L'Homme sans tête - Gene Wolfe

Dans le Bifrost 124 , il y a les rubriques habituelles. Critiques des nouveautés, scientifiction (dans laquelle Roland Lehoucq décortique le film Projet Dernière Chance ) , etc. Il y a un édito d'Olivier Girard qui parle de confiance dans le monde du livre, confiance entre les petites mains, par-delà la valse des généraux, confiance qui permet de travailler et de continuer à le faire en dépit des vicissitudes capitalistiques. Chroniquant le Trois Oboles pour Charon de Frank Ferric, j’écrivais « L’absurdité du conflit des hommes est le seul spectacle que l’éternité lui offre » . Je m’y tiens. Dans le Bifrost 124 , il y a un volumineux dossier sur le très prolifique et insaisissable Antoine Volodine. L’homme a ses fans, je n’en suis pas, je n’ai donc pas grand-chose à en dire si ce n’est que le dossier semble vraiment très complet, comprenant notamment une longue interview réalisée par Hugues Robert. Il y a aussi dans le Bifrost 124 , une très courte nouvelle de Gene Wolfe. L’H...

Goût de cendre


Une fois par an je me fends d'un livre de littérature blanche, ça me permet de discuter dans les dîners sans passer pour le fou de service. Comme je suis néanmoins le fou de service je cherche le roman le plus glauque qu'on puisse trouver afin d'avoir au moins un fantastique de situation. Cette année "La maison ne fait plus crédit" est le mieux que j'ai trouvé.
Jean-Yves Cendrey livre ici une autobiographie au napalm. Il raconte son enfance et son adolescence en creux. En effet il n'est pas le narrateur, c'est l'amant de sa mère qui en tient le rôle. Cette astuce narrative permet de raconter les pires horreurs sans donner l'air d'être impliqué. Si on ne sait pas que le texte est autobiographique, on pense que c'est un pur produit d'imagination. Mais ça ne l'est pas.
Ce qu'il raconte est une double veulerie. Le narrateur (l'amant), dont nous connaissons les pensées les plus intimes, est un être d'une bassesse inimaginable, un petit chef macho et raciste. La famille dans laquelle il s'introduit, en même temps que dans la mère, est dramatiquement populo-petite-bourgeoise. Le décor de vie est laid, les gens qui l'habitent ne sont pas beaux, les goûts et les loisirs sont à l'avenant. Egoïste et radine la mère ne cesse de rêver d'une improbable fuite avec son amant, qui ne se produira jamais. Les rêves sont petits et même pas réalisés. La mort des autres est traitée avec la pointe de regret qu'on ressent quand elle n'arrive pas assez vite. Des rancoeurs financières recuites se perpétuent sur 30 ans. Les deux fils de la famille deviendront l'un méchant, l'autre brisé.
Les dialogues, souvent vides de sens, bruits blancs qui permettent d'éviter l'insupportable silence, évoquent Tronchet, l'humour en moins.
La longue vie d'attente que vivent les deux protagonistes principaux fait penser au film "Les vestiges du jour", la noblesse d'âme en moins.
Le style est célinien (d'autres que moi l'ont déjà dit donc je ne m'étends pas).
"La maison ne fait plus crédit" est une "Chute de la maison Usher" qui n'en finirait jamais de choir pour finalement s'écraser au sol comme une merde.
La maison ne fait plus crédit, Jean-Yves Cendrey

Commentaires

Anonyme a dit…
Eh ben, c'est gai. J'aime beaucoup la chute du billet, genre Poe revu par Emmanuel Bove.
Gromovar a dit…
Pourquoi vous ne postez plus ?
Anonyme a dit…
On est trop occupés à travailler. Pas une minute à nous!
Gromovar a dit…
Pour gagner plus ?