De boue et de bois - Olivier Caruso in Bifrost 122

Dans le Bifrost 122, il y a aussi  une nouvelle absolument stupéfiante d'Olivier Caruso. « La chercheuse, surprise, observe le spécimen dans la cave : il mange un porte-bouteille » . C'est sur cet incipit digne des premières phrases du Vieil homme et la guerre , de John Scalzi, que s'ouvre  De boue et de bois , un texte de 24 pages d'une richesse insigne. Epoque victorienne. Angleterre. La chercheuse vit seule avec une domestique dans sa grande maison de famille. Près d'elle, dissimulé, le « spécimen » . Il se nourrit de bois et dit bientôt ses premiers mots !!! Qu'est-il ? D'où vient-il ? Qui sont ces gens ? Quelle est l'histoire de cette femme et de cette famille ? Comment tout cela s'insère-t-il dans l'histoire britannique ? Et en quoi la transforme-t-il ? Ce sont quelques questions, il y en a d'autres dans cette riche nouvelle. On y croise, dans ce qui semblait être une histoire intime – et l'est assurément –, la théorie de l'évol...

1984 - Orwell - Nesti


Je ne vais pas ici écrire une chronique du 1984 de George Orwell. J'ai passé l'âge de me lancer dans de fines analyses de textes archi-classiques sur lesquels tant de phrases intelligentes ont déjà été écrites par d'autres (y compris par votre serviteur dans un petit essai qui sera peut-être visible un jour).

Je dirai simplement à ceux qui ne l'ont pas déjà lu de le faire. Vous rencontrerez un texte d'une énorme puissance intellectuelle, analytique, émotionnelle, un texte stupéfiant par sa pertinence née de la rencontre féconde d'une pensée politique et d'une expérience de vie, un texte qui prévoyait même l'expérience Pitesti, un texte donc à 1000 lieues des citations tronquées grotesque qui sont devenues, pour une grande partie de la population, l'alpha et l’oméga d'une pensée critique qui n'est pas plus critique que pensée.


Je parlerai ici simplement et brièvement de l'adaptation BD qui en est faite par le brésilien Fido Nesti. Dans celle-ci se rencontrent le texte d'Orwell (en résumé certes, mais néanmoins long et très développé), puissant comme un fleuve en cru dont le volume emporte tout – en dépit de la doubleplusungood traduction de Josée Kamoun –, et le dessin de Nesti, futuriste et comme effaré à la fois, qui illustre très bien la froide horreur du texte ainsi que le regard consterné que Winston Smith porte sur Océania et son système politique. Le travail de Nesti installe sans faute le monde d'Océania à sa place, dans une uncanny valley qui rend justice au décalage glaçant qu'on éprouve en lisant le roman.


L'ensemble est long à lire (plus court que le roman néanmoins, si tu es pressé, lecteur) et c'est une vraie qualité. Le texte d'Orwell est placé en majesté dans un écrin adapté, comme le fit  Baranger avec ceux d'HPL. Parties théoriques et parties dramatiques alternent. On trouve même un long (plusieurs pages) fac-similé du livre de l'arch-dissident Emmanuel Goldstein : Theory and Practice of Oligarchical Collectivism. Il le fallait. Il fallait fournit longuement au lecteur le texte et les analyses – fut-ce traduit par Josée Kamoun – pour que 1984 ne  se transforme pas ici en une mièvre romance tragique en dystopie – autrement dit en HungerGames-like – plus apte à fournir des mèmes absurdes qu'à nourrir une réflexion politique sur le pouvoir et sa fin. Contrat rempli. A toi de prendre ta part, lecteur. Lis et médite.


1984, Orwell, Nesti (on va s'épargner Kamoun)

Commentaires

Gwennaël a dit…
Tiens donc, un essai sur 1984 par Gromovar ? Je suis curieux !
La chronique est l’occasion de rappeler que si tout le monde a entendu parler de 1984, peu l’ont vraiment lu (c’est l’enseignant qui parle).
Et il faut lire tout Orwell, y compris la non-fiction.
Gromovar a dit…
Oui, beaucoup lire Orwell en effet.
Pour le reste, on ne dira rien avant un moment conséquent ;)