Voilà qu’il revient aujourd’hui au Bélial, dans une édition revue et corrigée avec couv' et illustrations intérieures d'Anouck Faure.
Exit la préface, bienvenue à un amuse-gueule (qui évoque sans le dire l’affaire French Bukkake) et à une coda.
Exit aussi la nouvelle Poings de suture.
Arrivée de l’inédite El Fantasma et réécriture de Tu ne laisseras point vivre, retitrée Toute la vérité sur la sorcière de l’est.
Brève revue.
Eros-Center, La ville féminicide et Nous sommes les violeurs restent identiques à la version originale. Trois textes forts et percutants.
Deux mots donc sur ce qui bouge.
Un mot bref d’abord sur Toute la vérité sur la sorcière de l’est. Réécrite, cette histoire de femme affligée d’une malédiction qui lui fait voir la grande mort pendant la petite, est devenue plus efficace, plus cohérente que dans sa version précédente.
Un mot plus long ensuite sur El Fantasma. Histoire d’une femme en lutte à mort contre Boko Haram (ce groupe jihadiste qui, entre autres exactions, enlève des jeunes filles pour en faire des esclaves sexuelles officialisées par mariage et des reproductrices, comme tant d'autres depuis les Sabines), El Fantasma est présenté comme une anamnèse. Comment devient-on une impitoyable tueuse au visage dissimulé derrière un chèche ? Comment et pourquoi disparaît-on quand on est un journaliste à la recherche de la vérité sur une mystérieuse tueuse qui s’en prend à l’un des groupes les plus inhumains du monde ?
C’est à travers l’enfance et l’adolescence d’une femme exploitée autant qu’il est possible de l’être qu’une trajectoire s’éclaire. C’est à travers un récit de violences sans fin, qu’il faut encaisser et/ou rendre et/ou donner, qu’on voit une personnalité être forgée, comme une épée par les coups de marteau, comme une arme d’acier que le feu attendrit avant que le froid ne la durcisse jusqu’à la rendre impossible à briser.
El Fantasma est l’histoire d’une femme qui a transmuté ses épreuves en force, en la force violente qui lui est indispensable pour survivre à un monde qui ne l’a jamais aidée et, enfin, rendre coup pour coup. Le combat d’El Fantasma n’est pas idéologique mais il est à coup sûr politique, dans son manichéisme même. Tendre l’autre joue est un luxe qu’on ne peut pas se permettre quand « celui qui te frappe » sont des dizaines, des centaines, des milliers, et qu’ils arborent parfois les traits des plus proches.
Un mot final pour rappeler que Thomas Day assume pleinement la crudité physique du sexe. Il rappelle en ceci fortement un auteur qu’il connaît bien, Glen Duncan.
Un mot post-final pour dire que cette version 2026 de Women in Chains me semble supérieure à sa devancière. Ne pas la laisser passer si on a un peu d’estomac.
Women in Chains, Thomas Day

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