Afterland - Lauren Beukes

Terre, 2023. Une épidémie foudroyante de HCV  vient de tuer 99% de la population humaine mâle. Ne restent que les quelques chanceux que leur patrimoine génétique a protégé sans qu'on sache encore comment. Une telle tragédie a été un traumatisme pour l'humanité, tous ces hommes étant des frères, des fils, des pères, des maris, des amis. Mais, par-delà le traumatisme moral – et sexuel –, le désastre fut économique aussi, tant sont genrés une grande partie des métiers existants . Il manqua subitement beaucoup de monde dans certains secteurs économiques clefs – techniques et scientifiques notamment –, et, l'épidémie étant toute récente, le déséquilibre n'a pas encore été résorbé ce qui fait que production et ravitaillement sont donc loin d'être optimaux. Si on ajoute à ces questions, les inévitables fermetures de frontière, états d'urgence, émeutes et/ou tentative de prise de contrôle violente du pouvoir politique, les deux dernières années n'ont pas été de tout

Inconfortable divan


Voici le nouvel ouvrage d'Alexandre Delaigue et Philippe Ménia, les animateurs de l'excellent blog Econoclaste, "Nos phobies économiques". J'avais beaucoup apprécié leur premier livre, Sexe, drogue, et économie, qui vulgarisait intelligemment les questions économiques. Je suis moins enthousiaste sur celui-ci.
Le point des auteurs est d'expliquer un certain nombre de questions économiques qui provoquent l'inquiétude des français, (exhaustivement : pouvoir d'achat, décroissance, dépenses de santé, gestion des pandémies, chômage, immigration, gratuité, banques) afin de les démythifier pour qu'elles ne se changent pas en phobies et que l'honnête homme puisse les aborder sereinement. L'intention est indéniablement bonne. Montrer les phénomènes économiques dans leur complexité devrait permettre d'éviter les analyses de bistrot et les affirmations de solutions à l'emporte-pièce (car comme le disait Bruno Etienne en amphi : "Quand quelqu'un vous dit que le problème est simple, il est con ou il vous prend pour un con, mais dans les deux cas c'est grave"). Je trouve malheureusement que la cible n'est pas vraiment atteinte. Pour le professionnel, rien de bien neuf dans ce livre ; ce n'est pas pour eux qu'il est écrit. Le problème vient du fait qu'il ne me semble pas écrit non plus pour le néophyte. J'ai pensé à mon entourage et me suis demandé à qui je pourrais offrir ce livre. N'en déplaise à mon entourage, à pas grand monde. En brossant toutes les explications théoriques sur chaque question traitée, en les confrontant aux faits, en montrant les indécisions et les doutes heuristiques des économistes, les auteurs font certes œuvre de vérité mais ils risquent de provoquer l'effet inverse de celui qu'ils recherchent. Le lecteur peut refermer "Nos phobies économiques" en se disant que, finalement, tout ce qu'il sait c'est qu'il ne sait rien et que les économistes eux-mêmes ne savent pas grand chose, ce qui ne sera guère de nature à calmer ses phobies (excluons de cette critique le chapitre plutôt bien fait sur la crise financière et bancaire). Si on cherche un cadeau pour la fête des pères, La prospérité du vice, de Daniel Cohen, me parait plus adapté à un béotien économique d'intelligence normale. Réserver "Nos phobies économiques" aux lycéens de Terminale SES ou aux étudiants de première année !
Nos phobies économiques, Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia

Commentaires

Munin a dit…
Merci pour ce retour, j'hésitais à le lire. Je vais, dans l'immédiat, me contenter de continuer à suivre leur blog - même si je le trouve parfois un peu trop auto-référençant et elliptique. Je trouve que Eolas est meilleur pédagogue dans son approche du droit, que eux dans leur approche de l'économie.

Et bravo pour la citation de Bruno Etienne, je me souviens effectivement de l'avoir entendu dire ça. :)
Gromovar a dit…
@Munin : Quel dommage que Maitre Eolas ne sorte pas un livre.