Nowhere Burning - Catriona Ward


Aujourd’hui, dans le Colorado.

Riley et Oliver sont frères et sœurs. Orphelins de parents, ils vivent sous la garde de Cousin, qui, sous prétexte de fanatisme religieux, les martyrise. De punition en privation finit par arriver un jour où la situation n’est plus tenable – d’autant qu’une mystérieuse visiteuse nocturne nommée Dawn propose à Riley, l’aînée, une voie de sortie possible. Frère et sœur vont fuir vers Nowhere, une propriété abandonnée, isolée dans les montagnes, dans laquelle, croit-on, vivent libres des enfants en fuite.

Mais Nowhere a aussi mauvaise réputation. Un incendie, des meurtres, le ranch a un passé sombre. Voilà pourquoi Marc et Kimble, deux documentaristes, sont en train de travailler dessus. D’autant que, semble-t-il, des enlèvements ont lieu, qui seraient commis par les résidents de ce lieu si éloigné qu’il a fini par se retrouver noyé dans une brume d’inconnaissance.

Et puis il y a Adam, un menuisier, futur père, qui fuit son couple en difficulté dans un chantier à Nowhere même (dans le passé du lieu donc) et dans une relation trouble avec son dernier propriétaire légitime, Leaf Winham, un célèbre acteur en recherche de calme et de solitude.


Si tu connais les romans de Catriona Ward, lecteur, tu devines que les trois fils sont liés et qu’aucun n’est sans doute ce qu’il semble être au premier abord.

Si tu es un habitué, tu ne seras pas étonné non plus si je te dis que Ward travaille avec grande finesse ses personnages. Elle met ici en scène des êtres profondément blessés par leur histoire familiale, des enfants abîmés par des parents abusifs, maltraitants, meurtriers pourquoi pas.

Elle montre avec justesse comment les abus modèlent les personnalités, créant des individus souffrants, méfiants, peu capables de confiance en même temps qu’ils sont désespérément en recherche d’un sentiment d’appartenance qu’ils n’ont jamais connus.


Dans une approche qui tangente (ou touche) le réalisme magique, elle brouille la réalité tel que tu la percevrais, lecteur, et la réalité telle que des enfants l’appréhendent, entre prosaïsme et magie nécromantique ; le Jeux Interdits de René Clément vient à l’esprit.

On pense aussi, bien sûr, au Sa Majesté des Mouches, de Golding, avec son royaume des enfants et ses règles cruelles. Ou encore à Peter Pan, avec Dawn dans le rôle de Wendy (et aussi, parfois de la Fée Clochette) et Nowhere dans celui de Neverland.


Tout ceci serait donc bel et bon mais…

D’abord, et ceci ne concerne que les lecteurs d’habitude de Ward, on a le sentiment que l’autrice tourne toujours autour du même pot. Progressivement ça n’étonne plus, quand l’étonnement était l’une des forces des récits de Ward.

Ensuite, et c’est bien plus grave, les trois histoires sont de prime abord si peu liées et la volonté d’obscurcir leurs rapports est telle que Ward se voit alors contrainte de placer des chapitres infodump purs, au milieu de fils narratifs qui paraissent parfois s’étirer sans aller vraiment quelque part.


L’ensemble forme un roman dans lequel on retrouve les qualités de caractérisation de Ward mais qui déçoit par l’aspect attendue et en partie ratée de sa progression. Il est peut-être temps pour l’autrice de changer son fusil narratif d’épaule.


Nowhere Burning, Catriona Ward

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