L'Homme sans tête - Gene Wolfe

Dans le Bifrost 124 , il y a les rubriques habituelles. Critiques des nouveautés, scientifiction (dans laquelle Roland Lehoucq décortique le film Projet Dernière Chance ) , etc. Il y a un édito d'Olivier Girard qui parle de confiance dans le monde du livre, confiance entre les petites mains, par-delà la valse des généraux, confiance qui permet de travailler et de continuer à le faire en dépit des vicissitudes capitalistiques. Chroniquant le Trois Oboles pour Charon de Frank Ferric, j’écrivais « L’absurdité du conflit des hommes est le seul spectacle que l’éternité lui offre » . Je m’y tiens. Dans le Bifrost 124 , il y a un volumineux dossier sur le très prolifique et insaisissable Antoine Volodine. L’homme a ses fans, je n’en suis pas, je n’ai donc pas grand-chose à en dire si ce n’est que le dossier semble vraiment très complet, comprenant notamment une longue interview réalisée par Hugues Robert. Il y a aussi dans le Bifrost 124 , une très courte nouvelle de Gene Wolfe. L’H...

Living in Sin - Ian R. MacLeod


Je faisais hier un parallèle entre Ian R. MacLeod et Paul Schrader. Living in Sin, lisible là, est une nouvelle de l'auteur britannique qui illustre fort bien ce point.

Imaginez un monde, le nôtre, dans lequel le dieu des chrétiens se manifesterait. Miracles, punitions divines, impossible de nier l'existence d'un Dieu qui se donnerait à voir dans des manifestations aussi courantes que spectaculaires. Les conséquences seraient évidentes : l'Eglise y aurait tout pouvoir, et à la théocratie politique ultra-normative s'ajouterait le contrôle social constant exercé par la communauté.

Living in Sin, un récit contemporain qui commence par « I can still remember the last burning. I was ten or maybe less. Too young to understand, but I knew it was something special. », raconte l'histoire à la première personne d'un narrateur qui vit dans le péché depuis des décennies avec la femme qui partage sa vie, Annie. Ils ont une fille, May, qui est normale, non handicapée. Et ce simple fait est considéré par le couple et la communauté comme le signe que Dieu n'a pas formellement condamné cette union pourtant éminemment critiquable.
Mais May a grandi, elle est devenue une adolescente, et il semble que Dieu a même des plans grandioses pour la jeune fille. Au désespoir de son père...

Sexe et religion, religion et sexe, puritanisme et torture mentale auto-infligée, règles religieuses et  sanctions formelles, il y a tout ce qui caractérise l'oeuvre de MacLeod dans ce texte de neuf pages ; le style aussi, cette manière de dire par petites touches (en dépit du début), en centrant son descriptif sur les perceptions d'un personnage.
Le tout est au service d'un point : l'homme n'est jamais heureux, torturé qu'il est entre aspirations supérieures, règles sociales, et faiblesse humaine. Sexe et religion, toujours impératifs et toujours déceptifs, le torturent et le déchirent. Ils sont aidés dans cette entreprise par l'ordinaire vilenie humaine, et tous ensemble l'écartèlent jusqu'au point de rupture. C'était aussi, sous une autre forme, le point de Bien-aimé.

Living in Sin, Ian R. MacLeod

Commentaires

Roffi a dit…
Merci pour cette chronique très inspirante et ses pistes de réflexion .