L'Homme sans tête - Gene Wolfe

Dans le Bifrost 124 , il y a les rubriques habituelles. Critiques des nouveautés, scientifiction (dans laquelle Roland Lehoucq décortique le film Projet Dernière Chance ) , etc. Il y a un édito d'Olivier Girard qui parle de confiance dans le monde du livre, confiance entre les petites mains, par-delà la valse des généraux, confiance qui permet de travailler et de continuer à le faire en dépit des vicissitudes capitalistiques. Chroniquant le Trois Oboles pour Charon de Frank Ferric, j’écrivais « L’absurdité du conflit des hommes est le seul spectacle que l’éternité lui offre » . Je m’y tiens. Dans le Bifrost 124 , il y a un volumineux dossier sur le très prolifique et insaisissable Antoine Volodine. L’homme a ses fans, je n’en suis pas, je n’ai donc pas grand-chose à en dire si ce n’est que le dossier semble vraiment très complet, comprenant notamment une longue interview réalisée par Hugues Robert. Il y a aussi dans le Bifrost 124 , une très courte nouvelle de Gene Wolfe. L’H...

Celui qui hantait les ténèbres - Tanabe d'après Lovecraft


Quelques mots (parce que ça commence à faire beaucoup de volumes) sur "Celui qui hantait les ténèbres", cinquième opus de la collection Lovecraft manga par Gou Tanabe.

Ce plus court tome de la série contient deux adaptations de nouvelle au lieu d'une.

Il est aussi, des cinq publiés en France, le plus ancien (2016), le juvenilia lovecraftien de Gou Tanabe.


Dans les pages du recueil on croise d'abord "Dagon". Presque la première publiée par HPL. Courte et dispensable dans sa version originale, elle l'est encore plus dans cette version illustrée qui soustrait plus qu'elle n'ajoute - au moins Lovecraft utilisait quelques adjectifs non euclidiens marrants.

Ensuite, plus longue, "Celui qui hantait les ténèbres". La dernière publiée par lui. Cette très bonne histoire, inquiétante à souhait, est ici très bien adaptée par Tanabe. Même si le dessin manque parfois de clarté sur certains détails fins, les images de la sinistre église de Federal Hill, celles des rues tortueuses qui l'entourent, et même les visions de Robert Blake sont parfaitement rendues.

De plus, le récit, stressant dans la version originale, l'est ici tout autant. On suit l'enquête d'un Robert Blake (parodie de Robert Bloch, pote de Lovecraft à qui ce dernier écrit ici une réponse à son Shambler from the Stars) passionné au-delà du raisonnable par l'étrange édifice qui lui fait face et dont même les oiseaux se détournent. On pénètre avec lui dans un bâtiment maudit qui n'a plus entendu de pas humains depuis 42 ans. On le voit faire la terrible erreur qui causera sa perte. On observe avec sidération les horreurs qu'il voit ensuite en rêve alors que la proximité du Nécronomicon l'affecte et fait de lui une cible. Et on ressent l'effroi du jeune homme et de tout le quartier lorsque le courant se coupe et que l'homme noir peut émerger de sa prison crystalline.


On notera que c'est une peur que les contemporains de Lovecraft ressentirent sûrement plus que nous, eux qui connaissaient les défaillances d'un réseau électrique encore jeune alors qu'ici et maintenant la notion même de coupure de courant est assez anecdotique - dans le récit de Lovecraft, le progrès technique n'est pas assez fiable pour protéger les humains du mal antédiluvien.

On notera aussi que ce récit, résolument lié au mythe, peut aussi se lire, de par sa construction, comme une histoire fantastique classique. On pense ici notamment à Poe.


Celui qui hantait les ténèbres, Gou Tanabe d'après Lovecraft

L'avis de Feyd Rautha

Commentaires

FeydRauthatotep a dit…
Fake news! Dans l'abîme du temps a été publié en juin 1936 et Celui qui hantait les ténèbres en décembre 1396. C'est donc bien ce dernier qui fut le dernier.
Gromovar a dit…
Tu as raison pour la publication. Pas pour l'écriture. C'est ma formulation qui n'est pas claire. Je corrige.
Gromovar a dit…
Même mon commentaire n'est pas clair. C'est corrigé en tout cas.
FeydRautha a dit…
Ah oui, c'est juste.