GPI 2026 : première sélection

Tu l'as sûrement remarqué, sagace lecteur, le blog est un peu mort depuis quelques jours. Plus de boulot, moins de blogo. All work and no play makes Jack a dull boy. Alors, pour passer le temps en attendant un retour aux affaires, demain si tout va bien, voici la première sélection (une seconde, écrémée, suivra) du GPI 2026. Enjoy ! Roman francophone La Dernière Tentation de Judas de Philippe BATTAGLIA (L’Atalante) Festin de larmes de Morgane CAUSSARIEU & Vincent TASSY (ActuSF) Demain, les origines de Christian CHAVASSIEUX (Mnémos) La Nuit ravagée de Jean-Baptiste DEL AMO (Gallimard) Aatea d’Anouck FAURE (Argyll) Nout de luvan (La Volte) Tovaangar de Céline MINARD (Rivages) Le Livre des comptes de Martin MONGIN (Tusitala) Sintonia d’Audrey PLEYNET (Le Bélial’) Les Mains vides d’Elio POSSOZ (La Volte) Une vie de saint de Christophe SIÉBERT (Au diable Vauvert) !!!!! Roman étranger Poisson poison de Ned BEAUMAN (Albin Michel) Le Chant des noms de Jedediah BERRY (Hache...

La Course - Nina Allan


"La Course" est le premier « vrai roman » de la précédemment novelliste Nina Allan. Fix-up de cinq textes qu'on pourrait qualifier de nouvelles, il crée, par leur juxtaposition même et les correspondances nombreuses qui les lient, un ensemble nouveau, un tout supérieur à la somme des parties.


Cinq parties donc.

Direction Sapphire pour commencer. Une ville sinistrée du Sud de l'Angleterre dans laquelle vit Jenna, fille d'une mère partie et d'un père malade, sœur de Del, un frère impulsif et imprévisible qui élève des lévriers génétiquement modifiés – des smartdogs – et les fait concourir dans des courses illégales mais tolérées. Voilà que Loomi, la fille de Del, est enlevée, et qu'il devient vital de gagner la plus grande course de l'année afin de réunir la somme demandée par les ravisseurs. A moins qu'il y ait embrouille et que la réalité soit plus complexe.

Puis on découvre Christy, d'Hastings, dont la biographie ressemble beaucoup à celle de Jenna. Les rapports entre Christy et Del sont plus rudes et inquiétants que ceux de Jenna et Del, au point que Londres et l'université sera pour Christy une impérative issue de secours, à travers laquelle elle emporte des doutes et des traumatismes.

Suit Alex, immigré nigérian qui a appris à faire avec le racisme à bas bruit qu'il a subi toute sa vie, et rencontre, à sa demande, une Christy qui a besoin de régler certains points restés en suspens de sa vie d'avant, du temps où son frère fréquentait une petite amie d'Alex.

Nouveau focus. Cette fois sur Maree, une orpheline élevée dans un complexe gouvernemental avec d'autres enfants comme elle, capables d’une empathie telle qu'ils sont capables, par exemple, de communiquer sans implant avec les smartdogs. Il est temps pour la jeune fille élevée sous cloche de rejoindre un centre de recherches secret sur un autre continent, de l'autre côté de l'Atlantique. Un voyage qu'elle fait en cargo – dans un monde où les avions et les automobiles sont devenus vestigiaux – sur un océan parcouru par des convois de baleines géantes qui n'hésitent pas à s'en prendre aux bateaux.

Enfin – et ceci est une annexe ajoutée à la seconde édition –, Maree encore, vingt ans après, qui a passé sa vie à tenter de déchiffrer un message ? alien ? venu d'on ne sait trop où, et a l'occasion de faire une sorte de bilan de sa vie et de ses pertes.


J'en dis le moins possible car, avec ce roman, il faut découvrir, s'interroger, ne pas tout savoir, ne pas tout comprendre. Ce n'est pas un roman pour fanatiques d'Agatha Christie.


Les textes se répondent, les mondes dans lesquels ils prennent place aussi, l'un (les uns ?) semblant l'image de l'autre (des autres ?) à travers un prisme déformant ou un miroir défectueux. C'est vrai aussi pour les personnages, qui partagent des fragments de vie, des noms, des prénoms, des expériences, jamais les mêmes mais jamais différents non plus.

C'est donc à un voyage dans un trouble qui ne sera jamais complètement éclairci qu'Allan invite le lecteur. Qui est qui ? Qui engendre qui ? Quel monde est vrai ? La question a-t-elle même un sens ? Quels sont les enjeux dissimulés ? Les cadres spatio-temporels sont incertains, comme les rapports de causalité véritable ou au contraire de simple corrélation qui lient les histoires.


Mais, au fil des pages, le questionnement et la nature exacte des correspondances deviennent presque secondaires tant l'écriture d'Allan submerge le lecteur, tant sa justesse fait mouche, tant elle prend son temps pour décrire avec un luxe de détails inouï les personnages, leurs histoires, les lieux qui les façonnent, leur donnant par là même une réalité – si dérangeante soit-elle du fait des micro-glissements qu'elle y distille – qui s'impose à lui et semble aussi tangible et solide qu'un roc. Une réalité un peu triste, un peu inquiète, un peu déliquescente, qui touche par la nostalgie qu'on y sent.

Il n'y aura pas ici d’explication définitive (comme dans cette Fracture à laquelle La course fait beaucoup penser) mais quel voyage ! Et quel brio de la part du guide qui montre le chemin !


La Course, Nina Allan

Commentaires

Baroona a dit…
Le voyage, la destination, tout ça tout ça.
Je suis en accord avec chaque mot que tu écris, quel livre enthousiasmant et fascinant.
Gromovar a dit…
Yep. Un livre vraiment très cool.