Les Frères Rubinstein 7 - Pour Klara - Brunscwhig - Le Roux

Voici qu’est arrivé Pour Klara , le tome 7 de la série des Frères Rubinstein (et que, contrairement à ce que je croyais, il ne conclura pas la série) . L’album suit, comme toujours depuis six ans , les destins croisés des frères Rubinstein, Moïse et Salomon. Nés dans le Nord de la France, au sein d’une famille modeste, les deux garçons connurent dès leur jeunesse les affres d’un antisémitisme qui, à l’époque, était vu comme presque acceptable tant il était banal. Deux frères dont les vies sont emportées par les courants d’un temps mauvais contre lesquels ils n’auront cessé de lutter. Deux frères vite séparés, projetés dans des destins si divergents, mais si semblables aussi, tant ils portent conjointement le poids d’un antisémitisme qui, après avoir couvé à bas bruit pendant les premières décennies du vingtième siècle, s’embrase et détruit tout sur son passage, tel un maléfique feu grégeois (On attribue à Hitler cette harangue : « Oui, nous sommes des barbares, et nous voulons être de...

Journal inquiet d'Istanbul t1 - Ersin Karabulut


Troisième opus français des œuvres de l'excellent Ersin Karabulut, toujours chez Dargaud, avec ce tome 1 du "Journal inquiet d'Istanbul".

Dans cet ouvrage, c'est à une autobiographie un peu dans la veine de Riad Sattouf que se livre l'auteur, mêlant sa vie à celle d'un pays troublé qui devient de plus en plus autoritaire.


Les 150 pages de l'album, dessinées dans un style naïf influencé par la BD franco-belge, racontent la vie d'un enfant qui rêvait de BD et de super-héros, dans un pays où ce n'était guère la mode.

Fils de deux instituteurs laïcs, « plutôt de gauche », et aux revenus très modestes, Ersin vit la vie d'un petit stambouliote au sein d'une famille aimante et, toujours, inquiète. Inquiète car on n'est vraiment pas riches, inquiète car la violence est omniprésente.


Il raconte l'ambition d’évidence de parents qui le poussent vers une école élitiste pour devenir ingénieur et avoir ainsi une meilleure vie qu'eux-mêmes. Un rêve qu'Ersin accepte, malgré la difficulté des cours et la longueur épuisante des trajets, mais ne fait jamais sien, jusqu'à falsifier une lettre pour pouvoir lâcher les concours et s'inscrire à l'école des Beaux-Arts.

Commence alors son rêve propre. Un rêve qui le fait dessiner et soumettre ses dessins aux revues satiriques de la capitale, ad nauseam, jusqu'à ce qu'enfin l'une d'elle en prenne un. Puis deux. Et de là...


Mais la Turquie est un pays violent et dangereux. Un pays de groupes et de clans. Un pays où s'affrontent extrême-droite et extrême-gauche, où assassinats et attentats se succèdent sans fin, où les Islamistes montrent leur vilain museau, où le culte de l'Etat fort (avec l'armée comme colonne vertébrale) impose un nationalisme constant dès l'école et son serment quotidien à la Turquie.

Des 70's, années de plomb, au coup d'Etat militaire de 82, il faut toujours faire profil bas, toujours se méfier de ce qu'on dit et à qui on le dit car les prisons se remplissent aussi vite que les revolvers se déchargent dans les têtes. L'ascension d'Erdogan ne fait qu'aggraver le problème – le Janus turc tenant à l'intérieur un discours rigoriste de plus en plus dur et répressif qu'il épargne encore à l'extérieur (plus pour très longtemps).


Dans ces conditions, Ersin, qui fait son apprentissage politique dans les revues qu'il lit, est vite confronté à l'opportunité de se lancer dans la satire politique, un acte qu'il assume en hommage à ses héros d'enfance mais qui l'inquiète sans cesse et que son père – par peur pour lui – désapprouve absolument.

Car si Ersin, devenu un pilier de la revue Lombak et une célébrité locale, touche enfin son rêve et y gagne une assurance qui lui permet tant de vivre seul que de fréquenter des filles, la vie d'un caricaturiste est de moins en moins rose à Istanbul. Son journal se trouve même impliqué dans l'affaire, finalement dégonflée, de la caricature d'Erdogan en chat alors qu'il œuvre à Penguen, une revue satirique fille de Lombak qui publie toute une ménagerie d'Erdogan en couverture pour soutenir le dessinateur accusé pour son dessin d'Erdogan/chat.


Cet album n'est qu'un tome 1. La dictature turque n'est donc pas encore totalement installée. Ce sera pour le tome 2. Mais tout indique (et puis, nous savons) qu'on y va à grand pas. Le passage de l'enfance à l'âge adulte d'Ersin s'est fait dans un pays qui a quitté la violence politique typique des 70's pour s'installer dans une violence bien plus menaçante car elle lie l'Etat et les mouvements islamistes locaux sans oublier les Loups Gris, plaçant le pays entier sous l'éteignoir.

Il faut du courage pour travailler en Turquie dans ces conditions. Du courage aussi pour accuser son propre camp en dénonçant la complaisance complice dont fit preuve la gauche « morale » turque à l'endroit des islamistes et des marques d'embrigadement qu'ils exigent, des femmes notamment (une histoire qui se répète visiblement partout et toujours). Le courage qu'Ersin a trouvé et trouve encore sans doute dans ses modèles super-héroïques qui luttent à leurs risques et périls contre l'oppression.


"Journal inquiet d'Istanbul" raconte donc une belle histoire simple et importante à la fois. Dans un autre pays ce serait seulement le récit d'un rêve qui s'accomplit, une forme de roman d'apprentissage, mais en Turquie ça dit aussi l'intégrité d'hommes et de femmes qui refusent de céder à l'oppression.

Un bel album à lire absolument.


Journal inquiet d'Istanbul t1, Ersin Karabulut

Commentaires

Roffi a dit…
Très intéressant. Je n’avais encore jamais lu de BD sur l’histoire de ce pays.
Merci !
Gromovar a dit…
Je la conseille vivement.