Tu connais mon blog, lecteur, tu sais qu’à chaque nouveau volume d’un même cycle mon envie de chroniquer décroît. Je vais donc traiter brièvement le tome conclusif de la saga Prefect Dreyfus Emergencies ; il s’intitule Machine Vendetta.
Bref ne signifie pas insignifiant. Je vais donc t’apprendre, lecteur, que ce troisième ouvrage est à la hauteur des précédents, qu’il les surpasse même en ceci qu’il fait encore évoluer ses personnages tout en dénouant tous les fils de l’intrigue tissés depuis le début du cycle.
Sans trop spoiler, sache que, au fil d’enquêtes sur une série de meurtres et d’attentats, on ira dans cet ouvrage jusqu’à la conclusion de la guerre d’usure entre IA surpuissantes entamée dans le tome 1.
Sache que l’ouvrage, comme son prédécesseur, peut être lu avec un œil politique. La division à l’intérieur du Glitter Band, les actions violentes qui opposent les radicaux de « communautés » présentées comme adverses, le poids des vieilles rancœurs et des péchés passés mis au service d’un discours de ressentiment, tout ceci peut résonner avec les maux de notre temps.
Sache que les personnages dont tu suis les destins depuis presque mille pages continuent d’évoluer. Certains gagnent en force et en responsabilité, d’autres accusent une fatigue qui va parfois jusqu’à l’épuisement physique ou mental.
Sache aussi, lecteur, que, s’agissant des personnages principaux, Alastair Reynolds n’hésite pas à les mettre en péril, voire à leur faire accomplir le sacrifice ultime au service de leur mission de protection des citoyens du Glitter Band. Placer ses héros en situation de risque mortel est une pratique qui semble se perdre peu à peu dans la fiction en nos temps de bienveillance affichée ; heureusement que certains comme George R. R. Martin et ici Alastair Reynolds rappellent – comme le faisait si justement Robert Heinlein dans Starship Troopers – que la liberté et le droit ont un prix que certains doivent accepter de payer pour que tous en bénéficient. There ain’t no such thing as a free lunch !
De ce point de vue, l’approche de Reynolds dans cette trilogie, entre sens du devoir, effacement de soi et abnégation au profit du plus grand bien de la communauté, est devenue suffisamment rare dans la production contemporaine pour être notable. C’est sûrement old school ; c’est, je pense, une pause appréciable dans l’expression de l’individualisme triomphant qui caractérise l’époque.
Sache enfin que, lorsque tout est écrit et accompli, le rideau se tire sur des acteurs qui s’exilent pour trouver enfin le repos ou échapper à un destin insatisfaisant. On a beaucoup glosé récemment sur le retour d’Ulysse, ici il est plutôt question de départ car, une fois la mission pleinement accomplie, on peut, comme le fit Cincinnatus il y a 2500 ans, retourner à sa vie civile et laisser à ses successeurs la tâche de continuer.
« Il vainquit les ennemis, reçut la soumission de leur chef, et le fit marcher devant son char, le jour de son triomphe. Il déposa la dictature seize jours après l'avoir acceptée, et retourna cultiver son champ. », De viris illustribus urbis Romae, chap. XVII, sur Lucius Quinctius Cincinnatus.
Machine Vendetta, Alastair Reynolds

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