Un champ de bataille enfin apaisé. Des corps à perte de vue. Les armées du Mal ont été vaincues. Les paladins du Bien et leurs alliés elfes viennent achever les blessés et neutraliser les cadavres enmagiqués.
Au milieu du carnage, un nécromancien gobelin nommé Guulghar a survécu par pure chance. Discrètement, il s’extrait de la masse des macchabées moins chanceux que lui, récupère son bâton (qui porte le crâne animé de son frère Huulghar), et parvient à ranimer un chevalier de la mort, Alastor de Sombregarde, que des mages elfes s’apprêtaient à bannir définitivement. Les deux (trois), peut-être uniques « survivants » de la Sombre Garde, partent de conserve vers les terres du chevalier pour y retrouver l’épouse du paladin déchu. Une longue et lente chevauchée qui les amène à traverser maints territoires et à vivre maintes aventures.
Disons-le tout de suite : dès sa splendide couverture, cet album est en tous points magnifique.
La présentation éditeur évoque Don Quichotte et elle a bien raison. La lente et paisible déambulation d’Alastor et Guulghar (et Huulghar), le calme apparent avec lequel ils abordent toutes les difficultés qui se dressent sur leur route et tous les périls qui les menacent, la philosophie désabusée et ironique avec laquelle ils traitent chaque question, tout ceci donne l’impression nette de se retrouver, en effet, en compagnie du chevalier espagnol et de son compagnon. On lit en souriant, charmé par l’histoire et bercé par l’allure calme de leur monture.
Et pourtant sache, lecteur, que des péripéties, il y en aura. D’un chevalier gardant un pont à des inquisiteurs brigands, en passant par une vouivre ou que sais-je encore, les trois compagnons devront faire face à de nombreux ennemis et être témoins de maintes atrocités.
Tous ces événements, ils les traverseront avec calme et ironie. La forme d’humour pince-sans-rire qui caractérise l’album est parfois transmise au lecteur par les dialogues, mais aussi – et c’est habile autant que plaisant – par la simple absurdité de situations totalement décalées par rapport aux attentes normales des lecteurs de fantasy, voire – c’est encore mieux – par les petites histoires annexes sans parole que racontent les dessins.
Et il n’y a pas que de l’humour dans cet album. Les personnages sont développés au point qu’on s'y attache rapidement. On remarque avec eux que le Mal, s’il est étrange dans ses manières de faire, est parfois moins malfaisant que certains des tenants du Bien. Si Alastor et ses compagnons ne font jamais montre de la sensiblerie attendue et convenue, ils se tiennent à une morale stricte qui en fait des personnages honorables.
Il y a aussi au moins deux fusils de Tchekhov inattendus, et une auberge qui sent tellement le jeu de rôle qu’on y pénètre avec grand plaisir pour boire un verre et reforger une arme.
Le dessin d’Aurélien Morinière est à la hauteur de l’histoire, noir autant que flamboyant. Il reflète à merveille l’ambiance du monde et la personnalité complexe du personnage principal. C’est un style réaliste et décalée à la fois, qui rappelle un peu Tim Burton, sauf pour les séparateurs de chapitres qui sont de très jolis crayonnés représentant des extraits du carnet du chevalier.
Alors, lecteur, viens découvrir les « Pesteuses mésaventures du mille fois méprisable Alastor de Sombregarde » !
Tu y découvriras un homme bien meilleur qu’il n’y paraît, une petite bande de compagnons dont le courage n’égale que la solidarité, et un monde dans lequel Bien et Mal s’affrontent sans qu’on puisse vraiment dire qui tient la dragée haute sur le plan moral. Le tout dans une ambiance d’ironie particulièrement plaisante. Que demander de plus si ce n’est la sortie rapide du tome conclusif ?
Alastor de Sombregarde, t1 L'infâme gentilhomme, Dobbs, Morinière

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