Ode to the Half-Broken - Suzanne Palmer

2066. Guerres et catastrophes environnementales, notre monde a failli se terminer il y a quarante ans. Puis, lassitude et attrition aidant, les choses se sont (presque) calmées. Reste une civilisation humaine largement détruite, et un environnement naturel qui ne vaut guère mieux. Tentent d’y survivre, autant que faire se peut, les humains survivants et des méchas qui ont acquis, au fil des ans, une conscience et leur autonomie – une agency dirait William Gibson. Dans ce monde qui tente péniblement de se reconstruire vit paisiblement un ancien mécha de combat (qui a abandonné son ancien nom et pas encore choisi le suivant – qui sera Be) . Le bot, seul depuis des décennies comme un parfait ermite, s’intéresse aux fourmis et plus généralement aux insectes. Il se « réveille » un jour affalé dans une baignoire, après 36 heures de shutdown forcé, sans aucun souvenir de ce qui a causé cet arrêt. Plus problématique encore : il lui manque la jambe gauche. Si Be a tourné le dos au m...

Le désert des tartares, sauce Kafka


Décidément beaucoup de belles choses sortent en BD. Le développement du marché a pour effet une augmentation du nombre d’œuvres de qualité, même si leur pourcentage reste stable.
Voici donc un album adapté d'une nouvelle de Kafka, polémique à l'époque (aujourd'hui qui sait encore qu'il exista quelqu'un qui s'appelait Kafka), "La colonie pénitentiaire".
La dite nouvelle est une dénonciation d'une idéologie inhumaine absurdement acceptée et une manifestation éclatante de ritualisme bureaucratique. Elle met en scène un technocrate confit dans l'huile qui applique sans état d'âme une sanction cruelle qui n'a plus lieu d'être. Elle montre comment un monde mort peut perdurer tant que ceux qui le portent en eux sont présents. Elle prophétise l'inhumanité de la Grande Guerre, et l'homme soumis à la machine de métal et détruit par elle. Elle évoque "Le désert des tartares" de Buzatti avec son pauvre personnage de dernier rempart contre la barbarie (l'antienne de l'extrême droite toujours et partout, avec le mépris de l'humanité), elle évoque les ouvriers attachés aux machines qui les dévorent dans "L'écume des jours" de Vian, elle évoque l'idéologie des officiers prussiens qui espéraient se couvrir de gloire en 14.
L'adaptation est excellente, alors ne boudez pas votre plaisir.
Dans la colonie pénitentiaire, Ricard et Maël

Commentaires

Anonyme a dit…
"Il voulait faire Proust, mais il a fait Kafka". Sacré Perec!
Anonyme a dit…
Malgré l'inflation, la BD, c'est quand même le moyen ultime de se maîtriser un champ culturel vite fait bien fait.

Pour lire l'essentiel de la littérature, à raison de plusieurs jours par roman, il faut quelques dizaines d'années.

Pour être cinéphile, ça va déjà plus vite puisqu'un film est vu en 2h en moyenne.

Un album musical, entre 50 et 70 minutes.

Une BD, sauf exception, moins de 45 mn (d'où d'ailleur sma réticence devant les prix prohibitifs généralement pratiqués).

Moralité : il est plus facile de briller dans BôDô, Technikart ou les Inrocks que dans la Qunzaine littéraire.

C'est ce qu'on appelle un PAHVA.