No time to waste : Docteur Fatalis - Brubaker

Un zeste de Diablo , un soupçon de Docteur Strange , un fumet de Ghost Rider , le tout nappé d'un invraisemblance rarement égalée. L'origin story de Docteur Fatalis par Brubaker n'est guère brillante. Voir un tzigane en roulotte développer des machines complexes qui nécessitent forcément des matériaux rares et chers ainsi que de l'appareillage de précision est profondément absurde. Cela empêche d'entrer dans une histoire qui impose une trop forte suspension d'incrédulité (et pourtant, je suis plutôt bien doté de ce côté-là) . Voir un personnage aussi irrémédiablement mauvais grandir sans jamais la moindre nuance, c'est peu excitant sur le plan dramatique. La messe est dite dès la première page et ce n'est pas le twist final inutile qui sauve l'ensemble de l'ennui. Docteur Fatalis, Brubaker, Raimondi

Les damnés de la mer


Deepwater Prison est le nouvelle série du duo Bec et Raffaele qui avait déjà signé l’impressionnant Prométhée, mais aussi les Sarah, Under, et Pandemonium.

Futur proche, les prisonniers les plus dangereux sont enfermés sans espoir de conditionnelle dans une prison sous-marine qui est une sorte de bagne totalitaire. L’explosion d’une plateforme pétrolière offshore, qui coule tout près de la prison, provoque une gigantesque marée noire et risque de mettre à jour les bien peu ragoutants secrets de la multinationale qui l’exploitait (on pense à la catastrophe de DeepWater Horizon, l’assonance n’est sûrement pas fortuite). Face au désastre, ploutocrates et hauts fonctionnaires luttent à fleurets (pas si) mouchetés pour mettre la main sur les bases de données de la plateforme et déterminer les responsabilités dans la catastrophe écologique. Leur confrontation a pour cadre la prison sous-marine un lieu où, en dépit d’une sécurité extrême, une tentative d’évasion est fomentée ; alors qu’à l’extérieur, dans la fosse abyssale, d’énormes et agressives créatures rodent.

Ce premier tome, intitulé "Constellation" du nom de la plateforme coulée, donne à espérer une histoire sous tension, stressante à souhait. Le stress est véritable, engendré par la progression des deux intrigues, extérieure et intérieure. C’est dans ce genre de récit que Bec excelle, prouesse d’autant plus méritoire qu’il y parvient en dépit d’un médium à qui manquent mouvement et sons, si utiles pour la montée en pression au cinéma.

Les dessins de Raffaele, de bonne facture, commencent à être connus. Ils sont souvent photoréalistes et régulièrement « larges », comme en cinémascope, soutenant donc parfaitement une histoire résolument « extime » dans laquelle alternent moments rapides, cut, ou plans de coupe, et phases plus calmes durant lesquelles les enjeux sont dits par les dialogues. On ne l'écrira jamais assez, l’œuvre de Bec, c'est du cinéma immobile.

Au final, un album qui, comme souvent chez Bec, démontre une grande capacité à faire monter le taux d’adrénaline, et à la faire étonnamment vite. D’aucuns diront que son style est trop récurrent ; je préfère penser qu’on ne reproche pas à un bon artisan de faire régulièrement ce qu’il sait bien faire pour le plaisir de ceux qui apprécient son travail. Espérons que la suite sera à la hauteur de cette entrée en matière.

Deepwater Prison t1, Constellation, Bec, Raffaele

Commentaires

Efelle a dit…
Pourquoi pas ? Il me semble avoir lu un truc de lui déjà. Sanctuaire ?
Gromovar a dit…
Yep. Et Sanctuaire est sous l'eau aussi.
Escrocgriffe a dit…
Moi qui ait adoré le film « Abyss », je pense cette oeuvre me plairait !
Gromovar a dit…
Alors, profite.