De boue et de bois - Olivier Caruso in Bifrost 122

Dans le Bifrost 122, il y a aussi  une nouvelle absolument stupéfiante d'Olivier Caruso. « La chercheuse, surprise, observe le spécimen dans la cave : il mange un porte-bouteille » . C'est sur cet incipit digne des premières phrases du Vieil homme et la guerre , de John Scalzi, que s'ouvre  De boue et de bois , un texte de 24 pages d'une richesse insigne. Epoque victorienne. Angleterre. La chercheuse vit seule avec une domestique dans sa grande maison de famille. Près d'elle, dissimulé, le « spécimen » . Il se nourrit de bois et dit bientôt ses premiers mots !!! Qu'est-il ? D'où vient-il ? Qui sont ces gens ? Quelle est l'histoire de cette femme et de cette famille ? Comment tout cela s'insère-t-il dans l'histoire britannique ? Et en quoi la transforme-t-il ? Ce sont quelques questions, il y en a d'autres dans cette riche nouvelle. On y croise, dans ce qui semblait être une histoire intime – et l'est assurément –, la théorie de l'évol...

Minnie and Earl - Adam-Troy Castro


Quelques mots sur un étrange petit recueil d’Adam-Troy Castro, l’auteur bien connu ici maintenant des très SF aventures d’Andrea Cort.

Minnie and Earl est un petit ouvrage qui rassemble trois nouvelles intitulées respectivement Sunday Night Yams at Minnie and Earl’s, Gunfight on Farside et The Gorilla in a Tutu Principle or, Pecan Pie at Minnie and Earl’s.

Voilà, voilà. Les titres disent bien qu’on n’est pas dans du très sérieux, même si d'une certaine manière on y est quand même.


Imagine, lecteur, les premières années (décennies?) de la colonisation de la Lune. Imagine que la Terre (qu’on ne voit que de loin, comme un lampion bleu accroché au ciel noir) est encore plus polluée et dégradée qu’aujourd’hui. Imagine que tu es en compagnie de ces hommes et femmes du début, les ingénieurs et techniciens qui succédèrent aux douze premiers astronautes et eurent pour mission de, littéralement, bâtir la « première » Lune, qui l’ont peu à peu aménagée pour que puissent y vivre, après, des colons plus banaux qui y feraient leur vie, ou même accueillir des touristes qui viendraient sur la Lune juste pour le sightseeing.

Imagine, lecteur, ce moment où la Lune est une frontière (au sens américain du terme), un genre de Far-West où tout est possible et où naissent des légendes, pas toutes très crédibles.

Imagine que tu es des années avant l’excellent Gens de la Lune, pour prendre une référence que tu connais (les réf. sont très importantes dans Minnie and Earl, tu le verras).


Chacune des trois histoires est racontée par un de ces pionniers, de ces bâtisseurs, devenu vieux et se racontant pour la descendance ou tentant simplement de retrouver ce qui l’avait marqué, jeune. Alors que la magie s’est dissipée et que, civilisée, la Frontière « est devenue un parc à thème »


Sunday Night Yams at Minnie and Earl’s introduit le lecteur à Minnie et Earl de sympathiques personnes âgées qui vivent avec leur chien dans un petit cottage où ils accueillent chaque soir, par rotation, les pionniers lunaires à dîner. Ils sont gentils, ouverts, chaleureux, aidant. Ils offrent une parenthèse de calme et de repos bienvenue à des pionniers qui vivent une vie exténuante et dangereuse. Premier problème : leur cottage est ouvert au vide lunaire, sans conséquence pour ceux qui l’occupent. Deuxième problème : nul ne sait qui sont vraiment Minnie et Earl. Troisième problème : nul ne sait comment sont arrivés là ces deux « créatures », humaines d’apparence, qui ont des photos d’elles-mêmes avec Neil Armstrong notamment.

« La Lune était étrange en ce temps-là ». Max, le narrateur de cette histoire, le dit lui-même. Nous ne le contredirons pas.


Gunfight on Farside raconte l’histoire du premier duel au pistolet (kind of) sur la Lune. Voilà. Que dire de plus ?


The Gorilla in a Tutu Principle or, Pecan Pie at Minnie and Earl’s est une histoire encore plus surprenante, dans laquelle un des pionniers est victime d’une étrange blague de la part de créatures qui ne sont sûrement pas humaines même si elles en ont l’air (ton serviteur Gromovar, qui a une culture vieille, a vite identifié la ref. Y parviendras-tu ?).


Les trois histoires sont narrées sur un ton humoristique.

Les trois histoires portent la nostalgie des jours d’aventure auxquels ont succédé les jours apprivoisés.

Les trois histoires sont littéralement truffées de références qui sont sûrement celles d’Adam-Troy Castro. Cinéma, musique, etc.

Les trois histoires pointent justement les apories de la mémoire et les distorsions que le temps applique à l’Histoire pour en faire peu à peu la seule chose qui restera : la Légende ; on rappellera à ce propos la phrase si juste de John Ford « Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende ».

L’ensemble est drôle et pas si anodin que ça.

Pointons néanmoins un défaut de ces textes assez anciens (une vingtaine d’années). Michel-Ange disait « La sculpture est déjà terminée dans le bloc de marbre, avant que je commence mon travail. Elle est déjà là, il ne me reste plus qu’à ciseler le matériau superflu ». Adam-Troy Castro, plus jeune qu’aujourd’hui, ne savait sans doute pas encore, à cette époque, enlever tout le superflu, et chacune de ces histoires est imho un peu trop longue.


Minnie and Earl, Adam-Troy Castro

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