Something is Killing the Children t1, Tynion IV, Dell’Edera, Muerto

Juste quelques mots (et cette fois vraiment pas plus) sur le TPB 1 du Something is Killing the Children de l’énorme James Tynion IV, illustré par Dell’Edera et Muerto. Commençons par donner le résumé éditeur : Lorsque les enfants de la petite ville d'Archer's Peak se mettent à disparaître les uns après les autres - certains sans laisser la moindre trace, d'autres dans des circonstances extrêmement violentes - la peur, la colère et la suspicion envahissent l'entourage des victimes et laissent la police locale dans le plus grand désarroi. Aussi, quand le jeune James, seul témoin oculaire du massacre de ses trois camarades, sort de son mutisme pour parler de créatures terrifiantes vivant dans la pénombre, le coupable semble tout trouvé. Son seul espoir viendra d'une étrange inconnue, Erica Slaughter, tueuse de monstres capable de voir l'impensable, ce que l'inconscient des adultes a depuis longtemps préférer occulter. Something is Killing the Children est l’

Le Mythe de l'Ossuaire - Lemire - Sorrentino


Le Mythe de l'Ossuaire, par Lemire et Sorrentino. Lovecraftien dit la pub FB. Diable !

On connaissait Lemire pour ses talents de scénariste et sa façon aussi personnelle que magistrale de traiter les tribulations parfois périlleuses du monde de l'enfance ou encore pour la série univers Black Hammer. Voilà qu'il revient avec une nouvelle série. Et voilà qu'Urban sort en VF les deux premiers volumes de la chose. Qu'en penser ?

Le hasard a fait, lecteur, que j'ai lu Le Passage en premier (comme en publication VO donc) puis seulement le lendemain Des Milliers de plumes noires. Et que ce dernier a fait évoluer mon opinion sur l'ensemble.


Le Passage d'abord :

Entre les couvertures cartonnées de l'imposant ouvrage se trouvent deux récits, l'un court, l'autre plus long.

Le plus court, intitulé Le mangeur d'ombre raconte l'histoire d'un scénariste en proie tant aux affres du manque d'inspiration qu'à celles d'une situation sentimentale compliquée. S'isolant par choix quelques jours dans une belle maison au bord d'un lac il y fait une rencontre qui changera sa vie, radicalement – tu comprendras en lisant, lecteur.

Suit Le Passage, bien plus long, qui donne son titre à l'ouvrage. Dans Le Passage, John, un géologue, doit aller sur une petite île pour étudier un immense trou qui y est apparu non loin du phare qui constitue l'unique construction du lieu. Transporté jusqu'à l’îlot par un pécheur bourru et peu sympathique, John va devoir y passer quelques jours en compagnie de Sal, la gardienne, qui a donné l'alerte et n'est guère agréable non plus, dans un environnement naturel hostile et un environnement humain peu amical. Il s'y confrontera à ses terreurs d'enfance et à une menace qui n'a rien de métaphorique.

Dans les deux récits, Lemire parvient sans le moindre doute à installer une ambiance pesante dans un décor éprouvant. Les environnements sont grandioses et effrayants, d'obscurs pseudos-Rorschach habitent les pages comme si quelque chose surveillait le lecteur d'en deçà du papier, les habitats – ombreux – semblent dissimuler des drames à venir, les couleurs, sombres et contrastées, paraissent posées à l'éponge, niant toute impression de netteté. Les sentiments ressentis à la lecture de ces histoires, plutôt taiseuses et comme en tension silencieuse, rappellent ceux qui habitaient les spectateurs de The Witch ou d'Hérédité. C'est donc assez réussi de ce point de vue.

J'ai néanmoins refermé ce premier volume assez dépité, n'étant grand amateur ni des BD largement silencieuses ni des histoires qui laissent la spectateur sur sa faim/fin – ce qui, admettons-le, est le cas ici.


N'écoutant que mon courage, lecteur, et voulant t'informer au mieux, j'ai lu, le lendemain, Des milliers de plumes noires. Et là mon regard sur le tout a changé.

Car il faut que tu saches que Le Mythe de l'Ossuaire est le nom d'un univers mythologique d'horreur en cours de création par Lemire et Sorrentino. Les histoires partagent donc un fonds imaginaire commun, comme Le Mythe de Cthulhu, à la différence qu'ici la création mythologique est volontaire alors que ce ne fut pas le cas pour le Mythe de Cthulhu (que Lovecraft n'a même jamais nommé). A la lecture de Des milliers de plumes noires, tu retrouveras, lecteur, des éléments déjà vus dans le volume précédent et cette lecture, à soi seule, en donnant une cohérence (non narrative) à l'ensemble, te conduira à réévaluer le premier volume et à en faire un élément d'un tout plus vaste et clairement séduisant (chez Lovecraft aussi certains textes sont moins explicites et participent de l'ambiance).


Des Milliers de plumes noires est l'histoire de deux amies de collège, Jack et Trish. Deux adolescentes solitaires (en famille d’accueil pour Trish et élevée par une mère aimante mais volage pour Jack), exclues du camp des « populaires », Jack et Trish deviennent inséparables et créent ensemble un univers de dark fantasy destiné à alimenter le roman que Trish rêve d'écrire. Mais les années passent, Jack et Trish s'éloignent, puis Jack disparaît. Dix ans plus tard, Trish revient sur les lieux de la disparition de Jack pour tenter encore de la retrouver. Entremêlés, ces deux moments de la vie des deux amies donnent lieu à un récit d'enquête horrifique émouvant et, là encore, pesant et éprouvant.

Référencé de Le Guin à Lovecraft en passant par les jeux de rôle ou Stephen King, Lemire dresse le portrait de deux filles qui s’unissent contre le monde avant que le monde (ou l'horreur qui vit à l'extérieur de celui-ci) les rattrape. Plus disert que le premier volume, plus « classique » conclusivement parlant, Des Milliers de plumes noires connaît le même traitement graphique de qualité et, plus encore que son devancier, bénéficie de pleines pages et de doubles pages qui explosent pour le meilleur à la face du lecteur. Ca instaure une ambiance, ça rompt le rythme chaque fois que nécessaire, c'est donc réussi.

Et surtout, à la lecture de ce deuxième opus, tu croiseras de nouveau, lecteur, cette souffrance existentielle qui habite les personnages, ces corbeaux charognards qui croquent et dévorent, ces inquiétants « peaufanateurs » dissimulés derrière d'arcaniques masques, cet autre monde qui semble à portée de main pour peu qu'un trou se forme, ce maître des ténèbres qui attend l'imprudent au milieu de ruines cyclopéennes. Et alors tu te diras, lecteur, que tu participes à quelque chose, que tu es part d'un méta récit, que tu assistes à l'édification volontaire d'une mythologie. Croise les doigts pour que Lemire développe encore et encore cet univers, tu pourras alors dire que tu as été des premiers à l'arpenter. Aujourd’hui, dix chapitres sont prévus, le prochain en français s’intitulera La Demeure.


Le Mythe de l'Ossuaire, Lemire, Sorrentino, t1 Le Passage, t2  Des Milliers de plumes noires

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