The Traveler - Joseph Eckert

Scott Treder est un gars normal. Il est marié à Amy. Ils ont un fils de sept ans, Lyle. Il est informaticien. Et ce matin d’avril, comme tous les matins, il part en voiture à son travail. A 7 heures 52 précises, Scott Treder cesse définitivement d’être un gars normal. Impression de glissement et… plus de voiture ! Scott – dont la quantité de mouvement n’a pas changé – se retrouve en l’air, à quelques centimètres du bitume, lancé à 30 km/h environ. Scott, rattrapé par la pesanteur, chute sur l’asphalte, où il culbute et se blesse avant de manquer se faire écraser par une voiture en mouvement apparue derrière sa position. Ce phénomène incompréhensible trouve vite une explication qui ne l’est pas moins : Scott a avancé dans le temps d’une journée entière, passant du 13 avril au 14, même heure, même lieu. Rentrant chez lui, il retrouve une femme et un fils morts d’inquiétude. Ce qu’ils ne savent pas encore, c’est que ces sauts temporels vont se répéter, jour après jour, toujours à la même ...

Le dormeur doit se réveiller


"Treis altitude zéro", de Norbert Merjagnan, est la suite des Tours de Samarante. Elle nous emmène à la découverte de Treis, la cité principale du monde humain, siège du pouvoir et nid de corruption ; les Ordres y ont leur siège, ainsi que ce qui se rapproche le plus d’un gouvernement. Le lecteur devra aussi voyager dans un désert taché de génocide et revoir, pour la dernière fois, Samarante. Les nœuds gordiens sont tranchés, les Rubicons franchis, le Seuil approche et rend tout le monde fou ; les désaccords politiques seront lavés dans le sang.
Planet-opéra quasi post-ap, Treis mêle technologie avancée et environnement lo-tech, sur un monde desséché et largement désertique, anéanti il y a si longtemps par les guerres climatiques. Peuplé d’humains naturels, ou modifiés, ou synthétiques, ou clonés, ce monde est dur et cruel, meurtrier sans même le vouloir. S’y combattent des ambitions et des rancœurs, vu d’en l’air comme dans une fourmilière géante. La technologie croise la magie, ou, pour paraphraser la citation la plus reprise de l’histoire, une science suffisamment avancée pour être indiscernable de la magie. La science y tient lieu de religion, avec tous ses attributs, mythes, cosmogonie, hérésie, eschatologie. Le monde de Merjagnan, étrange du fait de ce mélange complexe, largement hermétique à la fin des Tours, prend sens dans ce second volume. Nombre de secrets sont dévoilés, les relations entre protagonistes s’éclairent, le fond institutionnel, scientifique et historique aussi. L’humanité est-elle un média mort, comme l’écrivit, je ne sais plus trop où, Bruce Sterling ? Triple A ou Cinabre semblent l’impliquer, Joti le dément.
Norbert Merjagnan confirme dans ce roman son grand talent de styliste et de conteur. Il met son récit en images (dirai-je en glyphes ?) ; il dépeint longuement les lieux et les émotions, avec une constance telle qu’il est juste de parler de poème en prose pour décrire l’ouvrage. Dans la même logique, Merjagnan néologise sans vergogne, au point de s’offrir le luxe d’un petit lexique à la fin de l’ouvrage. L’écriture est ce qui singularise "Treis altitude zéro", arabesques chatoyantes sur une tapisserie de Bayeux moderne. Ce point fort est aussi le talon d’Achille du roman, car parfois la forme tend à étouffer le fond, et il n’est pas rare de devoir relire un passage dont la beauté plastique avait occulté le sens. La lecture est lente et saccadée, comme la démarche à adopter pour éviter le Shaï-Hulud. D’ailleurs, désert, hi-tech/lo-tech, Ordres, eau, Treis évoque Dune dans ce que ce monde avait d’impitoyable et de syncrétique. L’auteur y ajoute la poésie d’un Bordage ensauvagé, et des personnages de femmes fortes et extra-ordinaires que ne renierait sûrement pas le maître nantais. On peut rêver pire filiation.
Treis altitude zéro, Norbert Merjagnan

L'avis d'Anudar

Commentaires

Efelle a dit…
Pas convaincu par le premier tome, je m'abstient.
Gromovar a dit…
Si tu n'as pas aimé le premier tome, tu fais bien.
On y retrouve le même style, en mieux ou pire, ça dépend du point de vue.

Moi, j'avais bien aimé, je continue.
Anudar a dit…
Donc je l'ai lu et chroniqué.

Cela me fait beaucoup penser à Dune. La langue est peu ordinaire, comme tu dis...
Efellle a dit…
Je viens de le terminer, l'écriture est belle, agréable et plus accessible que pour Les tours de Samarante. L'intrigue est plus élaborée, on discerne des enjeux.
C'est ce qu'aurait dû être le premier tome.
Gromovar a dit…
Ouf !

Tant mieux :)