Alex Landragin : l'homme des passages

Alex Landragin vient de recevoir le Prix Planète-SF 2026 à l'unanimité du jury pour son roman fantastique Le Livre des passages . Il a gentiment accepté de répondre à quelques questions pour ce blog et le site du Prix. •  Un écrivain né en France, vivant en Australie, d’origine arménienne, et maîtrisant aussi bien l’anglais que le français : voilà qui n’est pas banal. Qui êtes-vous, monsieur Landragin ? L’histoire de ma famille est passionnante, mais trop longue pour être racontée ici. Je suis né en France, à Épernay, fils d’un vigneron issu d’une longue lignée de vignerons. Du côté de ma mère, d’origine arménienne, l’histoire est jalonnée de fuites successives face à divers cataclysmes, menant finalement en France via la Turquie et l’Union soviétique. C’est donc un héritage complexe. Nous avons fini par nous installer en Australie. Plus tard, ma famille a migré vers un autre pays, mais je suis resté seul en Australie ; si, au début, ce fut à contrecœur, aujourd’hui, je ne voudrai...

Hobbes à Fukushima


Les éditions ActuSF publient de nouveau un maître étranger, après Moorcock, avec ce "Jackpots", qui renferme quatre nouvelles de Robert Heinlein, dont une inédite en France.
Après une préface plutôt biographique d'Eric Picholle (qui m'a aimablement dédicacé le recueil, une bonne raison pour précommander chez ActuSF), le premier texte est "Sous le poids des responsabilités". Dans l'espace on est en apesanteur, sauf si on accélère. Et plus on accélère fort, plus c'est douloureux. C'est le devoir qu'Heinlein met ici en exergue, le sens du sacrifice dont font montre certains dans les situations de crise. On ne pourra s'empêcher de penser aux liquidateurs de Tchernobyl, aux ouvriers de Fukushima, ou aux marins du K-19, dont la sacrifice, en pleine guerre froide, est injustement méconnu.
"Solutions non satisfaisantes" est le gros morceau du recueil. Renseigné et visionnaire, Heinlein y décrit, quelques années avant l'heure, la terreur atomique, et y invente, bien avant tout le monde, le concept de "bombe sale". Face à la menace d'anéantissement, Heinlein ne peut imaginer qu'une solution (non satisfaisante) hobbesienne.
"La création a pris huit jours", inédit, aurait pu le rester. C'est fortéen certes, mais pas d'affect, pas d'explication, dans ce texte dont on sort comme on y est entré.
"Une année faste" parle à mon coeur économique. L'application extrémiste que fait Heinlein de la théorie des cycles et du déterminisme statistique lui permet d'écrire un texte amusant, à la fin enlevée.

Au final, un recueil plaisant, avec ce mélange de gravité "Folamour" et de légèreté "American Graffiti" qui est le propre de l'âge d'or.

Jackpots, Robert Heinlein

Commentaires

Guillaume44 a dit…
Ha, voila une chouette première chronique que je croise sur ce recueil ! Et il semble bien correspondre aux exigences que j'espérais y trouver (je suis en retard dans mes lectures d'Heinlein, la faute à la PAL).

Je rajouterais juste que le sens du devoir face à "l'atome fou" civil ou militaire mis en avant dans cette nouvelle vraiment majeure de l'œuvre d'Heinlein se retrouve aussi dans Histoire du Futur : avec « Blowups Happen » (nucléaire civil) et « The Long Watch » (où en plein putch d'officiers militaires, le dernier homme loyal joue les liquidateurs en sacrifiant sa vie pour désamorcer les ogives nucléaires entre les mains des rebelles).

Je suis d'accord avec ta citation des anonymes de Tchernobyl, Fukushima et du K-19, la liste n'est hélas pas clause. Heinlein est un auteur à relire à l'heure actuelle, en plein débat nucléaire.
Gromovar a dit…
Il faudra que je me procure ces deux nouvelles.
Efelle a dit…
Faudra que je me le prenne finalement...