Brombal - Phillips - Tout ce qui meurt et agonise

L’apocalypse zombie a eu lieu, elle a emporté presque toute l’humanité. Mais dans la petite ville américaine de Caverton, Jack Chandler, un fermier, s’est découvert immunisé ; seul de sa petite communauté, il a survécu au fléau. Seul survivant certes, mais pas solitaire. En effet, autour de Jack et avec lui, « vivent » son mari Luke, leur fille Daisy, qu’il adore, et aussi tous les habitants de la petite ville. Ces morts-vivants, par pure mémoire musculaire, rejouent chaque jour sa dernière journée, sans agressivité car, nourris par Jack, ils n’éprouvent plus le besoin de mordre ni d’attaquer. Jack, le seul qui n’est pas trépassé, est leur fermier – un religieux dirait leur berger. Il prend soin d’eux, les nourrit, veille à entretenir les cultures et le bétail grâce auxquels lui-même survit. Mais voilà qu’arrive dans la ville un groupe d’humains, pleins de violence et d’idées définitives sur les places respectives des hommes et des zombies. Tout part alors en vrille. Tout ce q...

Idoles - Ken Liu in Bifrost 110


Dans Bifrost 110, on trouve toutes les rubriques habituelles et un très complet dossier consacré à Alastair 'Inhibiteurs' Reynolds.

On y trouve aussi une bonne nouvelle de Ken Liu (en écrit-il de mauvaises ?) intitulée Idoles. Publiée initialement dans le recueil Made to Order de Jonathan Strahan, elle est ici traduite en français par l'éminent Pierre-Paul Durastanti.

Il y a trois ans j'en disais ceci :

Idols, de Ken Liu, est une fable en trois actes sur la reconstitution virtuelle de personnes disparues, à partir des traces que celles-ci ont laissé, sur le net ou ailleurs. Non sentient, l'idole (image étymologiquement, et dont le titre rappelle le Idoru de W. Gibson) est une simulation de ce que pourrait être la personne, de ce qu'elle pourrait dire ou répondre, basée sur les données disponibles, donc largement dépendante de la qualité et du volume de celles-ci. Le but est d'avoir un programme qui ressemble à l'original, qui serait donc capable de passer une forme nouvelle de Turing permettant de déterminer si celui qui parle est l'original ou une simulation.

Les affres du deuil, mais aussi l'envie d'avoir à sa disposition sa star favorite favorise le développement de ces logiciels, mais c'est lorsqu'ils sont utilisés dans le monde des affaires pour simuler le déroulement d'une négociation, ou en justice pour aider à la sélection du jury voire calibrer mieux interrogatoires et contre-interrogatoires, qu'on se dit que des simulations de ce type apparaîtront un jour ou l'autre ; on se dit aussi qu'ils deviendront l'objet de manipulations quand seront crées des données publiques factices dans le seul but de générer chez l'adversaire des simulations imparfaites donc fautives. Mise en abyme, régression à l'infini, les constructs risquent de devenir alors moins des répliques imparfaites – puis-je me reconnaître dans mon construct ? et quelle part de mon image publique fabriqué-je, consciemment ou non ? – que des créations originales ad hoc, sources de tromperies.

Un grand texte qui pose les bonnes questions, comme souvent chez Ken Liu.


Après relecture, j'ajoute que les réflexions finales de Bella Doubet sur le caractère nécessairement composite du Soi, sur l'infinité de facettes dans lesquelles piocher lorsqu'on se met en scène au sens goffmanien du terme, sur l'éventail des possibles de vie suivant qu'on privilégie telle ou telle autre de ces facettes m'a furieusement remis en mémoire L'homme-dé, le classique de Luke Rhinehart. Je profite de l'occasion pour conseiller très vivement de lire cet indispensable roman culte imprégné tant de psychanalyse que d'ironie anti-psychanalytique et si fortement assaisonné à l'humour et au sexe qu'il doit figurer dans la bibliothèque de tout honnête homme (il est dispo en France Aux Forges de Vulcain).

Commentaires