Aurora Rising - Alastair Reynolds

Alastair Reynolds est un auteur britannique de SF de grand renom. Il a créé le célèbre cycle des Inhibiteurs dont la revue Bifrost disait en 2023 qu’il constituait la partie « la plus renommée, at assurément la plus volumineuse » de son œuvre. Aurora Rising (titre original : The Prefect) est un roman qui se passe au XXVe siècle, environ cent ans avant l’intrigue principale du cycle. Il peut se lire (comme ses deux suites) indépendamment du cycle principal, et montre aux lecteurs qui le connaîtraient un univers qui n’a pas encore sombré dans la déréliction liée au désastre de la Pourriture fondante. Yellowstone est le monde humain le plus avancé. Un cauchemar atmosphérique constellé de villes sous dôme. Autour de Yellowstone gravitent environ dix mille habitats orbitaux qui forment le Glitter Band . 100 millions de personnes vivent dans ces habitats qui sont tous strictement souverains. Seule condition pour faire partie de l’ensemble : accepter et respecter un système qui place le ...

L'appel de Cthulhu - Tanabe d'après Lovecraft


Bon, parfois il faut prendre des décisions des décisions radicales, comme par exemple de faire une brève revue de BD, parce qu'on vient d'en lire trois (avec une quatrième à suivre pour demain) et qu'on n'a pas vraiment le temps de faire de tout ça une recension détaillée (restent plein de fraises à cueillir, Sibeth comprendra).

Commençons par l'adaptation manga de "L'appel de Cthulhu" par Gou Tanabe, cinquième opus du cycle qu'il consacre aux Chefs d’œuvre de Lovecraft.

Après une Couleur tombée du ciel décevante car incapable de rendre sur son média propre l'étrangeté fondamentale de la « couleur » lovecraftienne, "L'appel de Cthulhu" est imho une vraie réussite.
Le récit en enchâssement (résumé ici), fondateur du mythe bien qu'il n'en forme pas l'origine, est parfaitement adapté dans le manga. Et surtout, c'est une réussite graphique incontestable, tout le contraire du précédent volume.

Ici, le noir et blanc ne pose pas problème et Tanabe parvient à illustrer les horreurs lovecraftiennes sans les trivialiser. Superbes doubles pages cosmiques, maritimes, ou architecturales, magnifiques tablettes d'argile ou statuettes antédiluviennes, bâtiments résolument cyclopéens et angles aussi non-euclidiens que possible, tout est parfaitement rendu, jusqu'à Cthulhu lui-même, assez précis pour être vu et assez indistinct pour être de la matière dont on fait les songes ou les cauchemars, terrifiant de par son impossible matérialité, son implacable poursuite mutique qui en fait une force élémentaire plus qu'une volonté consciente, et son inintelligibilité radicale.

On pourra si on veut reprocher à Tanabe d'avoir allongé la sauce sur deux scènes de combat qui ne représentent que quelques lignes dans le texte original (petit plaisir de dessinateur sans doute et syndrome Jackson's The Hobbit sûrement), mais là où mon collègue et néanmoins estimé blogueur Feyd Rautha voit une magnification du racisme de Lovecraft qui fait de Noirs l'ennemi, je n'ai vu que lutte contre des cultistes dont les actes et peintures de guerre même les mettent en dehors de toute espèce humaine, alliés qu'ils sont des Grands Anciens, nos ennemis mortels et immémoriaux. Je crains qu'un filtre trop contemporain ne nuise ici à l'appréhension de l’œuvre.

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