Vertèbres - Morgane Caussarieu

Avril 1997, Vieux-Boucau-les Bains, dans les Landes. Jonathan dit Jojo, un écolier de dix ans, est enlevé, emmené dans une camionnette par une « femme à barbe » si l'on en croit les témoignages de Sasha et Brahim, ses deux amis présents au moment des faits. Après une semaine d'inquiétude sourde pour la population de la petite station balnéaire – et singulièrement pour Sasha, Brahim, et Marylou, la mère de Jojo – l'enfant reparaît. Retrouvé par la gendarmerie sur une aire d'autoroute, Jojo est hagard, mutique, il a une vilaine blessure au flanc, et surtout, surtout, il a perdu toute la graisse qui faisait de lui un obèse morbide, diabétique entre autres pathologies. Réapparaître spontanément après un enlèvement est déjà étrange, mais réapparaître en ayant perdu 50 kilos en 7 jours, là, on dépasse l'entendement de quiconque. Qu'importe, dans l'immédiat, ce « détail ». La gendarmerie est contente d'avoir retrouvé un enfant vivant après 48 heures, ses amis s

The Album of Dr Moreau - Daryl Gregory


"The Album of Dr Moreau" est une novella de Daryl Gregory. C'est un texte qui prend volontairement à contre-pied les cinq règles de l'histoire policière telles que définies par T. S. Eliot et citées en introduction.


Les WyldBoyZ sont un groupe pop d'un genre très particulier. Qu'on en juge : les membres du groupe sont Devin, “le romantique”, aux trois-quarts bonobo, Tim, “le timide”, en grande partie pangolin, Matt, “le rigolo”, une chauve-souris humanoïde géante, Tusk, “l'intelligent”, un hybride homme-éléphant, et Bobby O. “le mignon”, entre homme et ocelot. Les cinq performers font chavirer les cœurs de hordes d'adolescentes prépubères qui les adulent et se ruent dans leurs très spectaculaires concerts.

Les WyldBoyZ sont managés par Maurice Bendix, dit Dr M., qui les a découverts après leur fuite de la barge où leurs créateurs les retenaient, et leur a permis d'entrer aux USA en jouant sur l’ambiguïté de leur identité humaine ou animale. M. est clairement un sale type qui traite les hybrides comme sa propriété, et s'il leur a apporté la notoriété et une forme de sécurité il est clair aussi dans son esprit que les WyldBoyZ sont ses choses, pour en disposer à sa guise.

Et voilà qu'après leur dernier concert à Las Vegas, à l'issue d'une soirée aussi animée que riche en scandales, M. est assassiné dans des circonstances atroces. Se trouvaient dans les environs du meurtre tous les membres du groupe, plus la femme de M., et Kat, la chef des roadies. L'inspectrice Lucia Delgado est chargée de l'enquête.


Meurtre en chambre close à la difficulté augmentée par les capacités supranormales d'une partie des suspects, "The Album of Dr Moreau" est autant un hommage à l'île du même nom qu'une évocation pop qui fait souvent penser aux Beatles.


Gregory traite son roman sur un ton qui oscille entre trois pôles.

D'abord, un police procedural avec indices matériels, interrogatoires et confrontations, rendu ardu par les pouvoirs – de déplacement notamment – des protagonistes et leurs personnalités troublées, sans parler des secrets qu'ils entretiennent sur leurs origines.

Ensuite, l'évocation très pop d'un groupe de jeunes pour très jeunes, avec titres de chanson pour noms de chapitre et longues discussions sur la musique ou le spectacle. Sans parler des fans dont la fille de Delgado n'est pas la moindre.

Enfin, une approche que Gregory veut drôle et enlevée, le but avéré étant de rendre son histoire amusante en dépit du tragique du meurtre et de l'ombre qui pèse sur les origines des garçons et les pressions qu'M. exerçait sur eux.


Clairement, des trois pôles, c'est le troisième qui est le plus réussi. Sans être hilarant le roman contient des personnages aux personnalités volontairement outrées et nombre de phrases bien troussées telles que : « The penthouse rooms were decorated in a midwestern car salesman’s idea of how rich people live », ou « The screamer was a fiftyish redhead, body by Pilates, hair and boobs courtesy of other expensive technologies ».

La partie enquête, même si elle progresse tranquillement, est volontairement confuse, et sa résolution est très loin du meilleur de ce que fit Agatha Christie par exemple.

L'évocation pop est à la limite de l'ennuyeux tant, discutant d'un groupe imaginaire en ne disant rien de bien innovant sur ce qu'on peut savoir de la situation des vrais, elle semble plus plaquée qu'autre chose sur le récit. On n'est pas chez Hunter S. Thompson.

Même la partie « émouvante » sur le passé des WyldBoyz et les torts qui leur ont été faits est bien trop parcellaire et courte pour être vraiment efficace. On est ici bien loin d'Elephant Man.


C'est donc une novella qui pourra amuser un public adolescent peut-être. Elle est difficilement suffisante sinon.


The Album of Dr Moreau, Daryl Gregory

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