Hyde Street t2 - Johns - Reis

Sortie du nouvel opus de la série Hyde Street , le comic EC-style de Johns et Reis publié chez Urban depuis quelques mois. Ce tome 2, intitulé Le Hachoir du passé , prolonge le récit entamé dans son prédécesseur , et permet de découvrir de nouveaux résidents de la démoniaque Hyde Street. Le lecteur a donc l’occasion d’approfondir sa connaissance du très dérangeant Pranky, mais aussi de rencontrer la voyante arnaqueuse Sœur Orité ou le chirurgien extrême Docteur Ego (avec ses deux assistantes) . Il fera surtout la connaissance du terrifiant Boucher de Hyde Street, que le Monstre mutique tenait enfermé depuis des décennies. Il en apprendra plus (plus encore s’il regarde attentivement les images) sur le mystérieux Compteur qui mène le jeu dans le purgatoire que constitue Hyde Street. Il croisera même une jeune Marilyn Monroe pleine de rêves et d’espérances. C’est toujours Mr X-Ray qui porte le récit, a fortiori ici quand sa fille – reniée et abandonnée dans une autre vie – tente d’entrer...

Waco Horror - Lugrin - Xavier - Soularue


Le lynchage de Jesse Washington en 1916 à Waco est l'un des plus abominables de la longue liste des meurtres imputables à la discrimination raciale aux USA.

Depuis quelques jours, cet album m'attirait l'oeil car je voulais savoir comment espérer rendre par l'image un tel événement. Depuis quelques jours aussi, je n'achetais pas cet album car le sous-titre 'Elizabeth Freeman, l'infiltrée' ne me disait rien qui vaille sur le traitement de la chose. J'ai fini, comme d'autres fois, par ne pas écouter mon premier sentiment. J'aurais dû.


Certes l'album raconte, à la manière des frères Coen – dixit les auteurs – donc avec quelques traits de comédie (!), l'abomination que fut l'acte et son déroulement (jusqu'à la prise de photos diffusées ensuite comme cartes postales). Une abomination qui choqua toute la presse, même à l'époque.

Mais hélas deux choses restent en travers de la gorge – de la mienne en tout cas :


D'abord, Freeman est présentée comme partie enquêter sur la disparition d'un jeune noir et découvrant, effarée, ce qui s'est produit alors que, lorsqu'elle est mandatée – par Royal Nash et non par le plus bankable W.E.B. DuBois comme dans l'album –, le lynchage est déjà connu par des articles, si succincts soient-ils, et que sa mission est de faire un rapport de fond sur les faits et les responsabilités pour le NAACP. Légèrement différent. Et je ne parle pas de la photo Freeman/DuBois dont je n'ai trouvé aucune trace – s'il en existe je suis preneur mais j'en doute.

Surtout, en donnant la première place à Elizabeth Freeman – jusqu'à raconter un épisode de sa vie d'avant, en Angleterre, et un autre de ses luttes intersectionnelles – et accessoirement à DuBois, le récit met volontairement – dixit encore les auteurs – en lumière une héroïne et un héros (femme, noir, intersectionnels de surcroit, forcément admirables – voir leurs dialogues imaginés – et forcément invisibilisés) au détriment de la victime, du martyrisé, du torturé et assassiné Jesse Washington. Comme si c'était à Freeman et à DuBois – tous deux mort dans leur lit – qu'il fallait rendre justice.

Le pauvre garçon méritait mieux que d'arriver en huitième position dans la phrase 'Elizabeth Freeman enquête sur le lynchage de Jesse Washington' et de servir de faire valoir à la désinvisibilisation de Freeman et DuBois - dixit encore les auteurs.

On préfèrera lire le rapport original de Freeman, disponible ici. Washington et ses bourreaux en sont le centre. Comme nécessaire et évident.

Waco Horror, Lugrin, Xavier, Soularue

Commentaires

Baroona a dit…
Cela dit, le nom de Washington n'est pas (pas explicitement en tout cas) en couverture. On peut s'émouvoir qu'il ne soit pas au centre du récit, mais au moins il n'y a pas 'tromperie sur la marchandise'.
Je pense le lire quand même, ne serait-ce que pour m'informer par ricochet, mais je tâcherai d'avoir tes réserves en tête.
Gromovar a dit…
Tu as raison.
C'est peut-être moi qui en attendait plus que ça ne voulait donner. En tout cas, ça m'a bien énervé ;)
Roffi a dit…
Oui ce traitement qui occulte en partie Washington est étonnant.
Je remarque que cette horreur de Waco n’est pas si lointaine dans le temps..
Je le lirai si je le trouve en bibliothèque.
Gromovar a dit…
Il est récent, tu devrais le trouver.