Alastair Reynolds est un auteur britannique de SF de grand renom. Il a créé le célèbre cycle des Inhibiteurs dont la revue Bifrost disait en 2023 qu’il constituait la partie « la plus renommée, at assurément la plus volumineuse » de son œuvre.
Aurora Rising (titre original : The Prefect) est un roman qui se passe au XXVe siècle, environ cent ans avant l’intrigue principale du cycle. Il peut se lire (comme ses deux suites) indépendamment du cycle principal, et montre aux lecteurs qui le connaîtraient un univers qui n’a pas encore sombré dans la déréliction liée au désastre de la Pourriture fondante.
Yellowstone est le monde humain le plus avancé. Un cauchemar atmosphérique constellé de villes sous dôme.
Autour de Yellowstone gravitent environ dix mille habitats orbitaux qui forment le Glitter Band. 100 millions de personnes vivent dans ces habitats qui sont tous strictement souverains. Seule condition pour faire partie de l’ensemble : accepter et respecter un système qui place le vote constant (une forme très avancée de démocratie directe) au cœur des processus de décision. Pourvu que cette condition soit respectée, chaque habitat est libre d’avoir la forme d’organisation et de gouvernement qu’il souhaite, jusqu’aux plus étranges ou révoltantes.
Pour protéger tant les habitats que le processus de vote existe un corps de préfets (Panoply) qui peut intervenir avec toute la force nécessaire, là encore sous strict contrôle démocratique (ils doivent notamment demander une autorisation ad hoc pour employer des armes).
Tom Dreyfus est l’un de ces préfets. Honnête, droit, passionnément attaché au droit et à la justice, Dreyfus exerce ses fonctions de préfet de terrain en étroite collaboration avec les instances dirigeantes de Panoply. Il a perdu sa femme dix ans auparavant dans une opération qui a mal tourné contre une IA devenue rogue, le Clockmaker. Il travaille aujourd’hui avec deux assistants, Thalia Ng, une brillante informaticienne, et Sparver Bancal, un hyperpig issu de manipulations génétiques sur des porcs communs (car il faut savoir que, dans le monde de Reynolds, on modifie beaucoup son corps et son génome, autant qu’on s’ajoute – ou pas – des implants cybernétiques).
Le roman s’ouvre sur la sanction d’un habitat qui a truqué des procédures de vote. Puis, alors que l’affaire est résolue, un autre habitat est délibérément détruit, causant la mort de près de mille personnes. Dreyfus et son équipe commencent l’enquête sur ce meurtre de masse. Elle va les conduire à mettre au jour un complot à très grande échelle dont l’enjeu n’est rien moins que la liberté dans le Glitter Band.
Aurora Rising est un roman d’aventures à l’ancienne dans un contexte SF post-humain. Plein d’action, de dangers, de traîtres, de révélations, de rebondissements. L’action, trépidante, ne cesse jamais d’entraîner le lecteur toujours plus loin dans les arcanes d’une machination diabolique qui attaque les humains du Glitter Band au cœur. Sur le plan du rythme, c’est l’équivalent d’un roman de cape et d’épée dans l’espace. Très excitant.
Certes, le roman n’est pas parfait. Certains dialogues sont trop démonstratifs (comme dans ces séries Netflix qui répètent régulièrement les enjeux de l’intrigue) ou trop typés films de guerre des années 50 avec le héros incorruptible au point d’être sentencieux. Certaines descriptions de situation ou justifications des motivations des personnages souffrent aussi de la même volonté excessive d’expliquer.
Néanmoins, il est speed, riche, surprenant, et il pose aussi la question des limites admissibles à la liberté ainsi que du prix à payer pour la protéger. C’est déjà pas mal, d’autant que le très riche univers entrevu donnera sans doute envie à des lecteurs de s’attaquer au foisonnant cycle des Inhibiteurs.
Aurora Rising, Alastair Reynolds

Commentaires