Cauchon - Dorison - Delahaye - Parnotte

Le 23 mai 1430, après un an de campagne militaire victorieuse, Jeanne d’Arc est capturée par les Bourguignons, alliés des Anglais, lors d’une sortie hasardeuse au siège de Compiègne. Vendue aux Anglais par Jean de Luxembourg pour la somme de 10000 livres tournois, elle est conduite à Rouen afin d’y être jugée pour hérésie, entre autres chefs d’accusation dont le très scandaleux « port d’habits d’homme ». C’est l’évêque Pierre Cauchon qui a négocié cet achat pour le compte des Anglais, contre l’Inquisition qui voulait la juger elle-même. C’est Pierre Cauchon aussi qui présidera son procès, à Rouen, entre février et mai 1431 ; il s’agira, lors de ces audiences, de démontrer que l’inspiration de celle qu’on nommait « La pucelle » ne venait pas de Dieu et des saints mais bien plutôt du diable. C’est cette histoire que racontent Xavier Dorison, Louis-David Delahaye et Joël Parnotte dans l’imposant album Cauchon… ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc . A la lecture du mag...

Les croix de bois - Morvan - Percio - Dorgelès


Ayant déjà chroniqué des dizaines d'ouvrages (BD ou textes, fiction ou non-fiction) sur la Grande Guerre (sous le tag 14/18), je ne vais pas me lancer dans la chronique détaillée de celui-ci.
On y trouverait peu ou prou les mêmes éléments que dans mes autres chroniques sur le même thème : sauvagerie des combats, industrialisation du massacre, rationalisation de l'appareil militaire, combats et morts sans ennemi visible – la mort tombant du ciel ou surgissant d'une mitrailleuse à la vitesse du son –, sacrifices inutiles, cadavres grisâtres sur lesquels on court pour se mettre à l'abri, grand brassage social, camaraderie de nécessité, mithridatisation des âmes, incapacité à communiquer à l'arrière la vérité des tranchées, regrets éternels. Et la pluie, et la boue, et les poux, et les cagnas et la roulante.

Je veux donc simplement signaler qu'est disponible l'adaptation BD des "Croix de bois", le roman autofictionnel avant l'heure de Roland Dorgelès, prix Fémina 1919 (mais second au Goncourt derrière Proust). Et qu'elle est particulièrement réussie.

Roman écrit à la fin de la guerre par un engagé volontaire de 29 ans, journaliste et deux fois réformé pour problèmes pulmonaires – comme Henri 'Le Feu' Barbusse qui s'engagea, lui, à 44 ans en dépit de son âge et de problèmes similaires, "Les croix de bois" est l'hommage d'un homme à ses camarades et le témoignage d'un lettré sur une guerre qu'eux même ne pouvaient pas décrire pour le public, mots et relations leur faisant défaut.

Magistral, l'album de 102 pages reprend le récit et de nombreux passages intégraux des Croix de bois. Il y ajoute des passages coupés lors de la première publication par la censure et des moments de la vie de Dorgelès lui-même.

Comme le roman, l'album est fait d'une succession de tableaux qui disent l'horreur dans lequel furent plongés les combattants des deux camps (même si, point de vue oblige, c'est des Poilus qu'il est surtout question ici) et les liens qui se tissèrent entre ceux qui vécurent l'enfer - qu'ils aient survécu pour s'en souvenir ou qu'ils ne vivent plus que dans celui de leurs camarades plus chanceux.
Comme le roman, il offre au lecteur de très belles phrases et prouve, quelques décennies après Baudelaire, que tout peut être « beau » si on sait comment l'écrire.

Tout peut être beau aussi si on sait le dessiner, et les graphismes de Percio, indistincts ou précis suivant les moments, sombres, nets, dynamiques et comme pulvérulents, sont magnifiques, parfaitement adaptés à ce qu'ils racontent, offrant ainsi un superbe écrin à l'adaptation très réussie de JD Morvan.

C'est un grand album que voilà. A lire absolument.

Les croix de feu, Morvan, Percio, d'après Dorgelès

Commentaires

Baroona a dit…
Quand je l'ai vue dans les sorties - en me doutant que j'allais la retrouver ici sous peu ^^ - je me suis justement dit "tiens, encore une BD sur 14-18". C'est vraiment un vivier intarissable. À quand la liste des incontournables BD sur le thème ? =P