Alastor de Sombregarde 1 - Dobbs - Morinière

Un champ de bataille enfin apaisé. Des corps à perte de vue. Les armées du Mal ont été vaincues. Les paladins du Bien et leurs alliés elfes viennent achever les blessés et neutraliser les cadavres enmagiqués. Au milieu du carnage, un nécromancien gobelin nommé Guulghar a survécu par pure chance. Discrètement, il s’extrait de la masse des macchabées moins chanceux que lui, récupère son bâton (qui porte le crâne animé de son frère Huulghar) , et parvient à ranimer un chevalier de la mort, Alastor de Sombregarde, que des mages elfes s’apprêtaient à bannir définitivement. Les deux (trois) , peut-être uniques « survivants » de la Sombre Garde, partent de conserve vers les terres du chevalier pour y retrouver l’épouse du paladin déchu. Une longue et lente chevauchée qui les amène à traverser maints territoires et à vivre maintes aventures. Disons-le tout de suite : dès sa splendide couverture, cet album est en tous points magnifique. La présentation éditeur évoque Don Quichotte...

Corum t1 - Chauvel - Merli


Corum – ou, pour être précis, le prince Corum Jhaelen Irsei – est l’une des incarnations du Champion Eternel, dont la plus célèbre est Elric de Melniboné. Créés par Michael Moorcock entre les années 60 et 70, ces Champions participent tous, sous leurs différentes manifestations et parfois à leur corps défendant, à la lutte permanente qui oppose la Loi (ordonnatrice) au Chaos (créateur).

Corum est un Vadagh, membre d'un peuple civilisé et paisible. Etrangers à la violence, ces esthètes ignorent l’art du combat et consacrent leur vie à des activités pacifiques telles que la création artistique, la quête du beau, l’exploration des divers plans qui constituent le Multivers. Mélancoliques, en déclin lent, ennemis de personne, les Vadaghs sont en voie d’extermination par les Mabdens (des nouveaux-venus humains, querelleurs et cruels là où les Vadaghs ressemblent à des elfes qui auraient abandonné la guerre). Hélas pour eux, les Vadaghs avaient oublié, ou n’avaient jamais su, qu’on ne choisit pas son ennemi mais qu’on est choisi par lui.

Corum donc, au début de l’album et de l’histoire, est l’un des derniers survivants d’un peuple en voie d’extermination. Alors qu’il est torturé par les tortionnaires Mabden qui l’ont capturé au milieu des cadavres encore chauds de sa famille, Corum réussit à fuir par magie et atterrit non loin du château du comte Moidel qui le recueille et le soigne (mais comment réparer une main gauche coupée et un œil droit crevé ?).
Quand le château du comte est lui aussi attaqué par l’immense armée des Mabdens, Corum, toujours de Charybde en Scylla, est magiquement transporté dans la palais du sorcier Shool qui lui confie une main et un œil magiques pour remplacer ceux qu’il a perdus avant de lui intimer l’ordre de partir en quête. Il devra retrouver le cœur d’Arioch (le Chevalier des épées), un être terrible qui est à la fois le sponsor des Mabdens dont il apprécie la vie fugace et frénétique et le responsable des guerres et des destructions qui s’abattent sur le monde de Corum. Une fois encore, la lutte éternelle entre Loi et Chaos saisit un Champion Eternel. Une fois encore, il s’agit de rétablir la Balance cosmique. Une fois encore, le Champion Eternel doit user d’objets qui le servent autant qu’ils le trahissent et causer la mort de quantité de proches et d’amis.
Corum, l’esthète paisible, devra apprendre à devenir un combattant et un barbare.

Le cycle de Corum qui commence en BD, adapté par Chauvel et Merli, fait suite à l’adaptation de Elric par Blondel et Cano. Pour ce qui est de ce premier tome, il est narrativement très supérieur à ce qu’ont réalisé Blondel et Cano pour Elric (dont la qualité s’est hélas dégradée de tome en tome). La narration est fluide, claire et, si elle dévie par souci de simplicité de celle des romans originaux, elle est très fidèle à l’esprit des textes.
De plus, le personnage de Corum, s’il est moins célèbre que celui d’Elric avec sa fameuse épée noire, est pourtant, je crois, plus intéressant. Serviteur involontaire de l’Ordre confronté à un Chaos qui cherche à renverser la Balance, être civilisé contraint par l’adversité et les nécessités de la survie à se militariser, Corum voit sa civilisation disparaître là où Elric la détruit volontairement. Si Elric est décadent, Corum est tragique donc plus touchant, passé les émois adolescents qui préfèrent le Melnibonéen révolté au prince orphelin.

Enfin, c’est superbement dessiné (de ce point de vue l’adaptation BD d’Elric n’était pas critiquable), avec des plans (aux deux sens du terme) lumineux et inquiétants, des couleurs éclatantes, et un Arioch terrifiant et monstrueux.

A lire. En attendant le tome 2, La Reine des épées, cet été.

Corum t1, Le Chevalier des épées, Chauvel, Merli

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