En 1903, l’auteur polonais Jerzy Zulawski publiait Sur le globe d’argent, Manuscrit de la Lune, le premier tome de sa Trilogie lunaire écrite durant la première décennie du vingtième siècle. Très populaire en Pologne, cette trilogie va bien plus loin dans le temps que la duologie lunaire de Jules Verne, par exemple.
Aujourd’hui son premier volume a été adapté en BD par l’illustrateur polonais Adam Fyda, et la version française de cet album est sortie chez Blueman Ed. Let’s have a look !
Dans le monde imaginé par Zulawski, divers types de fusées parcourent l’espace depuis quelques décennies avec la Lune en ligne de mire lorsque l’astronome irlandais O’Tamor émet l’hypothèse que la face cachée de la Lune – à l’aspect inconnu de tous – est apte à soutenir la vie. Convaincu et capable de convaincre, le scientifique réunit autour de lui une petite équipe, financée par un mécène, qui décollera de la Terre à destination de la face visible. Arrivé à destination au milieu de Sinus Medii, le vaisseau spatial se changera en rover qui roulera sur le sol lunaire jusqu’à la face cachée. Le premier équipage sera rejoint par la suite par un second à bord d’un second vaisseau, qui viendra apporter assistance, ressources humaines et matériel de rechange. Sky is the limit !
De jours lunaires en nuits lunaires, les aventuriers de la face cachée progressent sur un astre hostile, dépourvu de toute vie comme de toute atmosphère, aux écarts de température extrêmes. Avançant mètre par mètre, dans une pesanteur amoindrie, en direction d’une face cachée dont le caractère propice à la vie n’est rien d’autre qu’un pari que rien de concret n’étaye, l’équipage doit faire face à toutes les difficultés du terrain et à son caractère peu adapté à la progression « automobile ».
Achab en quête d’un Moby Dick dont nul ne sait même s’il existe, l’équipage paie peu à peu le prix fort de l’aventure, alors que la raison les quitte et que l’hostilité de l’environnement lunaire permet de supposer que l'humanité n’aurait peut-être jamais dû quitter le berceau dans lequel elle avait passé ses premières années (une question qui ne cesse d’être d’actualité quand il est question de coloniser Mars).
Honnêtement, le traitement du récit est très froid, comme la nuit lunaire, et les relations humaines au sein de l’équipage semblent bien limitées. Mais que de belles intuitions dans le texte dont l’album est adapté, et surtout que de belles illustrations ! Que de grands paysages lunaires ! Que de majestueux points de vue sur une Terre surplombante que ponctue un soleil éloigné !
A lire pour l’effroi existentiel qu’inspire un lieu hors et contre la vie, et pour le spectacle grandiose que cette immobilité minérale ne cesse d’offrir.
Les Lunatiques, Fyda d’après Zulawski
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