Membre fantôme - Brian Evenson - Retour de Bifrost 119

En 2003, Brian Evenson frappait un grand coup littéraire avec sa novella The Brotherhood of Mutilation . Six ans plus tard, il donnait de ce texte une version longue avec le roman Last Days (sorti en français sous le titre La Confrérie des mutilés) . On y suivait les traces de Kline, un détective amputé du bras à la suite d'une affaire qui avait mal tourné, engagé pour trouver le coupable du meurtre du fondateur d'une secte inconnue jusqu'alors : La Confrérie des mutilés. D'investigations en interrogatoires (soumis à des contraintes aussi absurdes qu'invincibles) , Kline finissait par découvrir l'identité du meurtrier. Surtout, il se trouvait contraint de plonger dans un univers délirant et fanatique, un monde dans lequel les croyants amputent volontairement des parties de leur corps – le plus de parties étant le mieux, signe de foi et donc d'influence supérieures. Le monde clos des mutilés est religieux, paranoïaque, violent, organisé suivant une logique a...

Madeleine, Résistante tome 2 - Morvan - Bertail - Riffaud


Sortie du tome 2 des mémoires de Madeleine Riffaud adaptées en BD par Morvan. J’ai dit déjà tout le bien que je pensais de la personne comme du récit.


Membre à part entière de la résistance intérieure, Madeleine Riffaud (qui a 99 ans cette année) participe à toutes les actions, avec le risque constant d’être arrêtée, torturée, tuée. Le risque surtout de parler, inquiétude omniprésente qui justifiait toutes les angoisses et tous les cloisonnements.

Autour de Madeleine, ses camarades de combat dont elle ne connaît en général que le pseudonyme ; elle prend celui de Rainer, en hommage à Rainer Maria Rilke.


Madeleine et Morvan décrivent tout en termes simples, accessibles même à ceux qui n’ont pas l’envie ou le temps de lire un livre d’histoire. Les pseudos et les codes secrets, les privations matérielles et la solitude de vies cloisonnées, les contacts et les rendez-vous discrets, le gris de l’occupation et le feldgrau des uniformes, les tractages et les transports, les planques chez des héros anonymes et le départ « dans le brouillard » des résistants grillés.

Elle raconte aussi la pauvreté matérielle de la résistance, au moins parisienne. Les armes sont rares, un vélo est un actif non négligeable, les réseaux parisiens font feu de tout bois et le bois est rare.

Elle le fait dans sa langue, aux mots et aux expressions parfois surannées, toujours touchante par sa tonalité d’évidence. Elle dit ce qui fut, sans chercher les effets de manche, dans une langue modeste qui colle à l’action de héros dont beaucoup restèrent anonymes. Ce sont les mots d'une vieille dame qui raconte une époque, pas ceux d'une influenceuse en quête de notoriété.


Madeleine Riffaud narre encore deux moments forts : une « rencontre » avec le groupe Manouchian (auquel Morvan va consacrer un ouvrage début 2024), et surtout son meurtre d’un officier allemand, sans ordre et en vengeance de Picpus, son partenaire de résistance tué à l’issue d’une opération mal conduite. Elle est arrêtée juste après par le chef de la milice de Versailles, qui la livre à la Gestapo où la torture commence.


Aussi réussi que son devancier, L’édredon rouge raconte l’histoire d’une femme qui s’engage au péril de sa vie, dans un de ces moments historiques où, si cultivé et éduqué soit-on, on est forcé d’admettre que le temps des plans en deux parties quatre sous-parties est révolu et qu’il est devenu indispensable d’agir, avec parfois tout le manichéisme qu’implique l’action.


Madeleine Résistante t2, Morvan, Bertail, Riffaud

Commentaires

Roffi a dit…
Intéressant. Je note aussi l’ouvrage sur Manouchian à paraître.
Merci pour ces infos.
Gromovar a dit…
You're welcome.
Roffi a dit…
Lu.Je trouve que la forme BD est une excellente façon d’apprendre l’histoire.
Mes petits-enfants, en primaire, ont lu Les enfants de la Résistance, une série de BDs historiques qui leur a plu.
Gromovar a dit…
Oui, c'est très efficace en effet.