The Faith of Beasts - James S.A. Corey


Juste quelques mots pour signaler la sortie de The Faith of Beasts, le tome 2 du Cycle de S.A. Corey intitulé The Captive’s War. Il succède à The Mercy of Gods (La Clémence des dieux en VF), et conserve toutes les qualités du premier tome en gommant le léger défaut de lenteur que celui-ci présentait. Un bon millésime donc, meilleur même que le premier.


Clique ici, lecteur, pour le background et une rapide remise à l’esprit du contexte. Maintenant, mémoire dûment rafraîchie, tu te souviens sans doute que toi et moi avions laissé les captifs humains des Carryx dans la position peu enviable d’être devenus – leur périlleuse évaluation passée – un groupe d’esclaves supplémentaire qui s’ajoute à tous ceux que les Carryx ont déjà réunis pour les servir – par la violence et contre leur gré – au fil de millénaires de pérégrinations spatiales.

Des groupes d’esclaves sentients qui ne survivent en tant que groupes qu’aussi longtemps que leur utilité intrinsèque dépasse leur coût d’entretien. Les Carryx ne conservent aucune bouche inutile. C’était vrai au moment de l’évaluation, ça le restera pour l’éternité – même si, premier contact passé, les échéances sont devenues moins rapprochées et moins impératives.

Quant aux individus, la règle est simple : toute contestation explicite de l’autorité est punie de mort.

Si, entre eux, les Carryx ont des règles de rétribution/soumission mortifiantes mais non-létales (proche de la Mensur germanique du XIXe siècle), ces règles ne sauraient évidemment pas s’appliquer aux sentients esclaves, qui ne sont que des animaux dont même le contact physique provoque le dégoût.


Les humains déportés d’Anjiin ont donc, pour ceux qui ont survécu, trouvé un modus vivendi (bien sûr insatisfaisant) avec leurs négriers qui leur permet de perdurer et de poursuivre les recherches scientifiques que leur imposent leurs maîtres.

La plupart vivent sur le Monde-Palais, où se trouve aussi la Sovran – la reine des insectoïdes Carryx – et l’essentiel de son administration rapprochée. A leur contact, il n’y a – mis à part les diverses autres espèces captives respirant de l’oxygène – que leur responsable de groupe, Ekur-Tkalal, qui transmet les ordres de l’Empire et reçoit les rapports quotidiens de Dafyd Alkhor, celui qui est devenu, dans le premier tome, l’interface humaine entre les captifs et leurs geôliers – s’attirant par là-même l’inimitié voire la haine de ses frères de race (pour tous il est « La voix des Carryx », un collabo répugnant, le Radio-Paris local), mais assurant, sans que ces derniers le réalisent toujours, leur survie au jour le jour, y compris en prenant des mesures que les siens jugent criminelles comme éliminer un récalcitrant ou lancer un programme de création de bébés en utérus artificiels.

En coulisses, dans l’ignorance de la plupart, Dafyd Alkhor prépare toujours les conditions de la résistance. Mais le chemin est long, obscur, incertain, peut-être celui d’une vie ou de plusieurs générations.

Et n’oublie pas, lecteur, qu’est toujours dissimulé, au sein même du groupe humain, un espion de l’ennemi éternel des Carryx. Isolé mais puissant, il est un espoir pour les humains qui connaissent son existence, mais aussi une source régulière de souffrance car, dans la guerre éternelle qui oppose les insectoïdes à leur mystérieux ennemi, aucun sacrifice n’est trop élevé pour gagner le moindre avantage tactique.


Au fil de ce tome, l’auteur développe ses personnages bien plus qu’il ne le faisait dans le premier tome. Et c’est un vrai plaisir. Il faut dire qu’ils sont moins nombreux sous les projecteurs car, si on lit le recensement mental, fait par Dafyd, de ceux qui étaient nommés dans le tome 1, on obtient :

« Campar était parti pour une mystérieuse mission au service des Carryx. Rickar aussi. Et Jessyn. Mais pour autant que Dafyd le sache, ils étaient toujours en vie, où qu'on les ait envoyés. Nöl, Synnia, Else et Irinna étaient tous morts. Du groupe que Dafyd avait connu sur Anjiin, les seuls encore autour de lui étaient Tonner, qui le détestait, et Jellit, qui était passé de quasi-ennemi à complice de Dafyd dans la dénonciation de la rébellion humaine contre les Carryx. »


De ce fait, dans ce volume, malgré l’adversité, les traumas individuels, les chagrins et les pertes, chacun (y compris hors de l’espèce humaine) obtient l’occasion de progresser, de faire, de briller, et surtout de découvrir puis de réfléchir. Et ce dernier aspect est capital car, même si l’espion brouille régulièrement les cartes et attise, sans même le vouloir, suspicion et doute dans la petite communauté humaine, même si, le temps passant, les inimitiés se creusent plus qu’elles ne se comblent, même si, enfin, la position de Dafyd est de plus en plus épuisante, stressante, isolée et incomprise, la connaissance qu’ont les humains résistants de leurs négriers avance. Or, comme l’écrivait Sun-Tzu : « Connais ton ennemi et connais-toi toi-même, tu vaincras cent fois sans péril ».

Car il s’agit toujours de se libérer du joug Carryx et, pour cela, de découvrir les secrets de la société insectoïde afin de trouver un moyen de la détruire. Alors même que cela semble impossible tant elle est ancienne, impitoyable, hiérarchisée, prête à sacrifier puis à remplacer le moindre de ses membres du plus bas au plus haut de la pyramide biologico-sociale (rappelons que le corps d’un Carryx change avec sa fonction). Jusqu’à la Sovran elle-même. Remplaçable comme les autres.

L’Empire Carryx est un corps immense doté d’une seule tête dont chaque individu est à la fois cellule, muscle, et neurone. Un corps qui a ceci de particulier que, si chaque cellule est remplaçable, la tête l’est aussi, ce qui rend stérile la stratégie de la décapitation et va obliger Dafyd et ses très rares suivants à chercher un autre chemin vers une liberté qui paraît encore bien hypothétique.


Tu le comprendras en lisant, lecteur, l’espoir est maigre :

« Nous sommes des fourmis marchant sur la pointe des pieds à travers un champ de bataille où les armes sont si vastes et incompréhensibles qu'il nous est impossible de les voir. »

« Il n'y a pas de guerre avec les Carryx. La guerre est ce qu'ils sont. L'asservissement est ce qu'ils sont. Un état sans conflit est incompréhensible. Avant que l'ennemi immortel n'arrive, il y avait la guerre. Quand les immortels mourront, il y aura la guerre. Mais les immortels ne meurent jamais. La guerre ne finira jamais. Nous serons ici dans sa gueule pour toujours… Nous sommes sur chaque monde que nos corps peuvent être amenés à tolérer. Plus de la moitié des mondes et colonies des Carryx, nous aidons à les tenir. Mais s'ils choisissaient de nous tuer, nous mourrions. Le rêve d'insurrection est un rêve. Ces choses qui nous possèdent sont capables d'une violence si ordinaire que sur un mot, elles nous anéantiraient tous et nous oublieraient avant le lendemain. »

Et pourtant, l'espoir est ce qui nous (leur) permet d'avancer.


Un deuxième tome meilleur qu’un premier déjà bon, ce n’est pas si courant. A lire.


The Faith of Beasts, James S.A. Corey

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