Preaching to the Choir - Adrian Tchaikovsky


Angleterre, aujourd’hui. Ross est l’un des nombreux descendants du clan Enderbough, une très vieille famille anglaise qui remonte au moins à la conquête normande, une famille si ancienne qu’elle a l’influence, le pouvoir et la fortune qui vont avec son ancienneté. Il vit depuis plusieurs années avec Elena Mendes, une étudiante en médecine comme lui, qu’il a rencontrée aux USA, à la prestigieuse université Johns Hopkins.

Ross revient aujourd’hui dans la vieille maison familiale pour une réunion de famille à laquelle il a convié Elena, qu’il veut présenter à sa lignée.

Le lieu est isolé, la propriété immense. Et Elena comprendra vite que quelque chose ne va pas dans cette famille.


Preaching to the Choir est la dernière novella (en date) d’Adrian Tchaikovsky (aka Stakhanovsky).

Le stakhanoviste de l’écriture se lance dans le gothique avec ce deuxième volet de la série Terrible Worlds : Transformations, après Saturation Point.


Si, gothique oblige, Elena est le personnage central sur lequel se focalise le récit, l’auteur parvient malgré tout à surprendre de manière efficace.

Roué, Tchaikovsky joue avec les attentes des lecteurs dans Preaching to the Choir, et se permet donc de renouveler un genre objectivement assez balisé.

Pas de mariage ici ni de future mariée. Elena est une invitée, et il n’est pas prévu qu’elle reste dans la propriété ni même en Angleterre – pas plus que Ross d’ailleurs.

Pas d’accueil chaleureux et hypocrite ni même d’accueil froid et gêné. Elena n’est pas la bienvenue dans ce qui doit être une stricte réunion de famille. On le lui dit ouvertement dès son arrivée par plusieurs bouches distinctes. On lui propose même à plusieurs reprises de quitter le domaine.

Tchaikovsky joue aussi finement avec le décalage, tant culturel qu’historique, entre la Latina d’un pays que certains membres de la famille parent encore du nom de Colonies et son amant qu’elle a un peu ouvert au vrai monde mais qui retrouve régulièrement les réflexes inculqués par son éducation au sein de la upper-upper class britannique : accent, vocabulaire, flegme, etc.

Si les deux forment un couple uni et outrepassent ces différences, ce n’est pas le cas pour la majorité des membres de la famille présents qui méprisent fondamentalement une Elena dont ils pensent qu’elle n’a rien à faire en ce lieu et à ce moment.


Et si le décalage vient du gap transatlantique, il est aussi et surtout social et culturel. Quelque européen que ce soit se sentirait tout aussi décalé en arrivant dans une très vieille propriété au milieu des bois, dans une maison si grande qu’on s’y perd, pleine de trophées de chasse, de portraits d’ancêtres et de photographies des membres de la famille en compagnie des grands de ce monde. On parle ici de très vieille fortune, de très vieux pouvoir, d’un monde clos qui n’est pas celui du commun des mortels.

Le décalage objectif est d’autant plus vif que, Jo Walton le disait elle-même dans une itw pour le blog, peu de sociétés sont aussi fondées sur la classe et l’origine que la société britannique et qu’elles sont immédiatement audibles (« On dit en Grande-Bretagne que la classe est imprimée dans la langue »).

Tchaikovsky joue avec ces décalages pour dépeindre Elena – l’outsider, narratrice du récit – comme une jeune femme conciliante qui prend avec humour les bizarreries qu’elle remarque, puis avec stoïcisme le traitement peu amène qu’on lui réserve et dont elle sait qu’il cessera dès que Ross et elle seront retournés aux USA. Mais elle ignore à quel point la famille de Ross est bizarre – Ross, d’ailleurs, le sait-il lui-même ? Et elle ignore s’il y aura un retour aux USA.

De découverte inquiétante en découverte qui l’est encore plus, d’étrangeté en étrangeté, Elena et ses rares soutiens sont baladés, et le lecteur avec eux, dans un univers qui se révèle, de page en page, de plus en plus menaçant.


Tchaikovsky voulait faire peur, il fait peur. Preaching to the Choir est donc une novella réussie.

Entre gothique pur, gothique modernisé, éléments de body horror, scènes et situations qui évoquent aussi bien les classiques du genre – en littérature comme au cinéma – et passages lovecraftiens tendance jeu de rôle, Tchaikovsky accroche son lecteur qui veut savoir et s’inquiète, veut comprendre et s’inquiète, veut une issue positive et s’inquiète.

Car, sache-le, lecteur, il y a quelque chose de pourri au royaume des Enderbough et la petite réunion de famille devient vite une affaire de vie ou de mort, ainsi que de liberté conquise ou cédée.

Je n’en dis pas plus, tu devrais découvrir par toi-même ce qui se cache dans la sinistre propriété des Enderbough, dans ce petit livre qui contient – c’est à noter – de jolies et pertinentes illustrations.

A lire.


Preaching to the Choir, Adrian Tchaikovsky

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