La Dame de la Seine - Claire Duvivier

Chronique inquiète et, de fait, raccourcie (mon blog est resté 24 heures ni mort ni vivant, tel le Chat de Schrödinger, ce qui m’a perturbé un peu) . 1593, Christopher Marlowe est un jeune Anglais qui cumule les rôles de poète et d’espion de la couronne anglaise. Pour fuir une vilaine affaire, il est emmené en mission secrète à Paris par son supérieur, protecteur et ancien amant, Thomas Walsingham, membre du Conseil privé et neveu du défunt maître espion Francis Walsingham . A peine arrivé à l’ambassade anglaise, le duo tombe sur le cadavre pendu du gardien de l’établissement, Olivier. Une coïncidence trop grosse pour être catholique. Il faudra donc enquêter sur cette affaire afin de voir en quoi elle peut interférer avec la mission des deux Anglais, d’autant plus que Thomas connaissait et appréciait Olivier. Marlowe découvre une ville qu’il ne connaissait pas, habitée par la méfiance, la peur et le rigorisme de la Ligue, une ville pleine de mystères et de vieilles rancœurs. La Dame d...

Deuil pour tous les peuples


C'est par ces mots que l'Humanité annonça la mort de Joseph Staline. Quelques jours plus tard, Les lettres françaises publiaient en première page un portrait-hommage de Staline par Picasso. Aragon le lui reprochera en ces termes : « on peut inventer des fleurs, des chèvres, des taureaux, et même des hommes, des femmes - mais notre Staline, on ne peut pas l’inventer. Parce que, pour Staline, l’invention – même si Picasso est l’inventeur – est forcément inférieure à la réalité. Incomplète et par conséquent infidèle. ». Ca donne une idée, je crois, de l'ambiance de l'époque.
"La mort de Staline, Agonie" du duo Nury, Robin, sera un diptyque dont le premier volet vient de sortir. Il raconte en mêlant faits avérés et fiction les sept jours qui se sont écoulés entre le malaise de Staline et l'annonce de sa mort. Durant cette semaine, la succession s'organise, et les couteux s'aiguisent.
Le scénario de Nury met en exergue la folie qui sévit au coeur du pouvoir soviétique en ce début des années 50. Un pouvoir absolu s'exerce à Moscou, au sein duquel les pires turpitudes prospèrent. Lâcheté, trahison, alcoolisme, perversion sexuelle, que font les hommes quand ils peuvent tout faire ? La réponse est : Tout.
Nury montre aussi parfaitement comment le système stalinien ne fonctionnait plus que pour assurer les privilèges de ceux qui le contrôlaient, et à quel niveau d'absurdité il était capable de se projeter.
Les dessins de Robin, détaillés et ternes, rendent à merveille l'ambiance glauque du moment. Les visages sont épiées pour tenter d'y déceler les intentions cachées (le visage de Béria demandant au téléphone si c'est grave est une merveille de jubilation). La mise en page dynamique illustre la frénésie de l'instant.
"La mort de Staline, Agonie" est un bon complément à la lecture d'Enfant 44.
La mort de Staline t1, Agonie, Nury, Robin

Commentaires

Cédric Ferrand a dit…
Que les Russes élevés dans le stalinisme le plus pure aient eu des réactions hallucinantes, je le comprends, c'est la nature même du système. C'est quand je lis les panégyriques des staliniens comme Aragon ou Picasso que je tombe (encore) des nues. Aucun doute, aucune remise en question, alors que la vérité était connue. Un aveuglement dogmatique pareil de la part du PCF de l'époque, c'est difficilement excusable.
Gromovar a dit…
Pas mieux. Tu sais que j'ai encore quelques amis qui sont capables de s'insulter en cours de soirée à propos du stalinisme.
Cédric Ferrand a dit…
Un adage de l'époque me fait encore rire, le fameux "Il vaut mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Aron". Quand tu vois la position ambiguë de JP qui a dit des conneries aussi énormes que "En URSS, la liberté de critique est totale", ça te donne une idée de l'hémiplégie idéologique de leur temps.
Efelle a dit…
La seule chose qui m'a arrêté au moment de mon passage en librairie BD, c'est la mention tome 1... :(
Gromovar a dit…
Il n'y en aura que deux. On peut garder espoir.

Ceci dit, il est vrai qu'il est plus agréable de lire plusieurs tomes en enfilade mais j'ai toujours peur que les tomes suivants ne sortent pas si le premier se vend mal. Ce qui, je le sais, est un peu absurde.
Efelle a dit…
De mon côté, je suis plutôt preneur des albums one shot de 90 pages...

J'ai toujours peur avec les séries de me retrouver le bec dans l'eau suite à l'arrêt prématuré de cette dernière ou sa chute en qualité (XIII par exemple).
Gromovar a dit…
Su le fond je suis d'accord avec toi. Mais il y a tellement peu de gros one-shot de qualité.