Palaces of the Crow - Ray Nayler

Lituanie. 1941. L’opération Barbarossa . Toi et moi, lecteur, savons ce qui arrive. Les protagonistes du roman, assurément pas. Ces protagonistes dont je parle sont quatre jeunes personnes, entre l’enfance et l’adolescence, que le vent de la guerre emportera, transformera, cassera jusqu’à ce que ne restent que les vestiges de ce qu’ils furent ou auraient pu être. Qui sont-ils quand le roman commence ? D’abord (pas d’inquiétude, je ne spoile rien qui ne soit lisible dès l’abord du roman) Neriya, une brillante jeune fille juive de quatorze ans, qui perd sa famille quand le shtetl dans lequel ils passaient l’été est attaqué. Seule, elle fuit. Czeslaw, un très jeune soldat de l’Armée Rouge, d’origine polonaise (il a menti sur son âge pour pouvoir s’engager et soulager ainsi sa mère seule) . Czeslaw a perdu son unité et ses camarades. Déserteur, seul, il fuit. Kezia, une jeune Rom dont la famille est tuée sans motif aucun. Seule, elle fuit. Et Le Garçon, qui ne parle pas ou plus, que Kezia...

Once Was Willem - MR Carey


1100 et quelques (je cite), peu après la mort d'Henry Ier, Cosham, Angleterre, non loin de Londres.

Willem Turling est un garçon de douze ans qui vit avec ses parents Jon et Margaret, des fermiers modestes dans village modeste.


Un jour Willem meurt, de « fièvres », comme c'était si courant à l'époque. Et ses parents qui n'avaient que lui sont anéantis. Prêts à tout pour soulager une douleur qui ne reflue pas, ils cherchent l'aide d'un sorcier, Cain Caradoc ; celui-ci leur propose de ressusciter Willem en échange d'un partie de son âme. Après quelques réticences, marché est conclu. Mais Cain fait un sale boulot et le garçon qui revient est Willem tout en étant autre (on parle ici d'âme) et surtout, ranimé à partir d'un corps largement décomposé, il est monstrueux. « Celui qui fut Willem » ne pourra rester en sécurité dans la famille ou le village, il vivra donc loin des hommes, dans les bois et collines des environs de Cosham.


Deux mots sur Cosham maintenant. Le village est situé sur le fief du baron Robert Carne. Nanti d'un prêtre qui n'a guère la foi mais tente de faire le bien tel qu'il le comprend, Cosham vit sans grand trouble, au début du roman, le meurtre de son baron lors d'un assaut audacieux mené sur le donjon de celui-ci par une bande de malandrins conduits par l'audacieux Maglan Horvath. Changement à la tête, le corps reste le même, les obligations féodales aussi. La vie ne change pas à Cosham.

Mais à l'occasion de ces événements les villageois firent preuve de grande infamie, attirant sur eux – dit Willem – la « malédiction de Cosham ». Voire !

Assaut passé, baron éliminé, pouvoir établi, Marglath s'installe dans le donjon et commence à y prendre ses aises. Alors qu'il prend goût à sa nouvelle vie, l'homme est rejoint par un Cain Caradoc en recherche d'établissement. Le sorcier devient l'âme damnée d'Horvath, avant d'en devenir l'ennemi intérieur, la vipère dans le sein, qui s'en prendra au village jusqu'à provoquer une réaction de survie de celui-ci.


Once Was Willem est un roman fantastique médiéval d'une lecture très agréable.

Raconté essentiellement à la première personne par « celui qui fut Willem », le roman est un texte d'action, plein de batailles, de morts, de sang, d'atrocités. Il est noir comme peut l'être ce qu'on s’imagine d'un Moyen-Age magique, pas celui d'un conte rose mais celui des frères Grimm.


Chassé du monde des hommes, Willem, son narrateur, a rejoint une « société » de bannis qui, comme lui, sont des créatures magiques non humaines (je vous laisse les découvrir).

C'est là, dans la nature et près de ses semblables, que Willem a fait société, loin de celle des hommes.

C'est là qu'il a rencontré des êtres courageux et assez généreux pour choisir d'aider des villageois qui les craignent quand Cain Caradoc s'attaquera à leurs enfants – jusqu'à ressembler aux Sept Mercenaires ou aux Sept Samouraïs défendant au péril de leur vie un petit village dont ils ne sont pas.

C'est là qu'il a rencontré des êtres courageux et assez généreux pour prendre d'assaut la place-forte du seigneur, un motley crew en recherche de sorcier comme dans Le magicien d'Oz ou Zardoz (same ol' shit).

C'est là qu'il a rencontré un chemin qui le conduira jusqu'aux enfers et au-delà pour sauver non seulement Cosham mais aussi, peut-être, toute la Création (on rappellera que MR Carey, l'auteur de Once Was Willem, est aussi celui de l'excellente série de comics Lucifer).


Ceci, Willem et ses alliés le feront pour protéger plus faibles qu'eux et empêcher une grande iniquité. Et attention, ils ne le feront pas en raison de l'innocence ou de la supériorité morale des villageois. Les habitants de Cosham sont lâches, peureux, veules. Ils sont capables de trafiquer avec le démon, de trahir la parole donnée, de martyriser une innocente. Ils sont guidés par la superstition, l'ignorance, la bêtise, la bigoterie qu'on peut trouver dans l'humain en général et dans ces lieux reculés en particulier. Pour autant, Willem et ses alliés les aideront sans arrière-pensée, juste parce qu'ils le peuvent et que donc, d'une certaine façon, c'est leur devoir (Cf. Starship Troopers).


Once Was Willem est un roman très vif. Il offre un personnage principal développé et attachant entouré de seconds rôles qui ne le sont pas moins, un méchant impitoyable à la hauteur de ce qu'on attend d'un tel salopard, des victimes à n'en plus finir mourant de diverses manières graphiques, un plan diabolique qui met en péril l'humanité, et même un semblant de cosmogonie. Pas mal !

Once Was Willem est écrit dans une langue qui se veut archaïque, avec quantité de tournures anciennes et un lexique qui ne l'est pas moins. Ce sonne amusant et ça met immédiatement dans l'ambiance.

Once Was Willem est un roman hautement recommandable, car il aussi optimiste qu'il est noir et qu'il parvient à présenter sans mièvrerie la bonté et le sacrifice. Pas mal du tout, mais venant de MR Carey ça n'étonnera guère.


Once Was Willem, MR Carey

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