Retour de vacances, donc on va faire bref.
Mortedant’s Peril est un roman de dark (and dinky toys) fantasy de RJ Barker, premier tome de la trilogie The Trials of Irody Hasp.
Qui est cet Irody Hasp qui s’apprête à vivre assez de tribulations pour qu’elles donnent leur titre à la trilogie ?
Il est un Mortedant, membre d’un ordre dont la fonction est de percevoir les dernières pensées d’un mort. Même si l’intervalle de temps perçu est vraiment très court, cela permet parfois de transmettre un dernier mot à un être aimé (ou de dire sa haine), de découvrir l’existence d’un testament ou d’économies cachées, voire, dans certains cas, de connaître le responsable d’un crime.
L’ordre des Mortedant fut prestigieux. Il l’est moins. Dans les luttes des classements (comme dirait Bourdieu), les Mortedants perdent face à leurs adversaires principaux les Spurriers – qui, eux, créent les objets magiques à grands renforts de sacrifices d’animaux. Les Worshipfuls – qui entretiennent le culte du Howling Lord – ne sont pas en meilleure posture ; et ne parlons même pas des Pipers, qui entretiennent les canalisations et réseaux et ne sont quasiment jamais vus.
Au sein des Mortedants (un ordre en descente sociale donc), Irody Hasp est en bas de la chaîne alimentaire. D’extraction vulgaire, contrairement à nombre de ses condisciples, issu d’une famille disgraciée, Irody, pour que le tableau soit complet, a de plus été associé, au moins par l’amitié, à un Mortedant déviant qui a fini exécuté pour sédition.
Rien d’étonnant donc s’il n’a que peu de contrats et donc peu d’argent, rien d’étonnant non plus s’il a dû aller chercher son néophyte, Malkin, dans les strates les plus basses de la société.
Strates ? Quelles strates ?
La cité dans laquelle vit Irody et qu’il n’a jamais quittée de toute sa vie se nomme Elbay. C’est un lieu étrange. Circulaire, en pente, arrangée en cercles concentriques des quartiers les plus misérables aux plus prestigieux jusqu’au palais qui la domine, Elbay est entourée d’une ceinture de terres régulièrement carbonisées par le déluge de feu qu’émettent des pylônes situés sur le toit du palais. Au-delà de cette ceinture, il y a la forêt et, au loin, d’autres cités qu’on peut atteindre en suivant la Radial Road, l’artère qui relie la ville au reste du monde.
A l’intérieur des murs d’Elbay, la vie est donc organisée en strates urbanistiques qui matérialisent les positions sociales. Plus on est haut dans l’ordre social, plus on vit haut dans la ville, près du palais et loin du mur d’enceinte.
La vie dans la ville est de misère et de restrictions si on est en bas, et d’une opulence de plus en plus grande au fur et à mesure qu’on monte. Irody vit dans le troisième cercle, son néophyte vient du premier. Au-dessus commence le luxe.
Quoi qu’il en soit, la vie à Elbay n’est guère plaisante sauf pour les quelques happy few les mieux dotés. Les lois sont très dures, la peine de mort est appliquée pour des délits de plus en plus nombreux, et les gardes sont de parfaits abrutis qui appliquent à la lettre la règle selon laquelle le dernier à avoir vu vivant un homme mort assassiné est sûrement son assassin.
Alors quand Irody retrouve Malkin étranglé dans son appartement, il est le suspect numéro un. Les règles de la cité étant ce qu’elles sont, il aurait dû être exécuté presque séance tenante mais il est sauvé in extremis par une intervention des dirigeants de son ordre contre la promesse de se rendre à la garde s’il n’a pas trouvé le véritable assassin du néophyte d’ici la fin de la semaine.
Commence alors la période de tous les dangers pour Irody, qu’on affuble d’une garde du corps dont la fonction est d'abord de garantir qu’il pourra se présenter à la justice. Les quatre jours les plus longs (ou courts) de sa vie.
Mortedant’s Peril, sous ses allures méritées de thriller, est un roman à la fois étrange et très plaisant. La ville d’Elbay paraît si pensée, conçue, qu’elle fait immanquablement penser au monde du Silo de Hugh Howey. Un monde clos, entouré de périls, relié à d’autres avec lesquels ne communiquent que quelques spécialistes. Une construction visiblement à la fois pensée et ancienne. Une stratification sociale visible et ostensible. Un corps de règles strictes qui enserre les individus. Tout ramène à ce roman post-ap.
Tout ceci est intrigant et, si certaines choses sont révélées dans ce tome, il faudra attendre les suivants pour en savoir plus sur ce qu’il en est vraiment. Une chose est sûre : cette société n’a pas l’air de s’être formée naturellement par l’agrégation des faits et le passage du temps.
Mais Mortedant’s Peril n’est pas qu’un showroom. Ce roman contient une vraie intrigue, développée à un rythme adapté et tenue par des enjeux qui deviennent de plus en plus clairs et inquiétants au fil des pages.
Enfin et surtout, Mortedant’s Peril est un pur roman character-driven. Le lecteur y suivra, dans une haletante course contre la montre, un petit groupe formé par Irody, sa garde du corps Whisper (une vraie brute issue d’un peuple humanoïde que méprisent à peu près tous les habitants d’Elbay, Irody compris) et Mirial, la sœur dégourdie et un peu thug de Malkin. Il verra ces trois que rien ne rassemble se rapprocher, apprendre à se connaître, et progressivement s’apprécier jusqu’à être prêts à prendre de très grands risques les uns pour les autres. Chacun découvre peu à peu que les deux autres sont bien plus que l’image archétypale qu’il en avait, et c’est la dynamique du trio autant que l’avancée de l’intrigue qui porte le roman et soutient l’intérêt du lecteur, avec, à bas bruit, la découverte des nombreuses particularités du monde d’Elbay.
J’ai pris grand plaisir à lire cet original roman. Je garde l’œil ouvert pour sa suite.
Mortedant’s Peril, RJ Barker

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