Alex Landragin : l'homme des passages

Alex Landragin vient de recevoir le Prix Planète-SF 2026 à l'unanimité du jury pour son roman fantastique Le Livre des passages . Il a gentiment accepté de répondre à quelques questions pour ce blog et le site du Prix. •  Un écrivain né en France, vivant en Australie, d’origine arménienne, et maîtrisant aussi bien l’anglais que le français : voilà qui n’est pas banal. Qui êtes-vous, monsieur Landragin ? L’histoire de ma famille est passionnante, mais trop longue pour être racontée ici. Je suis né en France, à Épernay, fils d’un vigneron issu d’une longue lignée de vignerons. Du côté de ma mère, d’origine arménienne, l’histoire est jalonnée de fuites successives face à divers cataclysmes, menant finalement en France via la Turquie et l’Union soviétique. C’est donc un héritage complexe. Nous avons fini par nous installer en Australie. Plus tard, ma famille a migré vers un autre pays, mais je suis resté seul en Australie ; si, au début, ce fut à contrecœur, aujourd’hui, je ne voudrai...

Living in Sin - Ian R. MacLeod


Je faisais hier un parallèle entre Ian R. MacLeod et Paul Schrader. Living in Sin, lisible là, est une nouvelle de l'auteur britannique qui illustre fort bien ce point.

Imaginez un monde, le nôtre, dans lequel le dieu des chrétiens se manifesterait. Miracles, punitions divines, impossible de nier l'existence d'un Dieu qui se donnerait à voir dans des manifestations aussi courantes que spectaculaires. Les conséquences seraient évidentes : l'Eglise y aurait tout pouvoir, et à la théocratie politique ultra-normative s'ajouterait le contrôle social constant exercé par la communauté.

Living in Sin, un récit contemporain qui commence par « I can still remember the last burning. I was ten or maybe less. Too young to understand, but I knew it was something special. », raconte l'histoire à la première personne d'un narrateur qui vit dans le péché depuis des décennies avec la femme qui partage sa vie, Annie. Ils ont une fille, May, qui est normale, non handicapée. Et ce simple fait est considéré par le couple et la communauté comme le signe que Dieu n'a pas formellement condamné cette union pourtant éminemment critiquable.
Mais May a grandi, elle est devenue une adolescente, et il semble que Dieu a même des plans grandioses pour la jeune fille. Au désespoir de son père...

Sexe et religion, religion et sexe, puritanisme et torture mentale auto-infligée, règles religieuses et  sanctions formelles, il y a tout ce qui caractérise l'oeuvre de MacLeod dans ce texte de neuf pages ; le style aussi, cette manière de dire par petites touches (en dépit du début), en centrant son descriptif sur les perceptions d'un personnage.
Le tout est au service d'un point : l'homme n'est jamais heureux, torturé qu'il est entre aspirations supérieures, règles sociales, et faiblesse humaine. Sexe et religion, toujours impératifs et toujours déceptifs, le torturent et le déchirent. Ils sont aidés dans cette entreprise par l'ordinaire vilenie humaine, et tous ensemble l'écartèlent jusqu'au point de rupture. C'était aussi, sous une autre forme, le point de Bien-aimé.

Living in Sin, Ian R. MacLeod

Commentaires

Roffi a dit…
Merci pour cette chronique très inspirante et ses pistes de réflexion .