Ithaque - Livre Premier - Laurent Mantese

Pour un non-antiquiste, L’Odyssée commence vraiment au chant IX du poème d’Homère. C’est le récit du voyage de retour d’Ulysse vers son foyer d’Ithaque auprès duquel l’attendent, depuis dix ans et son départ pour la Guerre de Troie, son trône, sa femme Pénélope et son fils Télémaque. Un voyage long et tourmenté, plein de merveilles et d’effroi, de périls et de monstres. C’est cette partie aussi que Laurent ‘old Conan’ Mantese a choisi de redire dans son roman Ithaque , dont le Livre Premier vient de sortir. L’histoire, tous la connaissent, ou au moins en ont une idée. Ulysse, le Rusé, est parti pour les rivages de Troie à la tête d’une flotte de douze vaisseaux. Joignant les troupes grecques assemblées autour d’Agamemnon, il est allé reprendre Hélène, la plus belle femme du monde, enlevée par Pâris fils de Priam, et venger l’honneur de son mari Ménélas, et par extension celui de tous les Grecs. Guerre gagnée après dix ans et pléthore de hauts faits, d’aristies et de massacres, Hélèn...

Deryn Du - Guillaume Sorel


D’abord, c’est un cadavre de baleine qui empuantit la plage, non loin d’un petit port de pêcheurs du Pays de Galles. Parmi les témoins ébahis, à côté des humains, il y a des mouettes mais aussi des corbeaux. Un poète en villégiature traîne aussi parmi les badauds. Tout ceci, Poe l’aurait apprécié.

Puis il y a un meurtre, étrange. Une petite fille et une poupée cassée, qui ne semblent pas être étrangères aux mystères en cours. Puis d’autres meurtres, de plus en plus étranges. Et toujours le poète. Qui comprend, ou sent, ou vibre à l’unisson.


Le village de pêcheurs, la nuit, l’ombre, la peur qui rôde. On pense au Geôlier de Florian Quittard.

La lande, les fées, un autre monde derrière le monde, on pense à Arthur Machen - le poète le lit.

On pense aussi au décadentiste Maurice Rollinat, dont la petite fille (fantôme ?) cite des passages.

Le poète sert de passeur entre les mondes, entre la nuit et le jour. Il peut comprendre, il est un passeur de fées, la petite fille l’affirme, inversant sans même le vouloir la proposition « Car le tombeau toujours comprendra le poète » de Baudelaire.


On ne comprend pas tout, car le fantastique brouille les pistes de l’incroyable série de meurtres qui endeuille le paisible petit village où les bourgeois des environs viennent prendre de chastes premiers bains de mer.

Coupables, tous coupables ? Ou innocentes victimes de la folie vengeresse d’une fille trop tôt disparue qui cherche à donner du sens à son trépas ? Qui peut savoir ?


Deryn Du est le dernier album de Guillaume Sorel - dont on avait particulièrement apprécié le travail sur le Macbeth de Thomas Day. Il y travaille seul ici sur un projet qui l’occupe depuis plus de vingt ans : exprimer les nuances de la peur par l’image fixe. Et c’est plutôt réussi.

On reconnait son style et sa patte qui nous invitent, pendant plus de cent pages, à parcourir la lande dans les traces de Machen et de ses fantastiques acolytes. On apprécie les reflets, les ombres, les gueules d'un monde encore intouché par la modernité. On reste avec Machen, Sorel et Rollinat dans une indécision presque quantique sur le passé et l'avenir d'un petit village frappé par la malédiction.


Deryn Du, Guillaume Sorel

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