Green City Wars - Adrian Tchaikovsky

Futur peut-être pas si lointain. Le désastre environnemental en cours a continué. En réaction, des firmes construisirent quelques Cités Vertes (Green Cities) , à savoir de grandes villes autonomes, environnementalement neutres, autosuffisantes en énergie et en nourriture (grâce à leurs fermes extérieures liées) . Neuwien est l’une de celles-ci, et c’est dans ses murs que se déroule l’action de Green City Wars . Pour comprendre le monde imaginé par Adrian Tchaikovsky, il faut savoir que les Villes vertes (et singulièrement Neuwien) ne sont pas juste des cités écoresponsables. Elles sont aussi des lieux d’où a été rendu invisible tout le travail de service qui permet à une ville de fonctionner et à ses habitants de vivre une vie agréable consacrée à des activités à forte valeur ajoutée. Une ville sans prolétariat donc, peuplée seulement de CSP+ vaquant à leurs occupations intellectuelles. Problème : ce prolétariat que les CSP+ ne veulent pas voir (comme en Grande-Bretagne au XIXe siècle...

le nain de Whitechapel - Cyril Anton


Londres, fin du XIXe siècle. Plus ou moins.

Oscar est le fils cadet d’une famille de la bourgeoisie anglaise. Excellent pianiste, il a un aîné moins brillant que lui mais que ses parents préfèrent. Lui est le souffre-douleur. Il faut dire qu’Oscar est nain, objet de honte et d’opprobre dans un monde où la difformité est perçue comme le signe objectif d’une défaillance morale.

Après des années de brimades et d’humiliations, Oscar est foutu à la porte, littéralement jeté aux chiens. Il est alors recueilli par Freddy, un noir veuf et pianiste qui l’emmène chez lui à Whitechapel et l’initie au jazz et à la blue note. Mais voilà qu’en ces temps un gang nommé Tabula Rasa assassine d’horribles manières ceux qu’il considère comme des indésirables, pauvres, handicapés, marginaux…

Oscar, qui change alors d’identité, se lance dans la traque des membres du gang. Il initie aussi la construction d’une boule de neige géante destinée à protéger le quartier et ses habitants des agressions extérieures.


le nain de Whitechapel est le premier roman de Cyril Anton. C’est un texte court qui évoque, comme le suggère la 4e, l’univers de Tim Burton même s’il est beaucoup plus violent et gory que celui-ci. C’est aussi une histoire à l’univers temporel incertain ; on y décèle des références non concordantes au début du ragtime et à ceux du Financial Times, ainsi qu’au dadaïsme ou aux massacres à venir dont les tueries de Whitechapel – par leurs cibles et leur caractère génocidaire – sont comme une préfiguration.


Ode au droit de vivre des marginaux et des déclassés, exaltation de leur capacité de résistance, fantastique par certains éléments, presque steampunk par d’autres, très référencé toujours, le nain de Whitechapel invoque – en passant – les mânes d’Elephant Man, de Jack l’Eventreur ou de Mr Hyde. Cette richesse est aussi le problème du roman imho. Dans un genre aussi proche du feuilletonisme de Sue que des chansons réalistes (quelques phrases très bien troussées font mouche), Anton enchaîne les situations, les rebondissements, les révélations dans un crescendo d’horreur dont les stations ne représentent que de courts arrêts. Tel chapitre commence par l’énonciation des victimes potentielles à qui on promet un havre sûr dans la boule de neige (et rappelle des textes de Bérurier Noir), tel moment voit Oscar devenir le pape des fous et endosser donc le rôle de Quasimodo, telle phrase fait penser à une réplique de Michel Audiard, tel moment évoque Magma, etc.

Beaucoup de choses visitées, trop peu développées, trop d’envies exprimées par trop peu de mots, d’autant que l’outrance des situations tend à tenir à distance des personnages.


Pour rester chez Victor Hugo, Oscar, parlant pour la fange et rêvant de la protéger, est moins un Quasimodo privé par l’adversité meurtrière de son Esméralda qu’un Gwymplaine pris au sérieux et qui ne ferait pas rire. Mais Oscar (ou Octave) n’émeut pas, ou trop peu, et c’est donc avec déception qu’on réalise n’être jamais vraiment entré dans le roman.


le nain de Whitechapel, Cyril Anton

Commentaires

Shibia a dit…
Même impression, lu le temps d'un trajet en train. Pas franchement passionnée. J'ai eu l'impression de regarder l'auteur se regarder écrire, faire de belles idées, de belles phrases, mais sans liens les unes avec les autres...
Gromovar a dit…
C'est ça. Et c'est bien dommage.