes et publiques.
Trouver de nouvelles idées, voici ce qui rythme la vie des humains du temps de la Machine, car pour ce qui est du travail ou de la simple activité physique c’est la Machine (en génie tutélaire) qui pourvoit, au point que l’espèce humaine s’est atrophiée et aurait le plus grand mal à vivre à l’air libre. Hélas, même de nouvelles idées il y a pénurie. Comment progresser quand ni adversité ni sensation ne se manifestent jamais ?

Voici qu’un fils appelle sa mère à le rejoindre « chez lui », que celle-ci le fait à reculons tant il y a longtemps qu’elle n’a pas quitté sa cellule où tout ce dont elle a besoin lui est apporté par l’omnipotente et bienveillante Machine, qu’elle apprend que son rejeton - élevé comme tous les autres par la Machine - ne rêve que de sortie, que de fuite hors des souterrains, hors du système donc, et hors de ce qu’est devenue la civilisation humaine. Hérésie. Folie. Absurdité pour laquelle il risque de payer cher.

Dans cette nouvelle, Forster exprime une vive inquiétude face à une technologie dont il craint qu’elle cesse d’être un outil au service de l’humanité et que, faisant système idéologique, elle devienne, comme chez Burroughs, une fin en soi, un mécanisme auto reproducteur qui n’a plus pour finalité que sa propre perpétuation. Que la béquille devienne prothèse et la prothèse corset, voilà le risque que pointe Forster alors qu’il écrit à une époque où le mythe du Progrès est encore vivace. Admirable clairvoyance. « L'homme est la mesure de toutes choses » affirme ce fils qui tente de reprendre le contrôle de son corps d’abord, de sa vie ensuite. Mais, passé le point de non-retour, est-il possible de revenir en arrière ?

Sache, lecteur de Jean Baret, que le monde de la Machine ressemble beaucoup à celui de X23T800813E616 dans Vie™. Sache encore qu’il est aussi périlleux de vouloir le quitter que dans Mort™.

Et la Machine s’arrêta, E. M. Forster
La nouvelle est ressortie en 2020. Elle est aussi lisible en ligne.

Commentaires

Anonyme a dit…
Salut,
D'où provient l'image en tête de la notule ?
Bien à toi, merci.
Gromovar a dit…
Du site vers lequel pointe le lien inséré dans la chronique.