The Apologists - Tade Thompson

The Apologists est une novella de Tade ‘Molly Southbourne’ Thompson, finaliste du BFSA Award 2025  (c’est mérité, ça mérite  même  mieux imho) . Elle est lisible là . Londres. Maintenant ? Bientôt ? Eve Stevens est une inspectrice de la police britannique. Elle vit avec Dane Russell, à l’évidence un artiste, peut-être un autiste. Alors que Dane travaille sur sa prochaine exposition, Eve est envoyée sur un double meurtre. La scène de crime est une maison. S'y trouvent une mère et sa fille. L’enquête commence. Eve s’y investit, au-delà même de son devoir. Phrases courtes au présent. Focalisation sur un point de vue. Primats des faits sur les sentiments. C’est le style qu’a choisi Thompson pour cette novella. Il est approprié. Dérangé d’abord par cette approche très minimaliste, le lecteur l’est encore plus quand il commence à réaliser que quelque chose ne va pas, que le monde d’Eve et Dane ne colle ni avec un maintenant connu ni avec un bientôt imaginable. Comme dans Les ...

le nain de Whitechapel - Cyril Anton


Londres, fin du XIXe siècle. Plus ou moins.

Oscar est le fils cadet d’une famille de la bourgeoisie anglaise. Excellent pianiste, il a un aîné moins brillant que lui mais que ses parents préfèrent. Lui est le souffre-douleur. Il faut dire qu’Oscar est nain, objet de honte et d’opprobre dans un monde où la difformité est perçue comme le signe objectif d’une défaillance morale.

Après des années de brimades et d’humiliations, Oscar est foutu à la porte, littéralement jeté aux chiens. Il est alors recueilli par Freddy, un noir veuf et pianiste qui l’emmène chez lui à Whitechapel et l’initie au jazz et à la blue note. Mais voilà qu’en ces temps un gang nommé Tabula Rasa assassine d’horribles manières ceux qu’il considère comme des indésirables, pauvres, handicapés, marginaux…

Oscar, qui change alors d’identité, se lance dans la traque des membres du gang. Il initie aussi la construction d’une boule de neige géante destinée à protéger le quartier et ses habitants des agressions extérieures.


le nain de Whitechapel est le premier roman de Cyril Anton. C’est un texte court qui évoque, comme le suggère la 4e, l’univers de Tim Burton même s’il est beaucoup plus violent et gory que celui-ci. C’est aussi une histoire à l’univers temporel incertain ; on y décèle des références non concordantes au début du ragtime et à ceux du Financial Times, ainsi qu’au dadaïsme ou aux massacres à venir dont les tueries de Whitechapel – par leurs cibles et leur caractère génocidaire – sont comme une préfiguration.


Ode au droit de vivre des marginaux et des déclassés, exaltation de leur capacité de résistance, fantastique par certains éléments, presque steampunk par d’autres, très référencé toujours, le nain de Whitechapel invoque – en passant – les mânes d’Elephant Man, de Jack l’Eventreur ou de Mr Hyde. Cette richesse est aussi le problème du roman imho. Dans un genre aussi proche du feuilletonisme de Sue que des chansons réalistes (quelques phrases très bien troussées font mouche), Anton enchaîne les situations, les rebondissements, les révélations dans un crescendo d’horreur dont les stations ne représentent que de courts arrêts. Tel chapitre commence par l’énonciation des victimes potentielles à qui on promet un havre sûr dans la boule de neige (et rappelle des textes de Bérurier Noir), tel moment voit Oscar devenir le pape des fous et endosser donc le rôle de Quasimodo, telle phrase fait penser à une réplique de Michel Audiard, tel moment évoque Magma, etc.

Beaucoup de choses visitées, trop peu développées, trop d’envies exprimées par trop peu de mots, d’autant que l’outrance des situations tend à tenir à distance des personnages.


Pour rester chez Victor Hugo, Oscar, parlant pour la fange et rêvant de la protéger, est moins un Quasimodo privé par l’adversité meurtrière de son Esméralda qu’un Gwymplaine pris au sérieux et qui ne ferait pas rire. Mais Oscar (ou Octave) n’émeut pas, ou trop peu, et c’est donc avec déception qu’on réalise n’être jamais vraiment entré dans le roman.


le nain de Whitechapel, Cyril Anton

Commentaires

Shibia a dit…
Même impression, lu le temps d'un trajet en train. Pas franchement passionnée. J'ai eu l'impression de regarder l'auteur se regarder écrire, faire de belles idées, de belles phrases, mais sans liens les unes avec les autres...
Gromovar a dit…
C'est ça. Et c'est bien dommage.