JC Dunyach excelle dans le Bifrost 115

Dans le Bifrost 115 , sous une couverture qui fleure bon l'Age d'or, on trouve les rubriques habituelles : édito d'Olivier Girard, critiques des sorties récentes, scientifiction (sur les Anti-Terre, par le duo Chemla Lehoucq, qui parlent même de Gor ce qui prouve, en nos temps éveillés, une liberté d'esprit méritoire) . On y trouve aussi un imposant dossier James Tiptree Jr. coordonné avec énergie et entrain par l'encyclopédique Jean-Daniel Brèque. Et, comme toujours, quatre nouvelles. Les Objets savent , de Jean-Claude Dunyach, est la première nouvelle de la revue. Petit bijou d'humour et de pétillance, elle raconte la résolution express d'une affaire de meurtre par l'IA d'un véhicule militaire reconverti en taxi qui utilise pour ce faire son immense puissance de calcul ainsi que celle de toutes les objets connectés qui l'environnent. Que font les IA sentientes de leur temps ? Elle échangent, ragotent, réfléchissent, et parfois résolvent des af

C'est l'interprète qui compte


L’histoire du Joueur de flute de Hamelin, tout le monde la connaît. Vieille légende germanique popularisée par les frères Grimm, elle est terriblement cruelle, et de ce genre de morale d’Ancien Testament qui fait retomber la faute des pères sur les fils.
L’album d’André Houot n’est donc qu’une (nouvelle) interprétation d’un récit apocryphe. Mais quelle interprétation !
Je vais être bref et simple. "Hamelin" est beau. Comme peut l’être un bel objet, un beau bijou, une belle statue. Houot adapte fidèlement le récit en y ajoutant simplement une histoire révoltante, dans sa banalité, d’accusation de sorcellerie. Il y montre aussi un procès d’animal, comme il en existait vraiment au Moyen-Age. Mais, par delà l’histoire qu’on peut déjà connaître, Houot donne de tout cela une mise en image sublime. Les graphismes sont fins et très détaillés. L’encrage précis emplit l’image d’une multitude de petits détails réalistes. Les couleurs sont superbes, toujours adaptées, de l’ocre au noir au bleu, lumineuses ou sombres suivant les lieux et les moments.

L’Allemagne médiévale, avec ses maisons à colombage, ses rues sombres éclairées par de rares torches, ses murailles et portes fortifiées, ses notables vêtus de riches étoffes, ses mendiants scrofuleux, ses champs baignés de soleil, ses lavoirs, ses piloris, s’offre au lecteur ébloui par tant de magnificence. Cerise sur le gâteau, les phylactères font de serpentines circonvolutions pour rejoindre les bouches, et les encadrés de présentation sont écrits en caractère gothiques et enluminés.
J’ai hésité avant d’acheter cette adaptation d’une histoire bien connue, par peur de ne pas frissonner par manque de nouveauté. Le fond est ancien, mais la forme est celle de Houot, et elle vaut vraiment le détour. Mes yeux en sont encore ébahis.
Un album à s’offrir, à offrir, autant aux amateurs de BD qu’à ceux de Beaux Livres.
Hamelin, André Houot

Commentaires

Éric Nieudan a dit…
Bien joué le pousse a l'achat... J'ai téléchargé deux de tes recommandations. Et même pas pour faire des cadeaux! :)