Suite et fin de la trilogie de L'Empire du Loup, de Richard Swan, avec The Trials of Empire, qui vient conclure le cycle.
Après un volume deux qui m'avait un peu laissé sur ma faim – c'est souvent le cas avec les volumes centraux –, cette fin est tout à fait à la hauteur de l'ambitieuse trilogie de Swan.
La lutte pour l'avenir de l'Empire, entamée dans le lointain minuscule village frontalier de Rill, culmine dans ce dernier tome. Elle se déroule autant dans le monde réel, en et hors les frontières de l'Empire, que dans les plans métaphysiques où résident et combattent les alliés et instigateurs de la tentative de renversement de l'Empire du Loup.
Les héros du cycle et leurs alliés sont poussés dans leurs derniers retranchements lors de batailles tactiques épiques dont bon nombre ne sortiront pas vivants. Aux marches de l'Empire comme dans les rues même de la capitale, on combat et meurt par milliers, sous les ordres d'un Konrad Vonvalt qui doit prendre en main la direction des opérations après que l'empereur régnant s'est révélé défaillant.
Le fracas des épées et des boucliers, le son des trébuchets, le feu et l'huile bouillante, tout ceci relève des tropes habituels de la fantasy. Ici, ils sont particulièrement bien traités, lors de batailles épiques, dantesques, d'une longueur et d'une complexité qui n'ont rien à envier à certaines pages du Seigneur des Anneaux. Mais, de même que dans le SdA, l'essentiel se joue ailleurs, ici, c'est dans les plans métaphysiques que se joue l'essentiel, sous les auspices d'une héroïne, Helena Sedenka, que le destin a choisie et qui n'a d'autre option que d'être à la hauteur de la mission qu'il lui a confiée. Elle en sortira transformée, blessée, grandie aussi sûrement, et libérée enfin de son lien d'admiration qui, s'il l'avait motivée à progresser quand elle était plus jeune, l'aurait, s'il avait perduré trop longtemps, plus retenue qu'émancipée.
Dans The Trials of Empire, Swan, non content de livrer un roller coaster émotionnel et spectaculaire, interroge les notions de vie des empires et d'impermanence des structures politiques. Il incite le lecteur à réfléchir sur la légitimité de choix imposés de l'extérieur à des populations entières. Il fait s'interroger aussi longuement ses personnages sur, dirait-on, les concepts d'éthique en valeur et d'éthique de responsabilité :
- Jusqu'où peut-on aller pour le Bien ?
- Qui définit le Bien ?
- Qui définit la limite à poser quand il s'agit de violer ses propres règles et valeurs à court terme dans le but de les préserver à long terme ? Y en a-t-il seulement une ?
- Et comment les protagonistes de temps héroïques, poussés par leur abnégation à des actes normalement répréhensibles, sont-ils transformés de façon irrémédiable par ces mêmes actes et le poids qu'ils imposent à leur conscience ?
The Trials of Empire n'est pas un essai de philosophie politique, il pose néanmoins d'intéressantes questions qu'il met dans la tête et la bouche de personnages dont la santé mentale et morale importe au lecteur. Pour Helena en particulier, c'est un roman d'apprentissage à la dure, à la « si dure » qu'on se dit qu'on n'a pas souvent lu plus dur.

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